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LE PHARE DE CORDOUAN

Le roi des phares - Le phare des rois

CREDIT IMAGE / RESTITUTION 3D : DASSAULT SYSTÈMES / EMISSIVE
© MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION / MINISTÈRE DE L'ÉCOLOGIE

HISTORIQUE -  L'UTILITÉ DU BEAU -  LES ÉCLAIRAGES SUCCESSIFS -  ÉVOLUTION DES ÉCLAIRAGES -  LES AMÉNAGEMENTS
LES IMAGES -  LES VITRAUX DE LOBIN -  LE RENFORCEMENT COURONNE -  LA PRESENCE HUMAINE

LE PHARE DE CORDOUAN

Le mythe d'Antros

D'après l'antique légende, l'île d'Antros est suspendue sur l'eau et s'élève à son rythme, donnant ainsi l'impression de flotter.

Au Ier siècle de notre ère, le géographe Pomponius Mela situe l'île d'Antros à l'emplacement qu'occupe l'île de Cordouan. Il explique cette croyance par le fait que lors d'une crue, les eaux recouvrent l'espace qui l'environne et seule l'île surnage, dominant ainsi les alentours. Ce phénomène était d'autant plus spectaculaire que, selon certains, l'île serait en fait rattachée à la terre ferme, et qu'elle serait alors la seule apparente lorsque les eaux montent.

Cette croyance associant l'île de Cordouan à l'île d'Antros perdure par la suite, notamment chez Gabriel de Lurbe dans sa Chronique Bourdeloise en 1617, ou Louis Moreri, qui dans son Dictionnaire, en 1674, définit Antros comme « une petite île où est bâtie la tour de Cordouan ». Par la suite, l'ingénieur du Roy, Claude Masse, établissant ses cartes de la Gironde et de la Saintonge au XVIIIe siècle, évoque l'île d'Antrosse qui couvrait autrefois le rocher de Cordouan.

Le rattachement de Cordouan à la terre ferme, par la pointe de Grave, expliquant l'assimilation avec Antros, est surtout attesté par les difficultés d'acheminer les matériaux sur le chantier de la tour par bateau. C'est pourtant ce qu'a fait Louis de Foix dès 1584, invalidant ainsi le principal argument de cette hypothèse.

L'évolution principale autour de l'île se caractérise en fait par l'accroissement des bancs de sable, rendant l'accès à Cordouan plus difficile, phénomène confirmé par l'ensablement de la basilique de Soulac au XVIIIe siècle.

Les travaux de construction du phare ont obligé les concepteurs à créer une île sur le plateau rocheux, afin de stabiliser l’assise des travaux. Un système de piégeage du sable forcément temporaire a ingénieusement utilisé le processus naturel d’apport de ce sédiment. Des rondins fixés par des enrochements ont permis sans doute de constituer ce plateau sableux peu élevé, mais suffisant pour le chantier, puisque inondé seulement aux fortes marées. Plus aucune trace sur le site ne subsiste de cette infrastructure au bout de quatre siècles, ce qui, compte tenu des forces en présence, n'a rien de surprenant. Il est très probable que rapidement après le chantier, les rondins échoués sur les plages ont été recyclés en bois d'œuvre, et les roches sont devenues sables.

Historique

Source

Cordouan et l'Île d'Antros - Par Léon MASSIOU
Aperçu historique - 1936

Le texte le plus ancien sur Cordouan est contenu dans le traité de géographie trouvé à Ravenne et attribué à un auteur anonyme du VIIe siècle, publié en 1688 par Dom Porcheron et qui mentionne Corda.

La seconde mention de Cordouan se rencontre dans une chronique en dialecte saintongeais ou poitevin du XIIIe siècle, dite « Tote l'Istoire de France » qui relate que fut enseveli dans l'église de St-Nicolas de Grave, le premier constructeur des églises de Soulac, St-Nicolas de Grave et de Cordouan (Gordan) à l'époque de Charlemagne.

Cordouan est ensuite cité dans les portulans français et étrangers les plus anciens des XIVe, XVe et XVIe siècles.

L'Atlas Catalan de 1375 dit également Cordam.

Les premières cartes marines à date certaine du Génois Petrus Vesconte portent les dates de 1311, 1313 et 1318 : elles mentionnent Cordam.

Mappemonde de Pietro Vesconte

Mappemonde de Pietro Vesconte Chronologia magna de Paulin de Venise
Pietro Vesconte, Venise et Naples, vers 1328-1329.
Parchemin, 52,5 x 40,5 cm
BnF, département des Manuscrits, Latin 4939, f. 9
© Bibliothèque nationale de France


Le modèle de cette mappemonde fut réalisé par le cartographe génois Pietro Vesconte pour un marchand vénitien, Marino Sanudo, auteur d’un traité de croisade, le Liber secretorum fidelium crucis, présenté au pape en 1321. Elle fut également utilisée par l’historien franciscain Paulin de Venise dans sa Chronologia magna (1329). Orientée vers l’est selon la tradition latine, elle s’inspire néanmoins de modèles arabes et, au-delà, de la Géographie de Ptolémée.

Elle montre clairement la position de l’océan Indien par rapport à la Méditerranée et la forme de la mer Rouge et du golfe Persique de chaque côté de la péninsule arabe. La forme générale de la mappemonde, et surtout du cours du Nil et de l’Afrique, ressemble beaucoup à celle que l’on voit sur la mappemonde du géographe sicilien al-Idrîsî, réalisée au XIIe siècle pour le roi Roger II de Sicile.

Celui-ci combine en effet des informations reprises de Ptolémée (la forme du Nil, par exemple) et la tradition arabe, qui représente une Afrique entourée par l'océan circulaire et très étendue vers l'Orient.

La Mappemonde de Dulcert (1339) cosmographe catalan que M. de la Roncière (1903) dit Génois indique l'île de Cordan.

Le Routier de Pierre Garcie dit Ferrande (1483), la Cosmographie de Jehan Allefonce et Paulin Secalart (1545) et le Petit Flambeaude la mer du Sr Bougard, début du XVIIe siècle, citent Corda et Ricordane. [ Photo Carte de situation du plateau de Cordouan en 1545
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]

Selon la tradition, le rocher, sur lequel la tour est bâtie, faisait jadis partie de la terre ferme du Médoc et se joignait à la Pointe-de-Graves, qui se trouve aujourd'hui à près de 6 kilomètres de la tour ; on prétend qu'en 1500, il n'en était séparé, à mer basse, que par un passage étroit et guéable ; ce qui est croyable, quand on considère l'extrême mobilité du sol sur la côte du Médoc et la fureur de la mer dans ces lieux. [ Photo Carte de situation du plateau de Cordouan au XVIIe siècle
Embouchure de l'estuaire de la Gironde
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Il semblerait, selon un texte latin, qu'au IXe siècle, deux moines étaient présent sur l'île de Cordouan. Il semblerait, que ces ermites fussent chargés d'entretenir, jour et nuit, un fanal destiné à préserver d'une mort certaine les marins ou les pêcheurs forcés de franchir les passes redoutables de la Gironde et d'avertir les populations de l'approche des barbares.

Dans une dissertation prononcée par M. de Saint-Martin, commissaire de la marine, le jeudi 4 mai 1724, dans la Bibliothèque du Cardinal de Rohan, il dit que la tour de Cordouan fut bâtie sous Saint-Louis par l'architecte Pierre de Montreau, qu'il y en avait une du temps des Romains dont les vestiges paraissent sur les rochers, qu'elle a été rétablie par Henri II, par Henri IV, par Louis XIV et il faut ajouter par Louis XV.

Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'époque de la première fondation de la tour (du phare) ; ils varient même quant à l'emplacement qu'elle a occupé primitivement. Baurein, qui, dans ses Variétés bordelaises, attribue le premier phare aux Sarrasins, fait remonter la construction à l'an 732 et croit que la dénomination de Cordouan peut dériver de Cordoue, capitale d'Andalousie, d'où ils étaient venus. 11 nous rappelle aussi que le cuir de Cordoue, dont les Sarrasins faisaient le commerce, s'appelait Cordouan.

D'autres écrivains ont attribué la fondation de la tour à Louis-le-Débonnaire, qui, selon eux, fit construire en ce lieu une tour, où des hommes donnaient constamment du cor pour avertir les navires. 11 y en a qui veulent que le premier architecte se soit appelé Cordou.

Ce qu'il y a de plus certain, c'est que l'on voit dans une charte de 1409, citée par Rymer, que le célèbre Édouard de Woodstock (1330-1376), dit le « Prince Noir », fait construire, en 1385, à l'embouchure de la Gironde et dans l'endroit le plus avancé dans la grande mer, une tour polygonale de seize mètres sur l'île de « Cordoan » et une chapelle sous l'invocation de la Sainte-Vierge, avec des maisons et autres édifices et ce, pour pourvoir à la conservation des navires, qui couraient de grands risques au travers des écueils et des bancs de sable placés à l'entrée de cette rivière. D'après Baurein, le « le prince noir », ne fit que remplacer une tour beaucoup plus ancienne. [ Photo Représentation de la Tour du Prince Noir
vers 1590, par Claude Chatillon
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] [ Photo Tour de Cordouan - Vue de la Tour du Prince Noir
Vers 1610, par Claude Chatillon
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]

Les ermites qui desservaient cette tour, jouissaient de revenus assez importants comme les Greffes de Saintes, de Montendre et de Talmont sur-Gironde et, de plus, ils percevaient un droit sur les navires qui chargeaient du vin aux ports de Bordeaux, de Blaye, de Bourg et de Libourne.

En effet, on voit, d'après la même charte, que dans le lieu appelé Notre-Dame-de-Cordou, il résidait, en 1409, un certain hermite, Geoffroy de Lesparre, dont les prédécesseurs avaient été anciennement (ah antiquo tempore) dans l'usage de percevoir un impôt de deux gros sterling, monnaie d'Aquitaine, sur chaque navire chargé de vin. Cet hermite, selon toute probabilité, entretenait des feux pendant la nuit pour la sûreté de la navigation.

Un autre ermite : Archambauld de Béarn qualifié d'ermite principal de la Tour Notre-Dame de Cordouan donnait, le 15 septembre 1509, quittance au Receveur de Bordeaux de 176 livres 2 sols pour les droits qui lui sont dus pour les navires chargés en cette ville pendant la dite année.

Cette tour tombe en ruine au XVIe siècle et disparaît avec l'île pendant les travaux de construction du phare de Louis de Foix.

Au début du XVIe siècle, le fanal de la tour des Anglais tombe en ruines. En 1580, le phare est à l’abandon et le feu n’est plus allumé, ce qui est la cause de nombreux naufrages. Henri III , le 2 mars 1584, confie à l’architecte Louis de Foix, la mission de le reconstruire. : « … ce qu'il convient faire pour la réédification de ladite tour de Cordouan, assise au milieu de la rivière de Gironde, à l'entrée de la grande mer, entre la ville de Royan et Notre-Dame de Soulac (…) laquelle dicte tour est tombée en ruines par l'impétuosité de la mer ».

On lit dans la Chronique bordelaise, de Delurbe, en 1564, qu'en cette même année, Louis de Foix, architecte et ingénieur du Roi, commença à jeter les fondements d'une nouvelle tour de Cordouan, joignant l'ancienne et aux dépens de toute la province. Delurbe rapporte ici un fait qui s'est passé de son temps et dont il devait être d'autant mieux instruit, qu'il était alors procureur-syndic de la ville de Bordeaux.

La tour, commencée sous Henri III, ne fut achevée que sous Henri IV, en 1610, quatre ans après la mort de son architecte, Louis de Foix.

En 1593, Henri IV accorde des crédits importants et approuve en même temps un nouveau projet, beaucoup plus somptueux, avec l'ajout d'une chapelle et de riches ornements. Un nouveau contrat est donc signé en juin 1594 « pour le parachèvement de l'édification de la nouvelle tour de Cordouan et accroissement des diamètres, en l'augmentation des œuvres... » . Les travaux dureront jusqu'à la mort de Louis de Foix. La tour est achevée conformément à ce projet. Cependant la mer menace l'ouvrage : Sully envoie l'ingénieur Chastillon en inspection en 1606. Celui-ci ordonne de renforcer la plateforme sur laquelle s'élève la tour. Le fils de Louis de Foix, Pierre refuse de finir les travaux de son père, contrairement à ce qui était prévu dans le contrat. C'est François Beuscher, qui fût peut-être l’élève de Louis de Foix, qui termine le chantier en tant que maître des fortifications du Roi en Guyenne.

Cette tour était d'une admirable architecture ; elle offrait à l'extérieur et sur un plan circulaire, un rez-de-chaussée ; un premier étage surmonté d'une voûte par assises, à recouvrement ; un second étage voûté de la même manière; et, enfin, une lanterne en pierre, destinée à recevoir le feu du phare. [ Photo Phare de Cordouan au XVIIe siècle par Claude Chatillon
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Gallica
]

Dessin d'architecture : élévation
Dessin de l'ingénieur Jablier
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De l'utilité du beau en architecture

Caractéristiques - Le phare actuel succéde à une tour à feu médiévale qu’entretenaient des ermites, essentielle aux navires se rendant à Bordeaux. Sa reconstruction radicale est congue par l’ingénieur Louis de Foix pour le futur Henri IV, immédiatement avant sa victoire sur la Ligue catholique. Peu avant sa surélévation en 1787 par une tour tronconique qui devait lui donner sa silhouette actuelle, les hommes des Lumiéres dénonçaient la démesure de son architecture savante, pour un ouvrage qui n'était censé répondre qu’a des contraintes techniques d’éclairement sur la mer et de résistance aux tempétes.

Deux citations nous aident a prendre la mesure de cette démesure ! Bélidor, dans son Architecture hydraulique (1753), écrit : « Depuis les superbes phares batis par les anciens, il n’en est point paru de plus auguste que la fameuse tour de Cordouan. Les navigateurs estiment ce phare le plus beau de l’Europe. Il est seulement facheux qu'un aussi bel édifice soit placé dans le lieu le plus ingrat du monde, qui ne mériterait assurément pas la dépense qu’on y a faite ; mais voila comment en usent assez ordinairement ceux qui ne sont qu’architectes ».

Auquel répond Milizia dans ses Principes d‘architecture civile en 1781 : « Un lieu si horrible et presqu’ inaccessible, avec tant de richesses d’architecture et de sculpture, est comme une grange décorée de tableaux du Corrége ».

Le phare tel qu’il est conçu a l’origine a de quoi surprendre. Sur un soubassement circulaire de 41 m de diamétre, la tour, culminant a 61 m au-dessus des flots, s élevait sur quatre niveaux fusionnés par des balustrades, superposant les ordres : portique dorique 4 ressauts porté par six couples de colonnes, pilastres corinthiens, puis composites. Sur un premier étage carré servant de chambre pour le roi se dressait une chapelle circulaire avec quatre autels couverts d’emblémes monarchiques, coiffée d’une coupole a caisson, surmontée d’un tambour avec lanterne, encore prolongée par une pyramide. Toute cette architecture procure un effet de tension, lui conférant un style énergique sans équivalent dans la France d’alors.

L'histoire du chantier est bien connue et interprétée grace a l’étude essentielle de Jean Guillaume en 1970.
En 1584, un contrat pour la construction d’un nouveau fanal est passé entre les commissaires royaux — dont Montaigne en qualité de maire de Bordeaux — et Louis de Foix (c. 1535-1606), horloger du Roi d’Espagne Philippe II ayant participé au chantier de l’Escurial, puis ingénieur alors célébre pour le succés du détournement de l’Adour a Bayonne. Louis de Foix semble avoir le statut d’architecte entrepreneur, à la fois concepteur et patron du chantier.

Signe de ces temps troublés, le contrat stipule que le roi paiera sa rancon et celle des ouvriers au cas où des ennemis du Roi les feraient prisonniers. En avril 1585, il est enlevé avec des experts par un chef ligueur et doit payer luiméme pour sa libération. L'année suivante, c’est les fonds destinés à la construction qui sont détournés. Le chantier est totalement abandonné en 1591, alors que l’ingénieur ruiné réclame sans succés la visite d’experts pour étre dédommagé.

En 1593, le chantier a peu évolué, perturbé par les guerres intérieures et les problèmes de financement. Louis de Foix est ruiné et il faut l’intervention personnelle d’Henri IV qui alloue « 86 000 écus » à notre architecte et lui permet de relancer le chantier. Le projet est remanié, beaucoup plus imposant que le précédent, avec une assise circulaire de 123 mètres et une lanterne située à 37 mètres au-dessus du niveau-de-la-mer, l’édifice étant d’une richesse architecturale digne de celle de Pharos.

Le chantier redémarre alors tambour battant, puis s’interrompt à nouveau de 1596 à 1606, date de la mort de Louis de Foix. Le 28 avril 1611, trois commissaires mandatés par le Roi de France constatent que les travaux de la tour de Cordouan sont achevés ; aprés 27 ans de chantier (dont 8 de labeur réel), interrompus par les guerres civiles et les difficultés de financement, le phare peut enfin étre allumé.

En 1645, une tempête détruit le dôme de la lanterne. L’édifice montre des signes de vieillissement. Il faut attendre 1663 pour que, à la demande de Colbert, une restauration complète de l’édifice soit entreprise et le feu remis en service.

Ce bel édifice se détériora promptement ; le mur fut endommagé par les tempêtes, la tour fut rongée par les météores et les pierres de la lanterne furent calcinées par le feu, de sorte qu'en 1665, Louis XIV se vit obligé de faire faire une réparation générale. [ Photo Coupe de la lanterne
Dessin de l'ingénieur Jablier
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] [ Photo Coupe du phare 1722
Dessin de l'ingénieur Jablier
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] [ Photo Coupe du phare 1722
Dessin de l'ingénieur Jablier
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]

En 1727, une lanterne de fer remplace la lanterne en maçonnerie. La hauteur du feu reste de 37 mètres au-dessus du niveau des plus hautes mers.

Cinquante ans plus tard, les parties hautes de l’édifice menacent de tomber en ruine. Elles sont maintenues par des "rafistolages" métalliques. À l’évidence, l’ouvrage de Louis de Foix résiste mal au milieu marin. De plus, de l’avis des marins, sa hauteur de foyer de 37 mètres ne donne pas au phare une « portée » suffisante.

Dans les années 1780, le chevalier de Borda confie à Teulère, ingénieur en chef de la "Généralité de Bordeaux", la mission de rénover le phare. Le phare est arasé jusqu’au balcon du deuxième niveau et supporte une nouvelle tour qui porte le feu à 60,30 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans un style bien plus sobre que celui de Louis de Foix. Il est inauguré en 1790 et n’a pas changé depuis.



Éclairages successifs

  1. 1611 bassin où brûle un mélange de bois, de poix et de goudron
  2. 1664 - rénovation de Colbert, on y brûle du blanc de baleine
  3. 1727 : charbon dans une lanterne de fer conçue par l'ingénieur M. de Bitry et fabriquée dans les forges du Berry.
  4. 1782, Tourtille-Sangrain contracte le premier bail de Cordouan pour 1 225 livres et 10 sols, fournitures comprises. La dépense pour l'achat des huiles est estimée à 3829 livres/an. L’appareil et les travaux d’installation sont estimés à 21 00 livres. Le réverbère est composé de 80 lampes à réflecteurs de huit pouces (20 cm) disposées sur cinq arceaux maintenus par un arbre central. Chaque lampe est munie d’une mèche plate qui trempe dans un petit réservoir situé à l’arrière du réflecteur. Un cric permet de faire monter ou descendre les lustres à hauteur du gardien chargé de l’entretien.
  5. 1790, M. Teulère exhaussa la tour de 20 mètres et remplaça les plaques de Tourtille-Sangrain par 12 grands réflecteurs paraboliques de Ø 82 cm, en cuivre tournés à la manufacture de Romily-sur-Seine, lampe d'Argand et machine de rotation Lemoyne avec le soutien de l’horloger Mulotin de Dieppe. Toutefois, peu de temps après, il faut déchanter, le feu n’éclaire que de 6 à 7 lieues (23 km à 27 km)… bien moins que prévu.
  6. 1823, on substitua aux réflecteurs plaqués d'argent des verres lenticulaires, dont l'emploi donne un tel accroissement de lumière, que le feu de Cordouan, qui jusqu'alors n'était visible qu'à une distance de 23 kilomètres, peut être vu aujourd'hui, du pont d'un navire, à une distance de 38 kilomètres.
  7. 1823 Fresnel choisit le phare pour y installer le premier prototype de son appareil lenticulaire. La lampe brûle de l’huile de colza. Il fonctionnera pendant 31 ans (jusqu'en 1854) puis sera remplacé par un appareil catadioptrique plus performant. [ PhotoPrototype de la lentille de Fresnel
    Crédits : musée des Phares et Balises d'Ouessant, phare du Créac'h
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    ]
  8. 1854, nouvelle optique dont le feu est alimenté à l’huile minérale.
  9. 1907, le gaz de pétrole alimente les lampes.
  10. 1948, le phare est électrifié, par deux groupes électrogènes qui alimentent une lampe de 6 000 watts. [ PhotoLampe de 6000 Watts
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    ]

  11. Actuellement - Feu fixe à secteurs blanc, rouge, vert, à occultation 2+1 de 12 sec. Optique d'horizon au 7/8 de focale 0, 92 m. Ancienne cuve pour écrans à occultation en place comme support de lampe électarique. Sans marque. Support blanc sans marque. Lampe aux halogénures métalliques de 2000W. Portée 18 milles. [ PhotoLa lanterne du phare de Cordouan
    © Manuel Cohen
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    ]

Évolution des éclairages du phare de Cordouan

Découvrez l'histoire du phare de Cordouan, allumé en 1611, dans l'estuaire de la Gironde au travers de restitutions 3D.

RESTITUTION 3D DU PHARE DE CORDOUAN EN 1611. DASSAULT SYSTÈMES / EMISSIVE © MINISTÈRE DE LA CULTURE. MINISTÈRE DE L'ÉCOLOGIE



LENTILLE DE FRESNEL

Le nouvel appareil, dû à M. Fresnel [ Photo Première lentille à échelons Fresnel installée au phare de Cordouan par François Kollar, 1932
© François Kollar/Bibliothèque Forney/Roger-Viollet
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], fait sa révolution en 8 minutes et présente pendant cette durée 8 éclats et 8 éclipses.
C'est la première application de la lentille à échelons, ou lentille de Fresnel. Chacune des huit faces du tambour, qui tourne autour de la source lumineuse, comporte une lentille à échelons sertie dans un cadre métallique carré. Grâce à cette rotation du système, les huit puissants faisceaux lumineux signalent le phare par une série d'éclats lumineux visibles de loin.

Quatre hommes sont employés à veiller et à entretenir le fanal ; leur service se fait en commun et par quart la nuit. On leur porte des vivres deux fois par an et assez pour six mois ; car en hiver toute communication avec la terre est interrompue et les gardiens ne sont guère visités alors que par des naufragés, lorsqu'il en arrive de vivants. Telle est la violence de la mer en ces parages, que les vagues, quoique rompues par les écueils, s'élèvent contre la tour à une hauteur de plus de 12 mètrès.

En 1777, dit M. Jouannet (auquel nous devons la plupart de ces renseignements), on a vu la lame saisir un bloc de pierre de 2400 kilos, l'enlever, le transporter à la distance de 20 mètres et le lancer, à 2 mètres de hauteur, contre le mur d'enceinte.
Durant les nuits orageuses de l'hiver, des volées innombrables d'oiseaux de passage, attirés de loin par la vive clarté du feu, viennent se heurter avec violence contre les vitraux épais du fanal et tombent morts, par centaines, dans la galerie et au pied de la tour.


LES AMENAGEMNTS

Des sculptures et deux fontaines aux têtes de lions qui permettent, grâce au ruissellement des eaux de pluie sur le phare, la récupération ce celle-ci, qui, après décantation est délestée dans les bassins de rétention situés sous la dalle du phare.

Commence alors l’ascension du « Phare des Rois ». L’escalier est monumental et les marches pas très hautes afin de faciliter la montée même si plusieurs paliers permettent de reprendre facilement son souffle.
Passez la souris sur l'image du phare pour identifier chaque partie de la construction.


Neptune
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L'entrée pricipale
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LES IMAGES




LES VITRAUX DE LOBIN

Au cours des années 1850, le phare connaît d'importants travaux de restauration. Les vitraux de la chapelle doivent aussi être remplacés.

Julien Léopold Lobin (1814-1864), chef d'un atelier de peinture sur verre à Tours, est chargé de la fabrication des verrières de Cordouan. Spécialisé notamment dans la représentation de saints, il est aussi reconnu pour ses talents de peintre, qu'il a pu développer au cours d'un séjour en Italie.

Initialement, il était prévu de commander les vitraux à l'atelier de peinture sur verre de la Manufacture de Sèvres. Pourtant, au début de l'année 1855, la Manufacture déclare qu'elle est occupée par des travaux qui « ne paraissent pas devoir être terminées avant plusieurs années... » et qu'elle se trouve donc dans l'impossibilité d'assurer une telle commande.

Le 9 mars 1855, le peintre-verrier s'engage donc auprès de l'Administration des Ponts et Chaussées à exécuter les vitraux en verre double montés sur plombs « glaçons à rabot » et maintenus par trois traverses en bronze par fenêtre. En ce qui concerne le dessin, il reproduira les modèles qu'on lui a fournis. Il s'engage à faire mettre en place les nouveaux vitraux à ses frais, par un ouvrier « intelligent » et réclame la prise en charge des frais de fournitures, main-d’œuvre, transport et emballage, ainsi que de voyage, de l'ouvrier chargé de poser les vitraux.

Le montant du devis s'élève à 950 francs. Les nouveaux vitraux seront posés le 1er août 1855.

Facture émise par les ateliers Lobin, lors de la restauration des vitraux de la chapelle.
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Dessins reproduisant les vitraux de la chapelle tels qu'ils doivent être restaurés
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Sainte Sophie, la martyre romaine, sa palme en attribut, Saint-Pierre, tenant les clés du Paradis.
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Sainte Anne, veillant à son éducation religieuse de la vierge Marie
L’archange Saint-Michel, terrassant le Démon.
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LE RENFORCEMENT COURONNE

La couronne de protection est une ceinture de pierre, bastion circulaire, de 41 mètres de diamètre et de 8,30 mètres de hauteur qui protège l'édifice de l'océan.

En 1924, un premier bouclier béton avait été réalisé, mais adossé au bâtiment, générant vibrations, fissures et infiltrations. Avec la tempête de 1999, des pans entiers de la protection se détachent, et en 2000, la DDE lance des études pour le renforcement du soubassement. Un 1er appel d’offres sur performance est infructueux, les bailleurs renforcent leurs contributions (Etat, 57,5 % ; Feder, 17,5 % ; régions, 15 % et départements, 10 %), et Spie Batignolles Lorient est retenu pour le 2e marché, avant d’être acheté fin 2003 par Guintoli.

Composer avec les marées. Lancé en juillet 2004 (chantier du 15 mars au 15 novembre 2005), l’ordre de service est exécuté par Guintoli Travaux Maritimes et Fluviaux. Huit mois durant, 20 ouvriers ont composé avec les marées basses, alternant activité et repos toutes les 4 h. Pour faciliter le transport des matériaux, le béton C40/50 a été fabriqué sur site et les agrégats conditionnés en big bag d’un m3. Un ponton auto-élévateur a permis d’édifier la plateforme de stockage des matériels. La cuirasse n’a pas été placée en appui, la pose d’un contreplaqué léger garantissant un interstice de 10 cm.

Orienté nord/sud-ouest, et long de 70 m, le bouclier a été coulé en 15 éléments et selon les étapes : terrassement, gros béton de propreté dans lequel sont enchâssés 132 micropieux, radier de 4 m de largeur, voile de béton armé. L’ouvrage en console (80 cm à la base, 30 cm à la tête) supportant des efforts de 80 t/m2, a été achevé le 14 octobre.

Entreprises : Guintoli Travaux Maritimes et Fluviaux (gros œuvre), Géotechnique et Travaux Spéciaux (micropieux), SFB (sciage béton).
Source : Le Moniteur - 03 Novembre 2005

Les travaux de renforcement du bouclier entrepris en 2005.
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Renforcement de la couronne côté ouest face à la houle.
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2005 Vue aérienne des aménagements liés au renforcement de la muraille de protection du phare.
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2005 Reconstruction de la cuirasse, mise en place du bouclier de protection.
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2005 Mise en place du bouclier de protection.
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2005 Mise en place du bouclier de protection.
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2005 Mise en place du bouclier de protection, ferraillage.
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2005 Mise en place du bouclier de protection, ferraillage.
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2005 Mise en place du bouclier de protection, ferraillage.
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LA PRESENCE HUMAINE

Le phare de Cordouan est entré en service en 1611 et, depuis cette date, des générations de gardiens s'y sont succédé.

VLe phare de Cordouan a été le dernier phare français habité par des gardien. Effectuant des roulements parmi une équipe de trois personnes (14 jours au phare, 11 jours de repos, 7 jours au phare, 6 jours de repos), les deux gardiens présents sur le phare s'occupaient essentiellement de l'entretien, du nettoyage, et de l'accueil des visiteurs venus en bateau des côtes charentaises ou girondines[32]. Le monument historique accueille en effet environ 24 000 visiteurs (2020) chaque année (d'avril à octobre), mais seulement trente peuvent être présents au même moment dans les parties supérieures de l'édifice.

Les gardiens résidaient dans les locaux circulaires présents dans la cuirasse du phare, qui comportent plusieurs chambres aménagées ainsi qu'une cuisine.

Malgré l'automatisation totale du phare en 2006, le gardiennage s'est poursuivi sans discontinuer jusqu'à juin 2012. Après le départ définitif, le 29 juin 2012, des gardiens de l’État, qui est propriétaire du site, le gardiennage est assuré par le syndicat mixte pour le développement durable de l'estuaire de la Gironde (SMIDDEST). Selon l'association pour la sauvegarde du phare de Cordouan, une présence sur le site est en effet nécessaire pour assurer l'entretien du phare et éviter les actes de vandalisme. Depuis 2012, les nouveaux gardiens, toujours par deux, assurent un rôle de maintenance à longueur d'année et de guide touristique pendant la saison estivale, alternant des « phases de quinze jours en mer puis quinze jours à terre, suivies d'une semaine en mer et une semaine à terre ».

Source : Wikipédia

France 3 - Le phare de Cordouan, le Versailles de la mer - 6 février 2017 - Durée 07:24
Direction la Gironde pour découvrir le Versailles de la mer, le phare de Cordouan. Ce monument du 17ème siècle est le plus ancien phare encore en activité. Il est majestueux au milieu des flots. Mais, le vent, la pluie et les tempêtes l’ont fragilisé.