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Louis Nicolas Louis dit Victor Louis (1731-1800)

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Victor Louis
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Il est né le 10 mai 1731, à Paris, rue du Pont-aux-Biches. Il avait été reçu en 1746 à l'Académie en qualité d'élève, avant l'âge réglementaire. Il y eut pour maître : Loriot, architecte et pour camarades Moreau, Peyre, de Wailly, etc. Reçu plusieurs fois en loge, l'Académie le trouva digne du troisième prix en 1753; le 3 septembre 1755, il fut mis hors concours, car son projet de chapelle sépulcrale n'était pas conforme à son esquisse et dépassait le terrain que le programme fixait aux concurrents.

Son travail fut jugé si remarquable, que le jury lui décerna néanmoins un premier prix extraordinaire avec tous les avantages afférents : entre autres, et ce n'est pas le moindre, le séjour à Rome, à l'Académie du Roy.

Il y rencontra Fragonard, Greuze, Grétry et le sculpteur Berruer, auquel il devait plus tard demander sa collaboration à plusieurs reprises.

Grand Prix de Rome en 1755, Victor Louis séjourne à Rome de 1756 à 1759. En 1765, il voyage en Pologne où il effectue des travaux au château royal. En 1767-1768, il procède à l'aménagement du pourtour du chœur de la cathédrale de Chartres et à divers travaux dans des églises de Metz puis édifie en 1771 l'hôtel de l'Intendance à Besançon. Appelé à Bordeaux par le maréchal de Richelieu, il y construit (1775-1780) son chef-d'œuvre, le théâtre, ainsi que de nombreux hôtels (Saige, Fonfrède, de la Molère, de Roly, de Nairac).

Il a véritablement marqué la ville de son style, malgré l'échec du projet grandiose présenté pour l'aménagement de la place Louis XVI Plan de la place Louis XVI sur l'esplanade de l'ancien château Trompette
Conformément aux lettres patentes du Roi d'août 1785
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sur l'emplacement du château Trompette.

Dans la région, il édifie les châteaux de Virasel (Marmande, 1774) et de Bouilh (Saint-André-de-Cubzac, 1786). Le théâtre de Bordeaux, célèbre pour son péristyle colossal de douze colonnes corinthiennes, deviendra le prototype du genre et Charles Garnier se souviendra du grand escalier d'honneur à triple volée de Victor Louis : il l'adaptera à l'Opéra de Paris. Dans les vingt dernières années de sa vie, les grandes entreprises de Louis sont parisiennes : les galeries du Palais-Royal, aux façades, côté jardin, si harmonieusement décorées et rythmées, le théâtre du Palais-Royal (aujourd'hui la Comédie-Française, mais avec modifications ultérieures).

Louis a été un architecte très actif, bien en accord avec son temps par son goût de l'élégance, de l'ornementation riche et sans ostentation, par son adaptation intelligente des leçons de l'Antiquité et de Palladio. Rien de révolutionnaire ni de fort dans son art, mais une harmonie sans défaut. Ces qualités sont sensibles dans les nombreuses décorations qu'il a exécutées tant pour les églises (couvent du Bon-Secours et église Sainte-Marguerite à Paris, Saint-Éloi à Dunkerque) que pour les fêtes et les théâtres. Il a créé aussi quelques modèles intéressants d'éléments de décoration intérieure, consoles, pendules, luminaires et, le premier, au théâtre de Bordeaux, il a su pratiquer d'une façon systématique ce que nous appelons l'éclairage indirect.

Jean-Jacques DUTHOY, « LOUIS NICOLAS dit VICTOR - (1731-1800) », Encyclopædia Universalis [en ligne].
Salles de spectacles construites par Victor Louis - H. PRUDENT P. GUADET - 1903


Le Grand Théâtre

Le grand théâtre de Bordeaux
Le grand théâtre de Bordeaux
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L'on sait avec quel entêtement les Jurats, qui lui préféraient l'architecte bordelais Lhôte ou même le parisien Soufflot, s'opposèrent à ce que Louis fût chargé de la construction du Grand-Théâtre. Il fallut, pour triompher de leur résistance, toute la brusquerie dont était capable le duc de Richelieu, alors gouverneur de la province. Le Maréchal imposa son protégé. Louis, d'ailleurs, devait justifier ce choix car son oeuvre est restée comme la plus parfaite expression de l'architecture française au XVIIIe siècle. Elle a été, en outre, le point de départ d'une éclosion de somptueuses demeures, en partie construites par Louis lui-même, qui constituent le Bordeaux magnifique de l'époque de Louis XVI et donnèrent à la cité tout son éclat.

Le grand théâtre de Bordeaux est sans contredit le plus beau théâtre de la France, et sous certains rapports, de toute l'Europe : architecture, situation, beautés extérieures et intérieures, il réunit tous les avantages.
Paris, Londre», Vienne, l'Italie, Naples possèdent des salles plus vastes et plus belles intérieurement, mais aucun théâtre n'approche de la beauté extérieure de celui de Bordeaux.

Vers les dernières années du règne de Louis XV, le Maréchal de Richelieu Dud_de_Richelieu.jpgLouis-François-Armand de Vignerot du Plessis de Richelieu, duc de Fronsac puis duc de Richelieu (1715), prince de Mortagne, marquis du Pont-Courlay, comte de Cosnac, baron de Barbezieux, baron de Cozes et baron de Saujon, maréchal et pair de France, est un aristocrate et militaire français né à Paris le 13 mars 1696 et mort dans la même ville le 8 août 1788.

Fils du petit-neveu du cardinal de Richelieu, Louis-François-Armand de Vignerot du Plessis était le filleul de Louis XIV et de la duchesse de Bourgogne ; il se maria trois fois.

Surnommé « l'Alcibiade français », il se rendit célèbre par ses débauches (il ne craignit pas de compromettre des princesses du Sang et on prétend qu'il voulut même séduire sa marraine, mariée à l'héritier du Trône), ses aventures amoureuses (depuis les dames de la Cour jusqu’aux chambrières et aux actrices de l’Opéra) et ses duels, qui lui valurent d'être emprisonné quatorze mois à la Bastille dans sa jeunesse.
premier maréchal de France et gouverneur des deux Guyennes, résidait fréquemment dans cette seconde ville du Royaume, qui ne possédait aucune Salle de Spectacle digne d'elle et de ce rang.
Nouveau Mécène, il résolut de lui en léguer une, et chargea Louis : connu sous le nom de Victor Louis de lui soumettre un projet.

Ce fut une lutte vigoureuse où devaient sombrer les pouvoirs municipaux et le dernier mot rester à l'administration centrale. Ce qui allait se passer à Bordeaux était du reste à l'unisson de ce qui se passait alors dans toute la France.
Les intendants de justice, police et finances, ces petits vice-rois institués par l'autorité souveraine, avaient pour but de concentrer dans les mains de l'État tous les rouages administratifs; c'est-à-dire qu'en 1755 on marchait activement vers la réalisation d'une idée politique conçue par Louis XI, soutenue par le grand cardinal, pratiquée par Louis XIV et réalisée définitivement en 1789 : la centralisation.

C'est vers le mois d'août 1772 que Louis dut tracer ses premiers plans, mais sans avoir, de visu, pris connaissance du terrain : voilà ce qu'il est bien essentiel d'établir. Il n'avait jamais vu Bordeaux ni par conséquent l'emplacement désigné pour la construc tion du nouveau théâtre. Aussi, quand il voulut étudier la situation topographique de cette ville, il eut recours sans doute aux divers travaux de Vauban relatifs à l'agrandissement du Château Trompette trompette.jpgLe château Trompette, Rasé aujourd’hui, le château Trompette est construit à Bordeaux après la guerre de Cent Ans, sous Charles VII. Il se trouvait à l'emplacement de l'actuelle esplanade des Quinconces. Construit avec le fort du Hâ (à l’emplacement du Palais de Justice), il permettait de surveiller Bordeaux.

Pendant les guerres de religion, Symphorien de Durfort, seigneur de Duras, tente de s’en emparer, sans succès, en 15623. Au moment de l’Ormée, il tombe aux mains de la ville révoltée et est détruit par les Bordelais. Il est restauré par l’ingénieur La Mothe d'Argencour (1653-1655).

Louis XIV décide de le reconstruire en 1659 sous la forme d'une citadelle bastionnée. Il faut d'abord détruire deux couvents et des bâtiments de particuliers. La construction du second château Trompette est entreprise en 1664 et dure onze ans. Colbert a chargé le chevalier de Clerville d'en faire les plans. Les travaux sont supervisés par l'ingénieur et architecte Nicolas Payen. En 1680, Vauban signale les faiblesses du château et propose un projet mais l'abandonne pour se consacrer à la citadelle de Blaye complétée du fort Paté et du fort Médoc. Le château est vendu par Louis XVI en 1787. Il est définitivement détruit en 1818 pour permettre la réalisation de la place des Quinconces.

Crédits photo : http://www.cestenfrance.fr/remparts-de-bordeaux/
; au grand plan de Bordeaux gravé par Lattré, en 1754 ; aux tableaux peints par Joseph Vernet en 1758 et 1759, compris dans la collection des ports de France, commandée par le Roi ; enfin il dut examiner surtout la vue de la ville de Bordeaux et de ses promenades du côté du Château Trompette, prise de la grille du Chapeau rouge, par le chevalier de Bazemont, gravée par Choffart en 1755. Tels furent les documents que Louis dut consulter avant d'esquisser son premier projet.

Sur la demande des jurats-gouverneurs de Bordeaux, appuyés du maréchal de Richelieu, le Roi, par lettres patentes du 4 Septembre 1773, octroya à cette ville la concession de 4830 toises carrées (env 9414 m²), sur le terrain dépendant, et au Sud, du Château-Trompette, pour y construire une salle de spectacle. La jurade fut autorisée à vendre de ce terrain l'excédent de la quantité nécessaire à l'exécution du plan adopté. Le gouvernement y ajouta la condition d'appliquer intégralement le produit de cette aliénation à couvrir, partie du moins, de la dépense qu' occasionnerait l'érection de l'édifice projeté.

Sa construction fût décidée sur l'emplacement du temple antique des piliers Tutelle, détruit en 1677. Louis comptait sur la stabilité d'un sol où avait existé, durant une longue succession de siècles, cet édifice romain aussi majeur.
Il expia, plus tard, bien chèrement l'erreur d'un calcul si naturel. Les fouilles présentèrent des obstacles aussi inattendus que multipliés. Des fondrières et de profondes excavations, restes d'un ancien chenal du port, à combler et à affermir; d'un autre côté, d'énormes et compacts massifs romains à exploiter, causèrent une augmentation considérable des dépenses, sur lesquelles, non-seulement on ne lui alloua pas de traitement, mais qui devint encore, pour lui, la cause des plus pénibles dégoûts dont il fut abreuvé durant sept ans que la pénurie de fonds suffisans, des entraves compliquées de la part du parlement de Bordeaux et de la jurade, de fréquentes mutations dans le ministère, et par contre-coup, dans l'administration suprême de la province, firent durer cette construction. Nous aurons à revenir sur ces circonstances.

C'est ici qu'il y a lieu de rappeler une version très répandue à Bordeaux et de la réduire à sa juste valeur : MM. Gaullieur L'Hardy et Lamothe, comme ceux qui ont reproduit leurs écrits, ont affirmé que le premier projet de Louis avait été de tourner la façade du Théâtre vers la Garonne, en laissant au devant une vaste esplanade.

Il changea néanmoins d'autant plus aisément son projet en tournant son frontispice du côté du levant, le terrain ne présentant pas une surface plane, il eût été contraint, pour effacer la forte déclivité du sol en cet endroit, d'établir, au devant du fronton, un perron de vingt marches au moins, pour arriver an niveau de l'arrière-scène

Quoique cet escalier, formé de girons rampans portant sur toute l'étendue du front, eût ajouté encore à la majesté de l'édifice, on doit convenir que la fatigue de le monter eût été, pour les habitués du spectacle, une rude compensation.

Après avoir distrait de ce terrain la quantité nécessaire pour le bâtiment du théâtre, avec de spacieux dégagements sur quatre côtés, l'administration de la ville aliéna l'excédent, par fractions, pour y bâtir des maisons de particuliers. Cet îlot formant au sud la rue du Chapeau Rouge, au nord la rue Esprit-des-Lois et dont la contenance est d'environ 2800 toises carrées, se couvrit, comme par enchantement, d'édifices particuliers.
Vingt-quatre belles maisons, plus ou moins vastes, furent bâties, meublées et habitées dans l'espace de moins de deux ans et remplirent ce carré long, aux angles duquel Louis contruisit quatre hôtels dont la riche architecture porte le cachet de l'un des plus grands maîtres qui ont honoré cet art. Ce quartier contribua étonnamment à l'embellissement de la ville : il forma le plus agréable contraste avec les sinueuses rues et la vétusté de la plupart des maisons de l'ancienne enceinte.

Les travaux de la Comédie, commencèrent au mois de Novembre 1773, furent stoppés en 1774 à la mort de Louis XV et ne reprirent qu'en mars 1775.
Grace à M. de Clugny Sin_foto.pngJean Étienne Bernard Ogier de Clugny, baron de Nuits, est un homme d'État français né à la Guadeloupe le 20 octobre 1729 et mort à Paris le 18 octobre 1776.

Clugny de Nuits fut intendant des colonies à Saint-Domingue (1760-1764), puis intendant de la marine à Brest (1765-1770), intendant du Roussillon à Perpignan (1773-1774) et intendant de Guyenne à Bordeaux (1775-1776). Il montra dans ces dernières fonctions des capacités réelles, notamment à l'occasion d'épizooties. Mais ses mœurs privées étaient objet de scandale : il vivait, lit-on dans la correspondance du prince Xavier de Saxe, avec les trois sœurs Sentuary, dont on disait qu'elles étaient aussi ses maîtresses. En fait, il eut une liaison avec une seule d'entre elles, Mme Thilorier puis d'Eprémesnil à qui il consentit une pension de 20 000 livres.

Maurepas, qui l'estimait et avait déjà songé à lui pour remplacer l'abbé Terray, le fit nommer contrôleur général des finances le 21 mai 1776 en remplacement de Turgot. Cette nomination, qui visait également à plaire au parti choiseuliste, devint aussitôt le symbole de la remise en cause des réformes de Turgot et des idées des physiocrates. En réalité, Clugny de Nuits s'efforça de tenir une voie médiane, dans laquelle le poussaient d'ailleurs des membres importants de son administration comme Trudaine de Montigny ou Bouvard de Fourqueux, attachés aux principes de liberté économique.
contrôleur-général des finances. Ce théatre fut un des premiers points dont il s'occupa pour la province de Guienne.

Les travaux de la Comédie de Bordeaux s'achevèrent et elle fut ouverte le 7 avril 1780.

Le théatre est entièrement isolé, et occupe un des côtés d'une belle place carrée. Le péristyle, en voûte Les voûtes plates du péristyle
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plate, est décoré de douze colonnes d'ordre corinthien, la frise, qui est au-dessus, est couronnée d'une balustrade qui porte douze statues représentant les neuf muses Les neuf muses + trois déesses
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et trois déesses. Chaque statue, répondant à chacune des colonnes, elles sont pour quatre de Berruer qui sculpta Thalie Thalie (Gr.Θάλεια; Lat. Thalia), divinité champêtre, présidait aux banquets joyeux. Plus tard elle devint la Muse de la comédie. - Melpomène Melpomène (Μελπομενη) dont le nom signifie "la chanteuse" en grec fut d'abord la Muse du chant, puis elle devint plus tard la Muse de la Tragédie peut-être à cause de ses rapports avec Dionysos qui portait le surnom de Melpomenos. - Polhymnie Polhymnie (Gr. Πολυμνια) présidait aux hymnes et représentait la faculté d'apprendre et de se souvenir; plus tard sous l'empire romain elle présida à l'art mimique. - Terpsichorce Terpsichore (Τερψιχορη) présidait à la danse et aux chants de choeur. et Titu et vendandris les huit autres selon les modèles fournis par Berruer, Clio Clio (Gr. Κλειώ; Lat. Clio), la première des neuf Muses, dont le nom signifie "célébrer" en grec est par excellence, la Muse de la poésie épique et de l'Histoire. - Erato Erato (Gr. Ἐρατώ; Lat. Erato) présidait à la poésie lyrique mais aussi à la poésie plus légère, érotique et anacréontique. - Euterpe Muse de la musique, Euterpe (Gr. Ευτερπη) personnifiait l'art primitif en Thrace. - Uranie Uranie (Ουρανιη) présidait à l'astronomie et à la géométrie. Elle fut aimée d'Apollon et devint la mère de Linos (ou fils de Calliope) et d'Hyménée. - Calliope L'aînée et la plus éminente des Muses, Calliope (Gr. Καλλιοπη; Lat Calliope) dont le nom signifie "à la belle voix" présidait à la poésie épique et quelquefois à l'éloquence. . Ils exécutèrent aussi les statues du vestibule, de l'avant-scène et les cariatides de la porte d'entrée de la salle (la comédie et la tragédie).

Le monument occupe un emplacement rectangle oblong, isolé, d'une aire de quarante-cinq toises de longueur sur une largeur de vingt- quatre. C'est dans cette masse générale qu'est construite la Salle de Spectacle, avec les accessoires et les distributions convenables. Ils consistent, à l'extérieur du côté de la place, en une colonnade corinthienne, composée de douze colonnes, d'un diamètre de trois pieds, à la partie du fût joignant à l'apophyge. D'accord avec la plupart des architectes qui, d'ailleurs, suivent les ordres de Yignole, comme d'un grand maître, en désapprouvant toutefois l'excessive hauteur de ses piédestaux, Louis crut devoir réduire ceux de ses colonnes, lesquelles, avec la base et le chapiteau, n'ont que dix diamètres, pratique reçue par les anciens, comme l'attestent les plus beaux ordres corinthiens qui nous restent de l'antiquité. Les colonnes Le chapiteau des colonnes - Une partie de la corniche et de voûte plate à caissons
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sont surmontées d'un nombre égal de statues de proportions colossales, qui portent sur des acrolères correspondant au droit de l'axe de chaque colonne. L'entre colonnement est diastyle, ou six modules.

La façade postérieure et les facades latérales sont décorées du même ordre que l'antérieure, mais en pilastres. Celles des côtés couvrent des portiques formés par quarante arcades, où Louis a pratiqué vingt-deux boutiques avec arrières magasins, caves au dessous et entresols depuis l'imposte des portes cintrées : ces boutiques et leurs aides se donnent à louage à des marchands. A l'extrémité de l'un de ces côtés latéraux, se trouve un très-beau café, dont la voûte est soutenue et ornée par deux groupes de chacun quatre colonnes; il est pourvu d'amples dépendances et favorisé, au-devant, d'une vaste terrasse, ombragée en été par une tente formant pavillon.

Fondé sur un terrain en pente, l'édifice a nécessité, pour ses façades latérales, des embasements profonds dans la partie à l'est. Il est assis sur des souterrains d'enceinte pratiqués dans le dessous du rez-de-chaussée.

Dans le plan des premières fondations, bloquées et par redens, à cause de la pente du sol, l'architecte a établi, au niveau des eaux du fleuve à marée-haute, un canal long de cinquante pieds sur une largeur de quatre, bordé d'un spacieux passage pour la manutention des pompes de trois puits , l'un au centre et les deux autres à chacune des extrémités. Au moyen de ces pompes aspirantes, le canal se trouve en communication avec les réservoirs d'eau des combles. Trois escaliers à voussures et à repos, partant du l'ond, montent jusqu'à ceux-ci. A la profondeur du canal, au-dessous de la façade postérieure, sont deux grandes cryptes ou magasins souterrains.

Du portique on passe dans un vestibule majestueux et d'une extrême hardiesse, dont la voûte plate, ornée de belles rosaces, est soutenue par des colonnes cannelées, d'ordre dorique. Dans le fond de cet immense vestibule, se développe, à droite et à gauche, un double et vaste escalier, d'une forme noble et hardie, éclairé par la coupole, et non moins riche de sculpture que d'architecture : il conduit à un second vestibule, soutenu par un péristyle de huit colonnes ioniques, d'où le public se distribue dans les diverses parties de la salle.

Dans le fond du vestibule et des parties latérales de l'escalier, sont les entrées d'un corps-de garde intérieur, placé entre les pas sages qui conduisent aux deux escaliers des loges supérieures, ainsi qu'au parterre. Derrière celui-ci, et audessous de l'amphithéâtre, l'architecte a construit un café, de forme semi-circulaire , communiquant, par trois portes , avec le corridor qui l'enceint en le séparant du corps de garde.

Derrière les parties cintrées de ce corridor, chauffé en hiver par deux grands poêles nichés dans l'épaisseur du mur, avec des tuyaux de chaleur chauffant les étages supérieurs, il avait ménagé deux cours adossées aux magasins des portiques.
C'est dans les encoignures de ces cours triangulaires, ouvertes par en haut à l'air extérieur et ayant des puits dans le milieu, qu'avaient sagement été établis les lieux d'aisance du parterre, surmontés de réservoirs d'eau placés à la hauteur de l'attique, dans le double but de laver ces lieux et de trouver au besoin une provision d'eau en cas de ieu dans l'intérieur du théâtre.

Une troisième cour de forme oblongue, ouverte aussi par dessus, contre laquelle aboutit, par l'un de ses côtés, la cage de la scène qu'elle sert à aérer, dégage, d'autres lieux, les vapeurs dont le méphitisme deviendrait aussi incommode que dangereux.

Deux garde-robes, précédées d'antichambres très-spacieuses, réservées aux dames, se trouvaient placées à hauteur d'entresol; les entrées étaient au centre de chacun des corridors des premières loges.

Une autre, particulière, avec une cheminée, communique par un passage oblique dans le mur, avec un salon de forme octogone attenant à la loge du gouverneur.

Au fond de l'un des corridors qui cernent, en demicercle, les baigneuses et le parquet, il avait construit et décore un salon destiné aux gardes du gouverneur.

Une autre pièce, pour les officiers de la garde du théâtre, a été ménagée sur le côté de l'un des escaliers latéraux de dégagement pour la salle de concerts.

Les acteurs d'un côté et les actrices de l'autre, arrivaient à leurs loges respectives par deux escaliers distincts, placés à chacune des extrémités de l'édifice, du côté du perron. Ces loges, au nombre de cinquante-deux, se trouvent distribuées dans les quatre étages, depuis le niveau des secondes galeries jusqu'à l'attique.

Montant quelques degrés d'un escalier du plus imposant développement, on est conduit à la salle de spectacle en franchissant, après le palier de repos, un large corridor circulaire éclairé, ainsi que ceux des étages supérieurs et des magasins de l'attique, par les jours des cours latérales. Mais, sans entrer encore dans cette salle, montons au premier étage, dans la distribution duquel on trouve, à la proximité du théâtre, d'abord, un grand magasin s'élevant à la hauteur des combles, pour y renfermer les décorations; une galerie d'été percée de sept croisées à l'extérieur, à la disposition des spectateurs; un foyer d'hiver, également à leur usage; derrière cette pièce, un café intérieur, avec les aides nécessaires; une salle pour les répétitions; une autre pour les assemblées des actionnaires, une grande bibliothèque et une salle d'accords; logement complet du régisseur; quinze loges pour les principaux acteurs; enfin, une cage, élevée jusqu'au niveau de l'attique, dans laquelle Louis a distribué une salle de concerts, supportée par la colonnade et les voûtes-plates du vestibule d'entrée.
Cette élégante salle, de forme ovale, est ornée de douze colonnes striées, d'ordre ionique, avec trois rangs de galeries en encorbellement surmontés d'arcs sphéroïdes de plein cintre, de l'une à l'autre colonne; une riche corniche d'ordre composite règne circulairement au-dessus. La voûte surbaissée du dôme est percée à son berceau, en contre-haut de cette corniche, de douze lunettes biaises, ou plutôt d'une garniture d'œils-de-bœuf, pour la décoration de laquelle les arts de la sculpture et de la peinture fournirent les plus gracieux modèles.
La belle fresque du plafond cintré excitait aussi l'admiration des gens de goût.

Sept escaliers montent de fond jusqu'aux combles dans lesquels sont ménagés huit réservoirs d'eau, répartis sur divers points pour parer aux incendies. Le comble du centre est percé par vingt quatre lucarnes en guise de ventilateurs; celui qui recouvre la salle de concerts et ses corridors circulaires, se trouve aéré par cinq autres croisées. Quatre-vingtdix-sept souches de cheminées sortent inaperçues du toit d'enceinte; la combinaison de leur distribution peut servir d'étude aux élèves-architectes.

Louis avait installé, dans l'atelier du peintre de la coupole, une sorte d'hyalographe (Instrument propre à dessiner la perspective et à donner des épreuves d'un dessin), ou point d'optique, correspondant au centre de l'intérieur de la salle. De cette pinnule partaient les rayons du point de vue, pour lui servir à fixer avec harmonie, par des lignes droites, toutes les parties de détail de cet admirable ensemble.
Les opérations trigonomètriques qu'il dut faire, dans ce but, présentent un travail prodigieux, des calculs et des combinaisons de perspective à l'infini. Cette véritable élucubration se trouve consignée dans les cahiers qu'il a laissés et qui font partie de notre riche Portefeuille. Il observa, avec autant d'habileté que de méthode, les règles générales de l'acoustique, mais surtout les règles, plus positives et mieux démontrées, de l'optique; son génie merveilleux, en se soumettant, sous ce dernier point de vue, à celles qui déterminent les dimensions et la distance des objets, sut établir une illusion d'effets, au moyen d'une ingénieuse combinaison des reflets, des demi-teintes, de la projection de l'ombre et des surfaces fuyantes.

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La Façade Peu content de faire usage uniquement de tirans en fer, admis et communément employés par les architectes pour rendre inertes, au moyen d'une convergence au centre, la poussée des plates-bandes, il calcula qu'une simple armature de ce genre deviendrait insuffisante dans l'isolement où le large déploiement de sa façade le conduirait à laisser des extrémités aussi distantes et crut, en conséquence, devoir y ajouter un moyen plus correlatif et plus directement approprié à l'agencement des pierres d'appareil. Il s'agissait d'en trouver un qui pût opposer au temps une durée permanente et plus encore d'indestructibilité que le fer, qui, s'oxidant est exposé a subir, plus ou moins promptement, la corrosion de la rouille.

Pour renvoyer et neutraliser les poussées de l'architrave et empêcher qu'elles ne portent jusqu'aux colonnes des angles, non plus que sur la tête des murs latéraux du front d'un édifice aussi étendu, il a fait usage, dans la taille et l'encastrement des claveaux de cette plate-bande, d'un ingénieux quoique très-simple jeu d'appareil, qui consiste en deux-quarts de cercle, aboutissant aux avant-dernières colonnes.
Le point-milieu de la totalité du cercle est fixé sur le mur du fond du péristyle, d'où partent les rayons centrifuges; en sorte que l'entière puissance excentrique, qui émane de ce point, comme du centre de la plate-bande , arrivant aux sommiers de ces avant-dernières colonnes des angles, s'y trouve arrêtée dans sa direction horizontale, sans pouvoir suivre son prolongement jusqu'a celles des extrémités. Il en résulte que celles-ci ne se trouvent assujcties qu'à la seule gravitation des angles de l'entablement; elles reçoivent ainsi, des autres colonnes, un renforcement, sans être asservies à leur rendre cet appui.

Ce système, d'un côté de force centripète, de l'autre d'inertie, ou même de révulsion de poussée, aussi simple qu'ingénieux et efficace, peut, aujourd'hui qu'il est connu, causer peu de surprise, et disposer , par conséquent, à un moindre ribut d'admiration; mais que l'on nous dise qui, avant Louis, chez les anciens, comme chez les modernes, en avait exécuté, ou même concu l'idée ?
Ne pouvant, avec vérité, citer aucune priorité, la gloire de cette conception doit lui revenir et nous croyons pouvoir, à juste titre, la revendiquer en sa faveur.

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Vestibule - Retournons au vestibule d'entrée. C'est un véritable et beau quinconce, formé d'un quadruple rang de quatre colonnes d'ordre dorique, avec socle attique, surmontées d'un plafond décoré de modillons et de panneaux, ou caisses, encadrant des rosaces. Le lambris de revêtement en pierre, figure des portes-feintes, avec des trophées dans les cintres dont elles sont surmontées; dans les niches du centre, en pendants, avaient été placées, sur des piédestaux, les statues d'Apollon et de Terpsicore, d'un très-beau travail.

Le génie inventif et fécond de l'architecte ne se trouva nullement épuisé par l'introduction à son œuvre : plus on pénètre dans l'intérieur et plus s'agrandit le sentiment d'admiration qu'inspirent aux amateurs de la belle architecture, les savantes et ardues combinaisons qu'il lit entrer dans la composition de son édifice.

Un large escalier, à triple rampe, formant un T, dont le haut du jambage conduit au corridor de l'amphithéâtre et aux salles des concerts et des grands hommes, est surmonté et éclairé par un dôme auquel Louis a imprimé un caractère imposant. De quadrilatère qu'il est dans la partie où se trouve d'abord l'escalier, et à la suite du développement des alles de cet escalier, deux galenes parallèles , il devient hémisphérique dans le haut. L'aspect de cette admirable voûte, percée à la naissance de la courbe par douze arcs doubleaux supportés par une colonnade et une riche corniche, est d'un effet grandiose. Cette coupole hypètre est construite en pierre. Les colonnes des galeries, de vingt pieds d'élévation et d'un diamètre bien proportionné, ont un chapiteau ionique; la décoration de ces portiques est d'une noble simplicité. La lumière qui y pénètre, du haut de la coupole, éclaire parfaitement aussi le grand escalier. Celle qui se reflète par les arcs-doubleaux dans les entre-colonnements des vestibules, répandue par douze tourelles vitrées, dans le comble, qui recouvrent des promenoirs au-dessus des portiques, forme une demi-teinte qui contribue à faire paraître plus vif encore le jour réverbéré à-plomb par l'œil-de-dôme.

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Le plafond - En pénétrant dans la Salle, ce qui, par-dessus tout, excite l'admiration au plus haut degré possible, c'est le tableau-plafond peint par Jean-Baptiste Robin, de l'Académie royale de peinture. Dirigé par Louis, cet artiste distingué sut, par une heureuse composition de sujets allégoriques, grouper ses figures et varier ingénieusement le pourtour au-dessus dela corniche, en ménageant, au centre de cette riche coupole, une teinte azurée d'un effet vaporeux, de manière à faire croire aux spectateurs que sa forme était en hémycicle.

(Description des sujets du tableau) PORTE-FEUILLE Ichonographique Victor Louis - MDCCCXXVIII 1828

La ville de Bordeaux, protégée par le gouvernement , sous la figure de la Sagesse , fait son offrande à Apollon et aux muses. L'encens fume ; un sacrificateur immole des victimes. Mercure, dieu du Commerce, préside à celui de Bordeaux, indiqué par des vaisseaux , des travailleurs au port, et un capitaine qui tient des nègres à sa suite. Bacchus et ses attributs annoncent l'une des grandes richesses de la Guienne . Le peuple unit ses hommages à ceux de la ville.

Apollon et les Muses agréent la dédicace d'un temple élevé par la ville de Bordeaux. Le dieu tient sa lyre et après de lui, des couronnes de lauriers. Melpomène et Thalie, au-dessous, sont accompagnées de Clio Uranie et Polymnie. A la droite, Therpsicore, Euterpe et Erato rassemblent, en un groupe, les talens qui constituent l'opéra. Calliope est près d'Apollon.

La Garonne, qui prend sa source dans les Pyrénées, verse les eaux de son urne. Des dieux marins s'efforçant d'en arrêter le cours, caractérisent l'effet de la marée sur cette rivière . La Paix plante un olivier sur ses bords ; la Libéralité dispense ses richesses.

Momus, monté sur Pégase, s'élance vers l'Olympe ; il tient sa marotte, symbole de la gaîté ; il en distribue à plusieurs génies, qui les répandent parmi les spectateurs. D'autres se sont chargés des couronnes placées près d'Apollon, pour les distribuer aux auteurs et acteurs dramatiques qui auront mérité l'approbation publique. Les lis et l'aigle perpétuent le passage à Bordeaux, en 1777, les frères du Roi, Monsieur et le comte d'Artois, et de l'Empereur Joseph II. Les lis et l'aigle sont aussi l'emblème de la pureté et de la sublimité, caractères essentiels que doivent avoir les productions dramatiques.

L'Architecture, sur un tas de pierres à demi-taillées, commande à des ateliers de charpentiers et de serruriers. La Géométrie et le Calcul l'accompagnent. La Sculpture, occupée à ciseler le buste du Roi, et la Peinture, présentent à Apollon les instruments de leur art. Le Temple élevé près de la Garonne, est une portion de la façade du Grand-Théâtre de Bordeaux, construit par M. Louis. Des nymphes ayant amassé des fleurs sur les bords de la Garonne, les distribuent aux Ris et aux Jeux, qui décorent de festons ce temple de la gaîtë.


Le plafond Plafond du Grand-Théâtre
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de Jean-Baptiste Robin, peint sur bois dur, en lais jointifs, se trouvait admirablement éclairé, aussi bien que toutes les parties de la salle, au moyen de cinquante réverbères masqués dans la corniche circulaire du dôme, lesquels, réflétant leur lumière en la décomposant, procuraient, par cette heureuse entente, au tableau en raccourci, des effets magiques de clarté et de couleur.
L'œil s'enfonçait, sans fatigue , dans l'espace d'un horizon rationnel et les objets, aux yeux du spectateur placé directement au dessous, saillaient par une illusion qui, peut-être, était autant l'effet de la disposition de la lumière que de la production d'un savant pinceau.

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L'eclairage et ses conséquences sur le plafond

Des craintes réelles ou feintes, sur le danger du feu, engagèrent, par la suite, à abandonner ce système d'éclairage, bien suffisant pour procurer toute la clarté nécessaire , même indépendamment des bougies élégantes girandoles adaptées aux colonnes du pourtour de la Salle. Ces bougies, allumées, donnaient au spectacle un ton convenable d'apparat et de pompe; mais , par suite de l'emploi de cire de mauvaise qualité, elles présentèrent le désagréable inconvénient de couler sur les spectateurs entourant les colonnes, ce qui nécessita leur suppression et entraîna aussi, en même temps, celle des quinquets circulaires de la coupole; on leur substitua, alors, des lustres décorés de cristaux à facettes, dont l'invention était récente et que la mode prescrivait.

Le foyer de chaleur qu'ils procurèrent au plafond de la coupole, força le bois à une retraite, de telle sorte que les joints s'entr'ouvrirent; quantité de ces disjonctions étaient d'au moins six lignes (13 cm environ) et la largeur de plusieurs excédait même cette dimension.

A ce désagréable résultat se joignit l'inconvénient de la fumée, occasionnée par l'emploi d'huile impure qui noircit la détrempe et devint le motif qui détermina l'abandon de cette œuvre. Ce plafond fut rapidement abîmé par la chaleur et la fumée que répandaient les lampes ou réverbères éclairant la coupole. Lors des réparations faites en 1799, Drahonnet fut chargé de la décoration et fit peindre, par Lacour père, un nouveau plafond!!!

Celui-ci, peint à la colle et sur toile, avait une forme de parasol et représentait les neuf Muses et les trois Grâces, le char d'Apollon au centre [voir] Projet de Lacour père pour le plafond du grand théâtre
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les douze signes du zodiaque dans le bas. Il fut payé 5,300 livres à Lacour, qui s'était engagé à commencer les travaux de la pose le 5 avril 1799 et à les terminer le 5 mai de la même année.

Lors des réparations de 1818, un nouveau plafond fut peint par Olivier, il était dans les goûts de l'époque : « La coupole est divisée en seize compartiments tendant au centre et ornés de caissons que séparent des guirlandes de fruits relevées par des attaches d'or; au centre est une rosace très riche d'environ dix pieds do diamètre, formée de plusieurs cercles, un ventilateur y est ingénieusement pratiqué au moyen de palmettes découpées à jour dont se compose le cercle le plus élevé, les autres sont formés de fruits, de branches de lauriers et d'ornements en rinceaux.

Ce plafond fut remplacé en 1832 par une peinture de Vafflard qui se composait de huit motifs architecturaux et huit motifs avec figures de nymphes, dans les divisions des camées sur fond bleu.

Ce n'est qu'en 1854 que le décorateur Despléchin fit reproduire par le peintre Adolphe Delestre le plafond de Robin qui, pour cela, se servit de la gravure de Le Mire.

En 1881, ce plafond fut restauré par MM. Artus et Lauriol qui, pour soutenir la peinture qui s'en allait par plaques, passèrent une couche de collodion.

Le plafond actuel est donc beaucoup plus sombre qu'à son origine, car il a été fortement enfumé par le gaz ; le collodion l'a aussi fait pousser au noir. Mais quelle était la teinte du plafond primitif peint par Robin ? Il est bien difficile de le dire, car ce n'est qu'une copie plus ou moins exacte Comme dessin, et surtout comme coloris.

C’est en 1917 que fut installé le lustre actuel. D’un poids de 1,2 tonnes, il est constitué de cristaux de Bohème et riche de 400 lampes. [Voir ce lustre]


Du portique on passe dans un vestibule majestueux et d'une extrême hardiesse, dont la voûte plate, ornée de belles rosaces, est soutenue par des colonnes cannelées, d'ordre dorique. Dans le fond de cet immense vestibule, se développe, à droite et à gauche, un double et vaste escalier, d'une forme noble et hardie, éclairé par la coupole, et non moins riche de sculpture que d'architecture : il conduit à un second vestibule, soutenu par un péristyle de huit colonnes ioniques, d'où le public se distribue dans les diverses parties de la salle.

Douze colonnes cannelées, d'ordre composite et du plus grand module, élèvent, dans cette salle, leurs chapiteaux dorés jusqu'au en séparant en autant de balcons chaque rang de loges.
Le théâtre, par son immense étendue, répond parfaitement au grandiose de l'édifice, et ne le cède en grandeur à aucun autre théâtre connu. Le jeu des machines s'y exécute avec facilité : on y admire surtout les quatre étages placés au-dessous du théâtre et l'ingénieuse machine qui sert à,exhausser à volonté le plancher du parterre au niveau du théâtre. Au-dessus du vestibule est une belle salle de concert, de forme ovale, distribuée en trois rangs de loges et ornée de belles colonnes cannelées, d'ordre ionique.

Un grand foyer d'hiver, une grande galerie d'été ornée des bustes des grands maîtres de la scène française, deux cafés et divers appartements occupent le reste de ce bel édilice, qui fut construit par les soins de Louis François Armand de Vignerot du Plessis duc de Richelieu, et ouvert, le 7 avril 1780, par la représentation d'Athalie de Jean Racine et au Jugement d'Apollon de Blincourt.

Porte-feuille iconographique de Victor Louis - Par Louis Nicolas Louis - 1828


Restauration du Grand-Théâtre

Rapport présenté par M. Antoine BORDES, au nom de la Commission des Beaux-Arts de la ville de Bordeaux

1799 - Le Théâtre, depuis son inauguration, avait été mal entretenu par les directeurs et le mode d'éclairage surtout avait considérablement abîmé peintures et dorures.

Extrait du rapport concluant à l'urgence de réparations : « Vu le rapport du citoyen Combes, ingénieur-architecte, chargé spécialement, par l'arrêté de l'Administration centrale du 27 thermidor an V (14 août 1797), de la surveillance et de la conservation de l'ëdifice du Grand-Théâtre, dans lequel il expose que la décoration intérieure de la salle, des loges, les colonnes, la corniche, les pendentifs et la coupole peints avec le plus grand soin par d'habiles artistes, produisaient par leur ensemble le meilleur effet ; que cette décoration magnifique conserva tout son éclat tant que la salle fut éclairée par des lustres et des girandoles avec de la bougie, mais qu'une économie mal entendue engagea l'entreprise du théâtre à l'éclairer avec de l'huile de mauvaise qualité et des lampes mal entretenues, dont la fumée a noirci cette décoration en peu de temps, sans qu'il paraisse que les autorités préposées à cette surveillance aient rien fait pour réformer ces abus. »

Il faut rendre justice à ceux qui décidèrent ces réparations, car ils s'efforcèrent de conserver au Grand-Théâtre le style et l'élégance que lui avait donnés son architecte.

Seul le plafond, en trop mauvais état pour être réparé, fut remplacé par un autre peint à la colle et sur toile.

Si ceux qui présidaient aux destinées du Grand-Théâtre en 1799 lui conservèrent son cachet primitif, il n'en fut pas de même des édiles de 1818.

1818 - Les goûts de cette époque n'étaient plus ceux de 1780. l'éclat et l'élégance de la salle nuisaient aux belles dames de ce temps, si nous en jugeons par un article d'Aug. Soulié qui parut dans le Mémorial Bordelais du 10 octobre 1818 : « Les personnes qui se rappellent l'ancienne décoration de cette salle en 1780, disait-il, savent que malgré l'admiration qu'inspiraient, les belles peintures de Robin et ce luxe d'ornements qu'on se plaisait alors à prodiguer, le décorateur encourut le reproche de n'avoir pas toujours pensé à concilier avec les intérêts de l'art les intérêts de ce sexe qui aime à se montrer avec le plus d'avantages possible dans nos grandes Assemblées..... Elles pensèrent que l'éclat des embellissements devait nuire à l'éclat cle leur parure, elles jetaient les hauts cris, accusant publiquement l'artiste de crime de lèse-galanterie...»

« Les administrateurs sages et éclairés qui veillent avec un zèle infatigable à la conservation de nos monuments ont enfin ordonné cette restauration ».

« Un goût à la fois pur et sévère a présidé au choix des dessins qui en faisant ressortir la beauté de l'architecture, lui conservent en même temps cette forme austère qui n'exclut pas l'élégance ».

« La salle est blanche et or sur fond azuré — sur la devanture des loges, des guirlandes de fruits et de fleurs, les chapiteaux sont dorés, l'entablement du paradis, les colonnes et la galerie sont peints en marbre blanc veiné. La dorure n'est prodiguée que dans les parties supérieures, le regard est pour ainsi dire obligé de l'y chercher, tandis que cet ornement est employé avec sobriété là où la profusion eût été défavorable à la parure des dames ».

On avait fait dans la salle un changement important qui était réclamé depuis longtemps, celui d'asseoir les spectateurs du parterre.

1832 - Suppression de la salle des concerts - Voici comment s'exprime l'architecte de la Ville : Cette salle est inutile, elle sert d'école de danse pour les répétitions des ballets et lors des bals on doit la tenir fermée parce que sans cette mesure on favoriserait certaines libertés qu'il est sage de prévenir.

Cette salle sera supprimée. Ainsi disparut, en 1834, un des chefs-d'oeuvre de Louis, pour faire place à une salle de bal. Les peintures de Robin et ses décorations disparurent aussi pour faire place à la peinture à la mode : le faux marbre.

1854 - Ce fut en 1854 que furent faites les réparations importantes. Le goût avait changé, l'on revenait au style de 1780. La salle fut restaurée dans le style que lui avait donné Louis, le plafond de Robin l'ut reproduit. Des salons furent faits pour les loges, les galeries et escaliers desservant la salle furent restaurés et améliorés.

1880 - sous la direction de M. Marius Faget, architecte de la Ville, des travaux de restauration furent faits à l'occasion du centenaire du monument.

1910 - Travaux votés :

- Protection contre le feu par l'extincteur automatique à base d'acide carbonique, système Gouzé
- Construction d'un mur résistant au feu entre la scène et la salle et d'un rideau incombustible
- Réfection des réservoirs d'eau
- Installation des canalisations de lumière éleclrique
- Réfection des appareils d'éclairage électrique
- Restauration des toitures
- Installation du chauffage et de la ventilation par la vapeur à basse pression
- Réfection et réparation de la machinerie
- Allongement de la porte d'entrée des décors
- Réfection des peintures et dorures de la salle
- Réfection du plafond de la salle et des quatre pendentifs
- Réfection à neuf du mobilier et des tentures



Le 7 avril 1880, pour le centième anniversaire de l'ouverture de ce théâtre, considéré par tous les hommes de l'art comme un modèle et où les plus grands artistes sont venus puiser des inspirations, la Société des Architectes de Bordeaux a eu l'heureuse idée de consacrer cette date par une manifestation éclatante d'hommage à la mémoire de son glorieux devancier. Elle a décidé qu'une statue Statue de Victor Louis - Entrée du Grand Théâtre
Sculpteur Amédée Jouandot
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lui serait élevée et elle a ouvert une souscription dans ce but.

C'est un artiste bordelais, Jouandot Jouandot, Jouandot (Amédée), élève de Duret et de Joufîroy, né à Bordeaux le 3 sept. 1833, mort à St-Maurice (Seine) le 9 mars 1884. , qui reçut la commande d'une statue. Qui, selon MEAUDRE DE LAPOUYADE - Auteur de l'ESSAI D'ICONOGRAPHIE de Victor Louis et de La Gironde, du 9 avril 1880 n'est, bien entendu, qu'un mannequin habillé à la mode de Louis XVI, et que l'artiste, dépourvu de toute donnée sur le physique du personnage, a inévitablement gratifié d'une tournure svelte, élégante et le plus « dix-huitième » possible.

Le centenaire de l'inauguration du Grand-Théâtre fut effectivement célébré le 7 avril 1880 au milieu d'une grande affluence de monde. Charles Garnier lui-même, qui s'est tant inspiré de l'oeuvre de Louis pour la construction de l'Opéra, assistait à la fête, qui fut des plus brillantes.


Les photos

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Les escaliers du grand théatre
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LE GRAND THEATRE
L'escalier du vestibule d'entrée
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LE GRAND THEATRE depuis les allées de Tourny
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LE GRAND THEATRE - Intéreur
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© Office de Tourisme de Bordeaux – Photographie : A. Kumurdjlan
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LE GRAND THEATRE
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CPArama, cartes postales anciennes - http://www.cparama.com/
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LE GRAND THEATRE
Fontaine retirée des allées de Tourny dans les années 60
CPArama, cartes postales anciennes - http://www.cparama.com/
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LE GRAND THEATRE
Coupe longitudinale
VICTOR LOUIS - SES TRAVAUX ET SA CORRESPONDANCE - CHARLES MARIONNEAU - 1731-1800
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LE GRAND THEATRE
Le Grand Foyer - Ancienne salle de concert
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LE GRAND THEATRE
Le Plafond du grand foyer
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LE GRAND THEATRE
Photographie E. Labadie 1886
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