bordeauxdecouvertes.fr

Image du palais Gallien

Le palais Gallien

Gallien à Bordeaux

Gallien, qui n'avait que trop respiré l'atmosphère enivrante de Rome, respecta cependant les austères vertus des chrétiens ; il leur accorda le bienfait de la tolérance et une liberté complète. Amolli dans la volupté, assoupi au sein des plaisirs, il regardait d'un oeil tranquille la chute de son empire; il ne fit rien pour arrêter les affreuses calamités qui affligeaient son peuple, rien pour en diminuer les charges, ni pour s'en concilier l'affection, ni pour s'assurer de la fidélité de ses généraux.
Il se mit à parcourir l'Empire comme pour se distraire du bruit de sa chute ; il vint à Bordeaux, et croyait, comme à Rome, que le peuple était moins soucieux de ses droits qu'amoureux de plaisirs ; il y fiL jeter les fondements des arènes qui, depuis le XIIIe siècle, portent encore le nom de Palais-Gallien.

Pendant le séjour que fit Gallien dans nos contrées, vers l'an 258, la paix de l'Aquitaine fut troublée par une désastreuse incursion des Franks , sous la conduite d'un chef redoutable , Chrok, fils d'une fée druidique. Comment faire, dit-il à sa mère, en partant, pour assurer mon immortalité?
« Partez, dit-elle, pour le pays de Burdigala, tuez tous les romains, démolissez leurs monuments, brûlez toutes leurs villes. » Il se conforma au conseil de la vieille fada ; et après avoir dévasté tout, jusque sous les murs de Burdigala, il fut repoussé avec succès et poursuivi avec acharnement par les troupes de Gallien, qui était alors dans nos murs. C'est le plus grand, le seul service, peut-être, que cet empereur efféminé ait rendu aux Burdigaliens. Ses arènes n'ont jamais servi aux amusements du peuple ; sans elles, son nom y serait oublié.


Les arènes Le Palais Gallien
Gallien s'écrit avec 2 "L" - Galien était un médecin Grec
MIME type: image/webp
L'Amphitheastre dit le palais de Gaillian L'Amphitheastre dit le palais de Gaillian, près la ville de Bordeaux / Par C. Chastillon
Auteur : Chastillon, Claude de (1559-1616).
MIME type: image/webp


Ce monument auquel, dans un siècle d'ignorance, on donna le nom de Palais, mais que des titres du moyen-âge désignent sous celui d'Arènes, répond par sa fabrique au temps de l'empereur dont il porte le nom. Son appareil en petites pierres carrées, ses assises régulières, ses lignes de niveau très rapprochées, ses pilastres et leurs chapiteaux, le genre de construction des voûtes, des cintres, des architraves, où l'on voit constamment alterner la brique et la pierre : tous ces caractères appartiennent au siècle de Gallien. L'amphithéâtre de Bordeaux, appelé le palais Gallien, porte ce nom parce que l'on commença a le construire sous cet empereur.

Le nom qu'il portait à l'époque était las arenas (les arènes).

Il ne fût jamais achevé.

Comme presque tous les amphithéâtres romains, celui de Bordeaux avait une forme elliptique; ilétait composé de six enceintes, en y comprenant celle de la spacieuse arène où se donnaient les combats. Sa longueur et sa largeur ont été diversement mesurées par les archéologues. Vinet lui donne, d'une porte à l'autre, 370 pieds de long sur 230 de large M. de La Bastie, que nous venons de citer, y a trouvé, d'après le dessin qu'il en donne et l'échelle mise au plan, 65 toises 2/3 , ou 394 pieds de longueur sur 52 toises 1/3, ou environ 314 pieds de largeur. Don Devienne dit que l'arène avait 238 pieds dans son grand diamètre, et 168 dans son petit. De nos jours, M. Jouannet lui donne pour véritables les dimensions suivantes: 135 mètres et 113 pour les deux diamètres de l'ellipse hors oeuvre. Le premier pourtour avait 5 pieds d'épaisseur et 62 d'élévation, ainsi que le second; les pourtours des autres enceintes allaient en diminuant de hauteur et d'épaisseur; la plus grande enceinte avait 21 pieds 1/2 de largeur, et les autres 11.

Ce gigantesque monument, qui pouvait contenir 15,000 individus, se composaitde murs en blocage, revêtus extérieurement de petites pierres dures et taillées, dont les dimensions en hauteur sont constantes, mais varient pour la largeur ; c'était 10 centimètres d'épaisseur sur 34 de longueur. Ce parement était entrecoupé tout autour, à la hauteur de 80 centimètres, de cordons de briques, dont le rouge foncé contrastait singulièrement avec la teinte grisâtre de la pierre. Les cintres des arcades étaient formés de pierres cunéiformes, alternant avec des briques posées de champ. Le ciment est encore aujourd'hui dur comme la pierre, et résistera longtemps à l'action dissolvante des éléments et du temps ; l'homme seul a profané et dégradé ce beau monument du génie romain.

Aux deux extrémités du grand diamètre de cette construction ovoïde, s'ouvraient deux portes principales, par lesquelles ou arrivait à l'arène. Ces portes avaient 28 pieds de hauteur sur 18 de largeur. Outre ces grandes entrées, il y avait trente-quatre portiques dans le pourtour extérieur, qui pénétraient à travers les autres pourtours, à de certaines distances les uns des autres, jusque dans l'intérieur ; c'est par ces passages qu'on arrivait aux escaliers, et par eux dans toutes les parties supérieures.

Au rez-de-chaussée, régnaient deux galeries, l'une entre la sixième et la cinquième enceinte, et l'autre entre la cinquième et la quatrième ; elles étaient au niveau de tous les arcs de la première enceinte, par lesquels on y entrait; il y avait deux autres galeries à peu près égales à l'étage supérieur ; mais elles étaient plus basses, à cause des sièges qu'elles aidaient à supporter, et qui allaient en diminuant ; celles-ci faisaient le tour de l'amphithéâtre ; celles du premier étage étaient coupées par les murs, qui, partant des grandes portes aux extrémités de l'ovale, aboutissaient àl'enceinte de l'arène.

Ces galeries, comme nous l'avons fait observer, étaient traversées par trente-quatre portiques ou ouvertures, qui perçaient les pourtours depuis la première arcade de l'enceinte extérieure jusqu'à la galerie la plus basse, qui était entre la quatrième et la troisième enceinte, à laquelle ils aboutissaient tous ; mais de ces portiques, il yen avait dix, ou, selon d'autres, douze (cinq ou six de chaque côté), qui, passant au delà de la troisième et même de la deuxième enceinte, pénétraient jusqu'à la muraille qui entourait l'arène ; c'était, comme nous l'avons dit plus haut, au moyen de ces portiques qu'on arrivait, par des escaliers, aux sièges des spectateurs.

Au dedans, on voyait des trous tout le long des enceintes et au-dessus des arceaux des portes; M. de La Bastie en a conclu que les galeries des étages supérieurs et les sièges des spectateurs étaient posés, non sur des voûtes, mais sur des planchers supportés par de grosses poutres qui allaient d'une enceinte à l'autre. M. de Caumont n'adopte pas cette opinion, mais n'avance rien d'assez concluant pour l'infirmer ; car à quoi auraient servi ces trous ? A l'échafaudage des maçons ; mais, dans ce cas, pourquoi n'en voyait-on pas à l'extérieur de la première enceinte? Ils seraient d'ailleurs beaucoup plus rapprochés. Il paraît en outre évident qu'ils étaient de bois, car les murs et les planchers n'auraient pas pu les supporter s'ils avaient été en maçonnerie.

Vu à l'extérieur, le monument avait un aspect imposant ; il présentait aux regards deux étages surmontés d'un attique d'une élévation de 21 mètres. Des deux principales entrées de ce beau cirque, il n'en existe plus qu'une. Sur les deux côtés sont des pilastres, qui sortent hors-d'oeuvre d'environ trois pouces, et dont les chapiteaux supportent une espèce d'architrave.

Au second étage, il y avait, au-dessus de chaque grande porte, une arcade, ou grande fenêtre, avec deux niches, une de chaque côté, d'une égale grandeur, et ayant 18 pieds de haut sur 4 de large; elles étaient décorées de pilastres latéraux qui soutenaient une architrave maçonnéede briques. Au-dessus, il régnait une corniche ornée de modillons, avec des consoles que le temps a défigurées; un attique couronnait tout l'édifice.

Il est difficile, aujourd'hui, de déterminer l'ordre d'architecture suivi dans cette grandiose construction. On a cru que la partie inférieure était du style toscan, et les pilastres de l'étage supérieur, du dorique. On s'est servi de briques pour figurer les moulures et les saillies des entablements, ainsi que les chapiteaux des pilastres. Ce cirque, aussi remarquable que ceux qu'on voyait ailleursen France, fut commencé vers le milieu du IIIe siècle, sous Gallien, dont il a gardé le nom ; mais il paraît certain, comme nous l'avons déjà remarqué, qu'il n'a jamais servi aux amusements populaires. Le sixième mur, qui devait clore l'arène, n'a jamais été achevé ; on en a trouvé seulement les fondements. Quelle peut être la cause de son interruption? Très-probablement, l'horreur que le christianisme inspirait à ses néophites pour les combats des gladiateurs et des animaux. Les conciles ont toujours défendu les dangereuses et immorales exhibitions des arènes; le concile d'Arles est explicite à cet égard; tel était aussi le sentiment des Pères sur ces spectacles des païens. Don Devienne en attribue l'interruption à l'invasion des Barbares, qui s'emparèrent de nos contrées.

Selon la croyance populaire, il y a des trésors enfouis dans ces vieilles arènes. Ces idées étaient si généralement répandues, qu'en 1626, le 13 mai, un cabaretier de Bordeaux, nommé Jarisse, présenta une requête aux jurais conçue en ces termes :

« Prennent la liberté de vous représenter, MM. Louis Jarisse, cabaretier, rue des Capérans, et quelques consors qu'il a, qu'ayant appris, par le bruit public, que les masures du Palais renferment différentes choses depuis un temps immémorial, inutiles à la société humaine, comme or, argent monnayé et autres vaisselles d'orfèvrerie, ils souhaiteraient d'y travailler pour tâcher d'en faire la découverte ; ce qu'ils n'ont cependant pas voulu faire, qu'au préalable, ils n'en aient obtenu la permission des supérieurs. C'est pour cet effet qu'ils viennent vous prier gracieusement de leur accorder la permission de faire les creusements et fouillements nécessaires pour cela, à l'exclusion de toutes autres personnes qui, peut-être, dans la suite, pourraient s'emparer de leurs découvertes, faisant en même temps défense et inhibition à qui que ce soit de s'immiscer ni les molester dans leurs travaux, sous la soumission qu'ils font de ne porter préjudice ni aux murs, ni aux bâtiments. et, en cas de réussite, de payer un certain quantum soit à la ville, soit aux pauvres.
Bordeaux, 13 mai 1626.


On ignore quelle a été la réponse des jurats à ce singulier chercheur de choses inutiles à la société humaine, comme argent monnayé, et qui pourraient bien être très-utiles au cabaretier Jarisse de la rue des Capérans.

Dans le XVIIe et au commencement du XVIIIe siècle, on voyait, dans l'intérieur de ce monument, des huttes où se réfugiaient les personnes de mauvaise vie. Quand Zinzerling vint visiter ces ruines, on le regarda comme un homme qui cherchait des mauvais lieux. Le Parlement même, jusqu'en 1786, reléguait les filles de mauvaise vie dans le voisinage de ce vieux monument. Jusqu'alors, la rue Saint-Fort s'appelait, par la même raison, rue Putoye.

On fit plus tard des fouilles dans ces vieux murs : un rapport des intendants de maçonnerie, en date du 6 mai 1631, « parle d'une excavation de 60 pieds de longueur et de 10 de profondeur joignant les grands murs. Il fait mention de la démolition de piliers et d'arcs-boutants qui servaient de soutien et défense au grand corps de murailles. Et de plus, ajoute le rapport, avons vu qu'un sieur Mathieu Boudaney a fait démolir, entre les arceaux, les murailles qui servaient d'empâtement pour les fortifications des arceaux, ce qui sera cause que les murailles en recevront, à l'avenir, chute et ruine. Ce Boudaney était-il l'associé de Jarisse le cabaretier? Nous n'en savons rien.

En 1690, les jurats, par acte du 1er septembre, concédèrent une partie de ces arènes, à titre de fief nouveau, à deux bouchers, Arnaud Larrieux et Martin Roux, pour y établir des parcs, abattre des boeufs, etc.. etc..

En 1745, M. de Tourny proposa d'y établir une maison de force; mais ce projet n'eut pas de suite.

En 1772, on n'y distinguait plus que les deux grandes entrées à l'est et à l'ouest; cette dernière existe encore.

En 1774, le terrain et les ruines furent donnés à M. Desbaultois, pendant vingt années, pour y remiser des fiacres dont il dirigeait l'entreprise générale. Il paraît que Deshaultois ne fut pas heureux dans son entreprise ; car, en 1777, un sieur Thivent, négociant de Bordeaux, demanda l'autorisation de transporter dans ces intéressantes arènes le spectacle d'un combat d'animaux. Il paraîtrait, d'après un plan du lieu, que ce nouveau spéculateur aurait démoli quelques parties de l'édifice pour construire un amphithéâtre et des loges.

Le chapitre de Saint-Seurin prétendit avoir certains droits sur ces ruines ; mais en 1779, Necker en réclama la propriété au nom du gouvernement, pour y établir un dépôt de poudres et de salpêtres.

De nos jours, l'administration fait tout ce qu'elle peut pour maintenir ces vieux murs dans un état convenable de conservation.

Pendant la guerre civile de la révolution, le Palais-Gallien a subi plusieurs métamorphoses ; il devint le refuge des troupes des divers partis. En 1792, on crut devoir le démolir ; l'ordre en fut donné, et la démolition poursuivie avec un acharnement incroyable. Les terroristes n'avaient pas besoin de souvenirs; l'histoire leur pesait ; mais l'argent était rare, et il en fallait à ces singuliers patriotes ; on renonça donc à cette oeuvre de vandalisme, qui coûtait beaucoup sans rien rendre.

En 1795, on vendit le terrain pour y construire des maisons, et, grâces à la rage révolutionnaire des sans-culottes de 1793 et à la cupidité des acquéreurs de 1795, les arènes allaient totalement disparaître sans la généreuse intervention de M. Thibaudeau, préfet de la Gironde ; par un arrêté du 17 août 1800, ce magistrat fit suspendre les travaux de démolition, dans l'intérêt des arts et pour l'honneur de la ville ; il chargea la municipalité de veiller à la conservation de ce monument, que les étrangers éclairés qui passaient à Bordeaux allaient visiter avec empressement.

En démolissant un pan de muraille de cet amphithéâtre, on a trouvé le quatrain suivant, écrit sur une brique par deux voyageurs :

Ces superbes romains voulaient que chaque ouvrage,
Etonnât l'univers et en défiât le temps,
Dans ces murs, échappés au ravage des temps,
De leur vaste pouvoir nous retrouvons l'image.

Les Photos

Ruines du Palais Gallien Ruines du Palais Gallien
MIME type: image/webp
Ruines du Palais Gallien Ruines du Palais Gallien
MIME type: image/webp
Ruines du Palais Gallien Ruines du Palais Gallien
MIME type: image/webp
Ruines du Palais Gallien Ruines du Palais Gallien
MIME type: image/webp

Ruines du Palais Gallien Ruines du Palais Gallien
MIME type: image/webp
Ruines du Palais Gallien, empreinte sur la ville title= Ruines du Palais Gallien
Empreinte sur la ville
MIME type: image/webp
Ruines du Palais Gallien Ruines du Palais Gallien
MIME type: image/webp
Ruines du Palais Gallien Ruines du Palais Gallien
MIME type: image/webp

arenes_Small.webp Ruines du Palais Gallien
MIME type: image/webp
Ruines du Palais Gallien Ruines du Palais Gallien
MIME type: image/webp
Gallien7_Small.webp Ruines du Palais Gallien
MIME type: image/webp
Ruines du Palais Gallien Ruines du Palais Gallien
MIME type: image/webp

Ruines du Palais Gallien Ruines du Palais Gallien
MIME type: image/webp
Ruines du Palais Gallien Ruines du Palais Gallien
MIME type: image/webp
Ruines du Palais Gallien Ruines du Palais Gallien
MIME type: image/webp
Ruines du Palais Gallien Ruines du Palais Gallien
MIME type: image/webp

Ruines du Palais Gallien Ruines du Palais Gallien
MIME type: image/webp
Ruines du Palais Gallien Ruines du Palais Gallien
MIME type: image/webp


Plus de Photos

Plus de photos sur Wikimedia commons : Amphithéâtre de Bordeaux



Si vous souhaitez me transmettre un message ou un commentaire, vous pouvez utiliser le formulaire ci-dessous.