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Les piliers de Tutelle

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Droits : Bibliothèque municipale de Bordeaux
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Les piliers de Tutelle était un autel antique (du nom de la déesse Tutela protectrice de la ville). L'inscription de cet autel annonce qu'il a été consacré à l'empereur Auguste et au génie tutélaire de la cité des Bituriges-Vivisques.

C'était un édifice situé sur le penchant d'une colline, entre la porte Médoc et la maison Daurade (à la place du grand théatre), bâti de grandes pierres dures et blanches. Il formait un carré de 3o mètres de long sur 11 de large, il était construit avec de longues pierres dures et blanches, selon l'expression d'Ausone. Il possédait un soubassement sur lequel s'élevaient des colonnes cannelées, d'ordre corinthien, supportant une architrave qui formait saillie au droit de leur axe et qui recevait extérieurement et intérieurement 44 cariatides de 3,32 mètres de hauteur; à l'aplomb du fût des colonnes, paraissaient des atticurgues couronnées d'impostes où reposaient les cintres et archivoltes; entre celles-ci, on remarquait un motif d'ornement à figure sphérique avec gorge et culot.

L'extérieur du stylobate présentait un double motif et au pourtour régnaient deux corniches et plinthes; sur plusieurs laces, des jours et des entrées étaient pratiquées et donnaient dans un long espace de 3 mètres de hauteur, couvert en maçonnerie et semblable (ditDom Devienne) au ciel d'une carrière.

Vingt-une marches conduisaient sur le soubassement. Au milieu de l'édifice, l'on voyait un autel de marbre gris en un seul bloc de 1,32 mètre sur 65 cm sur 55 cm , décoré de symboles. L'on y distinguait sculptés un préféricule ou vase des sacrificateurs, une patère, bassin figurant dans son centre l'image d'un génie ailé, une couronne de chêne garnie de bandelettes.

Le plancher était plat et n'était point soutenu par la coupe des pierres, mais par l'épaisseur du massif qui avait plus de douze pieds. Le plancher était fait comme le ciel d'une carrière.: il paraissait que les murs d'alentour ayant été bâtis, on avait laissé la terre en dedans à la hauteur que devait avoir le plancher; que sur cette terre on avait jeté le mortier et les pierres dont on avait rempli le reste jusqu'au haut, et que le massif étant sec, on avait ôté la terre de dessous. On montait sur l'aire où les colonnes étaient placées, par un perron de vingt-une marches. Ces colonnes avaient quatre pieds et demi de diamêtre, et étaient distantes de sept piedsl'une de l'autre; elles étaient canelées et composées de plusieurs assises ou tambours de deux pieds de hauteur. On avait distribué, soit en dedans, soit en dehors de cet édifice, quarante-quatre Cariatides qui avaient chacune dix pieds de hauteur. On présume que ce bâtiment était appelé les piliers deTutèle, parce qu'on l'avait consacré au Génie ou Dieu tutélaire de la ville, et que l'appartement intérieur était un grenier public, comme autrefois le Pritanée chez les Athéniens. Les ravages du temps et les révolutions qu'éprouva la ville, dégradèrent insensiblement les piliers de Tutelle. Il ne restait plus que dix-huit de ces piliers dans le seizième siècle du temps de Vinet. Cet édifice s'étant trouvé, dans l'espace qui devait servir d'esplanade au château Trompette que Louis XIV venait de faire rebâtir, on commença à l'abattre le premier février 1677. Les pierres qu'on en tira servirent pour le parapet du château.

Lorsqu'on creusa des fondements du grand théâtre, qui s'élève sur le même emplacement que cet antique édifice, on trouva dans une crypte, une pierre sépulcrale portant cette inscription :

TUTELÆ AUG.
LASCIVUS. CANIL.
Ex Voto
L. D. Ex D. D.


Ce qui signifie: Lascivus Canilius met sous la garde d'Auguste, ce lieu donné par un décret des Décurions.

Les lettres initiales L. D. Ex D. D., signifient que le sol pour bâtir le Temple, fut assigné par un Décret des Décurions de la ville. Locus datus ex Décréta Decurionum. Cela prouve que la ville de Bordeaux jouissait du droit de Colonie romaine et qu'elle avait adopté le culte de la Divinité Tutelle

Au milieu du temple, était placé l'autel et qui est un des plus anciens monuments des Gaules.
Cet autel, fait d'une seule pièce, de marbre gris, a 4 pieds de hauteur, 2 de longeur et 20 pouces de largeur. Sa ressemblance est parfaite avec les autels qu'on voit dans les recueils d'antiquités romaines.
Il supporte deux faisceaux de laurier. Sur un de ses côtés est le Guttus des sacrificateurs, sur l'autre une patère, offrant la figure d'un génie ailé. Une des grandes faces présente une couronne de chêne, ornée de bandelettes sacrées ( Lemnisci ).
Ces divers objets sont très-bien sculptés. Le quatrième plan de cet autel est chargé de l'inscription suivante, gravée en beaux caractères ronds :

AUGUSTO. SACRUM. ETGENIO. CIVITATIS. BITUR. VIVISC.

Cette inscription confirme ce qu'annoncent les emblêmes qui décorent cet autel, c'est-à-dire, qu'il était consacré à Auguste et destiné aux sacrifices solemnels fait en son honneur.

Ce Temple subsistait encore presqu'en son entier, quand Louis XIV, en février 1677, le fit détruire pour donner de l'étendue à l'esplanade que ce Prince fit faire devant le Château Trompette.

Ce qui donna occasion aux vers qui furent imprimés dans le Mercure de Mars 1702.

Pourquoi démolit-on ces colonnes des Dieux,
Ouvrage des Césars, monument tutélaire ?
Depuis plus de mille ans que le temps les révère,
Elles s'élevaient jusqu'au cieux,
Il faut que leur orgueil cède à la forteresse,
Où Mars pour nous veille sans-cesse,
Son redoutable mur, édifice royal,
Et Vauban ne doit point souffrir de rival.


Image de fin de paragraphe

Description de ce monument, conservée par Perrault, dans ses Commentaires sur Vitruve.

« Cet édifice était,au penchant d'une colline, sûr laquelle est située la partie de la ville de Bordeaux, qui descend vers la Garonne où est le port.

Il estait bâti de grandes pierres aussi dures et aussi blanches qu'est notre liais. Sa figure était un carré oblong de quinze toises de long sur onze de large, et sur vingt deux pieds de haut, sur lequel vingt-quatre colonnes étaient posées ; huit aux grandes faces et six aux petites. Ce quarré, qui était comme une base ou stylobate continu, était presque tout solide de maçonnerie; revêtu en dehors de grandes pierres taillées et rempli par dedans de moellons jetés à l'aventure dans du mortier ; n'y ayant de vide que pour une cave qui était au bas, dont la voûte ou le plancher n'avait pas plus de neuf pieds de haut. Ce plancher était tout droit et tout plat, et n'était point soutenu par la coupe des pierres, mais par l'épaisseur du massif, qui avait plus de douze pieds, estant selon la manière dont les anciens faisaient leurs planchers, qui avaient ordinairement, sans compter les poutres et les solives plus de deux pieds d'épaisseur, ainsi que Vitruve l'enseigne au premier chapitre du septième livre. Ce plancher, par dessous, estait fait commele ciel d'une carrière; et il paraissait que les murs ayant été bastis, on avait laissé la terre en dedans à la hauteur que devait être le plancher; et que sur cette terre; on avait jeté le mortier et les pierres, dont on avait rempli le reste jusqu'au haut, et que le massif étant sec; on avait oté la terre de dessus. Celte sorte de plancher, de même que les autres que Vitruve décrit, pourraient être appelés des planchers fusils, étant faits d'une manière coulante que l'on jette comme au moule.

Ce stylobate continu était double, y en ayant un posé sur un autre; et il y a lieu de croire que celui de dessous estait pour gagner la hauteur de la pente de la colline, et que le second commençait au droit du rez-de-chaussée de l'entrée de manière qu'on montait sur l'aire où les colonnes étaient placées par un perron de vingt-une marches.

Les colonnes avaient quatre pieds et demi de diamètre, et n'étaient distantes l'une de l'autre que de sept pieds, ce qui fesait que leur disposition approchait du genre pycnostyle. Elles étaient cannelées et composées de plusieurs assises ou tambours de deux pieds de hauteur : ces tambours, de même que tout le reste des pierres taillées, étaient posés sans mortier et sans plomb, en sorte que les joints étaient presque imperceptibles. La plupart des bases n'étaient que commencées à tailler. Les cannelures sous l'astragale du haut de la colonne n'étaient point en manière de niche, comme elles sont ordinairement, mais elles avaient une figure toute contraire ainsi que l'on peut remarquer dans la planche où tout cet édifice est fidèlement représenté en l'état qu'il était quand on l'a abattu, à la réserve des coins des tailloirs avec les volutes et de quelques-unes des feuilles des chapiteaux qui étaient rompues. Les chapiteaux étaient selon la proportion que Vitruve enseigne : n'ayant pas plus de hauteur que le diamètre du bas de la colonne, ils estaient aussi, selon Vitruve, taillés à feuilles d'acanthe. L'architrave était composé d'un sommier posé sur chaque, colonne et d'un claveau au milieu appuyé sur deux sommiers. Cet architrave faisait un ressaut d'environ six pouces au droit de chaque colonne pour soutenir des cariatides en bas-relief, de dix pieds de hauteur, adossées contre les pieds droits des arcades qui estaient au-dessous de l'architrave à la place de la frise. Les cariatides avaient la tête sous les impostes des arcades et au droit de chaque cariatide, au-dessus de l'imposte, il y avait un vase dont le pied était en pointe comme les urnes où les anciens mettaient les cendres des morts.

Ces arcades soutenaient un autre architrave pareil au premier, au-dessus duquel il n'y avait rien, Le dedans de même que le dehors, était garni de cariatides qui estaient au nombre de quarante-quatre, parce qu'il ne pouvait y en avoir en dedans au droit des colonnes des angles.

Des vingt-quatre colonnes de cet édifice, il n'en restait que dix-sept, et il paraît, par la figure d'Helias Vinetus, que de son temps, il y a environ vingt-six ans, il y en avait encore dix-huit.

Deux des colonnes de la face qui regardait sur le port, au droit de la citadelle, estaient fort endommagés des coups de canon qui avaient emporté, en quelques endroits jusqu'au quart d'un tambour, sans les avoir pu abattre, ce qui fait connaître combien le pouvoir que le temps a de ruiner insensiblement les choses, a plus de force pour les détruire que n'en ont les autres forces, qui pour le même effet, agissent avec violence. »



Les photos

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