Icon

La place de la bourse

À l'origine place Royale ou place Louis XV
Réalisée sous les intendances de Boucher et Tourny
Par les architectes du roi Jacques Gabriel et son fils Ange-Jacques Gabriel
La première brèche dans les remparts du Moyen Âge
Bordée par deux pavillons symétriques : le palais de la Bourse et l'hôtel des douanes...

Place de la bourse - Place Royale ou Place Louis XV

Préambule

Place de la bourse et le miroir d'eau Place de la bourse et le miroir d'eau
MIME type: image/webp

Separator21.png

La création d'une place sur le port, réalisée de 1730 à 1755 par les intendants Boucher et Tourny, est un fait considérable dans l'histoire de la transformation profonde qui fit de Bordeaux, au XVIIIe siècle, une ville moderne et une ville d'art. C'est par elle que s'ouvre cette histoire. La Place Royale fut la première brèche faite aux enceintes successives qui, depuis quatorze siècles, étreignaient Bordeaux. A l'idée médiévale de la ville close, elle fit succéder l'idée moderne de la ville ouverte.

Separator2.png

Au milieu du dix-huitième siècle, Bordeaux conservait encore les formes gothiques qu'elle avait dans le temps où elle était passée sous la domination française. Les richesses dont le commerce était parvenu à la doter depuis n'avaient nullement servi à appeler dans ses murs les arts qui décorent les cités de nouveaux monuments et qui élèvent des habitations agréables aux citoyens auxquels la fortune permet de connaître le luxe.

Quelques parcelles de ces richesses, récemment appliquées à des travaux publics, avaient seulement contribué à faire ressortir l'aspect mesquin de Bordeaux.

L'enceinte de cette ville était circonscrite, du côté opposé au port, par des murailles crénelées et par d'anciennes tours, au pied desquelles s'élargissaient des fossés baignés d'eaux bourbeuses, ou remplis d'immondices. Ces espèces de fortifications, démantelées pour la plupart, rappelaient les déplorables temps des discordes civiles, et prévenaient défavorablement contre l'intérieur de la ville. Aucune avenue riante ne se présentait à ses abords pour aider, par des routes commodes, ses communications avec la campagne environnante.

Du côté de la rivière, on voyait adossées aux murs de la ville, dans toute l'étendue du port, de petites maisons de la plus chétive apparence, et dont les moins anciennes ne se prolongeaient pas même sur la ligne doucement courbée que la Garonne dessine au-devant. Les murs de clôture, dans leur circuit d'une lieue, étaient percés d'issues étroites dont le nombre se trouvait hors de proportion avec le mouvement d'une grande et active population. On ne pénétrait dans Bordeaux que par quatorze portes. Elles se trouvaient flanquées de vieilles tourelles, dont quelques-unes, accompagnées d'ouvrages avancés et de ponts-levis, ressemblaient aux entrées menaçantes d'une antique forteresse. La construction du plus récent de ces espèces de donjons appartenait au seizième siècle.
L'intérieur de la ville correspondait à ses bizarres dehors. Il était silloné de rues étroites, sinueuses et dont les inégalités du sol en rendaient la circulation dangereuse. Les maisons qui bordaient ces rues étaient toutes de la plus choquante construction et offraient à ceux qui les occupaient des demeures aussi incommodes que malsaines. Celles qui appartenaient à des habitants aisés se distinguaient à peine de celles où de nombreux ménages étaient entassés. Les habitations des personnes de distinction se faisaient remarquer par un plus grand délabrement et leurs possesseurs semblaient regarder la vétusté de leurs hôtels comme une preuve héraldique de l'ancienneté de leurs familles.

On trouvait des rues entières dont la maison la plus récente portait des signes visibles qu'elle avait trois siècles d'existence. Deux voitures ne pouvaient passer ensemble dans une grande partie des rues. Au milieu des plus larges, on trouvait souvent des puits publics (*) qui y gênaient la circulation : ils tenaient lieu de fontaines autrefois peu communes et qui sont encore trop rares.

(*) Comme dans les rues Sainte-Eulalie, des Minimes, du Loup, des Lois, du Puits des Cazeaux, de Bagne-Cap, du Maucaillau et sur les fossés des Tanneurs et des Carmes.

Le dénûment des édifices publics à Bordeaux était remarquable car ceux que cette ville possédait étaient dans un état de dégradation qui nécessitait leur prompte reconstruction ou étaient devenus insuffisants pour servir à leur destination, à l'exception des bâtiments consacrés au culte, qui, seuls, étaient bien entretenus.
Il n'y avait point de logement particulier pour le gouverneur de la province. Il habitait l'hôtel de la mairie, situé alors rue Porte-Dijeaux.

L'ancien Hôtel de Ville, établi sous Henri III le 13 juillet 1235, menaçait ruine ; une partie même était abandonnée et ce bâtiment le fut entièrement pour l'ancien collége de Guienne, lorsque ce dernier établissement fut réuni au collége de la Magdeleine, pour n'en former qu'un seul, en 1772. Le palais dans lequel siégeait le parlement était occupé par les tribunaux du sénéchal et de l'amirauté. Les prisons civiles et criminelles, qu'on voyait dans ce même palais, étaient trop resserrées et peu sûres. L'atelier monétaire et le bureau des trésoriers de France partageaient avec la juridiction consulaire et la chambre de commerce le même local, qui pouvait à peine suffire aux réunions journalières des négociants de cette place. D'autres établissements publics occupaient des logements particuliers, tels que le tribunal des eaux et forêts, celui des traites et ports, l'administration de la marine, le corps de l'université, la douane et le bureau des postes.

La partie la plus essentielle, la plus remarquable de Bordeaux, celle que l'étranger examinait davantage et dont l'habitant ainsi que l'administration s'occupaient le moins, quoique ce fût la source de la prospérité de cette ville : le port, n'avait pas encore ajouté à sa beauté naturelle aucun ouvrage d'art qui servit soit à décorer son magnifique hémicycle, soit à y établir les commodités que nécessitent les mouvements d'un grand commerce maritime et territorial. La rade de Bordeaux , malgré le grand concours de navires français et étrangers qu'on y voyait, était dépourvue de quais propres, commodes et nécessaires, pour faciliter le prompt transport des marchandises qui étaient l'objet des voyages de ces navires. Deux simples cales (de la Douane et des Salinières) avaient été construites pour l'abordage dans le port. Le restant de son étendue offrait un sol inégal et couvert de vase, qui n'était accessible que lors des hautes marées.

Si la Garonne était un autre pactole pour cette ville, on peut dire que l'or qu'elle y apportait était recueilli au milieu de la boue qui couvrait ses rives. Il y a plus: les richesses que le commerce y faisait affluer n'étaient point appliquées à des travaux publics ou particuliers qui vinssent contribuer à embellir la ville. Elle avait besoin de rencontrer un administrateur éclairé , inspiré par le goût du beau et par l'amour du bien public, qui vint apprendre à ses habitants à faire un noble usage de ces mêmes richesses et qui forçât en quelque sorte ceux qui en étaient possesseurs à en jouir, seulement en se dégageant des langes de la barbarie, dans lesquelles l'indifférence et d'anciennes habitudes les retenaient enveloppés.

A la fin du XVe siècle, un effort avait été fait pour créer dans ce mur une entrée de ville plus aimable et plus accueillante que les vieilles portes rébarbatives, surmontées ou flanquées de tours. La porte du Calhau, monument commémbratif de l'expédition de Naples, avec ses clochetons légers, ses fenêtres sculptées, son écusson aux armes de France, ses statuettes de saint Jean, de Charles VIII, du cardinal d'Épinay, fut, comme l'a dit Camille Jullian, « le premier essai d'une façade sur la rivière et d'un vestibule royal ». L'idée fut reprise en 1558 par Jean de La Salle, « capitaine ordinaire et pensionnaire du Roy au faict de la marine », qui proposa aux jurats de « faire un quay devant la porte de l'Ombrière », lequel « quay faict fortifiera et embellira la dicte ville... ». On ne l'écouta pas, mais, au début du XVIIe siècle, au lendemain du séjour que Louis XIII fit à Bordeaux à l'occasion de son mariage, les jurats décidèrent la construction, devant la porte du Chapeau-Rouge, d'un quai qui fut achevé en 1617, puis d'un second l'année suivante, entre les portes des Salinières et de la Grave.

Le zèle des jurats se refroidit vite... Les travaux ne furent pas faits solidement et le 13 mars 1632, on constata que le quai des Salinières était miné en divers endroits et les marches usées. La négligence et l'abandon étaient d'ailleurs la règle sur tout le port. La même année, plusieurs particuliers proposèrent aux jurats d'entretenir à leurs frais « l'espace vuide qui estoit contre les murs de la ville puis la porte des Paux jusques à l'estey des Anguilles, estant remply d'immondices... ».

Le 28 avril 1632, les jurats le leur permirent et aliénèrent ce terrain en les autorisant à y construire « des choppes de bois de la hauteur de six pieds seulement, à condition de n'y tenir point de cabaret et de payer vingt sols par pied de rente à la ville ». C'est l'acte de naissance des échoppes adossées à l'extérieur du mur de ville et qui furent démolies lors de la construction de la Place Royale.

Au début du règne de Louis XIV, les jurats semblent un instant reprendre conscience de leur devoir. Le 12 avril 1663, ils délibèrent qu'il sera fait « un grand quay depuis la porte du Palais jusqu'à la tour du Luc Majour, rehaussé de terre et revêtu de pierre, le long des murs de la ville... que, dans cet espace, il seroit donné des places pour y bâtir des échopes et boutiques, pour les droits d'entrée être employés aux fraix qu'il conviendroit faire et augmenter les rentes de la ville ; qu'ensuite ce quay seroit continué depuis la tour du Luc Majour jusques à la porte Despaux, où il seroit fait des promenades garnies d'arbres ; qu'on employeroit pour cet ouvrage l'argent qu'on pourroit retirer du corps de la Bource et de la libéralité des particuliers ».

Cette délibération contient en germe l'idée du quai de la Place Royale que réalisera Gabriel. Le souci de l'agrément et du décor urbain s'y fait jour dans le projet d'une plantation d'arbres entre la porte des Paus et la tour de Luc-Majour. Mais ce ne fut là qu'une velléité sans lendemain. Les jurats, après cet effort, retombèrent dans leur inertie. En vain, à trois reprises, en 1664, en 1665, en 1669, l'intendant Claude Pellot les secouera rudement, leur proposant d'établir un quai, d'abord le long du Château-Trompette,puis de la Manufacture à Bacalan. Il se heurta à une opposition irréductible ; découragé, il écrivit à Colbert : « Il faut que Sa Majesté, par sa bonté, se résolve pour leur bien par son authorité. » Les successeurs de Pellot, d'Aguesseau et de Sève, ne furent pas plus heureux. Tout ce qu'ils purent obtenir, c'est que la ville fît voûter à ses frais l'« estey » Saint-Pierre. En somme, tandis que Pellot avait nettement formulé le dessein de la façade embrassant la courbe du fleuve, telle que la réalisera le XVIIIe siècle, les jurats sentaient la nécessité d'améliorer la « grave », d'y établir une chaussée praticable, d'y planter des arbres.

Vers 1680, avait pris corps l'idée de donner à Bordeaux une façade sur le fleuve. L'idée de créer une Place Royale au centre de cette façade n'apparait que vingt ans plus tard, en 1700. Entre ces deux dates se produisit ce mouvement d'opinion qui multiplia, à travers toute la France, les monuments à la gloire de Louis XIV.

Le 10 février 1688, les jurats écrivaient à l'intendant Bazin de Bezons :

Monsieur,
Nous désirerions avec beaucoup d'ardeur de faire eslever dans une des places publiques de cette ville la statue du Roy, et comme nous ne pouvons l'entreprendre sans l'agréement et la permission de Sa Majesté, nous esperons, Monsieur, que vous aurés la bonté de la demander.

Nous nous promettons cette grâce de vous, et que vous nous ferés cette justice de croire que nous sommes avec beaucoup de respect, Monsieur, vos très humbles et obéissans serviteurs.

Le maire et jurats, gouverneurs de Bourdeaux.
DUBOSCQ.
A Bourdeaux, ce 10 février 1688.

Les jurats ne prévoyaient, pour la statue, aucun emplacement. Ils eussent été, d'ailleurs, bien empêchés de désigner dans la ville une place digne par ses dimensions de recevoir un monument de ce genre. Pour que Bordeaux élevât au roi une statue, il fallait d'abord créer à Bordeaux une Place Royale. En 1700, un gentilhomme périgourdin, Jean-Sylvestre de Durfort, marquis de Boissière, sénéchal d'Agenais et de Condomois, colonel d'un régiment d'infanterie de son nom. Dans sa requête au roi, il déclarait « qu'estant tousjours remply desir de s'occuper de quelque chose qui puisse estre agreable a Sa Majesté, il a cherché les moyens de faire un embelissement à la ville de Bordeaux qui la rendra l'une des plus belles villes de l'Europe, sans qu il en couste rien aux particuliers, et donnera une grande facilité au commerce ». A cet effet, il sollicitait le don des « accrues » et du terrain qui est entre le mur de ville et la rivière « pour y faire bastir des maisons d une mesme cimeterie qui formeront une belle ruë, ce qui fera un si bel aspect qu'il espère que Sa Majesté luy permettra d'y faire mettre sa figure, qui ne peut estre mieux placée... ».

C'était la reprise du grand projet de Pellot (1669), auquel Durfort-Boissière ajoutait celui de Du Plessy (1681).

Le projet du marquis de Durfort-Boissière constitue vraiment le progrès décisif du long effort commencé depuis le début du règne personnel de Louis XIV pour améliorer la figure de Bordeaux du côté de la rivière. Aux projets antérieurs il ajoute l'idée de bâtir « à la teste » de la façade de maisons uniformes un hôtel des Fermes et de dresser sur le port, au centre d'une place publique, la statue équestre du roi régnant. C'est déjà le plan primitif de Boucher et de Gabriel.

Comme les précédents, ce projet se heurta à l'opposition des jurats.

Quinze ans plus tard, il fut repris par Nicolas-Auguste de La Baume, marquis de Montrevel, commandant de la province de Guienne, sans plus de succès.

En dépit de ces échecs, au début du XVIIIe siècle, l'idée avait fait un grand pas, pour la première fois, il était question d'une place à ouvrir sur le port, au centre du croissant que dessine la rivière ; pour la première fois, on parlait de bâtir sur cette place un hôtel des Fermes et d'y dresser la statue équestre du roi. Non seulement la Place Royale est conçue, mais les grandes lignes et le décor en sont tracés. L'intendant Boucher les conservera dans ses projets et Gabriel s'en tiendra d'abord, dans ses plans, aux indications générales données par Durfort-Boissière. Boucher et Gabriel n'ont donc rien inventé ; ils n'ont eu qu'un mérite, celui de faire aboutir le projet. Ce mérite suffit, d'ailleurs, à leur gloire. Il n'en reste pas moins que l'idée première de la Place Royale appartient au marquis de Durfort-Boissière ; il était juste de la lui restituer.

La raison de l'opposition des jurats provenait de la partie du port destinée à la future place, qui était encombrée de tas de bois, dont les propriétaires payaient à la ville des redevances qui, sous le nom de « deniers aveugles », constituaient pour les jurats un appréciable casuel. Les arguments qu'ils faisaient valoir pour la justifier étaient plutôt faibles. En réponse au projet de Durfort-Boissière, ils observaient que le terrain demandé par l'auteur était du domaine de la ville, comme padouen, et non du domaine du roi. L'argument juridique était sans valeur ; des arrêts du Parlement de Guienne avaient déclaré que le bord de la rivière dans toute son étendue était du domaine du roi. Quant à l'argument de fait, il était fondé sur un préjugé. Le Parlement, dans sa lutte, le reprendra sans se lasser. Ce n'était là que des prétextes destinés à masquer la mauvaise volonté et l'égoïsme des jurats. Le souci de leurs intérêts personnels l'emportait sur leur zèle pour la prospérité de Bordeaux.

C'est l'intendant Claude Boucher, seigneur des Gouttes, de Hébécourt, de Sainte-Geneviève et autres lieux qui va prendre des mains défaillantes des jurats, la destinée de Bordeaux. Il avait été d'abord président de la Cour des Aides de Paris. En 1720, il fut nommé à l'intendance de Guienne. Il y resta vingt-trois ans, jusqu'à l'arrivée de Tourny.

en 1726, les jurats projetaient de construire un quai de la porte des Paus au quai de Royan (quai des Douanes). Boucher vit là l'occasion de prendre en main l'affaire et de la faire aboutir.

La proposition faite par Boucher comportait :

  • Vente et l'aliénation du terrain compris entre la porte des Paus et la Cour des Aides pour y bâtir des maisons de façade uniforme ;

  • La construction, avec le produit de cette vente, d'un quai « dans le milieu, en portion de rond, afin de former une place au devant desdites maisons, sur laquelle sera érigée la statue équestre du Roy, en bronze, avec un atterrissement sur le bord de la rivière, dans toute l'étendue desdites maisons » ;

  • L'ouverture dans le mur de ville d'une porte nouvelle « pour communiquer de la rue du Chai-des-Farines dans la nouvelle rue que formeront lesdites maisons ».

Boucher faisait espérer qu'avec le produit de la vente des emplacements on pourrait bâtir une salle de spectacle dans l'hôtel de ville (Il s'agissait de remplacer la salle de spectacle de l'Arsenal, fermée depuis 1698.).

Les jurats, « après avoir mûrement réfléchi », déclarèrent que ce projet ne présentait pas les inconvénients du premier et qu'ils l'adoptaient. En conséquence, ils délibérèrent que, « sur le terrain qui est au dehors de la porte d'Espaux, où est l'entrepôt des échalats », il serait bâti une façade de maisons uniformes, dont la construction serait donnée à l'adjudication, « sous une rente annuelle perpétuelle et directe au proffit de la ville, qui sera réglée à proportion de l'emplassement ». Les acquéreurs seraient tenus de paver « en droit soy de pavé carré trois toises et demi en largeur » devant leurs maisons et de planter des bornes de pierre dure à la distance d'une toise, pour empêcher les équipages d'en approcher.

Le nouveau « quai en rond » aurait une longueur de 180 pieds. L'atterrissement serait fait en pente douce depuis le pavé qui servirait de voie publique jusqu'à la rivière. Les jurats en auraient la charge ; ils y emploieraient les décombres provenant des bourriers de la ville et les pierres de lest des navires. Enfin, ils agréaient l'architecte que leur proposait Boucher, le sieur Héricé, et lui allouaient des honoraires de 10,000 livres. Ils ne semblaient faire de réserve que sur l'ouverture de la porte nouvelle dans le mur de ville : « Si tant est, disaient-ils, qu'elle puisse avoir lieu ».

Projet de la place Louis XV - Héricé - 1728 Projet de la place Louis XV - Héricé - 1728
MIME type: image/webp

Projet Héricé

Entre la porte Despaux et la Cour des Aydes il sera fait une rangée de maisons en ligne circulaire avec cinq pavillons pour former, avec le quay à construire, une place... laissant une rue derrière entre les maisons et les échopes du mur de ville.

Les pavillons seront placés deux sur chacune des ailes et un au milieu, supérieur aux quatre autres. Le premier étage des pavillons sera d'ordre ionique et le deuxième d ordre corinthien, avec un fronton au-dessus de forme angulaire, celuy du milieu augmenté d'un arrière-corps. — A la hauteur de l'imposte du premier étage du principal pavillon, il sera posé des bustes, et sur son premier entablement quatre figures en pierre de Taillebourg, de six à sept pieds de hauteur, représentant les Quatre Saisons; et, au dessus du deuxième étage, il sera aussy pratiqué un fronton semblable à ceux des autres pavillons, à la pointe duquel sera mis les armes du Roy et des Renommées.

L'intérieurdes maisons sera fait au gré des propriétaires, avec cette réserve qu'ils seront tenus de couvrir en ardoise la partie du corps de logis du côté de la rivière, pour conserver la décoration marquée au dessin.

Au devant du grand pavillon, dans une longueur de 36 toises..., il sera construit un quay en portion de cercle, qui formera avec les maisons et pavillons une place de figure ovale, au centre de laquelle il sera élevé une statue équestre en bronze du Roy régnant...

Sous le palais de la Cour des Aides, on ouvrira une porte communiquant avec la rue du Chai-des-Farines...


Cette façade et cette place tournaient le dos à la ville, avec laquelle elles n'avaient aucun rapport, aucune communication franche et commode. C'est que le dogme médiéval de la ville close s'était imposé à l'architecte.

Un arrêt du conseil, du 7 février 1730, homologua la délibération des jurats du 2 janvier 1728, et y apporta quelques modifications pour améliorer le projet conçu. Elles avaient été déterminées par l'inspection des lieux qu'était venu visiter, par ordre du gouvernement, le célèbre architecte Gabriel, qui avait déjà donné des plans d'embellissement pour plusieurs villes de France. Cet arrêt porte :

  1. — Qu'une porte de ville, au bout de la rue du Chai des Farines, sera ouverte sur le port.
  2. — Que depuis le palais de la cour des aides jusqu'à la porte du Chapeau-Rouge, il sera construit une ligne de maisons uniformes.
  3. — Qu'en face de la porte Despaux, dont la démolition est ordonnée, il sera formé une place de soixante toises de largeur et de quarante-cinq de profondeur, au centre de laquelle s'élèvera la statue du roi.
  4. — Que chaque extrémité de l'hémicycle de cette place qui ouvrira sur le port sera terminée par un pavillon supportant des groupes en bronze.
  5. — Qu'il sera formé une nouvelle rue parallèle à la rue Saint-Remi, laquelle sera élargie à mesure qu'on reconstruira les maisons jusqu'à la rue Sainte-Catherine.
  6. — Que les maisons qui formeront la façade de la nouvelle place seront d'architecture uniforme et que celles que l'on bâtira depuis cette place jusqu'au palais de la cour des aides seront également uniformes, mais sur un plan d'élévation différent de celles de la place, lequel plan est annexé à l'arrêt précité.

Il autorisa en même temps la ville à employer, pour la partie des dépenses qui la concernent dans ces travaux d'embellissement, soit une somme annuelle de soixante mille livres prise sur les revenus communaux, soit le produit des emplacements que l'administration municipale pourra vendre, bordant les murs de ville sur toute la ligne où s'exécuteront ces travaux.


Separator2.png

Jacques Gabriel

Dans sa lettre du 29 mars 1729, le contrôleur général Le Peletier annonçait à Boucher que le roi avait décidé d'envoyer à Bordeaux un de ses architectes pour trancher le litige entre le Parlement et l'intendant et examiner s'il était possible de réaliser le projet de place proposé par ce dernier. A cet architecte devaient être adjoints des ingénieurs chargés d'étudier la question du port et de la navigation de la rivière. L'un de ces ingénieurs fut envoyé de Paris : il s'appelait M. de Saint-Pierre. L'autre fut désigné par le marquis d'Asfeld, directeur des fortifications de la province de Guienne : le 26 avril 1729, il proposa le chevalier de Tigné, directeur des fortifications du pays d'Aunis, en résidence à La Rochelle. Quant à l'architecte, il avait été choisi dès le 19 avril ; à cette date, le contrôleur général lui fit remettre tout le dossier de l'affaire : mémoires du Parlement et de l'intendant, plans, profils et coupes, pour qu'il en fît faire des copies.

L'architecte choisi était Jacques Gabriel MIME : image/webp . Il était alors à l'apogée de sa fortune. Issu d'une famille d'entrepreneurs et d'architectes originaire d'Argentan, élève de son cousin maternel Jules Hardouin-Mansart, il avait été admis en 1699 comme membre de la deuxième classe de l'Académie d'architecture, en 1700 comme honoraire de l'Académie de peinture, anobli en mai 1704, nommé le 20 mars 1709 architecte ordinaire du roi et « contrôleur des dedans » du château de Versailles, premier ingénieur des ponts et chaussées du royaume en 1716, promu le 3o mars 1718 à la première classe de l'Académie d'architecture, chevalier de Saint-Michel en 1722. En 1729 il était déjà désigné pour succéder, comme premier architecte du roi, à Robert de Cotte, qui, « très vieux et aveugle » mourut qu'en 1735.

L'arrivée de Gabriel à Bordeaux marque l'avènement d'un ordre nouveau dans la province. Les grandes choses que le moyen âge, le XVIe et le XVIIe siècle avaient ignorées ou négligées, celles que Rome avait jadis faites, Gabriel en a de nouveau le souci. A Bordeaux, il renoue le lien avec la ville de pierre et de marbre des trois premiers siècles. Il ressuscite la vieille tradition romaine ; il va, à la lettre, appliquer les principes d'urbanisme posés par Vitruve : « une ville doit avoir des accès commodes et faciles; si la ville est sur le bord de la mer, il faudra que la place publique soit près du port ; une ville doit être alimentée d'eau potable par des aqueducs. »

Le 3 avril 1730, l'arrêt du Contrôleur Général arrive à Bordeaux, instituant le plan définitif de la place Royale, selon les plans et sous la direction des travaux de Jacques Gabriel.

Les travaux commencèrent au printemps de 1731 par la construction du quai.

Le 9 janvier 1731, le marché concernant la statue équestre de Louis XV est signé entre Gabriel et Jean Louis Lemoyne et Jean Baptiste Lemoyne père et fils, sculpteurs ordinaires du Roy, demeurant rue de l'Arbre Sec, paroisse Saint Germain l'Auxerois, pour la somme de 130,000 livres.

Le 23 avril 1742, mort de Jacques Gabriel.

Jean-Baptiste Lemoyne se mit aussitôt à l'oeuvre. Il fit le modèle grandeur nature. Cette maquette fut soumise au roi, au cardinal Fleury, au contrôleur général Orry, au duc d'Antin, au garde des sceaux Chauvelin, qui l'approuvèrent avec éloges. « D'aillieurs, dit Gabriel, tous les illustres et connoisseurs en cavalerie et les plus habils de l'art n'en sortoient que satisfaits, de quoy, de mon costé, je ne pouvois l'estre davantage... »

Le 5 mai 1733, le quai était terminé, les façades sortaient de terre, Gabriel avait arrêté le plan définitif de la place et dessiné les fondations du piédestal de la statue. Le moment était venu de consacrer le monument par une cérémonie. Les jurats s'en préoccupaient, et maintenant qu'ils étaient gagnés à l'idée de Boucher, que le choix de l'artiste chargé de la statue était arrêté à leur gré, ils ne regardaient plus à la dépense. Leur premier soin fut de faire frapper des médailles commémoratives MIME : image/webp destinées à être placées dans la fondation du piédestal. Ils s'adressèrent pour cela à l'un des plus grands graveurs de médailles du temps : Jean Duvivier, graveur du roi. C'était un Belge : il était né à Liége le 7 février 1687.

Le 8 août 1733, pose de la première pierre du piédestal sur lequel sera élevée la statue, une cérémonie pour « l'apposition des médailles dans le pied d'estal de la statue du roy Louis XV » eut lieu. Aux cris réitérés de « Vive le Roy », on plaça « au milieu des fondemens du pied d'estal, dans une pierre cruzée, un coffre de plomb, dans lequel étoit un autre petit coffre en bois de cèdre garni en dedans d'un satin bleu orné d'un galon d'or et dans icelluy six médailles, l'une d'or et les autres d'argent, dont l'un des revers représente l'ediffice de ladite place et l'autre la statue équestre de Sa Majesté, sur lesquelles il a été mis un petit mattelas de la même étoffe aussi orné d'or, et là-dessus une plaque de cuivre rouge contenant les noms et titres de M. de Boucher, ceux de Messieurs les sous-maire et Jurats, Procureur-syndic et clerc de ville, et celui de M. Gabriel, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, controlleur général des Batimens du Roy, son architecte ordinaire et premier ingénieur des Ponts et chaussées de France, qui a donné les desseins et conduit les travaux de la Place Royale, laquelle se construit sur le port de cette ville ».

Des officiers des milices bourgeoises, montèrent la garde, le 8 et le 9 août, pour veiller, dit le procès-verbal, à « la conservation du précieux dépôt des médailles, jusqu'à ce que l'édiffice fut assez élevé pour le mettre à couvert des atteintes qu'on pourroit y porter ».

La statue, fondue à Paris, par Lemoyne et Varrin, dans le fauxbourg du Roule fut totalement achevée le 17 juillet 1741, après plusieurs accidents de fonte, il reste à concevoir le système d'élévation de cette statue. Elle arriva, le 12 juillet 1743, par le bâteau du roi « la Grive », que Sa Majesté avoit bien voulu accorder à la ville de Bordeaux pour ce transport.

Elle fût débarquée le 24 de ce même mois, au moment du grand marénage. « Elle fût installée sur son piedestal à l'aide d'une machine fabriquée par le fondeur Varrin.

Le 8 août, on éleva la statue au niveau du piédestal. Le 10, elle fut hissée au-dessus ; le lundi suivant, elle fut posée d'aplomb. Puis on la scella et on mit la place dans un état convenable pour le jour de l'inauguration, qui était fixé au 15 août.

Les jurats, i3 août 1743 : « La figure équestre fut entièrement assise sur son pied d'estal hier au soir à sept heures. Elle est d'une beauté parfaite. Le reste de cette semaine est necessaire aux ouvriers pour la debarasser de ses echafauts, en sorte que nous avons renvoyé la grande ceremonie de l'homage et du bal à lundy prochain ».
L'érection se fit à l'aide d'une machine de la composition de Varin.

Machine fabriquée par le fondeur Varrin La machine de Varrin
MIME type: image/webp
Statue de Louis XV La statue de Louis XV
D'aprés la gravure de Nicolas Dupuis et de Ch. Nicolas Cochin
MIME type: image/webp

Cette statue fut inaugurée solennellement le 19 août 1743. Elle représentait le roi en costume antique, à cheval et dans l'attitude du commandement. L'ouvrage était en bronze d'une seule pièce et de grandeur naturelle.

Pourtant, Pendant douze ans, la statue, entourée d'une simple clôture de planches, resta donc comme abandonnée « sur un monceau de pierres qui n'est que l'âme ou le noyeau du piedestal ». L'opinion publique en était émue, s'il en faut croire un mémoire des jurats, qui se plaignaient que Tourny sacrifiât la Place Royale à ses autres travaux. « Les étrangers, disaient-ils, qui affluent de toutes parts à Bordeaux s'étonnent de voir un monument aussi auguste abandonné et laissé imparfait depuis douze ans, ne donner pour spectacle que de vieux hangards de planches, au milieu d'un cloaque et d'immondices qui l'environnent. »

Tourny pressait Gabriel de lui envoyer un projet pour le piédestal, et Gabriel, suivant son habitude, fit attendre six mois une réponse. Le 15 mars 1750, il s'excusait, une fois de plus, sur ses nombreuses occupations. Enfin, le 19 avril, il donnait son avis ferme sur la question, indiquait comment il concevait le piédestal de la statue équestre et signait l'état des marbres d'Italie qu'il convenait de prévoir. le 8 février 1754, c'est-à-dire au bout de deux ans, les premiers marbres étaient à Bordeaux. Il y eut encore des problèmes sur la qualité et les coloris des blocs.

L'expédition des marbres destinés au piédestal ne fut achevée qu'au bout d'un an. Le 1er mai 1755, le commissionnaire Joseph Durand en accusait la réception.

Puis vint le tour de la grille qui devait entourer le piédestal de la statue. Le 18 janvier 1751, Tourny passa contrat à ce sujet avec B. Prunier, maître serrurier de la ville de Bordeaux, selon le devis établi et ci-dessous reproduit :

La grille sera décorée de vingt-quatre pilastres de quinze pouces de largeur, enrichis du chiffre du Roy, dans des enroulemens avec des boutons et graines. Les travées entre les dits pilastres seront à barreaux droits, dont le bas sera orné d'enroulemens avec piques et fiâmes et le haut en portiques avec des liens à cordon de deux barreaux en deux barreaux alternativement.
Elle sera couronnée en tout son pourtour d'une frise courante ornée de fleurs de lis à jour, avec enroulemens et petittes queues de pourreau ondées de fer carillon, le tout conformément au dessein...
Sera observé une porte ouvrante à un venteau entre les pilastres des pans coupez, ferrée de fiches à doubles noeuds et une bonne serrure fermant à clef.

Le piédestal en marbre blanc avait six mètres de hauteur. Ses ornements consistaient en trophées militaires groupés sur les angles, faisant allusion aux quatre parties du monde : l'Europe, l'Asie, l'Afrique [ Voir Droite : Trphée Asie - Gauche : Trphée Afrique
MIME : image/webp
] et l'Amérique.

  • L'Europe est figurée par un casque romain colossal, à gauche, avec mentonnière et cimier surmonté d'une crinière de cheval retombante. A droite du casque sont une couronne de laurier posée sur un livre ouvert, symbolisant la poésie et les lettres, une palette et des pinceaux, un marteau de sculpteur, symbolisant les arts. Au-dessus et à droite du casque, un cartouche porte, sculptée en demirelief, une tête de cheval hennissant. Par derrière, posée en travers, on aperçoit la tête d'un bélier, symbolisant l'art de la guerre. Le trophée est terminé, à sa partie supérieure, par un faisceau de licteur et des drapeaux. A gauche du cartouche, à demi voilé par une draperie soulevée, un luth symbolise la musique.
  • L'Asie a pour motif central une tête d'éléphant, vue de profil à droite, avec oreille largement ouverte, défenses et trompe repliée enlaçant une draperie. La tête de l'animal est coiffée d'une housse que termine une houppe. En arrière est un caparaçon avec anneau où est passée une bride. Au-dessus se dresse un cartouche, sur le bord duquel est jetée une peau de lion aux griffes pendantes. Sur le cartouche est sculpté en demi-relief un aigle, le bec ouvert et les ailes éployées. Par derrière et en travers, un paquet de lances ou de javelots.
  • L'Afrique parait être figurée, comme motif central, par une selle de chameau, décorée d'ornements et surmontée de touffes de plumes d'autruche. Par derrière se croisent une large épée à poignée recourbée et au fourreau décoré, et un carquois garni de flèches qui traverse la selle et auquel est fixé un anneau où s'attache une corde. Au-dessus, un cartouche, décoré de rinceaux élégants et garni de clous à son pourtour. A gauche, en bas, s'allonge une tête de crocodile et au-dessus un objet qui semble être un éventail en plumes d'autruche.
  • Le quatrième trophée, représentant l'Amérique, est perdu ; il n'est pas visible sur la gravure de Nicolas Dupuis.

L'écusson aux armes royales, timbré d'une couronne et posé sur un élégant cartouche, qui décorait le bout du piédestal du côté de la rivière, n'existe plus.

L'écusson aux armes de la Ville [ Voir Ècusson aux armes de la ville de Bordeaux
MIME : image/webp
]. Au centre sont sculptées les armoiries de la Ville, pour lesquelles Francin semble s'être inspiré du sceau officiel des jurats de 1748. La Grosse-Cloche y est figurée avec quatre tours et un clocheton central. Au-dessus, le léopard ressemble trop à un lion au galop ; il n'a rien d'héraldique. La mer avec le croissant, le chef fleurdelisé sont exacts. Tout cela s'inscrit dans un cartouche au-dessous duquel Francin a répété le croissant bordelais et qu'accostent deux cornes d'abondance. L'écusson est surmonté de rocailles, que coiffe la couronne comtale, et il repose sur un mascaron barbu, aux yeux et aux narines dilatés, qui s'inscrit dans une coquille. L'ensemble a de l'allure et de l'élégance. Cet écusson, de même que les trois trophées conservés, décèle un faire très habile et une réelle ingéniosité dans l'invention et l'ordonnance.

La décoration du piédestal fut achevée sans doute au début de 1756.
La face antérieure offrait l'inscription suivante

LUDOVICO XV
SÆPE VICTORI,
SEMPER PACIFICATORI,

SVOS OMNES, QUÂ LATE REGNVM PATET,
PATERNO PECTORE GERENTI,
SVORUM IN ANIMIS PENITVS HABITANTI.


Image de fin de paragraphe

UT QUEM SIB PÆSENTEM
ADESSE SENTIT BENEFICIIS,
CIVITAS BURDIGALENSIS
EJUS AUGUSTO SEMPER
CONSPECTU FRUATUR,
HOC PIETATIS PUBLICÆ

MONUMENTUM POSUERUNT.


Ut quem sibi praesentem adesse sentit beneficiis civitas Burdigalensis ejus augusto semper conspectu fruatur, hoc pietatis publicce monumentum posuerunt

Lud. Godof. marchio d'Estrades, castrorum prcefectus, major.
Josephus de Segur, vicecomes de Cabanac, pro-major.
Joseph Despens de Lancre, armiger.
Nobilis Carolus Dumoulin, patronus
Nobilis Johannes Roma, civis
Gabriel Dalesme, armiger
Nobilis Joseph Bacalan, patronus
Nobilis Arnaldus Castaing, civis

Jurati

Nobilis Johannes Baptista Maignol, procurator et syndicus
Nobilis Guillelmus Duboscq, scriba.

Anno Domini MDCC. XLIII.> (1743)

Image de fin de paragraphe

Stylobatce vero anaglypta cceteraque ornamenta absoluta sunt
Ludovico Franc. Armando, duce de Richelieu et de Fronsac, Francice pari ac Marescallo, Aquitanice gubernatore
Marchione d'Estrades, castrorum prcefecto, majore.
Josepho de Segur, vice-comite de Cabanac, castrorum prcefecto, pro-majore.
Leonard. Majance Camiran, armigero
Joanne Bapt. Barreyre, patrono
Marco Antonio Duperier de Larsan, armigero
Joan. Bapt. Berjon, patrono
Petro Agard, cive

Jurati

Arnaldus (sic) Tranchere, procuratore et syndico Francis. Chavaille, scriba.

Anno M.DCC.LXV (1765)

C'est ce texte que les jurats firent graver. La chose était faite le 14 juin 1766.
L'inscription à la gloire de Richelieu et des jurats remplaça une inscription à la gloire du roi, prévue d'abord et que nous a conservée Patte.

LUDOVICO XV
SÆPE VICTORI,
SEMPER PACIFICATORI,
SVOS OMNES, QUÂ LATE REGNVM PATET,
PATERNO PECTORE GERENTI,
SVORUM IN ANIMIS PENITVS HABITANTI.


Image de fin de paragraphe

UT QUEM SIB PÆSENTEM
ADESSE SENTIT BENEFICIIS,
CIVITAS BURDIGALENSIS
EJUS AUGUSTO SEMPER
CONSPECTU FRUATUR,
HOC PIETATIS PUBLICÆ

MONUMENTUM POSUERUNT.

Les deux grandes faces étaient ornées de bas-reliefs, sculptés par Claude Clair Francin (selon le dessin original de Parrocel), dont l'un représentait la bataille de Fontenoy (11 mai 1745) et l'autre la prise de Port-Mahon (27 juin 1756), Le choix est postérieur au départ de Tourny et doit être attribué aux seuls jurats. Ils voulurent glorifier le gouverneur de la province, le maréchal-duc de Richelieu, à l'occasion d'une action militaire qui ne mérite à aucun titre d'être mise au même rang que la victoire de Maurice de Saxe à Fontenoy. C'est l'occupation de Port-Mahon, dans l'île de Minorque, une île des Baléares que les Anglais détenaient depuis le traité d'Utrecht.

La dernière face contenait les noms des officiers municipaux qui étaient en place lors de l'érection de ce monument. Quoique les faits d'armes représentés sur ces bas-reliefs eussent été choisis pour flatter le maréchal de Richelieu (*) qui s'y était distingué, il parle assez lestement de ce monument dans ses Mémoires, ainsi que de la ville de Bordeaux dont il était gouverneur. Les grands se moquent quelquefois des flagorneries dont on les accable. Cette statue sera abattue le 20 août 1792 et fondue durant la révolution pour en faire des canons. Seuls, n'ont échappés à la destruction que les deux bas-reliefs, qu'on voit au Musée de Bordeaux (Le peuple donna le temps de dégarnir le piédestal et de sauver toutes les pièces de marbre dont il était revêtu).

La statue équestre, commencée en 1733, était achevée en 1765.

(*) En 1743 il fut nommé Premier Gentilhomme de la Chambre et en 1755, gouverneur de la Guyenne où il découvrit et apprécia les vins de Bordeaux, appelés par les esprits moqueurs du temps « la tisane du Maréchal », qu'il introduisit à la Cour qui ne buvait alors que du vin de Bourgogne ou de Champagne.

Prise de Port-Mahon La bataille de Minorque ou de Port Mahon
MIME type: image/webp
La bataille de Fontenoy La bataille de Fontenoy
MIME type: image/webp

Le soir du i5 août 1792, on donna l'ordre à l'ingénieur de la Ville Bonfin d'étudier le démontage de la statue. Le 16, dès cinq heures du matin, Richard-François Bonfin, le frère cadet de l'entrepreneur de la Place Royale, était sur les lieux. « En attendant qu'on fût fixé sur la manière de faire la descente de la statue équestre », il faisait travailler à la démolition de la grille qui l'entoure et des bas-reliefs. Puis le Conseil général de la commune désigna deux officiers municipaux, Detan et Latus, et un notable, Burguet, pour étudier avec Bonfin les moyens de descendre la statue.

les bas reliefs du piédestal, les trophées d'angle et l'écusson de la Ville, furent sauvés. On ne détruisit que l'écusson royal et les inscriptions.

Le 22 août, les maire et officiers municipaux annonçaient au député Crozilhac que la chose était faite : « La statue de Louis XV fut renversée avant-hier. Le peuble a donné le temps de dégarnir le pied d'estal et de sauver toutes les pièces de marbre dont il étoit revêtu. Les Bordelais ont voulu prouver, comme les Parisiens, qu'ils sçavoient punir l'orgeuil des rois et leur apprendre à respecter celui par lequel ils étoient devenus souverains. »

Les Amis de la Constitution rappelèrentà la municipalité que, conformément au décret de l'Assemblée nationale, le bronze de la statue devait être converti en canons destinés à la garde nationale.

La destruction de la statue équestre avait fait disparaître de la Place Royale les vestiges de l'ancien régime. Un seul subsistait : le nom même de la Place. Il fut effacé à son tour et remplacé par le nom de place de la Liberté. la Place Royale, pris le nom de place de la Bourse en 1848.

Separator2.png

La douane

Les travaux de construction de la Douane, commencés au milieu de 1735, furent achevés en moins de trois ans. Un mémoire du directeur des Fermes, M. de Pressigny, rappelle que le bureau des Fermes fut transféré le 1er juillet 1738 dans le nouvel hôtel.

En 1740, seuls les façades de l'hotel étaient construites, la décoration était à réaliser. Elle fut confier à Verberckt qui les fera exécuter par Michel van der Woort et ses compagons.

Les jurats, comme avaient fait leurs prédécesseurs, décidèrent de consacrer le souvenir de l'inauguration de la statue par une nouvelle frappe de médailles, et qui fut confié au graveur François Marteau.

Elle est de 41 cm de diamètre : ( voir )
MIME : image/webp

LVD. + XV + REX CHRISTIANISSIMUS +. — Tête du roi, de profil à gauche, ceinte d'un bandeau, dont les bouts rubannés retombent sur le cou, ainsi que les cheveux. Au-dessous, près du bord de la médaille, F. M.

OPTIMO PRINCIPI.— Statue équestre de Louis XV, d'après Lemoyne, vue de flanc à gauche ; au bas du piédestal, un écusson aux armes de la ville de Bordeaux, avec une guirlande de chaque côté ; à droite et à gauche, un trophée. A l'exergue, sur deux lignes : CIVIT. BURDIGAL. MDCCXLIIIi.


La construction de l'hôtel de la Bourse entre 1735 et 1738, hâta l'achèvement de la place Royale. Le gouvernement ayant cédé cet hôtel au commerce de Bordeaux, M. de Tourny y installa la juridiction consulaire de cette ville et la chambre de commerce de la province, le 9 septembre 1749. Dans cette circonstance, certains membres de ces corps firent observer à l'intendant que le local dans lequel ils étaient transférés paraissait généralement trop vaste, et que surtout la cour de l'hôtel, qui était destinée aux réunions journalières de la Bourse, avait une bien grande étendue, eu égard au nombre de négociants que l'on comptait à Bordeaux. M. de Tourny répondit aux personnes qui ne prévoyaient pas comme lui de quelle extension le commerce de cette place était susceptible : « Je regrette, que les bornes de l'emplacement aient forcé de faire cet hôtel si petit : vous partagerez un jour mes regrets ». L'avenir a justifié les pévisions du grand homme.

Direction interrégionale des Douanes, qui abrite en son sein le musée (voir son site) Musée national des Douanes

Il est classé monument historique pour ses façades, sa cour et les boiseries d'un ancien salon.


Separator2.png

Louis-Urbain Aubert de Tourny

En 1743, Louis-Urbain Aubert de Tourny, remplace Boucher à l'intendance et la généralité de Bordeaux, Bordeauxquelques jours après l'inauguration de la statue.

Louis-Urbain Aubert de Tourny

Dans ce dernier travail, il s'aperçut que le pavillon qui occupait l'angle où la rue Saint-Remy se réunissait à celle qui était projetée sous le nom de rue Royale (actuellement rue Fernand Philippart), aurait peu de développement et diminuerait la profondeur de la place. Il fit construire ce pavillon à quelque distance en arrière de la ligne des autres maisons. Par ce changement, la place gagna en étendue, et le pavillon acquit plus de largeur et de grâce. Ce ne fut pas la seule amélioration qui fut faite au plan donné par l'architecte Ange-Jacques Gabriel est le fils de l'architecte Jacques-Jules Gabriel (1667-1742), Premier architecte du Roi, et le petit-fils de l'architecte Jacques Gabriel (1630-1686). Il réalise la résidence royale du château de Compiègne, le Petit Trianon à Versailles, et l'École militaire.

Dans ce dernier travail, il s'aperçut que le pavillon qui occupait l'angle où la rue Saint-Remy se réunissait à celle qui était projetée sous le nom de rue Royale (actuellement rue Fernand Philippart), aurait peu de développement et diminuerait la profondeur de la place. Il fit construire ce pavillon à quelque distance en arrière de la ligne des autres maisons. Par ce changement, la place gagna en étendue, et le pavillon acquit plus de largeur et de grâce. Ce ne fut pas la seule amélioration qui fut faite au plan donné par l'architecte Ange-Jacques Gabriel est le fils de l'architecte Jacques-Jules Gabriel (1667-1742), Premier architecte du Roi, et le petit-fils de l'architecte Jacques Gabriel (1630-1686). Il réalise la résidence royale du château de Compiègne, le Petit Trianon à Versailles, et l'École militaire.

Ange-Jacques Gabriel

Separator2.png

La Bourse

L'idée d'affecter à la Douane l'un des pavillons de la Place Royale est née en même temps que l'idée de la place elle-même. Il n'en fut pas de même de la Bourse, qui occupe l'autre pavillon de la place. Son histoire est plus complexe. L'idée est née tardivement, après coup, et elle n'aboutit qu'à la suite de nombreuses péripéties.

Sous le règne de Henri IV, les jurats avaient élevé, près de la porte du Calhau et du palais de l'Ombrière, la Bourse des marchands. C'était un édifice conçu dans le style lourd et fastueux de la Renaissance à son déclin. A l'intérieur, le rez-de-chaussée offrait un cloître, dont les galeries étaient pavées de marbre et qu'entouraient des boutiques. Aux deux étages se trouvaient les salles pour les audiences de la juridiction consulaire et aussi des magasins qui servaient à entreposer les marchandises. Cette Bourse avait été construite au coeur du Bordeaux médiéval, au centre de l'activité commerciale du moyen âge et du XVIe siècle. Pendant cent ans, elle avait suffi aux besoins. Mais son emplacement était peu commode : la place au Change, qui s'ouvrait devant elle, était étroite et mesquine.

A l'occasion des foires, elle était insuffisante, et cette insuffisance avait pour effet de maintenir le vieil usage local de la dispersion des forains dans les divers quartiers, « Toute la ville est champ de foire » : l'inspecteur des manufactures Lemarchand le constatera en 1743. Bordeaux, depuis la renaissance commerciale qui avait suivi la paix d'Utrecht, méritait mieux que cet édifice déjà vétuste, plus magnifique d'apparence que de fait, blotti dans un des recoins obscurs de la vieille ville carrée. C'était sur le port, au centre de l'activité du négoce maritime et fluvial, que devait être la Bourse.

Boucher paraît être le premier à l'avoir compris. Mais c'est par un détour qu'il introduisit la question. Il ne parle pas d'abord de transférer la Bourse de la place au Change à la nouvelle place.

Gabriel, quand il arriva à Bordeaux en mai 1729, ne fut pas saisi de la question, et les trois projets qu'il établit ne mentionnent nullement la Bourse. Ses premiers plans prévoient, du côté nord, simplement une façade.

L'idée de la Bourse naquit à mesure que s'élevait le bâtiment de la Douane. Elle vint d'abord à l'esprit de Gabriel. Il lui parut que sa place gagnerait singulièrement en beauté et en prestige s'il donnait comme pendant à l'Hôtel des Fermes, au lieu d'un îlot de maisons privées, un autre monument public.

Lettre de Gabriel à Boucher, du 24 octobre 1736 :

« Je suis toujours du goût d'établir la Bourse sur le port, dans l'autre aile opposée à la Douane, du côté du Chapeau-Rouge, ainsi que le Théâtre. J'en ay communiqué le dessein à M. le Premier Président, qui en est très d'avis ; ainsi que moy, il croit que l'on ne peut mieux faire. Si vous voulés vous prêter à cette idée, j'espère qu'ayant fait une moitié de la place, nous pourrons parvenir à l'autre. »

L'affaire traîna, par suite du mauvais état de la santé de Gabriel. Le 2 novembre 1740, les copies au net des plans
MIME : image/webp
étaient achevées et signées par lui à Fontainebleau.
Le 15 janvier 1741, Gabriel signait à Versailles les plans des fondations, du rez-de-chaussée, du premier étage et de l'attique. Le 25 une copie du devis descriptif permet de se faire une idée précise de la première conception connue de Gabriel :

Devis Descriptif

Le 9 mai 1742, le Conseil d'État rendit l'arrêt « ordonnant de placer sur la Place Royale la place commune des marchands et la juridiction consulaire, en destinant aux édifices nécessaires pour cet établissement le pavillon de gauche de la Place Royale, et de construire là l'hôtel de la Bourse sur les plans et devis dressés le i5 janvier 1741 par le sieur Gabriel, premier architecte de Sa Majesté ».

Gabriel n'hésita pas à remanier, à démolir pour reconstruire. Sans doute il n'alla pas jusqu'au bout : il ne donna pas à la Bourse une troisième façade sur le Château-Trompette. Mais il en pressentit nettement la nécessité et il prépara la voie à cette nouvelle modification en imposant un style uniforme aux maisons particulières prévues de ce côté. Son fils ne fera qu'achever l'oeuvre. En collaboration avec Tourny, il agrandira la Bourse, il en modifiera l'aménagement, il en fera un véritable palais digne du commerce bordelais. Mais la Bourse, en tant que partie décorative de la Place Royale, est l'oeuvre de Jacques Gabriel, le résultat de sa pensée et de sa volonté, aidées par la volonté non moins tenace de l'intendant Boucher. Ces deux hommes furent, en vérité, les premiers artisans de la transformation de Bordeaux en ville moderne et en ville d'art.

En juillet 1743, Boucher quitta l'intendance de Guienne et Tourny lui succède. Dès son arrivée, il étudia les plans de Gabriel père et n'en fut pas satisfait. Il trouva que la Bourse telle qu'il l'avait projetée était insuffisante et mesquine et décida aussitôt de l'agrandir.

Les travaux de construction de la Bourse ne furent officiellement terminés que le 12 février 1755.

Separator2.png

La décoration extérieure

La décoration de la Bourse fut, subordonnée à l'ordonnance générale de la Place Royale. Elle devait être rigoureusement symétrique à celle de la Douane. Elle fut, d'ailleurs, commencée avant même que Boucher et Jacques Gabriel eussent décidé d'attribuer à la Bourse le pavillon dit du Chapeau-Rouge. On a vu que celui-ci fut compris dans le marché passé, le 12 août 1733, par Verberckt, et que, en 1740, Van der Woort et ses six compagnons avaient sculpté « à l'avant-corps du dedans de la place, au Pavillon du costé du Chapeau-Rouge », trois chapiteaux-colonnes, quatre chapiteaux-pilastres et aussi deux agrafes aux fenêtres de l'attique. Jacques Gabriel, quand la construction de la Bourse fut décidée, jugea bon de substituer la pierre de Barsac à celle de Bourg pour accroître la solidité et la beauté du monument, et que, en conséquence, on démolit, en 1742-1743, et on rebâtit la façade. Il semble bien que le premier travail de décoration fut alors anéanti. On sait enfin que, dès 1741, Gabriel avait décidé de substituer aux banales fenêtres, prévues d'abord à l'avant-corps du premier étage du pavillon, une grande arcade surmontée d'une ouverture ovale ornée de sculptures, « pour une belle décoration » et aussi pour rendre parfaite la symétrie avec l'avant-corps du pavillon de la Douane. Le remaniement du plan primitif, en 1746, par Tourny et Ange-Jacques eut pour effet une « augmentation » de la décoration : il fallut la prolonger sur la nouvelle façade « en retour », prévue du côté du Château-Trompette. Cette façade devait comprendre un avantcorps, décoré d'un fronton, de pilastres, de colonnes et de trophées. La décoration de l'édifice y gagnait en ampleur et en richesse.

Separator2.png >

Les frontons

Les frontons des bâtiments et les mascarons sont sculptés par Claude Clair Francin associé de Jacques Verberckt qui ne pouvait être à Bordeaux et Van der vort.

Lettre de Jacques Verberckt à Tourny Courrier entre Tourny et Jacques Verberckt
MIME type: image/webp
Clair-Claude Francin

La décoration de la Bourse dura trois ans : commencée en juillet 1748, elle était terminée le 17 août 1751.

Les frontons représentent :
La grandeur des princes, à l'origine La Victoire tenant un médaillon de Louis XV. Médaillon mutilé, durant la révolution, de l'effigie du monarque, du blason et des insignes royaux.

Médaillon représentant Louis XV Médaillon représentant Louis XV - Gravé par Etienne Fessard
MIME type: image/webp
Fronton de la place Royale Fronton de la place Royale représentant la grandeur des princes
Sculpté par Claude Francin sculpteur du Roi
A l'origine le médaillon était à l'éfigie de Louis XV
MIME type: image/webp
Neptune ouvrant le commerce :
Fronton Fronton de la place Royale représentant Neptune ouvrant le commerce
Sculpté par Claude Francin sculpteur du Roi
MIME type: image/webp
La jonction Garonne-Dordogne :
Fronton Fronton de la place Royale représentant la jonction de la Garonne et de la Dordogne
Sculpté par Claude Francin sculpteur du Roi
MIME type: image/webp
Minerve protectrice des arts :
Fronton Fronton de la place Royale représentant Minerve protectrice des arts
Sculpté par Van der vort sculpteur du Roi
MIME type: image/webp
Mercure protégeant la Garonne :
Fronton Fronton de la place Royale représentant Mercure protégeant la Garonne
Sculpté par Van der vort sculpteur du Roi
MIME type: image/webp
L'union de l'océan à la Méditerranée par la canalisation et les chemins de fer :
Fronton Fronton de la place Royale représentant l'union de l'océan à la Méditerranée
Sculpté par de Coëffard
Sculpté par Van der vort sculpteur du Roi
MIME type: image/webp


Image de fin de paragraphe

Les planches des projets gravés par Etienne Fessard :  Projet Détails des projets de sculpture des frontons
MIME type: image/webp

Les inspirations des mascarons sont multiples : aux traditionnels Neptune et Bacchus s'ajoutent des animaux fantastiques, des figures féminines, des visages du carnaval, des anges, des fauves.
Mais les mascarons de la place de la Bourse reflètent aussi l'histoire de Bordeaux avec par exemple la reproduction de visages de femmes africaines en référence à la traite négrière qui fit la richesse de la ville avec le commerce triangulaire.  Voir mascaron Image d'afrique
MIME type: image/webp

Le cadran de l'horloge est d'Hustin, un faïencier bordelais et l'intérieur est composé de tableaux et de tapisseries des Gobelins.

Ces frontons et la décoration extérieure de l'édifice : mascarons, groupes, trophées, chapiteaux des pilastres, vases et consoles furent terminées au mois d'août 1761. Le mémoire de la dépense s'élevait à la somme de vingt-six mille six cents livres.


Separator2.png

La fontaine

En 1828, sous la Restauration, la ville élève une modeste fontaine, en forme de colonne de marbre rose surmontée d'un chapiteau blanc et d'un globe.

Le second Empire reprit l'idée de la Restauration. Il voulut, à son tour, mettre quelque chose à la place de la statue équestre, et de nouveau on songea à une fontaine. L'idée revint au jour lorsque, en 1854, les premiers travaux d'adduction des eaux du Taillan permirent d'espérer qu'on pourrait faire servir ces eaux à alimenter des fontaines monumentales sur les principales places de Bordeaux. Ces travaux éveillèrent l'attention de nombreux artistes et industriels qui offrirent à la Ville des projets. Le i5 juin 1854, Léonce Visconti, fils de Louis-Tullius-Joachim Visconti, l'architecte du tombeau de Napoléon aux Invalides, adressa au maire, Antoine Gautier, une lettre par laquelle il faisait hommage à la Ville de Bordeaux des plans et dessins de trois fontaines monumentales que son père, mort en 1853, lui destinait et qui avaient été, disait-il, sa dernière pensée.

Le Conseil municipal accepta avec reconnaissance « ce don précieux ». Mais la question des eaux n'était pas encore réglée et la dépense prévue s'élevait à 186,385 francs. Le projet fut ajourné. On le reprit en 1857. C'est Henry Brochon qui présenta au Conseil municipal un rapport copieux sur la question des fontaines monumentales.

Brochon proposa de retenir l'une de ses trois fontaines, celle des Trois-Grâces « la fontaine des Trois-Grâces, honore à tous égards le génie de son illustre auteur. C'est un chef-d'oeuvre gracieux et charmant, qui a réuni, au sein de votre commission, par une acclamation unanime, les plus sympathiques suffrages... Cette fontaine, porte le mémoire descriptif, est appelée des Trois-Grâces du nom des statues qui la surmontent... De son bassin construit en pierre de Rauzan s'élève un piédestal en marbre blanc dont la disposition triangulaire est en parfaite harmonie avec celle des trois figures. Un dauphin, surmonté d'un enfant, jetant l'eau de ses narines, orne chacune des trois faces de ce piédestal sur lequel repose la vasque en fonte de fer... Ensemble, détails, tout est harmonieux, riant, délicieux. C'est un monument digne de Visconti, digne de Bordeaux. »

Brochon fit établir un devis par un statuaire parisien, grand prix de Rome, Gumery. Ce devis s'élevait à 120,000 francs. La Ville trouva que c'était cher. Sur l'avis de Charles Garnier, l'architecte de l'Opéra, Gumery substitua au marbre blanc le marbre du Jura et la fonte de fer au bronze pour la vasque, ce qui réduisit la dépense à 72,500 francs. La direction de l'entreprise fut confiée à Gumery, mais on lui adjoignit un sculpteur bordelais, Amédée Jouandot, à qui Brochon s'était, du reste, d'abord adressé. Jouandot fut chargé de sculpter en bronze les trois enfants sur les dauphins et en marbre la bordure du bassin et les moulures du piédestal ; Gumery se chargea des trois Grâces, de la colonne, de la vasque et s'engagea à faire faire la fonte. La dépense totale s'éleva à 111,013 francs 49. En 1868, on s'occupa d'aménager la place et de la rendre plus digne du monument : on y établit des gazons entourés de grilles, six bancs à double siège, six torchères à trois branches et deux candélabres de ville. Ces travaux furent terminés et le monument mis en place au début de 1869.

Louis Tullius Joachim Visconti

La fontaine fut inaugurée en 1869. Les Grâces, adossées à une colonne, surmontée d'un vase artistique, tiennent deux à deux des urnes d'où s'échappent trois jets abondants. L'eau retombe en nappe tout autour de la vasque. Des dauphins fixés sur le piédestal lancent par les narines six jets paraboliques.

Les_3_graces_Small.webp La fontaine des Trois Grâces ou charites
MIME : image/webp
Les_trois_grâces1_Small.webp La fontaine des Trois Grâces ou charites
MIME : image/webp

Ces supltures représentent Aglaé, Euphrosyne et Thalie, les filles de Zeus et d'Eurynomé.

Aglaé est la beauté dans ce qu'elle a de plus éblouissant, la splendeur. Il s'agit de la plus jeune.
Euphrosyne est la joie poussée à son sommet, l’allégresse, la joie de vivre.
Thalie est la personnification de l’abondance, voire la surabondance, le trop-plein de vie, qui se prodigue comme un don.


Separator2.png

Acte de l'Académie des sciences

Il y a plus d'un siècle que la place Royale dite de la Bourse, et les deux palais qui la terminent, ont été construits. Dans la pensée du premier architecte, les murs occidentaux du palais de la Bourse faisant face au Chapeau-Rouge, dont le côté nord n'était alors séparé des glacis du Château-Trompette que par de misérables baraques, n'étaient destinés qu'à fermer une cour non couverte, au-dessus desquels devait apparaître un grand fronton portant une horloge intérieure (Hustin 1750).

Voir cette place Vue sur la bourse depuis la place Richelieu (actuellement : Jean Jaurès)
MIME type: image/webp


Ainsi, nos pères, quand il faisait beau temps, traitaient leurs affaires en plein air et pendant les mauvais jours, se servaient des vastes promenoirs qui entourent la cour pour se mettre momentanément à l'abri des intempéries. Cette cour, exécutée pour rester découverte, fut ensuite recouverte d'une chape disgracieuse, (modifiée en 1830, sur les plans de Bonfin), et le fronton occidental   Voir ce fronton Le fronton occidental gravé par Fessard
MIME type: image/webp
 ne paraît plus. Comme les changements survenus dans l'alignement et la décoration des quartiers du Chapeau-Rouge et de l' Intendance ont rendu cette portion de la Bourse peu digne d'un voisinage aussi riche, la Chambre de Commerce de Bordeaux a voulu remédier à cet inconvénient en donnant à l'encoignure nord-est de ce bâtiment un aspect plus monumental.

L'Académie a chargé une Commission de lui faire un Rapport, non pas sur l'ensemble de ces remaniements, sur leur opportunité, sur la lenteur de leur exécution et sur le résultat qu'on en doit espérer (ces travaux d'ailleurs ne sont pas achevés), mais sur le mérite de deux frontons qui décorent : l'un la façade nord, l'autre la façade ouest de ces nouvelles constructions.

Au commencement du XVIIIe siècle, quand l'intendant des généralités Claude Boucher, et non pas M. de Tourny, comme on le croit généralement, fit élever les bâtiments qui forment la place Royale, ces bâtiments furent ornés de sept frontons. A cette époque, il n'y avait sans doute à Bordeaux aucun sculpteur capable d'exécuter de pareils bas-reliefs. L'Académie des Beaux-Arts, créée à Bordeaux par le génie de Colbert, s'était éteinte sous d'ineptes et despotiques mesures, et l'architecte fut obligé de s'adresser à deux artistes étrangers, beaucoup plus habiles que célèbres : Claude Francin et Jacques Verberckt.

Tourny passa donc un marché avec le sulpteur Jacques Verberckt Voir le marché Marché passé entre l'intendant Boucher et Jacques Verberckt
MIME type: image/webp


 Francin, qui fut chargé d'autres travaux à Bordeaux, profila de son séjour dans notre ville pour y ouvrir une école d'après le modèle. Son succès fut complet, et le goût des arts se développa tellement à Bordeaux, qu'il fut possible, bientôt après, d'y organiser une nouvelle Académie des Beaux-Arts, Académie beaucoup plus illustre que la première, et que le règne de la Terreur put seul anéantir. Depuis lois aucun enseignement de la sculpture ne fut donné aux Bordelais; mais enfin notre ancien collègue, M. Maggesi, a été nommé statuaire de la ville; et comme dans notre heureuse patrie, il suffit pour ainsi dire de frapper du pied pour y faire éclore des merveilles, deux élèves de M. Maggesi ont pu se charger d'exécuter les nouveaux frontons de la Bourse. Disons-le tout d'abord, à l'honneur du maître, à l'honneur des élèves, à l'honneur de ceux qui leur ont confié ces travaux : les nouveaux frontons sont dignes, sous tous les rapports, des frontons exécutés par Claude Francin.

Félicitons donc hautement et sincèrement la Chambre de Commerce de Bordeaux, et son architecte, d'avoir eu l'heureuse pensée de confier ces travaux à L. de Coëffard et Amédée Jouandot; ils en étaient dignes, et leur titre de Bordelais sollicitait cette faveur. Espérons même que le bon exemple donné par la Chambre de Commerce ne sera pas perdu, et que lorsque la Ville fera enfin exécuter les grands travaux depuis si longtemps promis, elle aussi se souviendra qu'elle n'a pas besoin d'avoir recours à des étrangers, quand elle a sous la main des statuaires comme MM. Maggesi, Jouandot, de Coëffard, Eudes, Bonnafé, Joseph Félon, etc.

Quoi qu'il en soit, lorsque les six premiers frontons, nous expliquerons plus tard pourquoi nous disons six au lieu de sept, lorsque les six frontons furent découverts, ils reçurent des applaudissements universels; applaudissements qui se perdirent un peu dans l'enthousiasme qu'excita la vue générale de l'immense et magnifique décoration du port, que le génie de M. de Tourny venait de compléter, mais qui ont laissé des traces qui subsistent encore.

Un membre de l'Académie royale de peinture de Paris, un des graveurs les plus occupés de son époque, Etienne Fessard, graveur du Roi, fut chargé de reproduire ces frontons par la gravure,  Voir cette reproduction Détails des projets de sculpture des frontons
MIME type: image/webp
 et les six planches oblongues qu'il exécuta d'après les compositions de Claude Francin et Jacques Verberckt sont encore fort recherchées et rares.

Deux de ces planches, gravées d'après les compositions de Verberckt , représentent : Mercure protégeant la Garonne, et Minerve protectrice des Arts, exécutés sur les frontons est et nord de l'Hôtel des Douanes (ou Hôtel des Fermes).

Quatre autres estampes, gravées d'après Claude Francin, représentent : La grandeur des Princes, fronton du midi de l'hôtel de la Bourse; Neptune ouvrant le Commerce, fronton est du même bâtiment; Jonction de la Garonne et de la Dordogne, fronton nord ; Le Temps découvre la Vérité, fronton ouest de la cour intérieure, aujourd'hui caché par la base de la voûte vitrée.

Le septième fronton, celui qui décore le pavillon du milieu de la place Royale, ne fut sans doute exécuté que plus tard et n'a pas été gravé. M. de Tourny, trouvant l'angle formé par la jonction des rues Royale et Sainl-Rémy étroit et mesquin pour occuper le centre d'une si belle place, fit modifier le plan primitif, et reculant le pavillon central de manière à dégager l'entrée des deux rues, donna à la façade de ce pavillon une ampleur plus en harmonie avec la valeur des bâtiments qui l'avoisinent. Le nom de l'artiste qui exécuta ce fronton, non gravé et fort remarquable, semble être le sieu La Bonté et la sculpture de Francin.  Voir ce fronton Fronton de la place Royale (pavillon Gabriel)
Sculpteur inconnu
MIME type: image/webp


 Malheureusement encore, les gravures d'Etienne Fessard, habitué à reproduire les compositions des artistes les plus maniérés de cette époque, qui a conservé le nom de Mme de Pompadour, ne rendent que très imparfaitement et très inexactement le mérite des compositions qu'elles reproduisent. Fessard, dont le burin est mou, sec, incolore et incorrect, a exagéré les défauts de ses modèles, dont il n'avait probablement vu que les esquisses, et n'a pas su reproduire l'habileté et le charme de leur exécution. En outre, dans un but mercantile, pour faire considérer ses estampes comme des compositions artistiques sans destination spéciale, ou peut-être pour dissimuler le peu de bonheur avec lequel les statuaires avaient rempli le champ triangulaire de leurs frontons, il a donné à ces planches la forme rectangulaire et meublé les fonds par des paysages imaginaires.

Arrivons enfin à l'examen des frontons exécutés par MM. Jouandot et de Coëffard.

La statuaire des bas-reliefs, et surtout celle des frontons, présente des difficultés dont généralement en ne se rend pas un compte bien exact. Les bas-reliefs changent d'aspect selon la position de ceux qui les regardent, et ils en changent encore plus selon l'heure du jour où on les examine. Telle partie qui se trouve complètement dans l'ombre le matin, accroche la lumière, le soir ou à midi, de la manière la plus criarde. Enfin, ces sculptures, circonscrites dans les lignes saillantes du cadre d'un triangle, sont toujours obligées de s'enfermer dans une composition pyramidale et équilibrée, qui remplisse le plus possible, avec des figure d'une grandeur pour ainsi dire devinée, tout l'espace qui lui est assigné ; et, enfin, il faut que la composition, négligeant tout mouvement et tout parti pris, se renferme dans une espèce d'immobilité qui ne contrarie pas les lignes de l'architecture.

M. L. de Coëffard a été chargé de représenter : Jonction de l'Océan et de la Méditerranée par la canalisation et les chemins de fer. La Méditerranée, dans un mouvement d'ailleurs plein de grâce et d'abandon, ne touche l'Océan que de l'extrémité de son bras recourbé ; et le dieu majestueux, tout préoccupé de locomotives et de canalisation, semble à peine s'apercevoir de la présence matérielle de sa belle compagne.  Voir ce fronton Fronton de la place Royale représentant l'union de l'océan à la Méditerranée
Sculpté par de Coëffard
MIME type: image/webp


Le sujet confié à M. Jouandot est celui-ci : La Justice consulaire protège les Arts, l'Industrie, l'Agrculture et la Navigation.

La Jurisprudence, la Loi, la Justice, la Législation, etc., est assise au centre, en face, et forme un groupe avec divers enfants ou Génies qui représentent les sujets demandés. La figure principale, largement drapée, soutient d'un bras les tables de la loi, et de l'autre protège deux Génies ailés et debout, et deux autres enfants plus petits, également nus, mais sans ailes et courbés.  Voir ce fronton Fronton de Jouandot
La Justice consulaire protège les Arts, l'Industrie, l'Agrculture et la Navigation
MIME type: image/webp

Separator2.png

Porte du Chapeau-Rouge

Le mur provisionnel élevé par Boucher en 1743, pour fermer le fond de la Place, était naturellement tombé quand Tourny avait fait bâtir le pavillon central et ouvert la rue Royale. La clôture de la ville, c'est-à-dire la perception des droits d'octroi, si bien garantie par les trois portes nouvelles de la Cour des Aides, de Saint-Pierre et de la rue du Chai-des-Farines, ne l'était nullement sur l'étendue du quai entre les portes Saint-Pierre et du Chapeau-Rouge.

Il importait donc d'établir, aux extrémités nord et sud de la Place, deux barrières perpendiculaires à la rivière. Tourny commença par rebâtir la porte du Chapeau-Rouge : ce travail se fit en 1746-1748. En 1749, réalisant une idée exprimée dès 1738 par Jacques Gabriel, il décida de fermer la Place Royale au moyen de deux grilles semblables à celles de cette nouvelle porte de ville. Le 3o avril, il signa à ce propos un contrat avec Jean-Joseph Fuet, maître serrurier de Bordeaux.

Ces portes et ces grilles étaient très simples et beaucoup moins élégantes que celle du Chapeau-Rouge, avec leur fronton surmonté de la couronne royale et d'un écusson enfermant deux « L » entrelacés.  Ancienne porte du Chapeau-Rouge Ancienne porte du Chapeau-Rouge
MIME type: image/webp
Nouvelle porte du Chapeau-Rouge Nouvelle porte du Chapeau-Rouge
MIME type: image/webp

Trois ans après la mise en place de ces grilles, la Place Royale achevée reçut comme sa consécration du talent d'un artiste : Joseph Vernet peignit ses deux vues du port de Bordeaux ; l'une prise de la terrasse du Château-Trompette Vues du port de Bordeaux Vues du port de Bordeaux, de la terrasse du Château-Trompette
MIME type: image/webp
, l'autre du quai, devant la porte du Calhau Vues du port de Bordeaux Vues du port de Bordeaux, du quai, devant la porte du Calhau
MIME type: image/webp
. Ces deux vues montrent, l'une et l'autre, en perspective fuyante la Place Royale et les édifices qui l'accompagnent, Bourse et hôtel des Fermes. Elles permettent de se rendre compte de l'emplacement exact des grilles forgées par Fuet. Elles étaient beaucoup plus simples que le dessin projeté par cet habile serrurier. On y voit aussi les logements des guichetiers et le terre-plein de la Place bordé par le mur de quai avançant dans la rivière. Toute l'oeuvre des Gabriel, de Boucher et de Tourny revit là, intacte et dans sa fraîche nouveauté.

De ces deux vues, la plus attachante est peut-être celle qui représente le port vu du Château-Trompette. Il y a, en effet, un frappant contraste entre le premier plan du tableau et les fonds. Au premier plan s'étale la forteresse de Louis XIV dans tout son appareil militaire, avec sa vieille tour carrée, ses bastions, ses parapets, ses guérites, ses embrasures garnies de canons. Et au delà se profile la ligne élégante de la façade, les masses harmonieusement symétriques de la Bourse et de la Douane, la statue équestre, et ces grilles pacifiques qui ferment la Place Royale, mais n'empêchent pas qu'on l'aperçoive à travers leurs claires-voies. Le Château-Trompette, c'est le passé, c'est le moyen âge qui, sous Louis XIV, a fait contre Bordeaux un dernier retour offensif. La Place Royale, c'est l'avenir, c'est le Bordeaux moderne, ville de paix, de richesse et d'élégance acquises par l'activité du négoce et l'industrie de ses habitants. Il semble, en vérité, que dans son tableau Joseph Vernet ait voulu dresser en face l'un de l'autre ces deux symboles. L'achèvement de la Place Royale en 1755 préludait à la grande entreprise commencée par Tourny, continuée par Esmangart et Dupré de Saint-Maur, par le maréchal de Richelieu et Victor Louis, réalisée par le préfet Tournon après 1815 : la démolition du Château-Trompette.

Image de fin

Si vous souhaitez me transmettre un message ou un commentaire, vous pouvez utiliser le formulaire ci-dessous.