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La Traite Négrière

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Attention, les termes utilisés dans cette page, sont le reflet des atrocités de l'époque.
Cette page relate les cruautés sans nombre de la traite qui dégrade ceux qui s'y livrent comme ceux qui en sont les victimes.

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Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude ; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme

L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois à compter du jour que son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lis sur une épaule ; et s'il récidive une autre fois à compter pareillement du jour de la dénonciation, aura le jarret coupé et il sera marqué d'une fleur de lis sur l'autre épaule ; et la troisième fois il sera puni de mort.
Code noir Art.38 (1685)

Les dates de l'esclavage

1642 : Louis XIII autorise la traite des Noirs.

1672 : Une ordonnance royale encourage la traite privée en accordant aux négriers une prime de treize livres par « tête de nègre » importé des colonies.

Mars 1685 : Louis XIV édicte le Code noir, qui réglemente la vie des esclaves dans les colonies françaises. L’Article 44, notamment, dénie tout droit juridique et officialise le statut des esclaves comme des « biens meubles », que l’on peut posséder, vendre ou échanger. D’autres articles légitiment le châtiment corporel et la peine de mort.

1766 : dans un article intitulé « Traite des nègres » paru dans « l’Encyclopédie, dictionnaire raisonné des arts des sciences et des métiers », Louis Jaucourt écrit : « Cet achat de nègre pour les réduire en esclavage est un négoce qui viole la morale la religion, les lois naturelles, et tous les droits de la nature humaine. »

1780 : des organisations anti-esclavagistes voient le jour, avec pour but de propager leurs idées humanistes.

26 août 1789 : déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Le cas des colonies n’étant pas mentionné, elle ne s’y applique pas.

1791 : des révoltes éclatent à Saint-Domingue, colonie française des Antilles. Composé à 90% d’esclaves, ce territoire est surnommé le « moulin à broyer les nègres ». Esclaves noirs et affranchis dont la vie est régie par le Code Noir revendiquent la liberté et l’égalité des droits avec les citoyens blancs.

28 septembre 1792 : la Constituante abolit l’esclavage en France (mais toujours pas dans les colonies).

4 février 1794 : le décret d’émancipation et d’abolition de l’esclavage adopté par Robespierre et les membres de la Convention est enfin étendu aux colonies françaises.

20 mai 1802 : Napoléon Bonaparte rétablit l’esclavage par décret. Dans le même temps, il mène une répression intense dans les colonies françaises, notamment en Guadeloupe et en Guyane. Toussaint Louverture, figure de la révolution des esclaves à Haïti, est arrêté.

1er janvier 1804 : Haïti devient la première République noire du monde. L’indépendance est proclamée sous la direction de Jean-Jacques Dessalines. Les anciens esclaves ont vaincu l’armée napoléonienne.

1807 : la suppression de la traite négrière est votée en Angleterre.

1814 : la France s’engage, par le Traité de Paris, à unir ses efforts à ceux de la Grande-Bretagne pour abolir la traite. En théorie seulement, car des navires négriers continuent d’affluer jusqu’en 1830.

1832 : la France accorde aux mulâtres et Noirs libres l’égalité civile et politique.

27 avril 1848 : promulgation du décret d’abolition de l’esclavage dans les colonies et possessions françaises sous l’impulsion de Victor Schoelcher, sous-secrétaire d’État aux colonies

22 mai 1848 : proclamation du décret d’émancipation en Martinique (74 000 esclaves émancipés).

27 mai 1848 : proclamation du décret en Guadeloupe (87 000 esclaves émancipés).

10 août 1848 : proclamation du décret en Guyane (environ 13 000 esclaves émancipés).

20 décembre 1848 : proclamation du décret à la Réunion (62 000 esclaves émancipés).

30 avril 1849 : vote de la loi qui fixe le montant des indemnisations aux colons. On verse aux anciens propriétaires d’esclaves par l’État français plus de 126 millions de francs, soit l’équivalent de 4 milliards d’euros aujourd’hui.

La Traite négrière bordelaise

Source : Bordeaux, port négrier: chronologie, économie, idéologie, XVIIe-XIXe siècles - Eric Saugera

images/Affiche_Traite11.webp Le premier port négrier en France, fût Nantes, (43 % des expéditions négrières françaises, représentant un peu plus d’un dixième de l'activité maritime nantaise), l'armement négrier n'a jamais excédé 22 % de l'armement total.

Craints et respectés dans leur milieu, les armateurs disposent d'un pouvoir considérable, qui explique le développement très rapide de la traite entre 1665 et 1750 et l'acquisition de fortunes considérables, à une époque où l'argent est rare et circule peu, l'absence d'industrie limitant les possibilités de s'enrichir vite. Leur influence amène l'Angleterre puis la France à approvisionner en esclaves l'Espagne à qui le traité de Tordesillas interdit l'accès aux côtes d'Afrique.

Les ports autorisés étaient, La Rochelle, Bordeaux, Nantes, Saint-Malo. Les armateurs étaient astreints à un droit de 20 livres par tête de nègre. En revanche, ils obtenaient l'exemption de la moitié des droits, tant des fermes que locaux, pour les marchandises de la côte de Guinée, et pour celles des îles françaises de l'Amérique qui proviendraient de la vente et du troc des nègres, ainsi que la suppression de tous droits de sortie sur les produits à destination de l'Afrique.

Au XVIIIe siècle le commerce négrier, en tant que tel, n'a pas hissé Bordeaux au rang de premier port français ni bâti la fortune de ses armateurs. Que sont quatre cents et quelques navires transporteurs de nègres face à la multitude de bâtiments de toutes sortes qui, de Bordeaux, commercèrent avec les ports de la planète ? Le trafic négrier (environ 4,4 % des armements coloniaux pour tout le siècle) ne serait-il qu'un trafic de troisième ordre ?

C'est l'introduction de la main-d'oeuvre servile aux colonies qui a démarré et nourri le développement colonial et accru du même coup celui de Bordeaux. Sans la traite, pas d'esclavage ; sans travailleurs, pas de denrées coloniales (sucre, café, tabac, coton, indigo) ; moins de trafic maritime, moins d'activité industrielle ; moins de travail, moins d'enrichissement. Il est facile de se retrancher derrière l'idée que Bordeaux était essentiellement un port d'entrepôt et de redistribution des produits coloniaux et laissait aux autres le soin de déporter les Noirs. Le commerce colonial à Bordeaux n'a pu exister que parce que des centaines de milliers de Noirs furent transplantés dans un continent où leur labeur a engendré la richesse. Par ailleurs, les produits dégagés par une seule rotation négrière nécessitent pour les ramener plusieurs voyages dits "en droiture". Aux voyages négriers proprement dit, il faut donc ajouter ceux qu'ils ont suscités en retour.

L'histoire de la traite durant cette période ne fait apparaître que des actions ponctuelles. En 1704, le roi accorda à Bordeaux le privilège de "faire la traite des nègres à la coste de Guinée avec un vaisseau à pouvoir porter environ 500 nègres tour à tour avec les villes de Nantes, Marseille et Saint-Malo, et de les porter vendre ès îles françaises de l'Amérique..."

Bordeaux n'en usa pas, mais envisagea une expédition négrière bisannuelle en alternance avec Saint-Malo et la constitution d'une compagnie de négociants versés dans ce commerce, mais aucune expédition ne s'effectuera.

De 1672 à 1715, soit en quarante-trois ans, Bordeaux aurait armé huit navires et expédié à coup sûr quatre d'entre eux, dont un partit de la Rochelle et un autre venait de Honfleur. Même si la volonté bordelaise d'expédier à la côte d'Afrique ne fut jamais très forte, il est certain que les conflits répétés qui ont secoué l'Europe pendant le règne de Louis XIV n'ont pu la stimuler. Mais les changements qui interviennent à partir de 1716 ne vont pas agir tout de suite sur l'envie des Bordelais de se lancer dans le commerce négrier.

En 1685, Dharriette est à l'origine d'une rotation négrière. Le 10 janvier 1686, le Saint-Jean appareille de Bordeaux pour le Sénégal où l'attendent les commis de la Compagnie Royale d'Afrique. Après avoir déchargé sa cargaison, il se rend sur le site de traite où il prend cent cinq Noirs dont quatre-vingt-dix sont échangés à Saint-Domingue contre du tabac et d'autres marchandises rapportés au Havre. Le 3 janvier 1687, le Saint-Jean est de retour sur « lest » à Bordeaux après un périple d'une année.

Aussi est-ce en termes financiers qu'il conviendrait d'évaluer la force économique de la traite, directe ou induite. Directe : la mise de fonds ou " mise-hors " d'une expédition négrière peut être quintuple de celle d'une expédition transatlantique ordinaire ; induite : de la construction navale à la fabrication des marchandises d'échange en passant par la production viticole, de nombreux secteurs ont été stimulés par la traite.

Une modification importante dans la traite française était survenue en 1713 au traité d'Utrecht, quand l'Espagne dessaisit la Compagnie de Guinée du privilège de l'Asiento au profit de l'Angleterre. Les débouchés des colonies espagnoles perdus, il fallait se replier sur les Antilles françaises. Face à un marché rétréci, la Compagnie de Guinée qui avait jusqu'alors concédé l'essentiel de l'Asiento à Nantes se trouva en concurrence avec le port ligérien et rechigna à renouveler les permissions. Nantes s'en inquiéta et demanda la liberté du commerce de Guinée pour quinze navires au plus. L'ordonnance royale du 20 septembre 1713 lui donna raison : Nantes pourrait introduire aux colonies des Noirs contre un droit de 15 ou 30 livres payé à la Compagnie. La traite nantaise devint alors très active.

L'avenir négrier de la ville, vint de Jean Marchais. Celui-ci est le premier armateur de Bordeaux dont la traite a constitué l'essentiel, pour ne pas dire la totalité, de l'armement. De ce fait, il est à l'origine du commerce négrier bordelais en tant qu'activité régulière et non plus seulement épisodique. Après une période d'apprentissage sur le terrain, il se met à son compte et entraîne derrière lui d'autres négociants bordelais. En martinique, il a côtoye l'esclavage et pendant les années nantaises, il s'initie à la traite en travaillant avec Sarrebourse, Bouteiller, Rivière ou Montaudouin qui sont les grands armateurs négriers. A leur contact, il apprend de quelle façon s'armer pour la traite. Si Dhariette bien avant lui avait joué un rôle de pionnier, ni lui-même, ni son fils, n'avaient persévéré dans la traite. Marchais entraîna dans son sillage d'autres armateurs. Certains lui demandèrent conseil, d'autres prirent des parts d'intérêt ou attendirent les résultats de ses expéditions pour se lancer à leur tour. De 1729 à 1738, Marchais arma sept des onze expéditions négrières bordelaises. De 1739 à 1743, il n'en arma que deux sur trente. Le relais avait été pris. Marchais donna à la traite bordelaise l'impulsion qui se traduisit par la constitution d'un groupe de dix-huit individus qui armèrent ensemble, trente-quatre navires à la côte d'Afrique, soit une moyenne de deux navires par armateur. Il apparaît que Bordeaux ne s'est pas jeté à corps perdu dans la traite, mais a mesuré son effort, au moins jusqu'en 1740. A partir de 1741, les armateurs bordelais passèrent à la vitesse supérieure. Outre les deux expéditions de Marchais, ils armèrent cette année là sept négriers, autant en 1742 et huit autres en 1743. Avec un total de vingt-cinq navires en trois ans, la traite bordelaise prenait véritablement son essor.

Après une décennie le commerce colonial connut à Bordeaux une exceptionnelle croissance dans les années 1730. Du fait d'une forte augmention du volume et du prix des denrées coloniales, la valeur additionnée des exportations et des importations avec les îles fut multipliée par deux de 1730 à 1740. Les armateurs firent de gros profits et se constituèrent des actifs. En 1740, la fortune de Paul Nairac était estimée à deux millions de livres, celle d'Auger à un million et demi de livres, celle de Couturier ou celle de Peyre à cinq cent mille livres chacune. Bordeaux ne s'est donc lancé dans le commette négrier qu'à partir du moment où l'argent était disponible en quantité suffisante. Patrick Davigo insiste bien sur la corrélation entre l'accumulation du capital et l'investissement négrier. C'est en ce sens que la fortune bordelaise peut étre considérée comme le moteur de son activité négrière. Avant Bordeaux, Nantes et La Rochelle n'avaient développé leur propre activité négrière qu'après avoir développé leur commerce colonial.

Il ne faut pas oublier que le montage financier d'une expédition négrière ne présente qu'un lointain rapport avec celui d'une expédition en droiture. La mise de fonds « la mise hors » engagée, de plusieurs fois supérieure, est rarement l'affaire d'un seul homme. Le voyage est plus long, l'équipage plus nombreux, l'avitaillement plus important, les marchandises de traite souvent importées, les assurances et les prèts plus chers. Par ailleurs, les sommes investies sur une courte période ne sont récupérées et ne rapportent des bénéfices (quand tout se passe bien) qu'après un laps de temps allant souvent au-delà de douze voire dix-huit mois et plus. Il faut donc avoir les reins financièrement solides pour supporter une longue et incertaine immobilisation du capital.

Le choix du navire dépendait de la stratégie de l'armateur. Si celui-ci optait pour un voyage rapide alors le voilier devait être fin et rapide. S'il voulait se montrer économe, un navire en fin de carrière pouvait convenir. Le tonnage moyen du négrier était souvent supérieur à celui des navires destinés à la droiture vers les îles. Le navire négrier devait également répondre à des impératifs :

● Il devait être polyvalent, c'est-à-dire, être capable de contenir des marchandises comme des captifs.
● Le volume de la cale devait être très important pour l'eau et les vivres : en supposant qu'il faille 2,8 litres d'eau par personne et par jour, pour 45 marins et 600 captifs, sur un voyage de deux mois et demi, les besoins en eau se montaient à 140 000 litres d'eau ; il fallait compter 40 kilos de vivres par personne.
● La hauteur de l'entrepont devait être comprise entre 1,40 et 1,70 mètre. L'entrepont servait de parcs à esclaves et avec cette hauteur, les négriers augmentaient la surface disponible en installant des plates-formes à mi-hauteur sur les côtés, sur une largeur de 1,90 mètre.

Les relations commerciales avec La Rochelle sont anciennes. Dès le XVIe> siècle, on a vu les Bordelais investir dans les entreprises maritimes rochelaises à destination de l'Afrique. Au XVIIe siècle, Dhariette est venu s'installer à Bordeaux. Dans la première moitié du XVIIIe siècle, les Rochelais font appel aux Bordelais pour assurer nombre de leurs navires. Par ailleurs, le jeu des alliances matrimoniales contribue à resserrer les liens entre les deux villes. Le beau-père d'Isaac Couturier est Jean Molinié l'Aîné de la Rochelle. Pour la seconde moitié du XVIIIe siècle l'exemple des Nairac est le plus fameux : Jean-Baptiste arme ses négriers à La Rochelle quand ses frères Pierre-Paul et Élisée arment les leurs à Bordeaux.

Les nouveaux armateurs négriers ne sont pas dans leur ensemble des négociants de très grande envergure et la corrélation entre l'importance de l'armateur et le quota de ses expéditions négrières n'est pas systématique. Pour la période de 1730-1744, la société Hosten frères arma plus de quatre-vingts navires : un seul alla en Guinée. David Gradis & fils arma trois négriers qui représentaient 5 % de son armement total pour les îles. La traite ne bénéficia pas du potentiel commercial de ces maisons.

Les autres négociants, moins importants, firent au moins deux expéditions négrières Germé, Quin, Saige, Couturier, Bainaguet, Floch et jean Auger, qui, seul arma plus de trente navires. Pour ces sept négociants, la proportion négrière dans l'ensemble de leurs affaires est plus forte que pour les frères Hosten et David Gradis et fils.

les Bethmann, Portal ou Baour pointés par Mémoires et Partages n'ont pas pratiqué la traite, même si certains de leurs ancêtres ou alliés ont pu le faire. Quant à Pierre Balguerie-Stuttenberg, membre d'une famille aux multiples branches, le seul bateau qu'il a voulu armer pour la traite est resté à quai en 1815, date de l'interdiction de l'esclavage alors que d'autres pratiquaient encore le commerce triangulaire bien après.

Les armateurs établis sont les suivants :

● Mareilhac : cet armateur membre de la Chambre de commerce a financé une expédition négrière en 1792.
● Grammont : l'ancien maire de Bordeaux a organisé trois expéditions.
● Feger : Étienne Feger de Latour a été négociant puis jurat. Les frères Feger ont armé six navires.
● Desse : Pierre Desse a été le capitaine de quatre expéditions négrières.
● Journu-Auber : Bernard Journu-Auber a été président de la Chambre de commerce et député. La société familiale a organisé cinq expéditions de traite.
● David-Gradis : De loin le plus actif de la liste. David Gradis a armé 10 navires pour la traite sur 221 partis sous sa responsabilité pour les colonies.

L'on peut citer également les armateurs, plus ou moins impliqués dans la traite : Laffon de Ladébat - Élie Thomas - Jean Labbe l'Aine - Peyre

Personnages influents dans la traite négrière occidentale

En 1647, la Barbade compte déjà 4 000 esclaves, huit fois plus qu'en 1642. Le colonel Hilliard, qui a payé 400 sterling sa plantation en 1642 en revend la moitié au futur gouverneur Thomas Modyford pour 7 000 sterling.

● En 1660, lors de la restauration anglaise, le roi Charles II Stuart fonde la compagnie des aventuriers d'Afrique, dirigée par Thomas Modyford jusqu'en 1669. Ses soutiens William Berkeley et George de Carteret sont récompensés par des dons de terre (Caroline, Virginie et New Jersey).

● En 1664, Sir John Yeamans et le colonel Benjamin Berringer, planteurs de sucre à la Barbade, partent avec des centaines d'esclaves dans la Province de Caroline, deviennent gouverneurs. Frances Culpeper, épouse de William Berkeley, gouverneur de Virginie, héritière de ses plantations, les rejoint.

● En 1664, Thomas Modyford quitte la Barbade avec 700 esclaves pour la Jamaïque, dont il devient gouverneur, et où il implante l'économie sucrière.

● En 1671, Thomas Lynch, planteur et négociant d'esclaves lui succède, après avoir vécu cinq ans en Espagne. Charles II lui demande de désarmer les flibustiers pour assurer la stabilité d'une Jamaïque appelée à devenir une réserve d'esclaves pour l'empire espagnol.

● En 1672, la nouvelle compagnie royale d'Afrique reçoit le monopole de l'importation d'esclaves et construit des dizaines de forts en Afrique. Son créateur est le duc d'York Jacques Stuart, qui succédera de 1685 à 1688 à son frère Charles II.

● En 1676, Henry Morgan, arrêté en 1672 par Thomas Lynch, est libéré et fait gouverneur de la Jamaïque. Il reçoit une grande plantation et désarme les pirates. Dans les années 1680, 8 000 esclaves arrivent chaque année dans l'île.

● En 1677, l'amiral Jean-Baptiste du Casse, directeur de la compagnie du Sénégal, obtint le privilège royal de vendre aux Antilles chaque année pendant huit ans 2 000 esclaves puis devient en 1691 gouverneur de Saint-Domingue, où il acquiert une grande plantation.

● Dès 1678, son premier client fut le capitaine Charles François d'Angennes, marquis de Maintenon, le plus riche planteur de la Martinique.

● En 1701, Antoine Crozat prend la direction de la compagnie de Guinée, que Louis XIV autorise à amener « 3 000 nègres pour chaque an aux îles ». Acquéreur de la Louisiane en 1712, il y importe des esclaves et se heurte aux Amérindiens.

● En 1735, Antoine Walsh, chef de la communauté jacobite des Irlandais de Nantes et fils de Phillip Walsh, qui a ramené en France Jacques II, est le premier négociant de Nantes. Il finance les rébellions du jacobitisme et fait échec aux projets de taxation du sucre.

● De 1748 à 1751, la société Grou et Michel et la société d'Angola contrôlent 48 % de la traite nantaise. Guillaume Grou avait épousé Anne O'Shiell, belle-sœur d'Antoine Walsh. Leur fortune (4,5 millions de livres) est confisquée en 1793.

● En 1771 et 1775, Thomas Sutton de Clonard, actionnaire et officier de la compagnie française des Indes orientales, associé du banquier Isaac Panchaud, achète une immense plantation sucrière à Saint-Domingue pour 7,8 millions de livres.

● En 1751, le marquis de Laborde, banquier du roi, acquiert le monopole de la fourniture de piastres à la Compagnie des Indes, finance presque seul la guerre de Sept Ans et détient 3 navires négriers et 1 400 hectares, sur 3 plantations à Saint-Domingue. Il place sa fortune dans la création de la première Caisse d'escompte et les spéculations immobilières, où il excelle, puis est guillotiné en 1794.

● En 1803, Jean Boze et Jean Lafitte, figures de la piraterie des années 1800 dans la Caraïbe, approvisionnent les planteurs français de Cuba et de Louisiane.

La traite Négrière

A la Jamaïque le nombre des esclaves était en 1815 de trois cent-treize mille huit cent quatorze. A la Martinique, malgré la loi prohibitive du 25 avril 1827, on a vendu publiquement en 1829, deux mille cinq cent onze noirs.

Tous les moyens sont employés les spéculateurs pour se soustraire au châtiment légal ; quitte à publier des mémoires où sont dévoilés les subterfuges, à l'aide desquels on élude toute surveillance et l'on rend les lois évidemment illusoires.

C'est un prête-nom qui figure sur les rôles d'équipages, comme capitaine du navire, tandis que le véritable capitaine s'embarque en qualité de second ; comment aussi l'on achète, des matelots, la promesse qu'ils mentiront sur le but de leur voyage devant le commissaire de la marine. Elle apprit encore que plusieurs, reviennent si révoltés des horreurs dont ils ont été témoins, qu'ils ne veulent pour aucun prix repartir sur de tels bâtiments. La plupart des vaisseaux négriers, parfaitement construits pour la marche, sont des bricks, des goélettes ou des lougres de petite dimension. Il est peu de ces derniers qui excédent 200 tonneaux ; c'est dans un espace aussi étroit qu'on transporté les malheureux nègres, arrachés à leur patrie, soit par la force, soit par la ruse ; c'est là que souvent 300 créatures humaines sont entassées dans un entrepont de trois à quatre pieds de haut ! cent individus y respireraient difficilement! qu'importe que l'attitude forcée dans laquelle on enchaîne les noirs, devienne le plus atroce des supplices, surtout pendant un long voyage, qu'importe qu'un sang fétide découle de leurs membres ulcérés par les fers, qu'importe qu'il en meure dans le trajet, si malgré ces avaries, le reste de la cargaison se vend avec un énorme bénéfice. Survient-il une tempête, on couvre les écôutilles d'une toile goudronnée qui, empêchant l'eau de pénétrer dans lé navire, intercepte le passage de l'air. Lorsqu'au suite l'orage se dissipe et que l'on soulève cette toile, l'odeur infecte, cadavéreuse qui s'exale de l'entrepont apprend aux bourreaux qu'une partie de leurs victimes a péri asphixiée. Alors ont fait une revue et les flots ensevelissent non seulement lés morts, mais aussi ceux qui, étant trop exténués par les souffrances, n'arriveraient pas à leur destination et qu'il faudrait en conséquence nourrir sans espoir de profit.

Pour se former une idée plus juste encore du supplice d'une longue traversée, il faut savoir que les infortunés noirs sont chargés de fers et de fers horribles : des entraves retiennent leurs jambes ; des barres de fer lient ensemble et tiennent immobiles toute une rangée d'esclaves arrimés au navire comme des ballots ; il y a en outre les poucettes pour mettre à la gêne ou plutôt à une autre torture ceux que l'excès des douleurs exaspère, rend furieux et couvre de l'écume d'une espèce de rage. Ces affreuses serrent les pouces, au moyen d'une vis et d'un écrou, jusqu'à ce que le sang jaillisse !

Comment après ce trop fidèle récit pourrat-on croire que dans l'un des principaux ports de France, on se livre ouvertement à l'exécrable commerce de la Traite ; que c'est à Nantes où l'on construit aussi ces cachots flottans et où l'on forge ces fers meurtriers, ces instruments de torture....

La Traite s'effectue de deux manières : soit par enlèvement furtif, soit par achat dans des marchés publics. On appelle Elatihs les marchands d'esclaves. Ceux-ci se les procurent par les plus abominables moyens, Le général Rook commandant un fort dans un établissement anglais, affirme que trois marchands d'esclaves ont cherché à le séduire pour les aider à surprendre, à enlever 150 nègres libres, en Gorée, et qu'il les a chassés avec indignation.

Le prix des esclaves diffère selon la guerre ou la disette, Ordinairement un esclave vaut 10 à 12 ducats contre des marchandises : la valeur commune d'un noir est de deux planches de sel, ou trois fusils, ou un mauvais cheval ; le capitaine Heathley a vu donner dans les environs de Gambie, 4 esclaves pour un cheval târtare. Mungo-Park, auquel la géographie doit de si importantes découvertes, rapporte qu'un nègre, surnommé Gustave-Wasa, à cause de la hardiesse d'un complot qu'il avait conçu, a été vendu, par échange, environ 86 francs, argent de France.

Les nègres que livrent les Elatihs sont attachés 4 par 4 avec des courroies tordues ; quand ils sont devenus la propriété d'un capitaine européen, on leur met des colliers de fer et des chaînes ; la jambe droite de l'un est attachée à la jambe gauche de l'autre. Le transport de ces malheureux à bord des navires est un spectacle qui fait horreur.

Un vaisseau anglais de Liverpool, de la contenance de 820 tonneaux, a emmené, dit le capitaine : Parey, 321 nègres, 127 négresses, 90 jeunes noirs et 41 jeunes filles ; ensemble 579 esclaves. Un autre bâtiment de 525 tonneaux avait pris à Bonny un chargement de 700 esclaves, quoiqu'il ne fût disposé que pour 350. Une ancienne ordonnance du parlement britannique avait ainsi fixé l'espace qui appartenait à chaque noir : pour un homme, 6 pieds de long (1,83 m), sur un pied 4 pouces de large (40 cm) - une femme, 5 pieds 10 pouces (1,78 m), de long sur un pied 4 pouces (40 cm) - un jeune nègre, 5 pieds (1,52 m) sur un pied 2 pouces (0,35 cm) - une jeune negresse, 4 pieds (1,22 m) sur un pied (0,30 cm). Qu'on se figure maintenant qu'elle dut être la gêne insupportable de ces infortunées créatures lorsque 150 autres vinrent les, obliger à se resserrer, ou plutôt à s'entasser au point que, ne pouvant plus être couchées sur le dos, on les contraignit à se mettres toutes sur le, côté!.....

Les étages d'entrepont des grands navires négriers n'ont, pour l'ordinaire que; 2 pieds et demi (76 cm), d'élévation, de sorte que souvent les esclaves ne peuvent point s'y tenir assis. Le méphytisine qui règne dans ces ligux infectés, où la dyssenterie, le scorbut et la petite vérole éclatent à la fois. Lorsque le tems est beau on conduit les esclaves sur le tillac, et là, pour les forcer à prendre de l'exercice, on fait sauter, danser et même les plus affaiblis, à grands coups de fouet.

Le navire négrier Le Brookes Plan du navire visualisant l'entassement des esclaves
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Wikipédia


On a calculé que sur 490 esclaves, il en mourait la moitié pendant une longue traversée.

La chaleur excessive, les miasmes, les maladies, les souffrances qu'occasionent les fers et l'entassement des noirs dans le navire ne sont pas encore les seuls maux que ces malheureux ayent à supporter. Les calmes en prolongeant le voyage deviennent pour eux une nouvelle source d'infortune. leur ration de nourriture et d'eau est diminuée, et c'est alors que la mortalité fait des progrès effrayants et c'est alors aussi qu'on a recours à des expédients qui soulèvent l'ame d'indignation.

● Plusieurs esclaves étaient morts à bord du navire négrier le Zong, et la mortalité augmentait avec tant de rapidité qu'il était difficile de prévoir où elle s'arrêterait. Le capitaine, craignant de perdre tous ses esclaves, prit l'horrible résolution de choisir ceux quittaient les plus malades et de les jeter à la mer, calculant que, pourvu qu'il pût prouver la nécessité où il avait été de s'en défaire ainsi, la perte serait supportée non, par les propriétaires, mais par les assureurs du navire. Le prétexte qu'il proposa fut le manque d'eau, quoique ni la ration d'eau des matelots, ni celle des esclaves n'eût encore été réduite. Ainsi pourvu de ce qu'il croyait être une invincible excuse, il ne lui restait qu'à exécuter son affreux dessein. En conséquence, il choisit parmi les esclaves cent trente-deux des plus malades. Cinquante-quatre furent immédiatement jetés à la mer. Le jour suivant, quarante-deux subirent le même sort. Mais comme si la providence, condamnant son, infâme projet, eût voulu lui ôter toute excuse pour sacrifier le reste de ces malheureux et fournir une preuve contre son crime, à peine cette effroyable exécution venait-elle d'avoir lieu, qu'il tomba une pluie abondante qui dura pendant trois,jours. Mais le capitaine, étouffant tout, remords, n'en ordonna pas moins d'amener sur le pont les vingt-six esclaves qui restaient encore à immoler. Les seize premiers se laissèrent jeter à la mer ; mais les autres, s'armant d'un vertueux courage et d'une noble indignation, ne voulurent pas souffrir que des mains impies les touchassent, et s'élanpant d'eux-mêmes au milieu des flots, allèrent rejoindre leurs infortunés compagnons. Ainsi fut consommé, en plein jour, un forfait presque sans exemple dans la mémoire des hommes et dans les annales de l'histoire.

Plusieurs de ceux qui avaient asisté à ces horribles meurtres, déposèrent du fait devant la cour judiciaire de Guilhall à Londres, qui condamna les propriétaires, à supporterla perte des esclaves.

● Le Rôdeur, navire français de 200 tonneaux, fit voile du Havre le 14 janvier 1819 ; au mois de mars suivant, il mit à l'ancre dans la rivière de Bonny, sur la côte d'Afrique. C'est là, qu'en violation des lois françaises contre la Traite, il chargea une cargaison d'esclaves ; le 6 avril, il mit à la voile de ce dernier endroit pour la Guadeloupe. Peu de temps après son départ, quelques esclaves ayant été amenés sur le pont du navire pour prendre l'air, réussirent à se détruire en se précipitant dans la mer. Le capitaine du Rôdeur en fit un effroyable exemple. Il fit fusiller quelques esclaves et en fit pendre d'autres. Mais cette barbarie fut sans succès, et l'on prit le parti d'enfermer tous les esclaves à fond de cale. Bientôt une effrayante ophtalmie se manifesta parmi eux ; ce fléau ne tarda pas à atteindre l'équipage, dans lequel il fit de si rapides progrès qu'il ne resta bientôt plus qu'un seul homme qui fût capable de diriger le navire. C'est alors que le Rôdeur rencontra un navire considérable qui paraissait flotter au gré des vents et des vagues. L'équipage de ce navire entendant la voix des gens du Rôdeur, se mit à jeter des cris douloureux en implorant des secours. Le Rôdeur apprit que c'était un navire négrier espagnol appelé le Saint-Léon, que l'ophtalmie les avait attaqués, et qu'esclaves et équipage, tous étaient devenus aveugles. Ce récit déplorable fut inutile. Le Rôdeur ne put secourir ces infortunés dans l'état affreux où il était lui-même. Le Saint-Léon passa outre, et depuis on n'en a plus entendu parler. Enfin, grâce au courage et à la persévérance de l'unique matelot qui avait conservé la vue à bord du Rôdeur, ce navire, favorisé d'ailleurs par un heureux concours de circonstances, arriva à la Guadeloupe le 21 de juin. Avant cette époque, parmi les esclaves, trente-neuf étaient totalement aveugles, douze avaient perdu un oeil, et quatorze étaient plus ou moins affectés. Parmi l'équipage qui consistait en vingt-deux hommes, douze avaient perdu la vue, parmi lesquels était le chirurgien du navire ; cinq, dont le capitaine, avaient perdu un oeil ; quatre autres avaient plus ou moins éprouvé les suites de l'ophtalmie.

La première chose que fit l'équipage du Rôdeur fut de jeter à la mer tous les malheureux esclaves qui étaient incurablement aveugles, pour ne pas avoir à les nourrir en pure perte, puisqu'il n'était pas possible de les vendre. Ils avaient encore un autre motif pour commettre cet acte atroce : en alléguant une nécessité quelconque où, ils avaient été obligés de se défaire de ces infortunés, ils étaient sûrs que la valeur leur en serait intégralement payée par les assureurs.

● L'année 1820 l'exemple d'un fait également horrible, quoique accompagné de circonstances différentes. Le Commodore sir George Collier, commandant l'escadre anglaise, stationnée en croisière dans Les mers d'Afrique, à l'effet de faire exécuter la loi d'abolition promulguée par le parlement britannique, ainsi que les traités conclus entre la Grande-Bretagne et diverses puissances maritimes, était à bord de la frégate le Tartar. Au mois de mars 1820, il donna la chasse à un navire qu'il soupçonnait d'être un négrier. Pendant le temps que dura cette chasse, on observa plusieurs barils flottant ça et là ; mais personne n'eut alors l'idée de les examiner. Après quelques heures, l'équipage de la frégate anglaise aborda le navire qu'on poursuivait et qui fut reconnu pour être la Jeune Estelle, navire français, commandé par un nommé Olympe Sanguines. Cet homme interrogé nia qu'il eût pour le moment aucun esclave à bord ; il avoua cependant qu'il en avait eu quelque temps auparavant, mais qu'il en avait été dépouillé par un pirate espagnol. Il y avait quelque chose de si douteux dans sa contenance, que le lieutenant du Tartar crut devoir ordonner une visite dans le navire. Un matelot anglais ayant frappé sur un baril, en entendit sortir une voix comme d'une personne expirante. Sur-le-champ le baril fut ouvert, et l'on y trouva deux jeunes esclaves d'environ douze ou quatorze ans. Elles furent transportées aussitôt à bord du Tartar, et ainsi arrachées à la plus affreuse mort. C'est là qu'elles furent reconnues par une personne qui les avait vues sur la côte d'Afrique. Cette personne avait été mise depuis peu à bord du Tartar et faisait partie d'un équipage de navire négrier. Il fut constaté par sa déposition qu'un certain capitaine Richards, commandant un négrier américain, était mort dans un village de cette partie de la côte d'Afrique appelée Trade-Town, laissant après lui quatorze esclaves dont faisaient partie les deux jeunes infortunées trouvées à bord de la Jeune Estelle. Après la mort du capitaine Richards, le capitaine Olympe Sanguines prit terre avec son équipage armé d'épées et de pistolets, et s'empara de ces quatorze esclaves qu'il embarqua à bord de la Jenne Estelle. Sir George Collier, après avoir reçu ces informations, ordonna une seconde visite, afin de trouver les douze autres esclaves : elle fut infructueuse. C'est alors que lui et ses officiers comprirent, avec un sentiment bien douloureux, que le capitaine Sanguines, craignant que son navire ne fût saisi comme pirate, avait donné pour tombeau à ces douze malheureuses victimes ces mêmes barils qu'on avait aperçus flottants sur les ondes, au commencement de la chasse. Mais hélas ! il était trop tard pour vérifier cette conjecture. Le vaisseau le Tartar avait fait plus de vingt lieues de chemin pendant cette poursuite, et quand bien même on eût pu espérer de retrouver ces funestes barils, il était hors de doute qu'aucune des victimes quiy étaient supposées renfermées, n'aurait été trouvée vivante.

● Le capitaine Vhiters, raconte qu'un vaisseau négrier, chargé de neuf cents nègres fut surpris par un calme plat fort long et qu'il fallut réduire à tel point les rations des esclaves et donner la mort à un si grand nombre de ces infortunés, expirant d'inanition, qu'il n'arriva que cent huit noirs aux indes orientales.

● Le même capitaine digne de foi, sans doute, rapporte encore qu'un bâtiment négrier, ayant échoué, l'équipage, abandonna les esclaves ; muni de ses armes il se sauva à l'aide des canots et aborda une île très-voisine. Les noirs dévorés par la faim, parvinrent au bout de 40 heures à briser leurs fers, ils se trouvèrent, à leur grand étonnément, maîtres du navire. Bientôt, avec les mâts, les tonneaux, les cordages, ils firent un solide radeau et se dirigèrent vers la même île, mais ils y furent reçus à coups de fusils par l'équipage qui redoutait de cruelles repressailles. La persévérance des nègres pour débarquer fut si opiniâtre, et le feu des adversaires si meurtrier, que trois cents dix neuf esclaves perdirent la vie. Il n'en resta, sur le radeau, que trente quatre dont on s'empara, ils furent vendus en Jamaique.

● Un négociant et deux capitaines, faisant la traite en Gorée, ont avoué à l'estimable marin Vadstroem, commandant une frégate danoise, que les vaisseaux négriers avaient toujours du poison à bord pour faire mourir les esclaves au besoin, et que c'est ainsi que le capitaine L... en 1780, empoisonna 480,nègres... La conséquence naturelle des tourments affreux auxquels sont en proie les noirs pendant le trajet, est la résolution de se détruire ; ils refusent, de prendre aucune nourriture. Dans cette circonstance, une barbarie effrénée, est appliquée esclaves qui ont résisté aux efforts, aux tortures qu'on emploie pour les contraindre à ouvrir la bouche, lorsque inutilement on a brisé leurs dents qu'ils ne veulent point desserrer, on brûle leurs lèvres avec des charbons embrasés... !

L’implication des Noirs dans la traite négrière

Source : L'ENCRE NOIR

A son apogée, la traite des esclaves était devenue pour les Africains une sorte de machination infernale à laquelle il fallait se joindre ou périr. Aussi, presque toutes les sociétés, lignagières ou étatiques, du littoral africain durent-elles s'y associer, ce qu'elles firent selon des modalités et dans des conditions très variables d'une région à l'autre, et d'une époque à l'autre.

L'histoire sociale de l'Afrique précoloniale montre que l'esclavage était une institution courante au sein des États, où il existait déjà dans certains cas un commerce intérieur d'esclaves à des fins militaires ou économiques. Mais, parmi ces États, il faut distinguer ceux qui entretenaient des relations avec le monde extérieur et ceux qui n'en avaient pas. Les premiers entrèrent plus tôt et plus facilement dans la chaîne négrière.

Ce fut le cas des États riverains du Sahel, qui vendaient déjà des esclaves, entre autres marchandises, à leurs partenaires araboberbères, lesquels les revendaient d'ailleurs en partie aux Européens. Le chroniqueur Alvise de Ca'da Mosto qui participa à une expédition portugaise en Sénégambie en 1455-1456, rapporte ainsi que les souverains locaux surent tirer profit de la concurrence nouvelle qui se dessinait entre le commerce transsaharien et le commerce transatlantique, en vendant aux Arabo-Berbères des esclaves contre des chevaux et aux Portugais d'autres esclaves en échange de marchandises européennes.

Les Européens ne pouvant avoir un accès direct aux populations à l’intérieur de terres, il devint impératif d’obtenir le concours d’intermédiaires locaux: les souverains et les chefs. Les traités établis fixaient d’abord le cadre physique, lieux et commerce, par la concession de baux à durée déterminée, le plus souvent perpétuelle. Selon les clauses du traité, les aménagements indispensables au commerce étaient créés : forts, comptoirs, ainsi qu’autres bâtiments nécessaires à la traite d’esclaves étaient aménagés par les Européens. Le traité offrait la garantie du service d’une multitude d’auxiliaires dépendants du souverain africain. Au 18e siècle ces auxiliaires seront des soldats qui défendaient les « captiveries », en plus d’en fournir en esclaves. En contrepartie, les négriers payaient un loyer convenu. Le traité fixait également les modalités de la traite selon la volonté et les règles édictées par le roi africain. Ainsi fut défini un véritable protocole de la traite : l’accueil des trafiquants européens, les gestes et paroles à avoir envers le roi, les cadeaux (ou coutumes) qui lui étaient destinés. L’usage fut défini par les Africains et respecté par les négriers européens qui les dopaient de marchandises.

Les simples comptoirs allaient devenir vers la deuxième moitié du 17e siècle de véritables fortifications, des camps retranchés aux allures de villes, propices à la traite humaine. Les marchandises, appât pour la traite négrière, y seront entreposées. Au cours de ce siècle, l’essentiel des navires « de grands bazars flottants » quittant les ports européens était principalement confectionné de ces produits de séductions, sans valeur en Europe et prisés en Afrique. On y trouvait des vêtements de théâtre usés et rapiécés dont se drapaient les rois africains, des miroirs, des bijoux de pacotille, des couteaux, des boucles d’oreilles très prisés par les épouses des chefs, des mouchoirs colorés, des vieilles pipes, du tabac et des armes, de vieux fusils au maniement dangereux, et puis surtout, de l’alcool au centre de toutes les cargaisons.

La traite la plus fréquente se fait sous contrôle de souverains, que les Européens traitent comme des puissances, comme s’il s’agissait de Sa Majesté britannique ou de Versailles. Tyranneaux, tantôt débonnaires et obséquieux, tantôt féroces, toujours cupides, ils permettent au navire de mouiller en rade et d’y séjourner. L’arrivée d’un navire négrier le long des cotes d’un État africain et son mouillage en rade mettait tout le système en branle et le petit monde des acteurs en émoi.

Les intermédiaires les plus efficaces ont été les métis. Leur efficacité venait du fait qu’ils étaient aussi à l’aise dans les deux communautés, africaine et européenne. Véritables animateurs du processus, d’une efficacité redoutable, ils étaient partout sur la cote, de la Sénégambie à l’Angola et en Afrique orientale. De 1698 à 1700, les trafiquants privés Anglais envoyèrent 42 000 esclaves en Jamaïque. Entre 1721 et 1730, l’Angleterre seule transporta plus de 100 000 esclaves en Amérique. Du côté de la France, 100 000 esclaves dans la seule décennie de 1730 et la grande satisfaction du roi Louis XV. Son ministre de la marine, Choiseul, écrivit : « Je tiens ce commerce comme moteur de tous les autres. » Et pour dire, dans la décennie de 1780 le nombre plafonne à 270 000 Noirs exfiltrés d’Afrique.

Charles Bens Wadstrom que le roi de Suède avait envoyé en 1787 passer une année en Sénégambie explique :

Avec cette forte demande, les Noirs se mirent à razzier les Noirs, « Les razzias s’y faisaient comme partout ailleurs la nuit tombée. Le roi envoyait ses cavaliers armés de fusil, de pistolet... à la recherche de tous ses sujets qu’ils pouvaient surprendre. »

Puis après une semaine passée dans la cité de Joal au côté du roi de Barbassin : « Ce roi noir, n’appréciait pas beaucoup la manière dont on le forçat à harasser ses sujets. Mais les officiers français et les mulâtres qui accompagnaient les ambassades l’excitaient, l’intoxiquaient délibérément d’alcool, pour qu’il envoie ses cavaliers razzier ses propres villages. Tous les matins, Français et mulâtres se mettaient d’accord pour saouler le roi. »

Le 18e siècle allait devenir l’âge d’or des acteurs africains dans ce commerce triangulaire, puisque la déréglementation de la vente d’esclaves dans les colonies américaines amenait une nouvelle forte demande de main d’oeuvre servile. Les Français domineront ce commerce durant ce siècle de par leur supériorité militaire et des marchandises, de l’alcool notamment, de meilleure qualité. Ils multiplieront les traités avec les rois africains.

Malgré une longue liste de rois africains complices du commerce d’esclaves, heureusement quelques rois se bornaient a protéger leur population, malgré l’insistance Européenne comme on peut lire dans ce mémoire de 1793 tiré des Archive Nationale Française, série colonie: « Il y a chez les Yollofes (Ouolofs du Sénégal) et le royaume de Cayor autant de nègres qu’il peut y avoir sur la cote d’Or et d’Angole, mais le roi des Yollofes ne vendant point de Nègres et celui de Cayor ne se déterminant à faire des pillages que quand il en a de grands besoins, il s’ensuit que ces royaumes qui pourraient se procurer une très grande quantité de Nègres au Sénégal et à Gorée, n’en procurent pas deux cents chaque année. Il est absolument essentiel à l’époque de la paix de faire porter la guerre par les Maures dans l’intérieur de ces Royaumes/../ Si on ne voulait pas employer ces moyens que je crois cependant très surs, il resterait celui de faire quelques présents annuels au roi des Yollofes pour pénétrer chez lui, y faire naitre de ces besoins et ensuite l’engager à faire du pillage comme ses voisins; toutes ces réflexions sont un peu barbares, mais elles sont une suite de ce commerce indispensable/…/. »

le roi de Dahomey vend, quand il lui plait, les habitants d'un de ses villages. Après avoir indiqué les cas ordinaires pour lesquels les nègres peuvent être vendus comme esclaves, il ajoute que, depuis la traite, on a inventé de nouveaux délits. C'est ainsi que certains rois entretiennent un grand nombre de concubines, les contraignent « de sortir et de chercher à séduire les jeunes gens qui, quand ils cèdent, sont dénoncés parla femme elle-même et deviennent alors esclaves du prince qui en fait sa propriété ».

Les princes-nés exercent sur tout homme qui n'est pas leur égal le droit arbitraire de se saisir de sa personne et de le conduire en captivité. Ce droit, s'appelle en français de traite, poigner, et l'on nomme poignage l'action de saisir le nègre que l'on vend.

Au XIXe siècle et la fin de l’esclavage qui s’annonçait, la traite d’esclave africain tombait dans l’illégalité. Les rois noirs y voyaient une perte de revenu important. En Afrique, les esclaves sont vendus dès lors à des mercenaires et connurent les pires maltraitances ; dénutrition, sévices corporels graves…

Les causes à l'origine de la traite négrière

L'origine de l'esclavage en Afrique paraît être fort ancienne. Il se recrutait comme partout, au début, par des prisonniers de guerre ou des condamnés. L'ennemi qu'on ne tuait pas était gardé comme captif et servait d'ailleurs, à l'occasion, de victime dans les sacrifices, ou même, chez certaines tribus, dans des repas humains. Ceux qui étaient condamnés à l'esclavage pouvaient l'être soit pour meurtre, soit pour vol, soit pour sorcellerie, soit pour adultère, soit pour dettes. La plupart du temps, il n'y avait qu'un semblant de légalité.

Les nègres perdent souvent leur liberté en la jouant entre eux, ils jouent ordinairement aux cauris. Un des deux jette en l'air trois coquillages et, s'ils retombent de manière à présenter tous les trois le côté ouvert, celui qui les a lancés a gagné. « Ils ont une telle fureur pour ce jeu qu'il y a des exemples qu'un nègre, après avoir perdu tout ce qu'il possède, a mis en jeu sa propre personne et que le gagnant a vendu incontinent son camarade au marchand d'esclaves. »

Au nombre des causes qui amènent l'esclavage parmi les Africains, la famine est souvent à l'origine. On a vu des habitants se vendre eux-mêmes pour obtenir de la nourriture, et d'autres ont vendu leurs enfants pour le même objet. Cependant, c'est à la Traite qu'il faut en attribuer la cause première de Tegria ou Panyar, les accusations fausses, les condamnations arbitraires, les provocations au crime, toutes ces causes réunies ont contribué à arrêter dans ces contrées les progrès de la cuIture.

Les expéditions meurtrières appelées Tegria entraînent la destruction non-seulement des villages attaqués, mais encore des champs de riz qui en dépendent ; de sorte que les malheureux habitants qui, en fuyant dans les bois, ont échappé à l'esclavage et à la mort, ne trouvent plus rien pour se nourrir à leur retour.

les dettes ou l'insolvabilité, sont punis comme délits, on remarque combien on a indignement perverti les lois originaires de ce malheureux continent. Les chefs du pays ont adapté les coutumes et les lois aux intérêts de la Traite. En Afrique le créancier a le droit non-seulement de vendre comme esclave son débiteur, mais, si ce dernier se dérobe à ses poursuites,il peut vendre quelque membre de sa famille ou, s'il n'en trouve pas, il peut saisir au hasard un habitant du même village que son débiteur, et se payer par sa vente. Les capitaines Les capitaines des vaisseaux négriers européens ont encore un autre moyen de s'assurer du paiement de ce qui leur est dû. Ils confient des marchandises à des facteurs noirs, qui les transportent dans l'intérieur des terres, et qui doivent revenir avec un nombre déterminé d'esclaves. Cependant les capitaines ont soin de se faire remettre par le facteur plusieurs de ses enfants, ou d'autres membres de sa famille, formant la valeur des marchandises confiées ; ils les prennent en otage à bord de leurs propres navires et, si les stipulations ne sont pas rigoureusement remplies, ils ont le droit de les emmener comme esclaves.

Alors les facteurs mettent dans leurs opérations toute la promptitude possible ; l'amour de leur famille est pour eux un stimulant puissant qui les excite à ne pas perdre de temps et à revenir à l'époque désignée. Mais hélas ! il arrive bien souvent qu'ils sont eux-mêmes pris dans leur voyage et vendus comme esclaves. Ainsi, tandis qu'un navire les entraîne à un cruel esclavage, un autre navire emmène leur famille innocente et infortunée.

Les habitants de l'afrique centrale font eux-mêmes leur commerce d'esclaves. Ils ne connaissent pas les Européens. Ils savent seulement qu'à une grande distance de leurs cantons il existe des marchés où les esclaves sont vendus à des navires étrangers. Mais ils ne voient point ces navires ; ils ignorent l'endroit et l'époque où ils arrivent. Nul doute que la connaissance qu'ils ont de l'existence de ces marchés ne soit pour eux un motif puissant pour saisir toutes les occasions qu'ils peuvent trouver de satisfaire leur vengeance ou leur cupidité ; mais, comme ils n'ont pas des négriers d'Europe qui les corrompent et excitent leurs passions cruelles par des liqueurs fortes et autres moyens atroces, il en résulte que la Traite n'a jamais parmi eux un cours forcé, et se maintient toujours à peu près dans la même proportion.

Elles sont plus fréquentes sur les frontières des divers états, mais beaucoup moins parmi les membres d'une même tribu, On peut en dire autant des Panyarou : expéditions particulières de quelques individus. Joignez à cela que les accusations qui n'ont pour but que de réduire l'accusé en esclavage ont rarement lieu dans, l'intérieur des terres. Il y. a conséquemment moins de crimes et plus de sécurité personnelle ; voilà pourquoiles habitants de l'intérieur sont plus doux et moins féroces que ceux des côtes. voilà pourquoi aussi la culture y est plus générale et mieux entendue.

La Traite, à l'embouchure des rivières et sur les côtes, est conduite par les Européens eux-mêmes. Les habitants ont sous les yeux les navires négrier. Ils les voient chargés des articles adaptés à leurs besoins, dans la vue de recevoir en échange des hommes, des femmes et des enfants. Ils ont sous les yeux les objets que convoitent leurs désirs. A peine un de ces fatals navires a-t-il jeté l'ancre, aussitôt en sortent la convoitise, l'avarice, la haine, la vengeance, et toutes les passions funestes qui agitent le coeur humain ; l'arrivée d'un navire négrier est un appel à tous les crimes. Heureux alors celui qui peut trouver son salut dans la fuite ! Alors commencent les épreuves de l'eau empoisonnée où eau rouge, les Tegria, les Panyar, toutes les expéditions incendiaires. Un témoin, interrogé par le parlement britannique, a déposé que, dans de, telles circonstances, les habitants ne sortaient jamais qu'armés. Il demanda à l'un d'entre eux pourquoi il portait des armes sur lui pendant qu'on n'était pas en guerre. La réponse fut silencieuse mais expressive. L'Africain lui montra du doigt un navire négrier qui était à l'ancre près de là. Les négriers européens ne posent jamais aucune question pour s'informer si les esclaves qu'on leur livre ont été légalement ou illégalement obtenus. Quelques-uns d'entre eux sont franchement et hardiment convenus devant le parlement, qu'ils achetaient indistinctement tous ceux qu'on leur présentait, sans s'informer nullement de la manière dont ils avaient été faits esclaves, ni du droit qu'avait le vendeur de disposer de leur personne. « Il suffit, disaient-ils, que les habitants nous les vendent pour que nous les achetions ».

Il est reconnu que les certains hommes ont tous un goût excessif pour les alcools forts, que ce goût s'accroît par l'usage, et finit par devenir une invincible habitude. C'est ici que nous allons voir, dans toute sa hideuse laideur, la conduite des négriers d'Europe envers les malheureux enfants d'Afrique. Ces hommes trop instruits de cette déplorable faiblesse des naturels du pays, n'ont pas manqué de là faire servir à leurs coupables intérêts. Ils donnent des repas aux chefs du pays, et, après les avoir enivrés, à la faveur de cette ivresse ils tirent d'eux des ordres cruels pour diriger des expéditions militaires contre leurs propres sujets.

Mais ces moyens ne sont pas les seuls que les négriers aient mis en usage, ils en ont employé d'autres non moins vils, non moins funestes. Ils ont soufflé le feu de la discorde entre les chefs des états voisins, quoiqu'ils vécussent en amitié avec chacun d'eux. Lorsqu'ils ont trouvé des semences de querelles déjà existantes entre eux, ils les ont cultivées et entretenues, sachant trop bien que, de quelque part que se rangeât la victoire, la guerre se terminerait à leur avantage. Pour mettre les deux armées en état de combattre l'une contre l'autre, ils leur ont fourni à toutes deux des armes et des munitions. Alors ils restaient tranquilles spectateurs du combat, et, quand tout était terminé, ils se faisaient payer de leurs avances en recevant à leur bord les prisonniers des deux partis.

Les négriers d'Europe ont poussé l'audace et la perversité jusqu'à enlever eux-mêmes les habitants, lorsqu'ils ont cru pouvoir le faire sans danger,sans être découverts, et sans avoir à craindre des représailles. Combien de fois n'ont-ils pas saisi des canots isolés dans les rivières et sur la côte ? Les malheureux qui s'y trouvaient étaient pris et emmenés aux Indes occidentales (les caraibes), patrie de l'esclavage.

La conséquence de la Traite : une grande partie du continent africain n'est qu'un vaste champ de carnage et de désolation, une forêt où les habitants se déchirent entre eux, un théâtre de fraude, de pillage, d'oppression et de sang.

Justifications des négriers

Les négriers ayant la conscience de leurs crimes, et entendant les critiques s'élever contre eux, ont longtemps préparé des arguments pour leur justification. Ils n'ont pas trouvé d'autre moyen d'excuser leur conduite qu'en avançant, ce qu'ils continuent encore de faire, que les Africains sont d'une nature différente de la nôtre, qu'ils n'ont point les facultés et les sentiments qui sont le partage de l'homme (en un mot, ils les consideraient comme des singes), et qu'enfin il faut les ranger dans la classe des brutes. Ils ajoutent, pour prouver leur assertion, que depuis plusieurs siècles, l'Afrique est connue et visitée, les habitants de ce continent n'ont pas fait les mêmes progrès que les autres peuples.

La volonté de civiliser et de christianiser l'Afrique. Cette volonté est reprise dans le Code Noir en son article 2 : Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. Enjoignons aux habitants qui achètent des nègres nouvellement arrivés d'en avertir dans huitaine au plus tard les gouverneurs et intendant desdites îles, à peine d'amende arbitraire, lesquels donneront les ordres nécessaires pour les faire instruire et baptiser dans le temps convenable.

Les Européens argumentent pour excuser la traite, que les noirs qu'on exportait d'Afrique avaient déjà été réduits en esclavage dans leur pays et que, dans nos colonies, leur sort était certainement devenu moins misérable qu'il n'aurait continué de l'être chez eux. D'abord cette affirmation resterait à démontrer et, en la tenant pour vraie, quel singulier motif à invoquer par des civilisés pour légitimer leur crime de lèse-humanité. Il y a longtemps, du reste, que personne ne discute plus la question de principe. Sans doute, l'esclavage existait en Afrique, et il existe encore. Mais qui ne sait combien les Européens ont contribué à le développer ? Et, s'ils ont aujourd'hui réussi à l'extirper de ces côtes occidentales, où ils lui avaient donné une telle extension, leurs efforts restent bien impuissants dans le centre et dans l'est du continent noir.

Au début de la traite, les négriers, qui doivent acheter les esclaves soit aux chefs noirs soit à d’autres négriers, ne portent aucun jugement sur la civilisation noire. La révolte et la prise de conscience des difficultés de la traite vont amener les négriers à avoir un autre regard sur les Noirs qui leur vendent le bois d’ébène. Ils vont qualifier certains de leurs pourvoyeurs de voleurs, de rançonneurs, de race indigne, de menteurs ou de fripons, puis très vite, les négriers feront l’amalgame : tous les Noirs seront considérés comme des menteurs et des voleurs, qui promettent beaucoup et ne tiennent jamais parole. Et même les agents noirs des négriers seront victimes de ce type de jugement. La subjectivité de cette généralisation du comportement des Noirs (tous les mêmes, captifs comme traiteurs) est flagrante alors que la raison objective est tout autre : les Noirs veulent simplement vendre les captifs trop cher.

Les caravanes d'esclaves

Caravane.webp Ces sortes de caravanes s'appellent en Afrique des Coffles. Souvent il arrive que plusieurs Coffles se rencontrent et font route ensemble. C'est une idée fortement enracinée dans l'esprit des esclaves, que les blancs n'achètent des esclaves que pour les manger ou pour les vendre pour le même usage. Aussi n'envisagent-ils qu'avec terreur leur voyage pour la côte ; de sorte que, jusqu'au jour du départ, les marchands les tiennent constamment enchaînés, et les gardent avec un soin extrême, de peur qu'ils ne parviennentà s'évader. Ils ont coutume, à cet effet, d'enchaîner la jambe droite de l'un a la jambe gauche de l'autre. En soutenant leurs fers par le moyen de cordes, ils peuvent marcher, mais lentement. Ils sont attachés quatre a quatre, par le cou, au moyen d'une forte corde. La nuit on leur met en outre les fers aux mains, et quelquefois même on leur passe autour du cou une petite chaîne de fer.

Pour ceux qui donnent des marques de mécontentement et de rébellion, on a recours à diverses précautions. On prend une grosse pièce de bois de trois pieds de long (1 mètre environ), à l'une des extrémités on pratique une entaille uniment (De façon égale, uniforme) façonnée, dans laquelle on introduit le talon de l'esclave, de manière à comprimer les deux chevilles du pied. Alors on réunit les deux parties saillantes de la pièce de bois par une gâche de fer mise en travers, qui comprime le devant de la jambe. Tous les fers et toutes les chaînes sont fabriqués avec du fer du pays. Le forgeron les attachait aussitôt que les esclaves arrivaient à Kamalia, et on ne les leur ôtait que dans la matinée du jour fixé pour le départ pour la Gambie.

La traversée

Source : La violence sur les navires négriers dans la phase de décollage de la traite nantaise (1697-1743) - Guy Saupin

Tout navire de commerce étant apte à passer de la droiture, au commerce triangulaire, vers les îles à la traite négrière, il existe une grande variété dans les bateaux expédiés sur les côtes africaines, les frégates étant le plus souvent mentionnées. Le bâtiment n’est pas forcément en bout de course, très fatigué après de multiples services. Les armateurs n’hésitent pas à consacrer directement à ce trafic des navires sortant des cales des chantiers de construction. Toutefois, le transport d’esclaves, arrachés de force à leur pays d’origine, exige des aménagements spécifiques permettant d’en charger le plus grand nombre, en assurant à la fois la sécurité de cette marchandise humaine et de ses convoyeurs.

Afin d’augmenter la surface de stockage, la construction d’un faux-pont, entre l’entrepont et le pont supérieur, reste l’aménagement le plus significatif de l’activité de traite. Tout au long des flancs intérieurs de l’entrepont, le charpentier construisait un échafaud surélevé de cinq à six pieds de large, laissant une hauteur de trois à quatre pieds sous le pont, de quoi installer les enfants ou les captifs de petite taille. Dans un si petit réduit, il ne fallait pas être trop grand pour s’y tenir assis. La hauteur totale de la partie centrale de l’entrepont réservée aux adultes les plus corpulents ne permettait pas de se tenir debout car elle variait entre quatre et cinq pieds. Les esclaves étaient entassés, nus, enferrés par deux pour réduire davantage leur mobilité. Cette recherche de remplissage aboutissait à créer une geôle obscure, avec de réels problèmes d’aération, mal réglés par la fermeture des écoutilles par de grands caillebotis de bois et l’adjonction de bouches d’air. Lorsque le temps se gâtait et imposait la fermeture de ces orifices, la sensation d’étouffement, dans un réduit où l’air était confiné, décuplait l’oppression du renfermement. Pour limiter les risques d’écorchures sur les planches de sapin ou les collisions le long des structures du navire lors des tempêtes, des filins étaient accrochés temporairement afin de permettre aux malheureux ballottés de s’accrocher.

Afin de renforcer la sécurité, les captifs étaient répartis selon les sexes en deux zones distinctes sur le navire. Les hommes, toujours les plus nombreux, étaient placés vers l’avant, entre le mât d’artimon et le gaillard avant. Les femmes et les très jeunes enfants étaient renvoyés vers l’arrière, les deux parcs étant séparés par une rembarde, rempart de bois en forme d’éventail placé en travers de tout le navire, lui conférant ainsi un profil particulier permettant de reconnaître de loin un bâtiment affecté à la traite. Cette forte cloison, ouverte par une ou deux portes, était percée de meurtrières permettant l’usage d’armes à feu pour mâter d’éventuelles rébellions, mais aussi bordée de lames de fer tranchantes interdisant son escalade par les révoltés. Elle protégeait tout le gaillard arrière, véritable réduit défensif concentrant les chambres du capitaine et des officiers placées au-dessus du réduit à munitions connu sous le nom de Sainte-Barbe. Muraille de protection contre la violence des captifs révoltés, elle avait aussi le rôle de frontière sociale entre les officiers et les matelots, en créant une inégalité fondamentale dans les conditions de sécurité en surexposant les seconds. Derrière cette rambarde, sur le pont, proche du parc aux femmes qui étaient requises pour ce travail, était installée la cuisine comportant deux chaudières, une pour l’équipage et une autre pour les captifs.

Ces derniers étaient soumis à des traitements inhumains : « une relation fondée sur l’ingestion forcée de nourriture, les coups de fouet, la violence à tout bout de champs et le viol des femmes ». L’objectif était, outre de terroriser les captifs afin d’éviter les rebellions, de les préparer aux conditions de l’esclavage qui allait suivre dans les plantations, « le navire n’était lui-même qu’une machine diabolique, une sorte de gigantesque instrument de torture ».

Les marchands noirs, les ont amenés, les ont vendus aux avides Européens. Dès qu'ils sont mis à bord des navires, les hommes sont enchaînés deux à deux, c'est-à-dire qu'on attache la jambe droite de l'un à la jambe gauche de l'autre ; c'est dans cet état qu'on les renferme dans la prison qui leur est destinée, l'entrepont même du navire, préparé sur place par les charpentiers ; Les femmes et enfants, on ne les enchaîne point, et on les place dans un endroit séparé des hommes. Image des fers Les fers utilisés pour la traite négrière
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Wikipédia


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La Marie Séraphique de Nantes
Navire armé pour l'Angola
La précision des détails est effrayante
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Pour limiter les risques physiologiques et psychologiques dans une configuration de l’espace aussi resserrée, il était indispensable de faire sortir les captifs à l’air libre dès que le temps le permettait. C’était normalement le cas de 9 à 17 heures, entre les deux repas. Outre les opérations de nettoyage de l’entrepont aménagé confiées à des brigades de noirs encadrés par des matelots, on essayait d’alterner des séances de travaux manuels avec des exercices de dégourdissement physique pouvant aller parfois jusqu’à la danse, selon les recommandations livrées par les manuels de commerce.

Pour limiter les effets mortifères de l’entassement de prisonniers dans une geôle flottante, les équipages négriers s’appliquent à respecter quelques règles d’hygiène élémentaire bien connus. Les Noirs sont régulièrement lavés en grand à l’eau de mer, enduits d’huile de palme deux fois par semaine pour limiter les maladies de peau. Ils ont la bouche nettoyée à l’eau fraîche citronnée, la tête rasée et les ongles coupés tous les quinze jours46. L’entrepont est frotté et lavé à l’eau de mer par des brigades de captifs après chaque remontée journalière à l’air libre, de même que le pont après la descente en fin de journée. Il est recommandé de désinfecter régulièrement l’intérieur soit avec du vinaigre ou du genièvre, soit en brûlant des plantes aromatiques ou encore en y plongeant un boulet rouge dans un seau de goudron.

Et cependant il n'y a que peu de navires où l'on accorde tant d'espace ! Il en est beaucoup où les esclaves ne peuvent se coucher que sur le côté ; aucun où ils puissent se tenir debout. En outre, ils sont continuellement nus, et ils n'ont sous eux que les planches. Le mouvement du vaisseau leur cause souvent des souffrances violentes, en ce qu'il occasione des écorchures aux parties saillantes de leurs corps, et leurs fers leur déchirent les jambes. Mais le moment le plus affreux de leur situation, c'est lorsque le mauvais temps et l'impétuosité du vent obligent de fermer les écoutilles. Aucune langue ne peut décrire ce que souffrent alors ces infortunés ; alors on les entend souvent crier dans leur langue, d'une voix lamentable : « Au secours! Au secours ! nous nous mourons ! », Des témoins ont comparé la vapeur émanée de leurs corps à travers les caillebotis, à la chaleur qui sort d'une fournaise ardente. Plusieurs d'entre eux, suffoqués par la chaleur, l'infection et l'air corrompu, ont élé transportés à demi morts de la cale surle pont du navire; et d'autres, qui étaient en bonne santé quelques heures auparavant, ont été retirés morts de suffocation.

Les seuls moyens de libération est, pour les esclaves : la prise du bateau, la pendaison, de se jeter dans la mer (des filets sont installés autour du navire pour l'éviter), ne plus se nourrir (dans ce cas les marins utilise le spéculum oris, destiné à ouvrir les mâchoires quand elles sont resserrées), afin de les nourrir de force. Les femmes meurent souvent de folie tellement les conditions sont dures, les viols sont courant.

Une effrayante mortalité règne parmi les esclaves. Les insurrections, les suicides, les maladies produites par les peines de l'esprit, par la transition subite du froid au chaud, par la malpropreté, par les odeurs fétides, par une atmosphère corrompue, et par les barbares trailemens, contribuent à rendre cette mortalité plus rapide encore. Il résulte des dépositions de témoins dignes de foi devant le parlement britannique que, sur 7904 esclaves qu'ils avaient eux-mêmes exportés d'Afrique à diverses époques, tous jeunes et en bonne santé lors de leur embarcation, il en est mort 2053, c'est-à-dire un quart, dans l'espace de six ou huit semaines.

Le détail des souffrances que la Traite inflige à ses victimes pendant la traversée, la démoralisation qu'elle engendre dans les équipages qu'elle emploie. Comment supposer que des hommes, témoins journaliers des barbaries, ne deviennent barbares eux-mêmes ? Sans doute que, lorsqu'ils s'engagent pour la première fois dans ce commerce coupable, ils prennent la résolution d'abjurer tout sentiment d'humanité ; mais cette abjuration ne peut se faire sans qu'intérieurement leur âme ne se révolte, jusqu'à ce qu'enfin l'habitude, qui est une seconde nature, les réconcilie insensiblement avec les horreurs qu'ils commettent et dont ils sont témoins tous les jours. Leur coeur s'endurcit bientôt sans remède. C'est ce que l'on voit dans les exécuteurs de la haute justice Dans les premiers jours qu'ils entrent dans leurs emplois, ils éprouvent une certaine émotion intérieure ; mais bientôt ils s'accoutument à une insensibilité complète. Les dames romaines ne furent-elles pas amenées par degrés à prendre plaisir aux combats de gladiateurs ? La même révolution a lieu dans le moral de tous ceux qui s'emploient au service de la Traite. Bientôt le spectacle et l'action du crime les laissent insensibles ; et, par la suite, les souffrances des malheureux qu'ils achètent ne leur causent pas plus d'émotion que celles des plus vils insectes. Ils n'envisagent la vie de leurs semblables que sous le rapport de leurs intérêts, ils s'en font un jeu cruel ! Ayant étouffé dans leur coeur tout sentiment d'humanité, ils deviennent des monstres, et il n'y à pas de crimes dont de pareils êtres ne soient capables.

Les révoltes à bord

La plupart des révoltes se réalisaient le long des côtes africaines. Elles pouvaient également avoir lieu en haute mer mais c'était beaucoup plus rare. Il y avait au moins une insurrection tous les huit voyages.

Quelques-unes réussirent :

●  En 1532, 109 esclaves se rendirent maîtres du Misericordia, un navire portugais. De l'équipage, il ne restait que 3 rescapés. Ceux-ci réussirent à s'enfuir. On n'entendit plus jamais parler du navire.
●  En 1650, un navire espagnol sombra au large du cap de San Francisco. Les Espagnols survivants furent tués par les captifs africains.
●  En 1742, les prisonniers de la galère Mary se soulevèrent. Seuls le capitaine et son second en réchappèrent.
●  En 1752, les esclaves du Marlborough se révoltèrent. On n'entendit plus jamais parler d'eux.

Mais la plupart du temps, les révoltes étaient matées et les meneurs servaient d'exemple : ils étaient publiquement battus et pendus, voire pire. Certains pouvaient être victimes d'actes de barbarie :

le capitaine n'hésitait pas à couper une partie du corps de la victime pour épouvanter les autres captifs. En effet, beaucoup de Noirs croyaient que s'ils étaient tués sans être démembrés, ils regagneraient leur pays après avoir été jetés à la mer.

Un capitaine n'hésita pas à contraindre deux captifs à manger le cœur et le foie d'un troisième avant de les tuer.

Le châtiment le plus brutal semble avoir été celui infligé au meneur d'une révolte sur le bateau danois Friedericius Quartus, en 1709. Le premier jour, il eut la main coupée et celle-ci fut exhibée devant tous les déportés. Le deuxième jour, on lui coupa la seconde main qui fut également exposée. Le troisième jour, il eut la tête tranchée et son torse fut hissé sur la grande vergue où il resta exhibé durant deux jours.

les marins ne semblent pas comprendre cette violence, cette furie. Pour eux, la violence constitue une infraction aux normes négrières, normes qui définissent le trafic d’esclaves comme naturel, normal voire légal. Tout se passe comme si la violence des Noirs n’était pas concevable et, de ce fait, cela va justifier la répression. Quant aux esclaves, si nous ne pouvons appréhender la révolte de leur point de vue, il apparaît cependant que la violence utilisée s’explique et se justifie par le fait que ces hommes n’ont rien à perdre et qu’ils rendent les négriers responsables de leur sort. Leur acharnement traduit ici à la fois leur désespoir, leur souffrance et leur détermination.

L'origine de la traite par les français

Source : L'ESCLAVAGE AUX ANTILLES FRANÇAISES - AVANT 1789 - Lucien PEYTRAUD - 1897

C'est à Saint-Christophe que les Français vinrent tout d'abord se fixer. En même temps s'y installaient les Anglais. Les Espagnols allaient essayer de disputer aux uns et aux autres leur possession.

Belain d'Esnambuc y fit, en 1625, un premier voyage avec Urbain du Roissey et quelques Normands. En arrivant, ils trouvèrent plusieurs compatriotes, venus on ne sait quand, et dont le chef, le huguenot levasseur, leur céda ses droits. Lorsqu'ils repartirent bientôt après, ils possédaient déjà deux forts, 80 hommes et des munitions pour leur conservation, et aussi des esclaves, au nombre de 40 environ. Ce sont les premiers esclaves qu'aient possédés les Français aux Antilles, résultat de quelque prise faite sur les Espagnols, à moins qu'ils ne leur aien t été achetés régulièrement.

d'Esnambuc, revint en Francoe pour chercher du renfort. Il rapportait surtout du petun, c'est-à-dire du tabac. Il eut une entrevue avec Richelieu, auquel il fit un séduisant tableau des richesses de l'île, et presque immédiatement il obtint la création d'une Compagnie de Saint-Christophe et îles adjacentes. Les lettres patentes qui la fondèrent sont du 31 octobre 1626. Il y est dit que d'Esnambuc et son compagnon ont découvert Saint-Christophe, la Barbade, et autres îles voisines toutes situées à l'entrée du Pérou. La Compagnie est formée, tant afin de faire instruire les habitants des îles en la religion catholique, apostolique et romaine, que pour trafiquer et négocier des deniers et marchandises qui se pourront recueillir et tirer desdites îles et de celles des lieux circonvoisins

Richelieu fournit un vaisseau estimé à 8.000 livres et 2.000 livres en argent sur un capital total de 45.000. Dans la suite, il fut stipulé, par l'article X de l'acte de renouvellement de cette Compagnie, passé entre le cardinal et Jacques Berruyer, un des associés, le 12 février 1635, qu'elle ne s'appellerait plus que Compagnie des Iles de l'Amérique.

Partis le 24 février 1627, d'Esnambuc et du Roissey arrivent le 8 mai, après un voyage des plus pénibles. Un certain nombre d'Anglais, commandés par le capitaine Waërnard, s'étaient trouvés débarquer précisément le même jour. Les Français partagent alors avec eux le territoire de l'île. Ils rédigent une convention pour maintenir entre eux des relations de paix et d'amitié. L'article IV est ainsi conçu ; « Lesdits sieurs gouverneurs ne pourront retirer aucuns hommes ou esclaves dans leurs habitations, qui ne leur appartiendra [sic), ainsi s'en tiendront saisis jusqu'à ce qu'ils se soient donné avis desdits hommes ou esclaves. » (13 mai 1627.) Ce texte confirme donc très nettement l'existence d'esclaves à Saint-Christophe mais, qu'ils n'avaient pas été importés par la traite française.

« Le commerce spécial » n'avait pas encore été organisé par les Français. Tout au plus allait-il commencer, quoiqu'il ne soit pas permis de préciser la date avec une absolue certitude. On constate seulement qu'en vertu de lettres patentes du 24 juin 1633 « le sieur Rosée, Robin et leurs associés, marchands de Rouen et de Dieppe, eurent permission pour dix ans de trafiquer seuls à Senega, Cap Vert et Gambie, y compris les deux rivières » - Ils furent investis du « privilège du commerce et de la traite des noirs ».

Le fort Saint-Louis s'éleva sous la protection d'une escadre commandée par Claude de Razilly et devint le principal siège des opérations de la Compagnie des Îles de l'Amérique. De 1633 à 1635, deux autres sociétés, l'une malouine, l'autre parisienne, obtinrent également le monopole du trafic sur la côte d'Afrique, la première de Sierra-Leone au cap Lopez, la seconde du cap Blanc à Sierra-Leone, sauf sur les points réservés à la Compagnie normande du Sénégal ». Mais il faut croire qu'aucune d'elles ne transporta tout de suite beaucoup de nègres aux Antilles, car en 1635 Saint-Christophe reçut inopinément un secours considérable, qui n'était autre qu'une cargaison d'esclaves. Un capitaine nommé Pitre, « ayant fait une riche prise de quantité de nègres sur les Espagnols », les amena vendre à Saint-Christophe. C'est de ce moment que datent, en réalité, les commencements de la prospérité de cette île, On constata de mieux en mieux combien les nègres étaient plus résistants au travail, et chacun voulut désormais s'en procurer.

Saint_Kitts.webpSaint-Christophe, fut découverte en 1493 par Christophe Colomb lors de son deuxième voyage et il la baptisa en son honneur « San Cristóbal ». Les colons français la nommèrent alors « Saint-Christophe » et les Anglais « Saint-Christopher » ou plus récemment sous le diminutif de « Saint-Kitts ».

Saint-Christophe est le berceau de la colonisation des Antilles par la France et l'Angleterre, voire des Pays-Bas. Lorsque le flibustier Pierre Belain d'Esnambuc se voit dans l'obligation de se retirer à Saint-Christophe en 1625, il rencontre sur place une communauté de planteurs huguenots français qui le secourent. Ceux-ci partagent l'île avec des Anglais sous la gouverne de Thomas Warner.

La France cède Saint-Christophe à la Grande-Bretagne par le traité d'Utrecht en 1713 qui met fin à la guerre de Succession d'Espagne. En janvier 1782 l'île est attaquée par les Français. L'escadre de Grasse débarque une forte troupe qui contraint la garnison anglaise à la capitulation malgré une contre-attaque de la Royal Navy.

La même année, un conflit s'élant élevé entre les Français et les Anglais, les esclaves « au nombre de 5 où 600, conduits par des officiers français », armés de coutelas et de serpes, parurent aussi effroyables quo des démons. Pour les déterminer à bien se battre, d'Esnambuc leur avait promis la liberté, Comme les Anglais ne voulaient pas souscrire aux exigences des Français, « ils furent forcés à cela par la terreur que les nègres jetèrent dans l'esprit du petit peuple et des femmes anglaises ».

Ainsi les premiers esclaves contribuèrent pour une bonne part à sauver la colonie naissante de Saint-Christophe. Tranquilles du côté des Anglais, les Français continuèrent à organiser leur conquête. Il vint des navires français et hollandais, qui amenaient quantité de nouveaux habitants et quelquefois des >esclaves maures, qu'ils allaient acheter en Guinée ou qu'ils prenaient sur les Espagnols le long des côtes du Brésil ; et, comme ces nègres sont toute la force et la richesse des îles, la Compagnie en relirait déjà do grands revenus. Enfin, l'ile se trouva si peuplée que l'on prit la résolution de faire de nouveaux établissements dans les îles voisines.Le lieutenant d'Enambuc, entreprit celui de la Guadeloupe.

Deux navires, partis de Dieppe, emportant l'un 450 et l'autre 150 personnes, abordèrent à la Guadeloupe, le 28 juin 1635, d'Esnambuc, ayant choisi 100 hommes parmi les « vieux habitants » de Saint-Christophe, prit possession de la Martinique en septembre 1635. L'île de La Tortue fut prise vers 1640 sur les Anglais. De Bréligny s'installait à Cayenne et en 1648, les Français s'établirent à Saint-Martin. Cette même année, ils prirent Saint-Barthélémy ; les Saintes en 1652 ; Marie-Galante en 1653. L'occupation de la Grenade en 1650, celle de Sainte-Croix en 1561 ; Celle de la Désirade. Quant à la Dominique et à Saint-Vincent, elles furent laissées aux sauvages et déclarées neutres.

Dès le début, les lies se peuplèrent avec une rapidité étonnante. D'après son premier contrat, la Compagnie était tenue de transporter 4.000 colons. Or, l'édit de mars 1642, qui la confirme dans ses privilèges, constate qu'elle en a introduit 7.000. Dans ces conditions ne sommes-nous pas en droit de nous demander si la colonisation n'aurait pas pu aussi bien, et même mieux, être opérée uniquement par des travailleurs libres, sans recourir à la traite des nègres ?

La population se composée de toutes les classes de la métropole lui fournissaient, plus ou moins, des représentants. Ainsi les chefs des premières expéditions appartiennent pour la plupart à la noblesse. Les uns sont poussés par l'amour des aventures, les autres par l'insuffisance de ressources. Peut-être ne faut-il pas scruter le passé de chacun ; le départ pour l'Amérique a pu aider certains à liquider une situation malaisée, ou bien à effacer quelque faute, à fuir la lettre de cachet qui les menaçait. Du moins, là-bas, ceux-là se sont rachetés en servant bien le roi, sinon, la nation. Après eux viennent les fonctionnaires, d'abord uniquement ceux des Compagnies, puis les officiers du roi. Ensuite, les premiers les religieux des divers ordres, Jésuites, Dominicains, Carmes, Capucins, Jacobins, Frères de la Charité, sans parler des religieuses. Dans l'histoire de la colonisation française, les serviteurs de Dieu sont toujours et partout partis en avant pour porter au loin, avec les principes de la religion chrétienne, le renom et l'amour de la France. Ceux qui s'expatrient sont, en général, gens à l'esprit pratique et délié qui, tout en servant Dieu par leur propagande, croient aussi travailler à sa gloire en s'occupant des intérêts matériels de leur ordre. Ils se font au besoin médecins, architectes, ingénieurs, suivant les nécessités du moment ; en tout cas, ils s'entendent à merveille à faire fructifier leurs propriétés.

Au-dessous de cette double aristocratie de naissance et de profession, ou plutôt à côlé d'elle, car les distinctions de la métropole se perdaient aux Antilles dans la fusion de toutes les classes blanches, venait l'élément bourgeois avec sa consistance héréditaire, son esprit de prudence et de patience pratique, sa laborieuse persévérance et sa bienfaisante parcimonie. Ces bourgeois, qui se décidaient à partir, n'étaient pas de ceux qui étaient déjà parvenus à une brillante situation. Plus d'un ne se lança hors de la mère-patrie qu'à la recherche de la fortune, introuvable pour lui jusque-là ; les privilèges entravaient celui-ci ; cet autre voyait peut-être la banqueroute imminente. Ici encore il est inutile de trop approfondir.

Enfin, en dernier lieu, viennent les engagés, qui se recrutaient un peu partout et n'importe comment. Ils étaient ou volontaires ou forcés. Les premiers comprenaient des gens sans ressources, domestiques sans place, compagnons sans travail ou dégoûtés de ne pouvoir devenir maîtres, paysans las de la corvée et aux yeux desquels on faisait luire le rêve d'une propriété qui leur appartiendrait, Les seconds étaient des vagabonds, des fraudeurs, ou bien des fils de famille déshérités, des jeunes gens, tombés dans des égarements de jeunesse et s'amusent à fainéanter dans le royaume au lieu de travailler, aussi le roi les fait-il embarquer d'office pour les colonies.

L'origine des engagés est nettement indiquée dans la Commission qui porte privilège exclusif du commerce aux îles pour la Compagnie de Saint-Christophe. Elle interdit en effet de recevoir pour ladite entreprise d'autres personnes que celles qui feraient leur soumission de demeurer trois ans avec les représentants de la Compagnie. Il est évident qu'il ne s'agit que des gens qui ne peuvent payer leurs frais de passage. La plupart redoutaient de s'engager pour trois ans, ainsi qu'il résulte d'un arrêt du Conseil d'État du 28 février 1670, qui réduit le terme de l'engagement à dix-huit mois.

L'âge minimum fut fixé à dix-huit ans et maximum à quarante ans ; Défense d'embarquer des enfants ; qu'ils aient au moins 4 pieds de taille (1,22 mètre) et soient en état de travailler. Ces diverses prescriptions indiquent quelle était la condition de ces malheureux. C'étaient de véritables forçats, non moins durement traités parfois que les esclaves et on les faisait travailler avec eux.

Le lieutenant général de l'Amérique, editait un règlement en date du 19 juin 1664. L'article 8 indiquait : « Défenses sont faites à tous commandeurs d'engagés et de nègres de débaucher les négresses. » Cependant l'article 14 nous montre qu'à la différence des nègres ils ne devaient pas être frappés : « Défenses sont faites aux maîtres de battre et excéder leur engagé et, en cas qu'il y ait preuve suffisante qu'il y soit par eux contrevenu, ledit engagé sera réputé libre et payé par le maître de ce qu'ils sont convenus jusqu'au jour qu'il sortira de son service. » Libre ! il ne l'était donc pas et, en effet, non seulement il était vendu comme esclave de fait pendant trois ans, mais encore il pouvait même être revendu à un autre maître dans cet intervalle. Et en quelles mains pouvait-il tomber ? système des engagés était devenu une véritable traite de blancs. Aussi les capitaines en étaient-ils réduits à les racoler par surprise ou par force ; et nous voyons, par une ordonnance du 14 janvier 1721, que ceux-ci cherchaient tous les moyens de s'échapper ; en conséquence une amende de 60 livres fut imposée aux capitaines pour chaque évadé.

Aux îles, les engagés étaient aussi adonnés au marronage que les nègres et tachaient de gagner le territoire espagnol.

On en vint donc à donner une prime de 4 écus aux « captureurs » pour la prise de chaque engagé, à sa charge rembourser son maître de celte somme par une prolongation de six mois de service au-delà de son engagement. En regard de ces mesures sévères, la protection qui leur est accordée semble assez faible. Par exemple, un économe ayant brûlé les pieds à un engagé n'est condamné qu'à 50 livres d'aumône et 50 livres d'indemnité au maître de cet engagé, qui est déclaré libre, sans qu'il soit d'ailleur nullement question de dommages-intérêts à lui accorder. Il est facile de comprendre que, dans ces conditions, ils ne fussent guère encouragés à s'expatrier.

Le salaire ou l'ordinaire qu'ils touchaient, était de 300 livres de tabac pour trois ans, outre la nourriture, mais sans qu'on leur fournit de vêtements. Malgré tout, s'ils arrivaient sans trop de mal à remplir leur engagement, ils pouvaient devenir ouvriers libres, ou bien, ayant obtenu une concession, s'établir comme petits habitants ou petits blancs. Certains devinrent de riches propriétaires. Ils auraient donc pu fournir un fond solide de population blanche travailleuse et destinée à se développer régulièrement, si on les eût traités de manière différente et que la métropole eût entretenu un courant régulier et continu d'émigration.

Malheureusement, dès qu'on eut commencé à avoir des noirs, on ne se préoccupa plus d'augmenter la population européenne. Dès lors elle fut destinée à n'être qu'une infime minorité, incapable de constituer une souche assez féconde pour couvrir les îles de ses rejetons. Ce fut la faute à la fois de la métropole et des colons, exclusivement soucieux de leurs intérêts immédiats, et qui virent tout de suite une source de profits bien plus considérables dans le trafic et l'exploitation des esclaves, sans s'arrêter à en calculer toutes les conséquences.

Ainsi s'accrédita de bonne heure le préjugé, soigneusement entretenu par les intéressés, que les blancs d'Europe n'avaient pas la force suffisante pour travailler la terre aux Antilles.

Si, plus tard, la population blanche resta stationnairc, et même décrut, c'est que l'on négligea les sages règlements de Colbert et que toutes les primes, toutes les faveurs furent accordées aux importations d'Africains. En réalité, c'est Colbert qui a donné la plus vive impulsion au développement de l'esclavage et par là commencé à faire diminuer l'émigration européenne. En envoyant des engagés, le gouvernement ne semble pas avoir eu alors la pensée de créer aux Antilles le travail européen, mais bien plutôt d'y constituer la propriété européenne. A la fin de son engagement l'Européen recevait des terres et devenait habitant. Lorsque les terres vinrent à manquer, ce qui se produisit assez promptement, vu le système de la grande culture, les engagements prirent fin.

Les engagés ont fini non parce qu'ils ont échoué, mais parce qu'ils ont réussi. La victoire fait cesser les efforts tout aussi bien que la défaite. - Amener d'autres Européens, c'était risquer de susciter des concurrents pour les premiers propriétaires. Or chacun voulait agrandir son domaine. Pour le mettre en culture, il ne lui fallait que des bras. En pouvait-il être de meilleurs que ceux de l'esclave, à la fois instrument et capital vivant, que seule manie la volonté du maître, tout en ayant le droit de l'aliéner à son gré.

Des colons par centaines émigrèrent de la Normandie pour se livrer à tous les travaux do la culture coloniale... Par la suite, la culture cessa d'être faite par les blancs; mais, s'ils l'abandonnèrent, à cause des désordres de l'administration, de la cruauté avec laquelle on traitait les colons, et de l'exemple des autres colonies, dans lesquelles on se servait des nègres, dont le travail donnait de grands bénéfices aux propriétaires et aux traitants. Sans l'attrait de ces gains funestes, l'émigration européenne eût continué, car elle n'a pas cessé à raison du climat des Antilles, mais par suite de la traite des noirs.

De 1664 à la mort de Colbert, ou plutôt à la promulgation du Code Noir (1685), préparé par lui, est marquée à la fois par le développement méthodique de l'esclavage et par les progrès de notre commerce avec les îles, dus à ceux de notre marine.

La traite négrière par les français

D'après Voltaire, « la première concession pour la traite des nègres est du 11 novembre 1673 ».
En réalité, la traite se fait encore plus ou moins régulièrement ; elle n'a que l'approbation tacite du gouvernement, en attendant qu'il la réglemente, la protège et l'encourage ouvertement. Il ne parait pas avoir jugé à propos de rien prescrire à ce sujet à la Compagnie des lies d'Amérique. Mais nous constatons par d'assez nombreux documents qu'elle ne néglige pas celte partie de son commerce et qu'elle emploie déjà elle-même des nègres pour son propre compte.

Extrait de Pacte d'assemblée de la Compagnie en date du 3 mars 1638 montre qu'il est statué favorablement sur une demande faite par M. de l'Olive d'aller se pourvoir de nègres et de bestiaux au Cap Vert....

Le 1er mai 1641, le capitaine Monlabeur, de la Martinique, obtient de la Compagnie une exemption de droits pour 30 hommes à titre d'encouragement, pour « aller croiser avec un navire de guerre au passage d'Angola, à la Neuve-Espagne, prendre des navires chargés de nègres et les porter en ladite île de la Martinique ».

Le 28 septembre 1612, qu'on pourvoira « au passage des PP. (Jésuites) selon le temps, et de leurs serviteurs jusqu'à ce qu'on leur ait baillé des nègres, qui sera lorsqu'il en viendra en l'île » et, le 3 mars 1645, qu' « il sera fourni aux Jésuites 3 nègres ou esclaves ».

C'est surtout à partir de l'avènement de Colbert aux affaires que la traite devient vraiment régulière et de beaucoup plus importante. Comme il veut que la marine française et, par suile, le commerce rivalisent avec ceux des Hollandais, que le développement des colonies est un sûr moyen d'atteindre ce but, que les nègres sont à ses yeux d'excellents instruments de travail pour faire fructifier le sol et qu'enfin, par surcroit, le trafic de cette marchandise humaine lui parait être une source possible d'importants bénéfices, il va s'empresser de le favoriser. Colbert, est-il besoin de le dire, est avant tout un homme d'État, un génie essentiellement pratique ; ce n'est nullement un philosophe, et surtout un philosophe humanitaire. On sait les moyens qu'il emploie pour le recrutement de la chiourme. Il y faut, écrit-il le 10 février 1666 à Arnoult, intendant des galères à Marseille, l'action des Parlements, les achats d'esclaves et peut-être la traite des nègres, il n'allait du reste pas tarder à se confirmer dans cette idée. Aussi provoque-t-il les mesures royales qui, dès lors, ne cesseront plus, jusqu'à la fin de l'ancien régime, d'être prises en faveur de la traite. Si Louis XIII semble avoir eu quelques scrupules à autoriser l'esclavage dans les colonies françaises, nous n'en trouvons plus trace chez Louis XIV. En tout cas, ils ont été apaisés chez l'un et chez l'autre par l'idée du bien qu'ils faisaient à ta religion et à de malheureux idolâtres auxquels ils voulaient assurer le salut.

C'est sous l'empire de ces diverses idées que fut promulgué l'Ëdit du 28 mai 1664, portant établissement d'une Compagnie des Indes Occidentales pour faire tout le commerce dans les iles et terres fermes de l'Amérique.

C'étaient des bâtiments hollandais qui s'étaient livrés à celle importation. Mais désormais il va être expressément défendu de recourir aux étrangers pour la traite. Pour encourager les armateurs particuliers, un arrêt du Conseil d'État, du 26 août 1670, porte suppression d'un droit de 5% que prélevait à l'origine la Compagnie sur les nègres de Guinée. Il est dit dans le préambule : « Et comme il n'est rien qui contribue davantage à l'augmentation des colonies et à la culture que le laborieux travail des nègres, Sa Majesté désire faciliter autant qu'il se pourra la traite qui s'en fait des côtes de Guinée auxdites îles. » Un autre arrêt, du 18 septembre 1671 exempte de tous droits de sortie toutes les marchandises qui seront chargées dans les ports du royaume pour être portées aux côtes de Guinée en vue de les échanger contre des noirs. La Compagnie des Indes Occidentales jouissait déjà de l'exemption de la moitié des droits d'entrée pour toutes les marchandises qu'elle importait d'Amérique. En même temps, le Ministre écrit aux directeurs de la Compagnie que Sa Majesté ne veut plus qu'ils fassent aucun autre commerce que de nègres et de bestiaux ; ce qui prouve bien l'importance qu'on attache dans la métropole au développement de l'esclavage.

Toujours avec la même intention de favoriser le commerce national, le roi, par une ordonnance du 13 janvier 1672, accorda une gratification de 10 livres payable aux armateurs pour chaque nègre débarqué aux iles françaises d'Amérique, et une gratification de 3 livres, payable par la Compagnie, aux capitaines. Ces primes se renouvelleront fréquemment et ne feront qu'augmenter ; c'est que, malgré les avantages de la traite, il ne manquait pas de risques à courir. En réalité, c'était un bon calcul de la part du roi ; car chaque nègre lui rapportait d'abord le droit perçu sur les produits des colonies contre lesquels II était échangé, puis les divers bénéfices résultant du développement général de la prospérité des îles, qui contribuait à celle du royaume.

La Compagnie des Indes Occidentales, mal administrée, fut obligée de liquider en 1674. Ce fut la première Compagnie d'Afrique ou du Sénégal qui hérita de ses privilèges pour le commerce, tandis que le roi se chargeait de son passif et réunissait les Antilles au domaine. En fait, la nouvelle Compagnie n'acheva d'être constituée et n'eut ses lettres patentes qu'en juin 1679 ; toutefois, elle n'en était pas moins considérée comme ayant une existence officielle. En effet, le 25 mars 1679, un arrêt du Conseil d'État approuve le commerce de ladite Compagnie à la côte d'Afrique, « tant en marchandises qu'en nègres, à l'exclusion de tous autres ».

Cet arrêt a une importance particulière, en ce sens qu'il constitue pour la première fols le monopole de la traite. Il rappelle un traité du 16 octobre 1675 (confirmé le 26 par le Conseil d'État), passé entre les directeurs du commerce des Indes Occidentales et maître Jean Oudiette, fermier général du domaine d'Occident, par lequel celui-ci s'engageait à transporter aux îles 800 nègres par an pendant quatre ans.

Le roi lui-même avait prescrit de donner toutes les assistances aux bâtiments qu'il emploierait à aller chercher des nègres. Les sieurs Bellinzany et Ménager avec les sieurs François et Bains, directeurs de la Compagnie du Sénégal, promettaient d'importer pendant huit ans 2.000 nègres par an aux îles de la Martinique, la Guadeloupe, Saint-Christophe, la Grenade, Mario-Galante, Sainte-Croix, Saint-Martin, Cayenne, la Tortue, Saint-Domingue et autres îles et terre ferme de l'Amérique.

Le roi, pour mettre un terme à la « disette de nègres », se résout à envoyer un de ses vaisseaux au Cap Vert avec de l'argent pour en acheter et les faire passer de là auxdites îles, où ils seront vendus pour le compte de Sa Majesté, et elle fera mettre sur ce bâtiment un équipage un peu plus fort que ceux qu'ont accoutumé d'avoir des vaisseaux qui font ce commerce, afin de servir en même temps à chasser les interlopes de celle côte. Voilà donc Louis XIV lui-même qui se fait traitant! Mais c'est uniquement dans l'intérêt de ses sujets des colonies. En effet, les administrateurs de la Martinique démontrent que non seulement les 2.000 noirs au sujet desquels on les a consultés ne seraient pas de trop, mais qu'il en faudrait au moins 6.000 tout de suite. C'est à peine si les arrivants remplacent les morts, et les parents n'en peuvent point donner à leurs enfants pour créer de nouveaux établissements. Il n'y aurait qu'à tirer des noirs des colonies étrangères, ce qui serait le meilleur moyen de les détruire. Ils promettent du moins de seconder de leur mieux « ceux qui seront chargés de la vente des noirs que Sa Majesté doit envoyer pour son compte. » - Le roi répond que, si les Compagnies ne peuvent fournir assez de nègres, il enverra quelques flûtes en Guinée ; mais il veut être assuré que « ce commerce ne lui sera point à charge ci qu'il sera en même temps très avantageux aux îles ». Quant au projet d'en prendre des colonies étrangères, il ne l'approuve que pour Cayenne, afin de ruiner le Surinam. Il ajoute : « Ceux qui se sont obligés jusqu'à présent à faire ces fournitures y ayant toujours perdu et les sucres ayant encore diminué de prix, il faut bien prendre garde de ne rien faire qui puisse empêcher qu'on ne maintienne un prix raisonnable à la vente des noirs, parce que ces Compagnies, déjà rebutées par des perles extraordinaires, ne pourraient soutenir leur commerce si le prix des noirs diminuait. »

Même avec le secours des bâtiments royaux, il y avait toujours insuffisance de nègres aux Antilles. Les habitants de Cayenne, en particulier, n'en avaient pas reçu depuis près de quatre ans. Aussi le sieur de Feroltes cru pouvoir profiter du passage d'un négrier hollandais pour permettre aux habitants d'en acheter. Ils en ont pris 196...!!

En même temps, le gouvernement tâchait d'empêcher que les nègres introduits aux iles n'en fussent exportés. Suivant une ordonnance du 28 avril 1694, « les capitaines, qui laisseront s'embarquer sur leurs navires des nègres des habitants des îles, devront les payer à raison de 400 livres chacun, de quelque âge et de quelque force qu'ils soient ». La même défense leur est renouvelée, le 28 octobre suivant, sous peine d'interdiction pour six mois et de 500 livres d'amende en plus du paiement des nègres.

En mars 1696, est constituée Compagnie royale du Sénégal, Cap Vert et côtes d'Afrique, avec un privilège de trente ans pour la traite. Mais, bientôt après, l'intendant Robert réclame contre ce monopole et demande que la traite soit permise aux particuliers. La rareté des nègres a fait monter leur prix jusqu'à 12 et 15.000 livres de sucre. Ce ne serait pas trop d'en envoyer 2.000 ; les habitants de la Martinique seraient en état de les acheter en huit jours. En conséquence, le roi presse la Compagnie de Guinée de tenir ses engagements, en la prévenant que, si elle ne le fait pas, il sera obligé d'autoriser plusieurs négociants qui ont demandé d'aller négocier sur les côles d'Afrique. Puis il l'informe, ainsi que celle du Sénégal, d'une offre qui lui a été faite par un particulier « de porter en deux ans aux îles 4.000 noirs qu'il achètera aux Hollandais ou autres » pour les traiter dans les lieux de leur concession.

les Hollandais ayant gagné des sommes immenses à vendre des nègres aux Espagnols, Le commerce français songeait précisément à les imiter.

Un traité fut donc conclu entre les rois de France et d'Espagne et le sieur Ducasse pour la fourniture des nègres dans les Indes espagnoles, et la Compagnie de l'Assiente fut constiluée le 27 août 1701. Elle devra introduire aux Indes en dix ans (du 1" mai 1702 au 1" mai 1712) 48.000 noirs pièces d'Inde, « lesquels ne seront point tirés du pays de Guinée qu'on appelle Minas et Cap Vert, attendu que les nègres de ces pays ne sont pas propres pour les Indes occidentales ». On exigeait, sans doute, des nègres d'Angola, considérés comme supérieurs.

A partir du 1 mai 1713, les Anglais allaient donner un développement extraordinaire à la traite. Le XVIIIe siècle marque aussi un redoublement d'activité de la part des Français pour le commerce des esclaves ; il ne fut cependant jamais en proportion des besoins des colons. Dès le 20 septembre 1713, pour remédier une ordonnance royale rendit la traite libre pour les négociants du royaume, moyennant un droit de 30 livres par nègre importé à Saint-Domingue, et de 15 livres pour ceux qui seraient portés aux îles-du-vent.

Les ports autorisés étaient , La Rochelle, Bordeaux, Nantes, Sainl-Malo. Les armateurs étaient astreints a un droit de 20 livres par tête de nègre. En revanche, ils obtenaient l'exemption de la moitié des droits, tant des fermes que locaux, pour les marchandises de la côte de Guinée, et pour celles des îles françaises de l'Amérique qui proviendraient de la vente et du troc des nègres, ainsi que la suppression de tous droits de sortie sur les produits à destination de l'Afrique.

la Compagnie des Indes, fondée en 1717, eut l'idée de recourir à des émigrants libres pour coloniser les bords du Mississipi. L'affaire fut, très mal conduite. On avait eu recours à une épouvantable contrainte pour embarquer tous les gens sans ressources ; la plupart de ces malheureux périrent. Le plan de colonisation des rives du Mississipi tomba avec le système de Law. Une des conséquences de cet échec, c'est qu'on en revint plus que jamais à la traite.

le 10 septembre 1720 la Compagnie des Indes (nouvelle Compagnie) devait avoir « le privilège exclusif, pour l'Ile Saint-Domingue seulement, de tirer de l'étranger, pendant le cours de quinze années, 30.000 nègres pour les vendre dans ladite île, sans être tenue de payer aucun droit ; à condition néanmoins que si, dans moins de quinze années, elle introduit les 30.000 nègres, le privilège cessera ».

La Guadeloupe et la Martinique furent prises par les Anglais, la première en 1759, la seconde en 1762.

les Anglais, en moins de quatre ans, introduisirent 35.000 esclaves à la Guadeloupe, où la culture était alors beaucoup moins développée qu'à la Martinique, et ce renfort inattendu la porta subitement à un haut degré de prospérité. les Anglais, donnérent la manière dont nous pouvions tirer parti de nos propres possessions. En effet, s'ils nous rendaient, par le traité de Paris (1763), la Guadeloupe, la Martinique, Marie-Galante, la Désirade, plus une des îles neutres, Sainte-Lucie, ils nous réduisirent, sur les côtes d'Afrique, à nos comptoirs de Corée et de Juda, en vue de nous empêcher de rivaliser comme autrefois avec eux pour le commerce de la traite. Alors donc qu'il aurait fallu réparer les pertes de la guerre et donner un plus grand développement à l'exploitation du sol, la traite française était presque anéantie et à se reconstituer entièrement.

Le Code Noir

Texte intégral du Code Noir:

Code_Noir11.webp Il existe deux versions du Code noir. La première version a été élaborée par le ministre Jean-Baptiste Colbert (1616 - 1683). Il fut promulgué en mars 1685 par Louis XIV. La seconde version fut promulguée par Louis XV au mois de mars 1724. Les articles 5, 7, 8, 18 et 25 du Code noir de 1665 n'ont pas été repris dans la version de 1724. Le texte qui suit est celui du ministre Colbert (1665). Il ne compte aucune disposition d'ordre linguistique.

Art. 1
Voulons que l'Edit du feu roi de glorieuse mémoire, notre très honoré seigneur et père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos îles ; se faisant, enjoignons à tous nos officiers de chasser de nos dites îles tous les juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d'en sortir dans trois mois à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens.

Art. 2
Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. Enjoignons aux habitants qui achètent des nègres nouvellement arrivés d'en avertir dans huitaine au plus tard les gouverneurs et intendant desdites îles, à peine d'amende arbitraire, lesquels donneront les ordres nécessaires pour les faire instruire et baptiser dans le temps convenable.

Art. 3
Interdisons tout exercice public d'autre religion que la Catholique, Apostolique et Romaine. Voulons que les contrevenants soient punis comme rebelles et désobéissants à nos commandements. Défendons toutes assemblées pour cet effet, lesquelles nous déclarons conventicules, illicites et séditieuses, sujettes à la même peine qui aura lieu même contre les maîtres qui lui permettront et souffriront à l'égard de leurs esclaves.

Art. 4
Ne seront préposés aucuns commandeurs à la direction des nègres, qui ne fassent profession de la religion Catholique, Apostolique et Romaine, à peine de confiscation desdits nègres contre les maîtres qui les auront préposés et de punition arbitraire contre les commandeurs qui auront accepté ladite direction.

Art. 5
Défendons à nos sujets de la religion [protestante] d'apporter aucun trouble ni empêchement à nos autres sujets, même à leurs esclaves, dans le libre exercice de la religion Catholique, Apostolique et Romaine, à peine de punition exemplaire.

Art. 6
Enjoignons à tous nos sujets, de quelque qualité et condition qu'ils soient, d'observer les jours de dimanches et de fêtes, qui sont gardés par nos sujets de la religion Catholique, Apostolique et Romaine. Leur défendons de travailler ni de faire travailler leurs esclaves auxdits jours depuis l'heure de minuit jusqu'à l'autre minuit à la culture de la terre, à la manufacture des sucres et à tous autres ouvrages, à peine d'amende et de punition arbitraire contre les maîtres et confiscation tant des sucres que des esclaves qui seront surpris par nos officiers dans le travail.

Art. 7
Leur défendons pareillement de tenir le marché des nègres et de toute autre marchandise auxdits jours, sur pareille peine de confiscation des marchandises qui se trouveront alors au marché et d'amende arbitraire contre les marchands.

Art. 8
Déclarons nos sujets qui ne sont pas de la religion Catholique, Apostolique et Romaine incapables de contracter à l'avenir aucuns mariages valables, déclarons bâtards les enfants qui naîtront de telles conjonctions, que nous voulons être tenues et réputées, tenons et réputons pour vrais concubinages.

Art. 9
Les hommes libres qui auront eu un ou plusieurs enfants de leur concubinage avec des esclaves, ensemble les maîtres qui les auront soufferts, seront chacun condamnés en une amende de 2000 livres de sucre, et, s'ils sont les maîtres de l'esclave de laquelle ils auront eu lesdits enfants, voulons, outre l'amende, qu'ils soient privés de l'esclave et des enfants et qu'elle et eux soient adjugés à l'hôpital, sans jamais pouvoir être affranchis. N'entendons toutefois le présent article avoir lieu lorsque l'homme libre qui n'était point marié à une autre personne durant son concubinage avec son esclave, épousera dans les formes observées par l'Eglise ladite esclave, qui sera affranchie par ce moyen et les enfants rendus libres et légitimes.

Art. 10
Les solennités prescrites par l'Ordonnance de Blois et par la Déclaration de 1639 pour les mariages seront observées tant à l'égard des personnes libres que des esclaves, sans néanmoins que le consentement du père et de la mère de l'esclave y soit nécessaire, mais celui du maître seulement. Art. 11
Défendons très expressément aux curés de procéder aux mariages des esclaves, s'ils ne font apparoir du consentement de leurs maîtres. Défendons aussi aux maîtres d'user d'aucunes contraintes sur leurs esclaves pour les marier contre leur gré.

Art. 12
Les enfants qui naîtront des mariages entre esclaves seront esclaves et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves et non à ceux de leurs maris, si le mari et la femme ont des maîtres différents.

Art. 13
Voulons que, si le mari esclave a épousé une femme libre, les enfants, tant mâles que filles, suivent la condition de leur mère et soient libres comme elle, nonobstant la servitude de leur père, et que, si le père est libre et la mère esclave, les enfants soient esclaves pareillement.

Art. 14
Les maîtres seront tenus de faire enterrer en terre sainte, dans les cimetières destinés à cet effet, leurs esclaves baptisés. Et, à l'égard de ceux qui mourront sans avoir reçu le baptême, ils seront enterrés la nuit dans quelque champ voisin du lieu où ils seront décédés.

Art. 15
Défendons aux esclaves de porter aucunes armes offensives ni de gros bâtons, à peine de fouet et de confiscation des armes au profit de celui qui les en trouvera saisis, à l'exception seulement de ceux qui sont envoyés à la chasse par leurs maîtres et qui seront porteurs de leurs billets ou marques connus.

Art. 16
Défendons pareillement aux esclaves appartenant à différents maîtres de s'attrouper le jour ou la nuit sous prétexte de noces ou autrement, soit chez l'un de leurs maîtres ou ailleurs, et encore moins dans les grands chemins ou lieux écartés, à peine de punition corporelle qui ne pourra être moindre que du fouet et de la fleur de lys ; et, en cas de fréquentes récidives et autres circonstances aggravantes, pourront être punis de mort, ce que nous laissons à l'arbitrage des juges. Enjoignons à tous nos sujets de courir sus aux contrevenants, et de les arrêter et de les conduire en prison, bien qu'ils ne soient officiers et qu'il n'y ait contre eux encore aucun décret.

Art. 17
Les maîtres qui seront convaincus d'avoir permis ou toléré telles assemblées composées d'autres esclaves que de ceux qui leur appartiennent seront condamnés en leurs propres et privés noms de réparer tout le dommage qui aura été fait à leurs voisins à l'occasion desdites assemblées et en 10 écus d'amende pour la première fois et au double en cas de récidive.

Art. 18
Défendons aux esclaves de vendre des cannes de sucre pour quelque cause et occasion que ce soit, même avec la permission de leurs maîtres, à peine du fouet contre les esclave, de 10 livres tournois contre le maître qui l'aura permis et de pareille amende contre l'acheteur.

Art. 19
Leur défendons aussi d'exposer en vente au marché ni de porter dans des maisons particulières pour vendre aucune sorte de denrées, même des fruits, légumes, bois à brûler, herbes pour la nourriture des bestiaux et leurs manufactures, sans permission expresse de leurs maîtres par un billet ou par des marques connues ; à peine de revendication des choses ainsi vendues, sans restitution de prix, pour les maîtres et de 6 livres tournois d'amende à leur profit contre les acheteurs.

Art. 20
Voulons à cet effet que deux personnes soient préposées par nos officiers dans chaque marché pour examiner les denrées et marchandises qui y seront apportées par les esclaves, ensemble les billets et marques de leurs maîtres dont ils seront porteurs.

Art. 21
Permettons à tous nos sujets habitants des îles de se saisir de toutes les choses dont ils trouveront les esclaves chargés, lorsqu'ils n'auront point de billets de leurs maîtres, ni de marques connues, pour être rendues incessamment à leurs maîtres, si leur habitation est voisine du lieu où leurs esclaves auront été surpris en délit : sinon elles seront incessamment envoyées à l'hôpital pour y être en dépôt jusqu'à ce que les maîtres en aient été avertis.

Art. 22
Seront tenus les maîtres de faire fournir, par chacune semaine, à leurs esclaves âgés de dix ans et au-dessus, pour leur nourriture, deux pots et demi, mesure de Paris, de farine de manioc, ou trois cassaves pesant chacune 2 livres et demie au moins, ou choses équivalentes, avec 2 livres de boeuf salé, ou 3 livres de poisson, ou autres choses à proportion : et aux enfants, depuis qu'ils sont sevrés jusqu'à l'âge de dix ans, la moitié des vivres ci-dessus.

Art. 23
Leur défendons de donner aux esclaves de l'eau-de-vie de canne ou guildive, pour tenir lieu de subsistance mentionnée en l'article précédent.

Art. 24
Leur défendons pareillement de se décharger de la nourriture et subsistance de leurs esclaves en leur permettant de travailler certain jour de la semaine pour leur compte particulier.

Art. 25
Seront tenus les maîtres de fournir à chaque esclave, par chacun an, deux habits de toile ou quatre aunes de toile, au gré des maîtres.

Art. 26
Les esclaves qui ne seront point nourris, vêtus et entretenus par leurs maîtres, selon que nous l'avons ordonné par ces présentes, pourront en donner avis à notre procureur général et mettre leurs mémoires entre ses mains, sur lesquels et même d'office, si les avis viennent d'ailleurs, les maîtres seront poursuivis à sa requête et sans frais ; ce que nous voulons être observé pour les crimes et traitements barbares et inhumains des maîtres envers leurs esclaves.

Art. 27
Les esclaves infirmes par vieillesse, maladie ou autrement, soit que la maladie soit incurable ou non, seront nourris et entretenus par leurs maîtres, et, en cas qu'ils eussent abandonnés, lesdits esclaves seront adjugés à l'hôpital, auquel les maîtres seront condamnés de payer 6 sols par chacun jour, pour la nourriture et l'entretien de chacun esclave.

Art. 28
Déclarons les esclaves ne pouvoir rien avoir qui ne soit à leurs maîtres ; et tout ce qui leur vient par industrie, ou par la libéralité d'autres personnes, ou autrement, à quelque titre que ce soit, être acquis en pleine propriété à leurs maîtres, sans que les enfants des esclaves, leurs pères et mères, leurs parents et tous autres y puissent rien prétendre par successions, dispositions entre vifs ou à cause de mort ; lesquelles dispositions nous déclarons nulles, ensemble toutes les promesses et obligations qu'ils auraient faites, comme étant faites par gens incapables de disposer et contracter de leur chef.

Art. 29
Voulons néanmoins que les maîtres soient tenus de ce que leurs esclaves auront fait par leur commandement, ensemble de ce qu'ils auront géré et négocié dans les boutiques, et pour l'espèce particulière de commerce à laquelle leurs maîtres les auront préposés, et au cas que leurs maîtres ne leur aient donné aucun ordre et ne les aient point préposés, ils seront tenus seulement jusqu'à concurrence de ce qui aura tourné à leur profit, et, si rien n'a tourné au profit des maîtres, le pécule desdits esclaves que les maîtres leur auront permis d'avoir en sera tenu, après que les maîtres en auront déduit par préférence ce qui pourra leur être dû ; sinon que le pécule consistât en tout ou partie en marchandises, dont les esclaves auraient permission de faire trafic à part, sur lesquelles leurs maîtres viendront seulement par contribution au sol la livre avec les autres créanciers.

Art. 30
Ne pourront les esclaves être pourvus d'office ni de commission ayant quelque fonction publique, ni être constitués agents par autres que leurs maîtres pour gérér et administrer aucun négoce, ni être arbitres, experts ou témoins, tant en matière civile que criminelle : et en cas qu'ils soient ouïs en témoignage, leur déposition ne servira que de mémoire pour aider les juges à s'éclairer d'ailleurs, sans qu'on en puisse tire aucune présomption, ni conjoncture, ni adminicule de preuve.

Art. 31
Ne pourront aussi les esclaves être parties ni être en jugement en matière civile, tant en demandant qu'en défendant, ni être parties civiles en matière criminelle, sauf à leurs maîtres d'agir et défendre en matière civile et de poursuivre en matière criminelle la réparation des outrages et excès qui auront été commis contre leurs esclaves.

Art. 32
Pourront les esclaves être poursuivis criminellement, sans qu'il soit besoin de rendre leurs maîtres partie, (sinon) en cas de complicité : et seront, les esclaves accusés, jugés en première instance par les juges ordinaires et par appel au Conseil souverain, sur la même instruction et avec les même formalités que les personnes libres.

Art. 33
L'esclave qui aura frappé son maître, sa maîtresse ou le mari de sa maîtresse, ou leurs enfants avec contusion ou effusion de sang, ou au visage, sera puni de mort.

Art. 34
Et quant aux excès et voies de fait qui seront commis par les esclaves contre les personnes libres, voulons qu'ils soient sévèrement punis, même de mort, s'il y échet.

Art. 35
Les vols qualifiés, même ceux de chevaux, cavales, mulets, boeufs ou vaches, qui auront été faits par les esclaves ou par les affranchis, seront punis de peines afflictives, même de mort, si le cas le requiert.

Art. 36
Les vols de moutons, chèvres, cochons, volailles, cannes à sucre, pois, mils, manioc, ou autres légumes, faits par les esclaves, seront punis selon la qualité du vol, par les juges qui pourront, s'il y échet, les condamner d'être battus de verges par l'exécuteur de la haute justice et marqués d'une fleur de lys.

Art. 37
Seront tenus les maîtres, en cas de vol ou d'autre dommage causé par leurs esclaves, outre la peine corporelle des esclaves, de réparer le tort en leur nom, s'ils n'aiment mieux abandonner l'esclave à celui auquel le tort a été fait ; ce qu'ils seront tenus d'opter dans trois jours, à compter de celui de la condamnation, autrement ils en seront déchus.

Art. 38
L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois à compter du jour que son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lys sur une épaule ; s'il récidive un autre mois à compter pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé, et il sera marqué d'un fleur de lys sur l'autre épaule ; et, la troisième fois, il sera puni de mort.

Art. 39
Les affranchis qui auront donné retraite dans leurs maisons aux esclaves fugitifs, seront condamnés par corps envers les maîtres en l'amende de 300 livres de sucre par chacun jour de rétention, et les autres personnes libres qui leur auront donné pareille retraite, en 10 livres tournois d'amende par chacun jour de rétention.

Art. 40
L'esclave puni de mort sur la dénonciation de son maître non complice du crime dont il aura été condamné sera estimé avant l'exécution par deux des principaux habitants de l'île, qui seront nommés d'office par le juge, et le prix de l'estimation en sera payé au maître ; et, pour à quoi satisfaire, il sera imposé par l'intendant sur chacune tête des nègres payants droits la somme portée par l'estimation, laquelle sera régalée sur chacun desdits nègres et levée par le fermier du domaine royal pour évité à frais.

Art. 41
Défendons aux juges, à nos procureurs et aux greffiers de prendre aucune taxe dans les procès criminels contre les esclaves, à peine de concussion.

Art. 42
Pourront seulement les maîtres, lorsqu'ils croiront que leurs esclaves l'auront mérité, les faire enchaîner et les faire battre de verges ou cordes. Leur défendons de leur donner la torture, ni de leur faire aucune mutilation de membres, à peine de confiscation des esclaves et d'être procédé contre les maîtres extraordinairement.

Art. 43
Enjoignons à nos officiers de poursuivre criminellement les maîtres ou les commandeurs qui auront tué un esclave étant sous leur puissance ou sous leur direction et de punir le meurtre selon l'atrocité des circonstances ; et, en cas qu'il y ait lieu à l'absolution, permettons à nos officiers de renvoyer tant les maîtres que les commandeurs absous, sans qu'ils aient besoin d'obtenir de nous des lettres de grâce.

Art. 44
Déclarons les esclaves être meubles et comme tels entrer dans la communauté, n'avoir point de suite par hypothèque, se partager également entre les cohéritiers, sans préciput et droit d'aînesse, n'être sujets au douaire coutumier, au retrait féodal et lignager, aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalités des décrets, ni au retranchement des quatre quints, en cas de disposition à cause de mort et testamentaire.

Art. 45
N'entendons toutefois priver nos sujets de la faculté de les stipuler propres à leurs personnes et aux leurs de leur côté et ligne, ainsi qu'il se pratique pour les sommes de deniers et autres choses mobiliaires.

Art. 46
Seront dans les saisies des esclaves observées les formes prescrites par nos ordonnances et les coutumes pour les saisies des choses mobiliaires. Voulons que les deniers en provenant soient distribués par ordre de saisies ; ou, en cas de déconfiture, au sol la livre, après que les dettes privilégiées auront été payées, et généralement que la condition des esclaves soit réglée en toutes affaires comme celle des autres choses mobiliaires, aux exceptions suivantes.

Art. 47
Ne pourront être saisis et vendus séparément le mari, la femme et leurs enfants impubères, s'ils sont tous sous la puissance d'un même maître ; déclarons nulles les saisies et ventes séparées qui en sont faites , ce que nous voulons avoir lieu dans les aliénations volontaires, sur peine, contre ceux qui feront les aliénations, d'être privés de celui ou de ceux qu'ils auront gardés, qui seront adjugés aux acquéreurs, sans qu'ils soient tenus de faire aucun supplément de prix.

Art. 48
Ne pourront aussi les esclaves travaillant actuellement dans les sucreries, indigoteries et habitations, âgés de quatorze ans et au-dessus jusqu'à soixante ans, être saisis pour dettes, sinon pour ce que sera dû du prix de leur achat, ou que la sucrerie, indigoterie, habitation, dans laquelle ils travaillent soit saisie réellement ; défendons, à peine de nullité, de procéder par saisie réelle et adjudication par décret sur les sucreries, indigoteries et habitations, sans y comprendre les nègres de l'âge susdit y travaillant actuellement.

Art. 49
Le fermier judiciaire des sucreries, indigoteries, ou habitations saisies réellement conjointement avec les esclaves, sera tenu de payer le prix entier de son bail, sans qu'il puisse compter parmi les fruits qu'il perçoit les enfants qui seront nés des esclaves pendant son bail.

Art. 50
Voulons, nonobstant toutes conventions contraires, que nous déclarons nulles, que lesdits enfants appartiennent à la partie saisie, si les créanciers, sont satisfaits d'ailleurs, ou à l'adjudicataire, s'il intervient un décret ; et, à cet effet, il sera fait mention dans la dernière affiche, avant l'interposition du décret, desdits enfants nés des esclaves depuis la saisie réelle. Il sera fait mention, dans la même affiche, des esclaves décédés depuis la saisie réelle dans laquelle ils étaient compris.

Art. 51
Voulons, pour éviter aux frais et aux longueurs des procédures, que la distribution du prix entier de l'adjudication conjointe des fonds et des esclaves, et de ce qui proviendra du prix des baux judiciaires, soit faite entre les créanciers selon l'ordre de leurs privilèges et hypothèques, sans distinguer ce qui est pour le prix des fonds d'avec ce qui est pour le prix des esclaves.

Art. 52
Et néanmoins les droits féodaux et seigneuriaux ne seront payés qu'à proportion du prix des fonds.

Art. 53
Ne seront reçus les lignagers et seigneurs féodaux à retirer les fonds décrétés, s'ils ne retirent les esclaves vendus conjointement avec fonds ni l'adjudicataire à retenir les esclaves sans les fonds.

Art. 54
Enjoignons aux gardiens nobles et bourgeois usufruitiers, amodiateurs et autres jouissants des fonds auxquels sont attachés des esclaves qui y travaillent, de gouverner lesdits esclaves comme bons pères de famille, sans qu'ils soient tenus, après leur administration finie, de rendre le prix de ceux qui seront décédés ou diminués par maladie, vieillesse ou autrement, sans leur faute, et sans qu'ils puissent aussi retenir comme fruits à leur profit les enfants nés desdits esclaves durant leur administration, lesquels nous voulons être conservés et rendus à ceux qui en sont maîtres et les propriétaires.

Art. 55
Les maîtres agés de vingt ans pourront affranchir leurs esclaves par tous actes vifs ou à cause de mort, sans qu'ils soient tenus de rendre raison de l'affranchissement, ni qu'ils aient besoin d'avis de parents, encore qu'ils soeint mineurs de vingt-cinq ans.

Art. 56
Les esclaves qui auront été fait légataires universels par leurs maîtres ou nommés exécuteurs de leurs testaments ou tuteurs de leurs enfants, seront tenus et réputés, les tenons et réputons pour affranchis.

Art. 57
Déclarons leurs affranchissements faits dans nos îles, leur tenir lieu de naissance dans nosdites îles et les esclaves affranchis n'avoir besoin de nos lettres de naturalité pour jouir des avantages de nos sujets naturels de notre royauté, terres et pays de notre obéissance, encore qu'ils soient nés dans les pays étrangers.

Art. 58
Commandons aux affranchis de porter un respect singulier à leurs anciens maîtres, à leurs veuves et à leurs enfants, en sorte que l'injure qu'ils leur auront faite soit punie plus grièvement que si elle était faite à une autre personne : les déclarons toutefois francs et quittes envers eux de toutes autres charges, services et droits utiles que leurs anciens maîtres voudraient prétendre tant sur leurs personnes que sur leurs biens et successions en qualité de patrons.

Art. 59
Octroyons aux affranchis les mêmes droits, privilèges et immunités dont jouissent les personnes nées libres ; voulons que le mérite d'une liberté acquise produise en eux, tant pour leurs personnes que pour leurs biens, les mêmes effets que le bonheur de la liberté naturelle cause à nos autres sujets.

Art. 60
Déclarons les confiscations et les amendes qui n'ont point de destination particulière, par ces présentes nous appartenir, pour être payées à ceux qui sont préposés à la recette de nos droits et de nos revenus ; voulons néanmoins que distraction soit faite du tiers desdites confiscations et amendes au profit de l'hôpital établi dans l'île où elles auront été adjugées.

Les assurance de la traite négrière

Source : www.archives.nantes.fr
Chania

Nommées à cette époque : des assurances d'honneur.

Transcription et réécriture du document :

Navire : Les Deux Sœurs - date : 24 août 1790

Nous assureurs soussignés, promettons & nous obligeons à vous, M Bertrand de Foeuvre de cette ville (Nantes), faisant et stipulant pour vous-même d’assurer et assurons, savoir : chacun de nous, la somme par nous ci-dessous déclarée

§1 Sur votre intérêt dans les eau-de-vie, poudre de traite, cauris, Indiennes, tabac et autre marchandises qui composent l’entière cargaison du navire les Deux Sœurs.

§2 Le capitaine Kerchus ou tout autre à sa place, reçu ou non reçu, est autorisé à prendre les risques comme indiqué ci-dessous pour durer sans interruption pendant tout le voyage que le dit navire va faire de Nantes à Lisbonne pour y prendre son tabac, puis de là à la Côte d’Or en Guinée dans un ou plusieurs ports et lieux de traite pour y échanger les susdites marchandises contre des noirs, négresses et en former sa cargaison et de là les porter à Saint Domingue (relâchant à l’île du Prince et de Saint Thomé) pour en faire la vente en un ou plusieurs ports, voyages sur lesquels nous courrirons les risques depuis le moment de leur traite jusqu’à ce qu’ils soient mis à terre à Saint-Domingue, lieu final de la vente.

§3-4-5 Prenant sur nous tant sur les marchandises d’aller que sur la cargaison des noirs tous les risques exprimés ci-dessous et en outre ceux de détentions, confiscation et pillage par les noirs ; ceux de révolte et suite de révolte soit sur ceux qui seront à bord dudit bâtiment soit sur les chaloupes, allèges et canots qui serviront à leurs transports à terre ou dans les rivières et des rivières ou de la terre à bord ou d’un port à un autre tant à la côte et le long de la côte de Guinée qu’à Saint-Domingue ; Si le Capitaine jugeait à propos d’envoyer des noirs à la vente dans d’autres lieux que celui où il aurait d’abord établi sa vente, ceux de feu ou de vol à terre à main armée ; Enfin tous les Risques prévus et imprévus à l’exception de la perte des noirs par mort naturelle, folie et maladie.

§6 Et pour régler les pertes et avaries nous fixons dès ce moment la valeur des noirs, négresses, négrillons, ou négrittes sans distinction d’âge ni de sexe à la somme de mille livres argent de France et les marchandises d’Europe au prix de la facture.

§7-8-9 Approuvant toutes les escales que le capitaine jugera à propos de faire pour l’avantage et la sûreté de son voyage et notamment celle de l’île du prince (Principe) et celle de Saint Thomé (São Tomé). Il est convenu que dans le cas où on serait dix-huit mois sans avoir de nouvelles dudit navire les Deux Sœurs, il vous sera permis de nous en faire l’abandon et que nous serons tenus de vous rembourser les sommes par nous suscrites comme s’il y avait deux années d’écoulées depuis les dernières nouvelles dudit navire, dérogeant en cela à l’ordonnance.

En cas d’avaries, le compte d’armement de Maîtres Davlose et Dumaine servira de base pour le règlement. Nous déclarons que la gratification de quarante livre par tonneau accordé par le roi aux navires qui font la traite vous est propre et que dans aucun cas nous n’y prétendrons.

Les fers utilisés dans la traite négrière

Source : SOCIETE DE LA MORALE CHRETIENNE - COMITÉ POUR L'ABOLITION DE LA TRAITE DES NOIRS - 1826

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A Appareil nommé barre de justice ! garni de menottes pour garrotter les pieds des esclaves. Chaque barre a environ six pieds (1,83 m) de long ; elle est garnie de huit menottes qui servent à attacher huit esclaves, si l'on n'en met qu'une à chaque pied, ou seulement quatre, si l'on entrave les deux pieds. La planche ne représente que la moitié d'une barre de justice ; l'autre extrémité est percée d'un trou dans lequel passe la branche d'un cadenas.

B qui retient les menottes.

C Carcan ou collier à charnière qui se ferme au moyen d'une vis. Les deux oeillets pratiqués dans ce collier sont destinés à recevoir les anneaux d'une chaîne que l'on arrête au moyen d'un cadenas passé dans deux chaînons, et qui sert à amarrer les esclaves, soit à bord, soit avant leur embarquement.

D Menottes pour les poignets.

E Poucettes que l'on serre à volonté et jusqu'à faire jaillir le sang, au moyen d'une vis et d'un écrou.

F Clef qui sert à la fois à serrer lés poucettes et à ouvrir ou fermer le collier.


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Cette barre doit être soudée au point A, et le grand cadenas doit être passé dans le trou percé à un des bouts, afin de retenir les menottes.

On peut attacher à cette barre autant d'hommes qu'il y a de menottes en n'en mettant qu'une à chaque homme, ou la moitié en mettant une à chaque pied..


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Quand on prend les Nègres dans les bois, cette chaîne peut servir à les retenir jusqu'à l'embarquement.
Pour cela on les attache, et l'on passe autour d'un arbre la chaîne que l'on amarre des deux bouts, de la manière indiquée ci-dessus.

Pour retenir la chaîne on passe la branche du cadenas dans une maille d'un des bouts de la chaîne et dans la boucle de l'autre bout et, ainsi l'on resserre plus ou moins la chaîne en mettant le cadenas dans une maille plus ou moins près du bout.

Les clefs, pour ouvrir les colliers, se détournent à gauche jusqu'à ce que la vis qui passe dans les deux parties du collier quitte la partie du dessous, alors, elles se séparent, le collier est ouvert ; pour le refermer on les rapproche et l'on retourne à droite la vis, jusqu'à ce qu'elle traverse les deux parties, et le collier est fermé. Il y a deux chaînes et un des petits cadenas pour chaque.