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Le Viographe Bordelais (Août 1843)

L'habitude et l'esprit de dissipation nous ferment les yeux, sur ce qui est arrivé avant nous, et sur les monuments de notre âge. Nous ne faisons surtout aucune attention à ce qui s'est passé dans la même ville, dans la même rue que nous habitons. Nous marchons sur les débris d'une antiquité respectable, sans qu'ils arrêtent nos regards. nous foulons d'un pied rapide les cendres des Héros qui ont défendu l'Etat, et qui ont dérobé nos mains délicates à l'esclavage, sans daigner nous en rappeler la mémoire.

Germain-François Poullain de Saint-Foix, Essais historiques sur Paris - 1768


Place des Grands-Hommes

La dénomination de cette place et de son marché lui a été donnée à cause des nouvelles rues qui viennent y aboutir, et qui toutes portent des noms d'hommes célèbres du dernier siècle. Le peuple a trouvé plus naturel de l'appeler le « Marché des Récollets », parce qu'il est formé sur le terrain de l'ancien couvent des récollets, celui des dominicains qui l'avoisinait n'ayant fourni que l'emplacement de la rue Mably, une des rues qui conduit à ce marché. Il a été ouvert au public le 1er mai 1806. Quoiqu'il soit moins ancien et plus petit que le Grand Marché, il est aussi bien approvisionné que ce dernier et l'on prétend même que les regrattièresCelui, celle qui fait le commerce de produits de seconde main, en petite quantité ou des restes de restaurant ou de grandes maisons. s'y abstiennent de tous jurons, parce qu'elles vendent, disent-elles, sur une terre sainte.

Le couvent des récollets fut construit en 1489, par les libéralités de la famille Caussade de Saint-Maigrin, qui avait de grandes propriétés en Guienne. Il fut d'abord destiné à servir de maison de novices à celui des cordeliers. Ces derniers l'ayant abandonné, Henri IV le donna aux récollets, qui y furent installés le 7 janvier 1602 par le provincial des cordeliers, en présence du cardinal de Sourdis. Comme ce couvent bordait une grande partie des fossés de l'Intendance, ils sont nommés, dans plusieurs plans de Bordeaux, les fossés des Récollets.

le Marché des Grands-Hommes nouvellement reconstruit d'après les plans et sous la direction de M. Charles Burguet, architecte de la ville. Dans cette construction le fer et la fonte jouent le principal rôle, et figurent, le premier pour un poids de 300,000 kilogrammes le second pour 60,000 kilogrammes.

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La place du Chapelet

Est ainsi appelée parce que sur la porte de l'église située sur cette place était sculpté un grand bas-relief représentant la Vierge Marie qui accueille l'hommage d'un chapelet offert par saint Dominique. Ce chapelet ne subsiste plus depuis les métamorphoses qu'a subies cette église (actuellement Notre-Dame). Elle faisait partie du couvent des dominicains qui avait été rebâti en 1707. C'était le plus beau et le plus riche monastère de cette ville.

En 1790, la société populaire dite des Amis de la constitution établit sa première tribune aux harangues dans l'église du Chapelet. On en fit ensuite l'église paroissiale de Saint-Dominique. Les sans-culottes de 1793 s'en emparèrent pour y célébrer leur fameuse fête de la raison le 10 décembre de la même année, puis elle fut surnommée le Temple de l'Etre suprême.

On avait construit dans le choeur de cette église une belle montagne de bois peint, sur laquelle étaient placés les bustes des plus grands démocrates anciens et modernes, depuis Brutus jusqu'à Marat. Au sommet des décorations on lisait l'inscription suivante, entre plusieurs non moins ridicules: « Montagne sainte, l'univers attend de toi sa liberté! A côté s'élevait une estrade, du haut de laquelle les conventionnels ou leurs délégués, qui venaient gouverner Bordeaux à tour de rôle, prononçaient, dans les jours appelés décadi, leurs allocutions civiques, que terminait un concert à grand orchestre. »

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Allées de Tourny

Tourny conçut le projet de couvrir ce terrain par une belle promenade qui manquait alors à Bordeaux; car il n'avait pas encore créé celle du Jardin-Public. L'intendant ayant obtenu, non sans beaucoup de résistance de la part des dominicains, l'aliénation des emplacements qui bordaient les murs du jardin de leur couvent, donna le plan des maisons qui devaient y former une façade uniforme parallèlement aux allées qu'il fit en même temps planter.

Il fut forcé de donner peu d'élévation à ces maisons, parce que le directeur des fortifications s'opposait même à la formation des allées projetées, prétendant qu'elles domineraient les bastions du Château-Trompette. Le ministre de la guerre, auquel cette discussion fut soumise, approuva cependant ces allées et la construction des maisons qui les borderaient, à condition que ces maisons seraient bornées dans leur hauteur de manière à ne pas masquer la vue du fort sur la ville et la campagne environnantes.

Lors de la formation des allées qui portent son nom, Tourny prescrivit une façade uniforme pour les maisons qui les bordaient. Il a persisté dans ce système pour tous les alignements qui ont été suivis pendant sa mémorable administration. On doit regreter qu'un pareil système n'ait pas été suivi lorsqu'on construisit les maisons élevées dans ces derniers temps sur le côté nord de ces allées.

Elles s'étendaient originairement jusqu'à la clairevoie en fer qui se prolongeait sur le côté du port, entre la porte du Chapeau-Rouge, autrefois Porte Royale [Voir] Porte du Chapeau-Rouge ou porte Royale
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Plan de Lattré - 1755
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et le bastion méridional du Château-Trompette. En 1773, on diminua de moitié la longueur de ces allées pour bâtir le Grand-Théâtre et les maisons qui sont à la suite de ce magnifique édifice: sa construction a dédommagé d'un sacrifice devenu nécessaire.

La suppression totale des allées de Tourny s'est faite en 1831. On en abattit d'abord les arbres, sous prétexte qu'ils avaient besoin d'être renouvelés; puis on annonça que dans l'année suivante on rétablirait cette promenade, pour le renouvellement de laquelle on sollicitait les avis des gens de l'art. Cette promesse est restée sans exécution. Au centre d'un beau quartier, la vue d'un vaste terrain absolument viabilisés, les préserverait de la destruction a affligé les habitants, qui croyaient que le nom seul du grand administrateur auquel ils devaient ces magnifiques allées, les préserverait de la destruction. Ils s'en consolent maintenant, en songeant qu'elles vont être incessamment couvertes par des monuments consacrés à la mémoire de Montaigne et de Montesquieu, qui font aussi la gloire de Bordeaux.

Un projet de commerces vit le jour sous le le nom de "bazar Charles X" en 1825, mais n'aura aucune suite. [Voir] Le bazar Charles X
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Les allées de Tourny au 19e siécle, sans arbres, avec les pavés, le tramway et les fontaines [Voir] Allées de Tourny au 19e siécle
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Place Dauphine

Tourny fit reconstruire les portes Dauphine et Dijeaux; en dehors d'elles, on ne voyait qu'un terrain inculte avec quelques misérables échoppes éparses çà et là; de petits jardins potagers et un cimetière à l'usage des hôpitaux. Tourny résolut d'y faire une place belle et spacieuse, sur laquelle on bâtirait des maisons sur un plan uniforme. Il convoqua la jurade le 4 janvier 1746, et fit voter des sommes pour la reconstruction de ces deux portes monumentales et l'établissement de la nouvelle place. Il autorisa les jurats à acquérir les propriétés particulières, bien convaincu que les nouvelles constructions seraient plus que suffisantes pour couvrir tous les frais; il ne se trompait pas.

Vers 1769, il n'y avait encore, sur le côté occidental de la place Dauphine, qu'une seule pauvre maison, depuis l'encoignure de la rue Pont-Long jusqu'à celle de la rue Judaïque. Le cimetière de l'hôpital était sur cet emplacement; Tourny le fit transférer à l'entrée du chemin du Tondu et exhaussa le sol, depuis la rue des Remparts jusqu'à la rue Dauphine, en y faisant répandre tous les débris des vieilles portes Dauphine et Dijeaux. Les maisons, depuis la porte Dauphine jusqu'à la porte Dijeaux, ont été les dernières construites. [Plan] Place Dauphine - Emplacement
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Plan de Lattré - 1755
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Monseigneur l'Archevêque de Lussan se plaignit, pour plusieurs raisons, de l'empiétement des jurats. Cet espace de terrain, en dehors des murs, était un fief dont il était le seigneur. L'intendant ne pouvait en disposer sans empiéter sur ses droits et sans blesser la justice; il prétendait conserver ses droits seigneuriaux dans la vente des terrains et réclamait une indemnité de 150,000 livres pour la cessation des droits de mutation qu'il allait perdre par les projets de l'intendant. La translation du cimetière, selon le prélat, ne pouvait se faire sans le concours de l'autorité ecclésiastique; elle n'était pas plus nécessaire que l'établissement d'une nouvelle place, dont. on ne voyait pas la nécessité, et l'intendant abusait de ses pouvoirs, qui devaient se borner aux embellissements de la ville et non à des travaux sans utilité en dehors des murs.

Les jurats repoussèrent ces prétentions, par la raison que les futurs travaux et embellissements, étant reconnus comme choses d'utilité publique, ne laissaient pas de droits de lods et ventes du terrain (droits de mutation), ni aucun droit au paiement des cens (droit seigneurial) et rentes, et que le prélat ne pouvait pas réclamer une indemnité, attendu qu'il n'éprouvait pas de perte, et serait amplement dédommagé de ses légers sacrifices du moment par la grande valeur que ces terrains allaient acquérir et par les mutations fréquentes que les nouvelles constructions entraîneraient dans la suite. L'archevêque insista et l'affaire fut portée devant le Conseil d'État; Tourny fit continuer, malgré les réclamations du prélat, les importants travaux de la place Dauphine, qui devait relier à la ville le vaste faubourg de Saint-Seurin. Cette place est aujourd'hui la plus belle et la plus régulière de Bordeaux. Sur tout le pourtour, on voit, sur un plan uniforme et agréable à la vue, des maisons élégantes et belles; c'était la même riche uniformité que l'intendant voulait voir sur toutes les places publiques. Il ne fut cependant pas assez heureux pour acheverces importants travaux : la place Dauphine ne fut inaugurée que le 16 mai 1770. (c'est actuellement la place Gambetta).

Sous la Terreur, elle fut appelée place Nationale. C'est au centre de cette place que l'échafaud était érigé en permanence.

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Fossés de l'Intendance (actuellement Cours)

Les fossés de l'Intendance tire leur nom de la présence de l'hôtel de l'Intendance, occupé par l'intendant de la généralité de Bordeaux (La généralité de Guyenne est créée par François Ier par les lettres royaux du 14 janvier 1523 prévoyant un général des finances et un contrôleur général des finances en Guyenne).

Cet hôtel n'était-autre que le vieux château de Puy-Paulin, ancienne résidence des ducs d'Epernon. Il s'élèvait entre la rue du Chapeau-Bouge, l'église de Puy-Paulin et la place du même nom. [Plan] L'Hôtel de l'Intendance - Emplacement
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Dans cet hôtel était une vaste salle, dans laquelle on a donné des concerts spirituels, jusqu'à la construction du Grand-Théâtre. On n'exécutait que des morceaux de musique religieuse dans ces concerts, et ils avaient lieu aux jours de fêtes, pendant lesquels les spectacles étaient fermés. Cette salle a aussi servi à des réunions littéraires, politiques et dramatiques. Le Musée y tint ses assemblées de 1782 à 1791. Le club national y motionnait, lorsqu'il fut dissous par les représentants en mission à Bordeaux le 1er février 1795. Une société littéraire et philharmonique sous le nom de Lycée y subsista jusqu'en 1797. On y vit enfin un petit théâtre de variétés qui occasionna la destruction de cette salle.

La façade de la salle des concerts était un jalon que Tourny avait placé pour régulariser un jour l'alignement des fossés. Là devait appuyer la ligne partant de la place Dauphine et aboutissant au pavillon de la Bourse

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Fossés du Chapeau-Rouge (actuellement cours)

ont pris leur nom d'une hôtellerie fameuse dès le XVIe siècle, qui portait pour enseigne un chapeau de cardinal. La dénomination de beaucoup de rues de Bordeaux tire son origine d'anciens cabarets, qui furent jadis aussi fréquentés que les plus brillants cafés de nos jours.

L'hôtellerie du Chapeau-Rouge était tenue, en 1582, par Jean Peyre et il y avait autrefois dans les hôtelleries renommées de France un tronc destiné à recevoir les aumônes que ceux, qui venaient y loger, faisaient aux pauvres.

A l'hôtel du Chapeau-Rouge. Ses habitués, qui formaient une société appelée « l'Abbaye des marchands », en distribuaient l'argent partie aux marins naufragés, partie aux voyageurs qui avaient été détroussés par les voleurs et partie à l'hôpital de Bordeaux.
l'hôtel du Chapeau-Rouge, fût fermé le 30 juin 1676 pour la construction du château Trompette.

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Rue de Tivoli

Ce nom est celui d'une agréable maison de campagne qu'avaient fait construire en 1770 les frères Labottière, anciens imprimeurs libraires de Bordeaux. Cette maison est la première de ce genre qu'on ait formé dans les environs de cette ville. Elle était occupée en 1801 par un traiteur renommé. Le physicien GarnerinGarnerin_1797.jpgGarnerin, Effectue le premier saut en parachute sans cadre rigide de l'histoire le 22 octobre 1797 (1er Brumaire, an VI du calendrier républicain).

A 17 h 29, à 200 toises de hauteur (400 mètres), Garnerin, qui a pris place dans une nacelle d'osier accrochée sous un parachute en demi-sphère, coupe la corde reliant le parachute à son ballon à hydrogène. Les spectateurs, affolés par les oscillations de son engin durant la descente craignent le pire. Bilan: une simple entorse à l'arrivée.

Jacques Garnerin créait le parachute, et donnait aux Parisiens le spectacle émouvant d’un homme se précipitant dans l’espace à 500 mètres de hauteur, sans autre protection qu’un frêle parasol de soie, retenu par quelques cordes.
y fit la première expérience d'un ballon aérostatique, auquel était adapté un parachute de son invention. Ce parachute se détacha du ballon à une certaine hauteur; et après s'être déployé dans sa descente, il déposa à terre, et sans accident, un animal vivant qu'il portait.

La nièce de ce physicien, Mlle Elisa Garnerin, répéta cette expérience d'une manière bien plus surprenante dans le Jardin-Public, le 8 février 1818. Elle était dans une nacelle suspendue au parachute d'un ballon. Etant parvenue à la hauteur d'environ 500 mètres, elle coupa la corde qui liait le ballon à son parachute, et cette dernière machine descendit la courageuse aéronaute sans accident au milieu d'un champ du quartier de Terre-Nègre.

Le 28 juin suivant, Mlle Garnerin ayant répété cette expérience dans le même lieu, son parachute la porta sur la rivière devant Bouliac, où elle fut garantie de la submersion par un flotteur, corset de liége (inventé par Corday en 1784) dont elle avait eu la précaution de se vêtir. Cette expérience aérostatique est la plus étonnante de celles qui ont été faites à Bordeaux à diverses époques et n'y a pas été tentée depuis.

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La porte Richelieu

La porte Richelieu fut ainsi appelée du nom du dernier gouverneur de la province. On ouvrit cette porte lorsqu'on bâtit le massif des maisons construites à la suite du Grand-Théâtre. Elle offre dans sa construction quelques circonstances assez singulières. On prit pour la décorer un des piliers de la porte du Chapeau-Rouge, sa voisine, que l'on transporta, pierre par pierre, à l'un des côtés de la porte Richelieu, ce qui donna à toutes deux une forme irrégulière, en ce que chacune d'elles n'eut qu'un seul pilier d'architecture pour appui. En 1810, lorsqu'on voulut faire la façade septentrionale de la rue qui devait aboutir à cette nouvelle porte, on s'aperçut que le pilier transporté se trouvait au milieu de cette rue. Il fut abattu, ainsi que la porte qu'il soutenait. Quelques années après on en fit autant à la porte du Chapeau-Rouge.

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Usine à gaz

Les premiers reverbères placés à Bordeaux datent de 1758. Il se forma, en 1824, une compagnie pour l'éclairage au gaz des magasins; mais ce ne fut qu'en 1839 que l'administration municipale passa un premier marché pour l'éclairage des Quinconces. depuis cette époque, ce mode a remplacé peu à peu les reverbères à huile, qui n'existent plus aujourd'hui que dans les quartiers reculés.

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Rue de l'Esprit-des-Lois

Lorsqu'on supprima cette dernière porte, la rue qui y conduisait s'appelait rue Porte-Richelieu. On lui imposa le nom de rue de l'Esprit-des-Lois. C'est la première fois qu'on a donné à une rue le titre d'un livre. Dans cette rue est l'hôtel de la Banque ( actuelle banque de France), créée par Balguerie-Stuttenberg a été fondé en vertu d'une ordonnance royale du 23 novembre 1818 : ses bureaux sont ouverts depuis le 1er juillet de l'année suivante. La Caisse d'épargnes est dans l'hôtel de la Banque, et en est une dépendance.

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La place Richelieu

La place Richelieu (actuellement place Jean Jaures) portait auparavant le nom de Marché-aux-Vins, parce qu'on y vendait le vin par barriques. Le 2 août 1763, la jurade autorise la construction des Bains publics du Chapeau-Rouge sur le bord septentrional de cette place. A la partie opposée s'élevait un établissement du même genre, appelé les bains orientaux. Tous les deux ont été démolis en 182o, lorsque les bains des Quinconces furent construits.

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Les anciens théâtres de Bordeaux

Préambulle sur les usages de l'époque

Arrêt du Parlement de Bordeaux, du 3 janvier 1612, qui défendait aux comédiens de représenter (jouer) le dimanche et les jours de fête où il n’était permis à aucun théâtre de représenter :

Interdictions : Depuis la veille des Rameaux jusqu’au dimanche de Quasimodo inclusivement, la Pentecôte, la Toussaint, le jour de Noël, toutes les fêtes de Notre-Dame, le jour de Saint-André, la Fête-Dieu, le jour de la procession de l’Octave des Agonisants.

On faisait, à l’Hôtel-de-Ville, lecture de ces règlements à tous les directeurs qui se présentaient pour obtenir la permission de jouer.


Salle du jeu de paume le 2 janvier 1635, les jurats imposent la salle des spectacles appartenant à un particulier nommé « Barbarin », qui y tenait aussi un jeu de paume. Située dans la rue des Ayres, et à portée de l’Hôtel-de-Ville, comme le seul endroit où désormais on pourrait dresser un théâtre, ceci pour permettre un contrôle plus facile de la police des jurats et éviter l'établissement des troupes de comédiens ambulants dans n'importe quelle place de la ville.

En 1659, la cour se proposant de venir à Bordeaux , Louis XIV écrivit aux maire et jurats :

DE PAR LE ROY,

Très chers et bien amez ,

Comme nous n’avons point mené en ce voyage nostre trouppe de commédiens de l’hostel de Bourgongne, et que nous desirons que celle de Belleroche, qui prend ce tiltre de nos commédiens, représentent les pièces quilz ont en nostre ville de Bordeaux pendant le séjour que nous y ferons, nous vous escrivons cette lettre pour vous mander et ordonner qu’incontinant après l’avoir receue vous ayez à permettre à la dicte trouppe de Belleroche de faire dresser un théâtre et un parterre dans le jeu de paulme de Barbarin , afiin que nous et les personnes de nostre cour et suitte puissions prendre à la commedie nostre divertissement , et à ce ne faictes faulte, car tel est nostre plaisir.

Donné à Xaintes , le 16e jour d’aoust 1659.

Signé LOUIS.


Barbarin, ne faisant pas sans doute de brillantes affaires dans un établissement trop rapproché de l’Hôtel-de-Ville, avait obtenu, sous la condition de laisser aux jurats la jouissance de son local, d’établir une petite salle de comédie dans la rue Montméjean.

Le Théâtre de la rue Montméjean, près le couvent des Petits-Carmes est la plus ancienne salle de comédie que l'on sache avoir subsisté à Bordeaux était située dans la rue Montméjan. Il ne paraissait alors dans cette ville, comme dans toutes celles de province, que des troupes de comédiens ambulants qui ne jouaient pas tous les jours. On apprend par les registres de l'Hôtel-de-Ville que le 4 mars 1701 les jurats permirent à des acteurs, dits de la troupe royale, de représenter la comédie française, à la charge par eux de ne commencer qu'après vêpres les jours fériés, de donner une représentation au profit de l'hôpital Saint-André, de se conformer pour le prix des places à la taxe fixée par les jurats, de leur réserver une loge, et de leur donner d'ailleurs deux billets d'entrée au parterre, pour distribuer à qui bon leur semblerait.

Molière aurait joué sur cette scène en 1644. Il composa notamment, selon ses biographes, pendant son séjour à Bordeaux, la Thébaïde, pièce qui n'a pas été conservée (présence non prouvée).

Le Théâtre de la rue du Chai-des-Farines incendié le 14 janvier 1731, à la suite d'une représentation du Festin de Pierre.

Le Théâtre de Molière, ouvert le 29 avril 1792, dans l'ancienne église Saint-Jacques, ayant appartenu aux jésuites; fermé après une durée de cinq ans. Une troupe s'y installa de nouveau après 1830, et y joua pendant deux ans environ. 29 avril de la même année on fit l'ouverture du genre comique n'y était pas exclusivement admis. On y jouait aussi la tragédie et le vaudeville. Ce théâtre était établi rue du Mirail. On lisait sur le rideau la devise: « Risu ac lachrymis », que les habitués traduisaient par ces mots: « Riez aux larmes ». Ce théâtre se soutint pendant cinq ans, à quelques intermittences près.

Le Théâtre de la Mairie projet délibéré par les jurats, le 9 décembre 1724. L’exécution de ce projet fut cependant encore retardée. En attendant, on permit à la demoiselle Dujardin (1735), directrice d’un opéra, de faire construire une salle dans le jardin de l’Hôtel-de-Ville. Le sieur Bousignon, architecte, et Bernard Sallefranque, charpentier, s’engagèrent à faire cette construction, avec la clause que la demoiselle Dujardin en jouirait l’espace de trois années, après lesquelles elle en laisserait la libre possession aux dits entrepreneurs pour se couvrir de leurs frais.

Mais les jurats, tout en autorisant cet arrangement, réduisirent à deux années seulement la jouissance accordée aux entrepreneurs, au terme desquelles la ville serait déclarée propriétaire de la susdite salle dont elle fixa provisoirement le loyer à 300 liv. par mois.

La ville n’abandonnait pas cependant le dessein qu’elle avait formé, de la construction d’une salle qui répondit et aux besoins de la population et à la dignité de ses fondateurs; mais le manque de fonds l'obligea de se contenter pour le moment d’une salle provisionnelle qui se construisit sur un terrain joignant l’Hôtel-de-Ville. On emprunta pour cette construction une somme de 65,000 liv. de divers particuliers de Bordeaux, lesquels se remboursèrent, quartier par quartier, sur les revenus de la ville. Cette salle, dépendant de l’ Hôtel-de-Ville, était située près de l’église Saint—Éloi et faisant face aux Fossés. En attendant qu’elle fût terminée , on joua la comédie dans une baraque placée sur le pont de l’Hôtel-de—Ville.

Elle fut terminée au mois de septembre 1739. Cette salle exista plusieurs années. Comme il n’y avait point encore à Bordeaux de directeur ad hoc, les jurats la louaient aux diverses troupes qui obtenaient le privilége de représenter dans cette ville.

Le 28 décembre 1755, à deux heures du matin, le feu se manifesta dans la nouvelle salle, qui fut entièrement embrasée, de même que le pavillon de la porte royale de l’Hôtel-de-Ville , la couverture des deux tours et le dôme de l’horloge. Cet événement était d’autant plus à déplorer, que l’ancienne salle de Barbarin avait subi le même sort, et que le projet formé alors de l’entière reconstruction de l’Hôtel-de—Ville s‘opposait à ce que la salle fût réédifiée exactement sur le même lieu.

En attendant que la ville eût arrêté un projet, M. de Tourny, intendant de Guienne, prêta aux jurats une salle de son hôtel précédemment destinée aux concerts. On y joua durant trois ans.

Le Théâtre de la Montagne, Théâtre-Mayeur ou des Sans-Culottes, ouvert pendant l'hiver le 3 janvier 1793, par un certain Valette et après la démolition du couvent des Carmes et la vente parcellaire de ce terrain, a subsisté pendant l'hiver de cette même année, pour y représenter des pièces patriotiques qui pussent servir de délassement aux « vrais Sans-Culottes ».

La terreur tenait alors la France courbée sous son homicide coutelas. Les clubs, les cartes de sûreté. le scrutin épuratoire, les dénonciations, la guillotine, toutes ces gentillesses imaginées par les hommes libres, occupaient si fort les vrais sans-culottes, qu’il leur fallait de toute nécessité un délassement où leur âme pût se retremper le soir et se disposer aux prouesses du lendemain.

Le pain manqua dans Bordeaux; mais les théâtres furent autorisés et l’on s’y porta avec fureur. On entrait l’estomac vide, on en sortait de même, mais on avait hurlé la Marseillaise ou le fameux Ça ira, et c’était une compensation aux tourments de la faim.

Il était dirigé par le vaudevilliste Mayeur, qui réclama quelques années plus tard, de la municipalité, de vouloir bien substituer au nom de la Montagne que portait son spectacle, celui des Variétés.

Le Théâtre de l'Union s'ouvrit Le 10 juin 1795 sur les allées de Tourny, dans une baraque qui servait auparavant pour les exercices de divers saltimbanques. Quoiqu'il n'ait subsisté qu'environ un an, de bons acteurs y ont joué, tels que Molé, Perrond et Mme Contât.

La salle des Concerts, fossés de l'Intendance Elle servit à son tour de salle de théâtre pendant trois ans, à partir du milieu de l'année 1756, c'est à dire après l'incendie du théâtre de la Mairie. En 1799, on l'appropria de nouveau en théâtre, qui porta le nom de théâtre du Lycée et celui-ci devint aussi la proie des flammes le 18 février 1803.

Le nom de Lycée, qu’il portait, prenait son origine d’un projet formé par quelques artistes et gens d’étude d’y établir une espèce d’académie ou lycée artistique qui pût servir de lieu de réunion aux amateurs de la ville. Cette entreprise, qui avait en un commencement d’exécution, eut le sort de beaucoup d’autres de ce genre, et ne put réussir.

Le théâtre de la Gaîté allées de Tourny, près le café Moreau. — Ouvert le 12 avril 1801; petit spectacle pour le genre des variétés, dans une baraque décorée du nom de Salle de la Gaîté. Ce spectacle avait pris faveur, lorsque la représentation d'une pièce de circonstance, intitulée 1, 2, 3 et 4, qui y attirait la foule, fut, dit-on, la cause de son incendie, le 12 mars 1802. Les acteurs remontèrent leur scène dans l'ancienne salle du concert. La même pièce lui attira le même sort. Alors le directeur, Bojolay, fit rebâtir son ancienne salle à Tourny. Elle a subsisté jusqu'en 1810, époque où l'on réduisit les théâtres permanents à Bordeaux au nombre de deux, dont un pour les grands spectacles, l'autre pour le genre des variétés. C'est l'état actuel des spectacles dans cette ville. Il semble qu'un seul théâtre y suffirait, comme autrefois, puisque deux se soutiennent difficilement, quoique réunis sous la même direction et recevant une subvention de la ville.

Le théâtre des Variétés, près la Porte-Dauphine, entrepris par le sieur Gaétan Camagne, peintre, après l'incendie du théâtre de la Mairie et selon conventions arrêtées par les jurats, le 7 mai 1756; fermé à l'ouverture du Grand-Théâtre, le 7 avril 1780; restauré en 1790; démoli en septembre 1799, il sera remplacé par le Théâtre-Français, sur l'emplacement voisin du couvent des récolets

Ouvert le 29 novembre 1800. Jean-Baptiste Dufart en a dirigé la construction. On doit à cet habile architecte le dessin du Palais-Gallien, qui est dans l'Histoire de Bordeaux, et le plan de distribution des terrains des Quinconces, qui a été publié en 1816. le théâtre fut incendié le 3 décembre 1855. Incendie de théâtre des variétés (théâtre Français)
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Des acteurs d'un grand mérite ont constamment captivé les applaudissements publics sur les divers théâtres de Bordeaux, quoiqu'ils se fussent définitivement fixés dans cette ville. M. Alartelly, mort en 1817, âgé de soixante-six ans, est un de ceux qui s'y est le plus distingué par ses talents en plus d'un genre. Il a fait pendant vingt ans l'ornement du Grand-Théâtre dans la tragédie et dans la haute comédie. Il allia la culture des lettres à l'exercice de sa profession. On a de lui cinq pièces de théâtre, dont la plus remarquable est intitulée les Deux-Figaro. Cette comédie, eu cinq actes et en prose, fut représentée avec succès à Bordeaux dans le cours de l'année 1790. Il a aussi publié un Recueil de Fables, dont plusieurs, avant leur impression, avaient été lues dans des séances publiques du Musée, qui le comptait au nombre de ses membres.

La manie des spectacles a été poussée à tel point dans cette ville qu'on y a vu plusieurs comédies bourgeoises subsister à la fois. Les acteurs, les employés et les actionnaires de ces réunions, étaient de simples amateurs appartenant à diverses classes de la société, qui jouaient gratis pour leur plaisir et celui de leurs amis. Le plus ancien de ces théâtres bourgeois commença à se monter en 1782. Divers acteurs, qui sont devenus l'ornement de la scène française, se sont formés sur ces théâtres d'amateurs.

Ce théâtre est actuellement le cinéma « Le Français ».

Le théâtre de l'Ambigu comique, de Petit-Colysée ou de théâtre de Belleville Établi vers 1775, dans la salle de réunion, dite du Colysée par Belleville dans le quartier qui a conservé son nom, et transféré en 1777 sur le cours de Tourny; supprimé en 1792.

Quelques années avant l'ouverture du Grand-Théâtre il s'établit dans cette ville un spectacle, pour les représentations à bon marché, des pièces du bas-comique, qui n'avaient jusqu'alors été jouées que transitoirement dans les baraques de la foire. En 1773, un cafetier nommé « Belleville » fit bâtir hors les murs une vaste salle de bal sous le nom de Colisée. Bientôt après il ajouta à son établissement un petit théâtre dit l'Ambigu-Comique, sur lequel une troupe d'enfants jouait de petites pièces du genre des variétés. Ce spectacle ayant pris de l'accroissement, fut transporté, au bout de trois ans, dans un théâtre plus vaste, situé sur le cours de Tourny, où il a subsisté jusqu'en 1792.

Les théâtres de la Banlieue En 1834, quatre théâtres où se jouait le vaudeville se formèrent aux barrières de Tivoly, de Brienne, de Saint-Genès et de La Bastide. L'acteur Sevestre avait réalisé un projet semblable à Paris ; c'était la même idée importée à Bordeaux. Un public nombreux se portait à ces théâtres. Ils donnèrent de tristes résultats financiers. Cela ne peut être dû qu'à des désordres de gestion ou à d'autres causes accessoires. Toujours est-il que leur durée fut très-limitée et ne s'étendit pas au-delà de quelques mois.

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La rue Mautrec

Elle est ainsi appelée par corruption de son nom primitif « Maü-Traject (Mauvais-Passage) », à cause du danger qu'il y avait à la parcourir, lorsque les tueries des bouchers de la Porte-Médoc y étaient établies pendant les XIVe et XVe siècles, ainsi que l'attestent les anciens titres.

Dans cette rue habitait le savant LatapieFrançois-de-Paule Latapie, (1739-1823) était un naturaliste français.

Venu se fixer à Bordeaux en 1775, année de son élection comme membre de l’Académie de la ville (il y est élu le 13 août) à son retour d'Italie, il devient aussitôt professeur de botanique au jardin des plantes. Il se distingue alors par ses conférences (il donne en 1776 une relation des fouilles de Pompéi à l’Académie de la cité girondine), ses cours publics de botanique (que fréquenta entre autres Jean Thore) et ses publications de culture pratique des jardins.

C'est la collection Latapie, qui en 1791 est à l'origine des collections du muséum de Bordeaux, complétée en 1804 par celle de Journu-Auber.

À l'automne 1794, il est désigné comme élève de la nouvelle École Normale, ouverte à Paris pour former les futurs enseignants destinés à former les maîtres d'école. Il séjourne probablement à Paris jusqu'au printemps 1795, date de fin des cours de la première École Normale.
qui a fait des cours publics de botanique au Jardin-des-Plantes de Bordeaux, et de langue grecque à l'école centrale de la Gironde et dont les leçons dans ces deux enseignements furent très-suivies.

A l'hôtel du Chapeau-Rouge. Ses habitués, qui formaient une société appelée « l'Abbaye des marchands », en distribuaient l'argent partie aux marins naufragés, partie aux voyageurs qui avaient été détroussés par les voleurs et partie à l'hôpital de Bordeaux.
l'hôtel du Chapeau-Rouge, fût fermé le 30 juin 1676 pour la construction du château Trompette.

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Le Jardin-Public

A l'origine, le Jardin Public est alors une des parties du vaste marais qui s'étendait au nord du Bordeaux gallo-romain. La limite de l'agglomération urbaine s'arrêtait de ce côté à une solide chaussée édifiée à travers le marécage et qui conduisait vers le Médoc (la rue Fondaudège).

Vers 1680, un ingénieur-architecte du Roi, Michel du Plessy, célèbre pour avoir dirigé les travaux d'achèvement de la reconstruction du Château-Trompette sous Louis XIV, plus célèbre pour avoir fait les plans de l'église de Notre-Dame, acquit des terrains sur lesquels il édifia, à la place d'un humble bourdieu campagnard, une maison de plaisance, un hôtel, en façade sur un chemin dénommé d'abord rue de Pradets (prairies) et qui devint vite la rue Duplessy.

En 1712, Jacques Hustin installa la Manufacture royale de faïence, d'où sortirent, entre autres, de 1714 à 1780, l'horloge de la bourse de Bordeaux.

Vers le même temps, à l'autre extrémité du futur Jardin, à l'entrée du faubourg des Chartrons, l'Irlandais Pierre Mitchell établit, en 1721, son premier fourneau « pour fabriquer un verre propre à faire des bouteilles façon d'Angleterre »

C'est le 23 août 1746 que le Conseil d'Etat rendit l'arrêt qui autorisait la création du Jardin. Tourny avait hardiment découpé sur le sol la figure géométrique de son Jardin. Il fallut cinq ans et demi pour exproprier les divers possesseurs du terrain.

En 1753, Tourny décida d'agrandir le Jardin en ajoutant au rectangle primitif un triangle qui porta sa limite à l'Ouest jusqu'à l' actuelle place Longchamps.

Le Jardin créé, il fallait le dessiner, le planter et le décorer. Le dessin, Tourny le demanda à son architecte ordinaire, Jacques- Ange Gabriel. Les plantations commencèrent dès 1749. Tourny y admit deux essences : l'ormeau, l'arbre-roi, l'arbre français par excellence, et le tilleul de Hollande, importé au début du XVIIIe siècle. Le triangle ajouté en 1753 fut planté en ormeaux qui constituèrent un petit bois.

Pour supprimer la différence de niveau due à l'inclinaison du terrain du côté des Tanneries, Tourny créa dans cette partie du jardin une terrasse, qui devait ajouter à sa beauté. Elle fut construite de 1753 à 1755 par Michel Voisin, le grand entrepreneur de Tourny. Sur la terrasse s'élevèrent de 1752 à 1758, deux portiques à colonnades, destinés à abriter les promeneurs les jours de pluie. Ils étaient surmontés d'une balustrade ornée de vases. Les sculptures des chapiteaux, des mascarons, des Arases furent exécutés par deux ornemanistes bordelais, Massot et Laconfourque. Les portiques accompagnaient deux pavillons où furent logés les portiers du Jardin et où fut installé un café.

Entre ces constructions s'ourvrait la principale entrée du jardin du côté de la rue Fondaudège. avec la notre place du Champ-de-Mars, dont Tourny avait voulu faire l'entrée maîtresse de son Jardin, celle par où y accédaient les belles daines à paniers descendant de leurs luxueux équipages.

Pour compléter la décoration et donner un pendant aux deux pavillons de la terrasse, Tourny édifia au nord, sur les plans de Gabriel, un manège, « l'Académie aux chevaux », dont les bâtiments s'élevèrent de 1755 à 1759, et dont le corps de logis principal fut décoré d'une colonnade en façade sur le Jardin surmontée d'un fronton, sur lequel Claude Francin sculpta un sujet « analogue » au monument : Apollon conduisant le char du Soleil attelé de deux chevaux fougueux.

Ce jardin s'appelait alors le « Jardin Royal ».

En 1759, Jacques de Romas, ce modeste assesseur au présidial de Nérac qui inventa avant Franklin le paratonnerre, tenta d'y réaliser sa fameuse expérience du cerf-volant électrique. Elle ne put avoir lieu : l'orage que souhaitait de Romas éclata trop bien, la foudre tomba sur le café du Jardin Public et le populaire ignorant accusa le savant de l'y avoir attirée.

Le jardin a été complété en 1774 par l'ouverture de la place circulaire nommée Bardineau, du nom d'un traiteur Aroisin, et en 1778 par la construction, sur les plans de Michel Bonfin, d'un vaste et confortable hôtel, bâti en bordure du Jardin, pour Jean Valeton de Boissière et son gendre Pierre-Romain-Nicolas de Lisleferme, sur des terrains provenant du morcellement de l'ancien domaine Duplessy.
Ce bel hôtel particulier fut édifié par Richard François Bonfin, architecte de la Ville, pour Nicolas de Lisleferme (1737‑1821), avocat au parlement de Bordeaux, jurisconsulte, poète et amis des arts, dont le nom est resté au bâtiment.
C'est le 6 mars 1778 que les jurats réunis en conseil, doivent délibérer sur la demande de deux des plus puissants notables de la ville : Jean Valleton de Boissière et son gendre Nicolas de Lisleferme, demande d'autorisation "de faire bâtir une ou plusieurs maisons suivant la décoration dont ils ont produit le plan, entre la salle appelée Bardineau et le Jardin public", alors Jardin royal, conçu et réalisé par Tourny entre 1743 et 1756.

L'hôtel fut achevé, semble-t-il, en 1781 et décoré aussitôt. Les boiseries du salon ovale, représentant les quatre saisons sont attribuées au sculpteur Cabirol. L'édifice avait été conçu comme un hôtel double pour le beau-père et le gendre, de part et d'autre de l'escalier central. Celui-ci est aujourd'hui déplacé côté sud.
L'hôtel Calvet, siège des Sociétés savantes, faisant le pendant à l'hôtel de Lisleferme, fut édifié plus tard, en 1851, réalisant le complément côté sud de l'arrondi de la place Bardineau, entre le Jardin public et la rue Duplessy.

Le 26 juillet 1784, MM. Darbelet, Chalifour et Desgranges firent leur seconde expérience aérostatique dans le Jardin-Public (première tentative le 16 juin 1784). Le ballon qu'ils montaient et qui avait 15 mètres de diamètre, s'éleva à environ jusqu’à la hauteur de près de mille mètres. Il les transporta, sans encombre, dans la commune de Gauriav, près de Bourg, à trois myriamètresLe myriamètre, est une ancienne unité de mesure adoptée sous la Révolution. D'une valeur de dix mille mètres (10 km), elle correspondait à trois lieues. Borne myriamétrique près de l'ancien canal de Briare Liée aux délais de communications de l’époque, elle a été utilisée dans le Code d’instruction criminelle pour fixer certains délais de procédure.

Aujourd'hui, elle est encore mentionnée et utilisée ainsi par la Loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881, à l'article 542 imposant un délai supplémentaire de distance "d'un jour par cinq myriamètres de distance".
du point de départ. Uniquement satisfaits d'avoir procuré à leurs concitoyens la vue d'un spectacle alors nouveau, ils en abandonnèrent le produit à l'hôpital. Dans le mois de mai précédent, deux particuliers de cette ville avaient tenté en cet endroit une pareille expérience, qui eut la plus déplorable issue.

Ce fut dans le Jardin-Public que les Bordelais, au nombre d'environ trente mille, se réunirent spontanément le 20 juillet 1789, et y délibérèrent de se former en garde nationale, ce qui fut exécuté dès le lendemain dans chaque paroisse de la ville.

Le 11 février 1856, le Conseil municipal adopta son rapport où il proposait de réunir dans le Jardin Public le jardin botanique qui se tramait dans l'enclos de l'ancien couvent de la Chartreuse et un jardin d'agrément conçu dans le style alors à la mode à Paris (parc Monceau, parc des Buttes-Ghaumont, Bois de Boulogne, Bois de Vincennes), avec tous les accessoires pittoresques, rivière, île, cascade, ménagerie, ponts rustiques, kiosque à musique.

Le Jardin fut réalisé de 1856 à 1858 par Fischer et Escarpit.

Au jardin d'agrément Brochon avait lié le jardin botanique. A cet effet, Burguet construisit, de 1856 à 1859, le bâtiment des serres, surélevé par rapport au Jardin à l'aide d'un « gracieux remblai » et derrière lequel fut créé le jardin d'étude. [Voir] Serres du jardin public
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- [Voir] Le jardin public et ses serres
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A l'occasion de la transformation du Jardin, l'architecte de la ville, Charles Burguet refit la terrasse, au centre de laquelle on créa le bassin avec jet d'eau. On refit aussi la clôture du Jardin du côté du cours et de la place Bardineau. Les belles grilles dorées furent forgées dans les ateliers d'Henry Grandet, 78-80, rue Lecocq et le maître serrurier Faget décora les portes de motifs repoussés au marteau : travail remarquable, au point que des juges non avertis ont cru que ces grilles étaient celles de Tourny.

A la restauration du Jardin Public fut liée une autre idée : lui donner un cadre du côté nord. Elle fut réalisée par l'ouverture de la rue d'Aviau. L'un des côtés de cette rue fut prélevé sur le terrain du Jardin, auquel on enleva une bande de 37 mètres de largeur. Les maisons de cette rue nouvelle furent astreintes, en ce qui concernait leurs façades sur le Jardin, à une hauteur et à une décoration uniformes. Il faut louer l'architecte Burguet et la municipalité Antoine Gautier de ce souci de ressusciter la tradition du XVIIe siècle pour donner au Jardin un cadre digne de sa beauté.

la Laiterie de la porte Longchamps qui, de 1879 à 1891, dispensa aux bébés et aux mamans des gâteaux, des rafraîchissements et aussi le lait chaud procuré par trois vaches garonnaises.

C'est en 1884 que Charles installa sa gondole pour promener les enfants, « une sorte de vélocipède nautique », disait-il, et depuis lors, entre les mains de concessionnaires successifs vogue le « Petit Mousse ».

Paul COURTEAULT - Revue philomathique de Bordeaux et du Sud-Ouest - Promenade historique au Jardin Public - 1933

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Parc Bordelais

Le Parc bordelais est situé sur le territoire de la commune de Caudéran, à 2 kilomètres de la place Dauphine (Gambetta). Il a été fondé en 1863, à l'initiative de quelques habitants de Bordeaux, sur un magnifique domaine de 28 hectares de superficie, acheté 500,000 fr. Les fonds ont été réunis par souscription publique. Par décret impérial du 13 août 1864, une société anonyme a été constituée au capital de 550,000 fr., divisé en 5,500 actions de 100 fr.

Une grande loterie au capital de un million de francs a été concédée à la société par S. M. l'Empereur. Les fonds provenant de cette loterie sont consacrés à la transformation du domaine en promenade publique et en Jardin d'acclimatation. (voir l'affiche) Affiche de la loterie (source inconnue)
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Ouvert au public tous les jours, depuis huit heures du matin jusqu'à la chute du jour. Le prix d'entrée est de 25 centimes. Les voitures sont admises au prix de 1 fr. Deux portes sont ouvertes: l'une sur le chemin de Saint-Médard, l'autreur le petit chemin d'Eysines; les voitures entrent par cette dernière; les piétons, par l'une ou par l'autre. Les deux lignes d'omnibus de la Croix Blanche et de la Croix de Seguey, ont leur station à proximité des portes du Parc bordelais.

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Rue Fondaudège

La rue Fondaudége a pris son nom de celui d'une fontaine qui est située dans cette rue. On l'appelle « Odeia » dans nos vieux titres. Certains croient reconnaître dans cette fontaine celle qu'Ausone a célébrée sous le nom de « fons Divona ». Darnal, sous l'an 1559 de la Chronique, a contribué à propager cette erreur en disant: « Les jurats firent faire une muraille à la fontaine d'Audége, pour la séparer du grand chemin et empêcher que les terres ne tombassent dans le vase de ladite fontaine, belle et abondante, et de laquelle parle dans ses oeuvres le poète Ausone, bourdelois et citoyen romain ».

Il est certain que la font d'Audége ne peut point être la Divona d'Ausone, puisque que Ausone dit qu'elle était située au centre de la ville, tandis qu'Odeia est à l'extrémité d'un faubourg.

Quoiqu'on ait fait souvent des réparations à cette fontaine, ses eaux ne sont pas aussi abondantes qu'elles le furent anciennement. Elles servaient aux travaux des tanneurs qui étaient autrefois établis en grand nombre dans la rue des Tanneries (aujourd'hui impasse).

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Cours du Jardin-Public (aujourd'hui rue)

Avant la formation de ce cours, le terrain sur lequel il s'étend était parcouru par un chemin sinueux et impraticable qui conduisait sur les derrières des Chartrons, et que bordait l'esplanade du Château-Trompette, de petits jardins et quelques échoppes. La seule maison qu'on remarquait sur ce chemin une ancienne faïencerie.

Sur ce cours débouche la rue de la Course. Elle était naguère divisée en deux parties par la rue du Jardin-Public; la partie du côté du levant s'appelait rue Dufau (nom de rue déplacé vers la mairie) et celle du côté du couchant rue Clouet (ce nom de rue à disparu). Le nom de la rue de la Course vient d'un spectacle pour des combats d'animaux, qui fut ouvert le 1er mars 1755, sous le nom imposant de Cirque.

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Rue du Mirail

La dénomination de la rue du Mirail est fondée sur une vieille tradition populaire qui s'est conservée jusqu'à présent, tout absurde qu'elle est. On conte qu'au fond du puits qu'on vient de remplacer par une borne-fontaine à l'extrémité méridionale de cette rue, s'était logé un serpent d'eau qu'on appelait basilic ou cocatrix. Cet animal, inconnu des naturalistes, avait, dit-on, la vertu de faire mourir tous ceux qui le regardaient perdait la vie. Plusieurs personnes qui étaient venues un jour chercher de l'eau à ce puits et qui avaientvoulu examiner au fond le bruit qu'on y entendait, tombèrent mortes autour de sa margelle. L'alarme était dans le quartier, lorsqu'un soldat, d'autres disent un boulanger qui passait, perçant la foule, annonça qu'au moyen d'un secret qu'il avait appris en Egypte, d'où il revenait avec la croisade, il allait délivrer promptement Bordeaux de ce dangereux animal. Aussitôt, tout en marmottant certaines paroles et prenant un air solennel, il ordonne de descendre au fond du puits, par une corde, le miroir d'une voisine et dès que la bête y eut vu son image, elle s'élança hors du puits en poussant un cri effroyable, et expira sur le-champ. C'est à l'occasion de ce merveilleux événement que ce puits a pris le nom de Mirail (Miroir)

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Rue Rodrigues-Pereire

Jacob Rodrigues Pereire,Pereire.jpgJacob Rodrigues Pereire, le savant juif du siècle des Lumières,pionnier de l’éducation des sourds-muets

Pereire privilégie la démutisation, la lecture sur les lèvres, l'apprentissage précoce de la lecture et utilise une dactylologie adaptée à la langue française, inspirée de l'alphabet manuel de Juan de Pablo Bonet. Il fait l'objet d'attaques anonymes de l'abbé Charles-Michel de L'Épée, qui cherche lui aussi une reconnaissance institutionnelle dans le domaine de l'éducation des sourds. L’œuvre de Pereire ne se limite pas à ce seul domaine. Ses connaissances en physique et en mathématiques lui valent des honneurs et l’amitié des plus grands savants de son temps, notamment Buffon, qui le cite dans son Histoire Naturelle, Réaumur et La Condamine. Ses connaissances linguistiques lui valent l’estime de Bougainville qui lui confiera l’observation et la description de la langue du Tahitien Aotourou. Il manie parfaitement le portugais, le français, l’italien et l’hébreu.

Il traduit en français plusieurs prières composées par le rabbin de Bordeaux pour des circonstances concernant la famille royale : maladie du roi, de la reine ou du dauphin. Les qualités de Pereire comme traducteur sont remarquées, et en 1765, il reçoit officiellement de Louis XV le titre de : « Interprète de sa majesté pour les langues espagnole et portugaise ». On lui doit l’édition, en 1765 et 1776, de toutes les lettres patentes qui, depuis Henri Il jusqu’à Louis XVI, ont concerné et protégé les juifs portugais. Il créa en 1780, au 44 de la rue de Flandre, dans le 19e arrondissement de Paris (à l'époque la Villette), un cimetière pour les Juifs portugais.
savant juif Portugais, établit en 1742 une école pour l'instruction des sourds et muets de naissance. Il se servait à cet effet d'une méthode de son invention qu'il appelait « Dactylologie », ou Alphabet manuel. Cette méthode précéda celle qui a immortalisé l'abbé de Lépée. Pereire forma plusieurs élèves. Il était même parvenu à apprendre à l'un d'eux à articuler des phrases entières. Il le présenta à l'académie des sciences de Paris le 9 juillet 1749. Ce sourd-muet récita plusieurs pièces de vers, répondit de vive voix et par écrit aux questions que les académiciens lui firent sur la grammaire, l'arithmétique, la géographie, et donna des preuves de son intelligence et de l'art avec lequel elle avait été cultivée. L'académie consigna ce fait extraordinaire dans ses registres, dont on trouve l'extrait dans le Journal des savants du mois de septembre 1749. Pereire est mort en 1780, à l'âge de soixante-cinq ans.

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Porte Cailhau (ou porte du caillou) [ Voir cette porte ] La porte Cailhau ou porte du Caillou - Ses principales sculptures (côté quai et côté place du palais)
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Les ruisseaux de la Devèze et du Peugue, qui étaient autrefois navigables jusqu'au milieu de l'enceinte de Bordeaux, ont leur embouchure dans la Garonne. Au centre du quai qu'ils bornent est placée la porte du Caillou. Cette partie du quai fut originairement le lieu où abordaient les diverses embarcations qui fréquentaient ce port. On l'appela « le quai daü Caillaü (du Caillou) », parce qu'en raison de son utilité, il fut le premier pavé en caillous de rivière, avantage dont les autres parties du port n'ont joui que dans le dernier siècle. Il prit alors le nom de « quai Bourgeois », sous lequel il est encore connu, attendu qu'il était réservé pour le débarquement des vins que les bourgeois de Bordeaux avaient le privilége de faire entrer en ville, sans payer aucun droit. Cette porte se trouvant placée en face du « quai du Caillaü », dut naturellement prendre ce nom, qui se trouve traduit en français par Caillou.

Le nom de « porte du Palais » lui a été également donné à cause de sa situation à l'entrée de l'avenue de l'ancien palais des ducs d'Aquitaine, qui devint ensuite le palais de justice. Elle fut construite en 1494, en mémoire de la mémorable bataille gagnée par le roi Charles VIII à Fornoue le 6 juillet 1495. La statue du roi fut, par ordonnance des maire et jurats, posée au haut du dit portal.

Les vieilles maisons du côté occidental de la rue du Quai-Bourgeois, laquelle s'étend à droite et à gauche de la porte du Caillou, bordaient cette partie du port avant que Tourny élève la façade actuelle.

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Place du Palais

Cette place est ainsi appelée, parce que le palais de justice s'élevait dans sa partie occidentale. C'était un vaste bâtiment gothique que les ducs d'Aquitaine avaient fait construire au commencement du Xe siècle pour leur servir de demeure. Il est appelé castrum Umbrarioe (château de l'Ombriére), parce qu'il y avait au devant de belles allées d'arbres qui conduisaient à l'ombre jusque sur le port. Ce palais sera démolit en 1880.

Dans le palais de l'Ombrière siégeaient le parlement, la table de marbre, la cour sénéchale et l'amirauté de Guienne. Les prisons dépendantes de ces tribunaux étaient dans le même local. Le premier tribunal, qui fut institué par Louis XI, en 1462, avait pour ressort les provinces de Guienne, de Gascogne, de Saintonge, du Périgord et du Limousin. Le second jugeait également au souverain les délits et les contraventions qui se commettaient sur les rivières et dans les forêts du même ressort. Le troisième formait le tribunal de première instance du pays Bordelais. Le quatrième connaissait de toutes les contestations relatives au commerce maritime de la province.

Sur le côté méridional de la même place était l'hôtel de la Bourse. Le bureau des finances, la chambre de commerce, la juridiction consulaire et le siège de la monnaie occupaient cet hôtel.

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Porte de Bourgogne [ Voir cette porte ] La Porte de Bourgogne
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Un arrêt du conseil du 10 juillet 1750 ayant autorisé la construction de la Porte-Bourgogne. les travaux en furent immédiatement commencés. Elle en remplaçait une plus ancienne, appelée la porte des Salinières, qui avait été bâtie dans le XIVe siècle, lors du second accroissement de l'enceinte de Bordeaux. Elle a pris ce nom du quai placé au devant et sur lequel abordaient les divers navires qui importaient les denrées de salaison dans cette ville, où elles étaient connues sous la dénomination de saline, commerce alors très important et qui a fondé l'opulence de Bordeaux, bien avant l'époque de la découverte de l'Amérique. Lorsqu'on jeta les fondements de la nouvelle porte des Salinières, un ordre supérieur prescrivit de changer son nom en celui de Porte-Bourgogne, en mémoire de la naissance d'un prince français qui reçut alors le titre de duc de Bourgogne. Cette nouvelle dénomination n'a pas fait oublier l'ancienne, que conserve encore ce monument. Il fut inauguré en cérémonie le 30 septembre 1751 et Tourny en posa la première pierre. Elle fut construite par l'architecte Chevet, assisté par Lartigue père.

Cette distinction, qu'on a consignée dans les registres de l'Hôtel-de-Ville, était bien due au grand administrateur qui s'était déjà occupé, avec autant de goût que d'activité, à la décoration de Bordeaux.

La place Bourgogne (aujourd'hui place de Bir-Hakeim), ainsi que la porte de ville qui occupe le centre de son hémicycle, furent achevées en 1755. Lorsqu'on forma cette place, il s'élevait au centre de son emplacement un gros poteau en bois d'environ 4 mètres de hauteur, que couronnait une toiture circulaire et dans lequel était nichée une petite statue. Ce poteau était en grande vénération auprès des marins de Bordeaux, qui l'appelaient « lou pali de senta catalina (le pilier de Sainte-Catherine ». Comme il gênait les travaux à faire sur cette place, les jurats ordonnèrent son transport au milieu du quai des Salinières, où il a subsisté jusqu'à la révolution. Il dépendait d'une chapelle fondée dans l'église de Saint-Michel, à laquelle appartenait l'argent jeté dans le tronc creusé dans le dit « paü », provenant des collectes que les marins du haut pays avaient coutume de faire dans les mauvais temps auprès des voyageurs qu'ils transportaient, et après avoir chanté un vieux cantique en l'honneur de sainte Catherine, pour être préservés des ouragans.

Le bourreau levait autrefois un droit d'ancrage sur les bateaux chargés de bois à brûler qui abordaient au quai des Salinières. A mesure qu'ils arrivaient, il jetait à bord de chaque bateau un petit balai, qu'on appelait « geneste », parce qu'il était fait de branches de genêt et le batelier était tenu de venir à terre porter au bourreau un faissonnat ou trois bûches de la cargaison du bateau.

Le Marché aux fruits était autrefois établi sur la place Bourgogne, et le bourreau levait, pour droit de placage, un ardit (petite monaie valant à peu prés 1 Liard) sur chaque corbeille de fruit qu'on y étalait. Ce marché a été transféré sur le quai voisin, depuis qu'on a exhaussé le sol de la place Bourgogne, pour adoucir la montée qui conduit au pont (pont de pierre)construit en cet endroit.

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Le quai des Salinières

Le quai des Salinières est ainsi appelé du premier nom de la porte Bourgogne, où il commence et se prolonge jusqu'à celle de la Grave. La formation de ce quai date de 1675 (délibération du 27 juillet).

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Le quai de la Grave

Le quai de la Grave s'étend depuis l'ancienne porte de ce nom jusqu'à celle de la Monnaie. Entre les limites de ce quai fut établie en 1673 la fontaine appelée « Font-de-l'Or », près de laquelle on voit une machine hydraulique, qui sert à élever une eau de source pour alimenter les fontaines placées en plusieurs lieux du port. En 1763, les jurats voulant récompenser le fontainier qui avait imaginé cette machine, lui accordèrent le droit de conduire, par un tuyau souterrain, les eaux de cette source jusque sur le bord de la rivière, et d'y établir un regard, au moyen duquel il pourrait remplir d'eau les tonneaux que les navires de la rade devraient charger pour la provision de leurs équipages. Afin de faciliter l'opération, le fontainier reçut d'abord ces tonneaux autour de la fontaine, où il offrit de les nettoyer intérieurement, de les rebattre, et de les garder moyennant un léger salaire. Il les plaça ensuite sous un hangar construit dans un enclos qu'il ferma, puis complanta d'arbres. Dans ces derniers temps, il s'est prétendu propriétaire du local sur lequel il avait formé cet enclos, lorsque la mairie a voulu le faire démolir, ainsi que les autres clôtures des chantiers de construction établis par tolérance dans cette partie du port. En 1842, un arrêt de la cour royale a débouté de ses prétentions le fontainier de la « Font-de-l'Or », et l'a condamné à démolir son enclos.

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Les quais de la Monnaie et de Sainte-Croix

Les quais de la Monnaie et de Sainte-Croix sont peu étendus et n'offrent aucune particularité remarquable. Ils ont pour limites le quai de la Grave au nord, et celui de Paludate au sud. Chacun d'eux n'a qu'une cale d'abordage; le restant de la rive est couvert par des magasins à bois et par des chantiers de construction. Ces derniers sont peu fréquentés maintenant, l'industrie qu'on y exerçait s'étant portée sur d'autres points de la ville depuis l'établissement du pont de pierre.

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Rue du Temple

Elle doit son nom à une ancienne église qui avait appartenu aux templiers, puis aux chevaliers de Malte. Au devant de cette église était une vaste cour fermée, au fond de laquelle s'élevait l'hôtel de la commanderie. On apprend par un procès-verbal de visite des lieux, dressé en 1626, qu'auprès de cet hôtel était une tour dans laquelle on gardait les archives de cette commanderie, et que les carmélites, en faisant construire leur couvent qui était conligu à l'hôtel du commandeur du temple, avaient usurpé du terrain sur ses propriétés. Il introduisit alors contre ces religieuses une action en réintégrande, laquelle fut terminée par un accommodement entre les parties. Cet hôtel ayant été vendu comme propriété nationale, il a été ouvert sur ce terrain, en 1804, une nouvelle rue qu'on a appelé rue du Temple, comme étant un prolongement de l'ancienne rue de ce nom.

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Rue de la vieille tour

Ainsi nommée dans ces derniers temps. On l'appelait auparavant rue du Canon, parce que, pendant la domination anglaise, il y avait un canon pointé au haut de la tour. En cet endroit reposait l'angle des côtés nord et ouest du mur de clôture de la première enceinte de Bordeaux. Sur la même tour flottait le pavillon d'Angleterre, portant un léopard, que les bonnes femmes appelaient un dragon. Elles se servaient de ce signe pour effrayer au besoin leurs enfants et les empêcher de sortir de la ville de ce côté, qui était épave et désert, en leur disant qu'il y avait, dans la Tour du Canon, un dragon qui mangeait les petits enfants lorsqu'ils allaient courir les champs. Ou faisait même, à ce sujet, un conte que la tradition populaire a conservé.

« Elle porte que du temps des ducs d'Aquitaine un dragon monstrueux s'était cantonné dans la Tour du Canon, du haut de laquelle il menaçait de souffler la peste sur Bordeaux, si les habitants ne lui apportaient pas, tous les dimanches, une jeune fille qu'il dévorait dans la semaine. La dernière bordelaise qu'on donna en tribut à ce dragon étant parvenue à l'apprivoiser, apprit de lui qu'on pourrait le chasser, en lui présentant un reliquaire célèbre à Limoges, sous le nom de verge de saint-Martial. Cette fille communiqua cette nouvelle à ses concitoyens, en l'écrivant sur une tuile qu'elle jeta du haut de la tour. Alors ils se procurèrent la relique et la portèrent processionnellement au pied de la tour. A cette vue le dragon-monstre se précipita dans la Garonne, et Bordeaux fut délivré pour toujours de sa présence. Beaucoup de villes de France ont des fables aussi ridicules mêlées à leur histoire. »

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La rue Sainte-Calherine

Elle est une des plus anciennes de Bordeaux, dont elle divisait la première enceinte du nord au sud en deux parties égales. Son nom vient de celui d'une chapelle qui y était située, et qui appartenait à l'ordre de Malte, ainsi que l'hôtel qui était à côté. Cette chapelle ne servait plus au culte depuis un siècle et formait une habitation particulière. Sa porte d'entrée, décorée de sculptures gothiques, annonçait sa destination primitive.

Les restes de la chapelle Sainte-Catherine et du vieux hôtel qui en dépendait ont été démolis pour faire place au Bazar Bordelais qu'on a construit en 1834. Un pareil établissement, sous le nom de Galerie Bordelaise, La Galerie Bordelaise ouverte le 1er avril 1834
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avait été formé l'année précédente dans la même rue. La rue Sainte-Caiherine est une de celles de Bordeaux dans lesquelles on voit en plus grand nombre des marchands d'objets de luxe.

Lors des troubles de la Fronde, la rue Sainte-Catherine fut le théâtre d'un événement bien déplorable. Deux partis divisaient Bordeaux. Celui des Ormistes, recruté parmi la populace, appuyait l'insurrection que les princes de Condé et de Conti avaient organisée pour éloigner du ministère le cardinal Mazarin. Ce parti avait pour adversaire celui des Bien-intentionnés, qu'on appelait vulgairement les Chapeaux-Rouges, parce qu'il se composait de propriétaires dont le plus grand nombre habitait le quartier du Chapeau-Rouge. Le 24 juin 1652, un détachement d'Ormistes attaqua, dans la rue du Pas-Saint-Georges, un détachement de Chapeaux- Rouges, et le poursuivit jusque dans la rue Sainte-Catherine. Là, ces derniers se réfugièrent dans une maison où ils soutinrent une espèce de siège. Les Ormistes, désespérant de s'emparer de cette maison, y mirent le feu. Les jurats ne purent arrêter les suites de cette attaque. Elle dura quatre heures, et plus de cent personnes y perdirent la vie.

Les rues Marchande, des Trois Maries (qui portait autrefois le nom de rue de la Cadenne), du Poisson-Salé et du Cahernan, sont devenues le prolongement de la rue Sainte-Catherine.

La question de la rue Sainte-Catherine unique et rectiligne telle qu'elle existe, se posa à Tourny. Il écrivait à ce sujet le 9 décembre 1756 : « Je suis bien aise de voir M. Trudaine aussi décidé sur la réformation de la rue, Sainte-Catherine et de celles qui n'en doivent faire qu'une de la porte Médoc à la porte Saint-Julien ».

Les jeunes bordelais ne soupçonnent pas que leur "Fast-food" était avant "Aux Dames Françaises" Voir Le McDo avant, c'était dames françaises
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Rue de la Porte-Basse

Elle a subsisté jusqu'en 1803, à l'extrémité méridionale de la rue ainsi appelée. Cette porte était percée et son nom annonçait combien peu elle était remarquable. Cependant les personnes qui ne l'ont pas vue pourraient la regretter, attendu que les géographes, qui se copient communément les uns les autres, la citent comme un beau monument d'architecture romaine. Il y a plus, le rédacteur de l'Almanach historique de Guienne, pour l'année 1760, a bravé les démentis des habitants de cette ville, en rapportant les mauvais vers suivants faits par l'un d'eux en l'honneur et gloire de cette espèce de porte:

Bordeaux, vante ton monument:
Tel de l'antique Rome était le fondement.
Plus auguste estla Porte-Basse
Que le haut portail d'un palais.
Cette grande et superbe masse
Voit les siècles couler sans s'ébranler jamais.


La Porte-Rasse n'était ni auguste, ni haute, ni superbe. Ce prétendu monument romain était tout bonnement une ouverture informe d'environ 4 mètres en tout sens, pratiquée dans une muraille qui avait 2 mètres d'épaisseur. Elle n'offrait rien de remarquable dans sa forme. Il avait été question de la démolir en 1766, parce qu'elle obstruait la voie publique. Mais les jurats ne purent se mettre d'accord avec le chapitre de Saint-André, qui, en sa qualité de seigneur foncier du terrain sur lequel cette porte était bâtie et comme possédant sur son surhaussement une maisonnette, demandait 50,000 fr. d'indemnité pour consentir à cette démolition.

Au-dessus de cette porte on voyait dans une niche une statue en pierre assez bien sculptée, d'environ 1 mètre de hauteur, représentant un personnage vêtu d'un habit long, la tête ceinte d'une couronne de fleurs et dont les mains, rapportées en bois, tenaient un livre ouvert. Le peuple appelait cette statue « saint Bordeaux » et disait aux étrangers qu'elle tournait le feuillet de son livre exactement à minuit. Il la considérait comme le palladium de la ville; et dans toutes les fêtes publiques il l'entourait de guirlandes. Lorsqu'on démolit la Porte-Basse, nous eûmes la facilité de voir de près la statue qui la couronnait: il nous parut, par la forme des vêtements et les protubérances de la poitrine, qu'elle représentait une femme.

Après la retraite des barbares,Origines, dans l’article « Barbare (philosophie) » de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, on remarque que « c’est le nom que les Grecs donnaient par mépris à toutes les nations qui ne parlaient pas leur langue, ou du moins qui ne la parlaient pas aussi bien qu’eux, pour marquer l’extrême opposition qui se trouvait entre eux et les autres nations qui ne s’étaient point dépouillées de la rudesse des premiers siècles ». Il s’agissait donc au départ d’un simple critère linguistique permettant de distinguer les individus dont le langage leur apparaissait comme un babil inintelligible (« ba ba ba »), une sorte d’onomatopée, comparable au bla-bla en français, évoquant le bredouillement.

Par extension, cette différence linguistique donnera une vision négative, méprisante, de l’autre, de l’étranger, qui se retrouvera dans la définition transmise par les Grecs au monde romain. Après la conquête de la Grèce, les Romains adoptèrent le terme grec et l’utilisèrent pour désigner les peuples qui entouraient leur propre monde. Était donc qualifié de barbare à Rome celui qui n’appartenait pas à la sphère culturelle gréco-romaine, quel que fût son niveau de civilisation. Ainsi, les Romains considéraient, par exemple, les Huns comme des « animaux à deux pieds », selon la description qu’en fit l’historien Ammien Marcellin, qui décrit leur arrivée en Europe, comme une « tornade dégringolant des montagnes ».
qui avaient successivement saccagé Bordeaux, les ducs d'Aquitaine en firent relever les murs de clôture sur le plan que les Romains avaient tracé à cette ville lorsqu'ils la possédaient. Il est évident qu'on employa pour cette reconstruction les matériaux épars des édifices qu'ils y avaient élevés. Ainsi la Porte-Basse n'était pas un ouvrage des Romains, mais elle avait été bâtie avec les débris de leurs monuments.

Quant à la statue qui subsista sur cette porte, nous pensons qu'elle a été érigée par les Bordelais en l'honneur de la fameuse « Aliénore », fille du dernier duc d'Aquitaine car pendant qu'elle fut reine de France, puis d'Angleterre, de 1137 à 1204, elle fit plusieurs fondations utiles dans Bordeaux, qui l'avait vu naître. Il est naturel de penser que les habitants auront témoigné leur reconnaissance à cette princesse, en lui élevant une statue, et qu'ils l'auront placée sur le plus ancien monument de cette ville. A la longue, des contes populaires se seront mêlés à ces témoignages de la vénération publique et en auront défiguré le motif.

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Rue des Palanques

Son nom vient de celui que l'on donne encore, dans les campagnes du Bordelais, à des planches mobiles qu'on met sur les ruisseaux pour les traverser. Il y avait anciennement un pareil pont à l'extrémité de cette rue qui descend vers le Peugue. Ce pont servait pour faciliter l'abord de l'église Saint-André aux habitants de la partie de Bordeaux qui était sur la rive droite de ce ruisseau, avant qu'il ne fût voûté (recouvert). En 1793 on donna le nom de rue du Romarin à celle des Palanques. A la même époque, la rue du Hâ fut surnommée « rue Immortelle », parce qu'elle était habitée par l'infâme Lacombe, président de la trop fameuse commission militaire de la Gironde, lequel fut condamné à la peine de mort le 15 août 1794.

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Le fort du Hâ

fut commencé à bâtir en 1454. Il avait la forme d'un carré long, flanqué de hautes tours, sans compter un pavillon carré donnant sur la campagne pour la porte de secours, laquelle était couverte par un ouvrage avancé en forme de fer à cheval. Au levant et au couchant étaient deux portes à ponts-levis par lesquelles on pénétrait dans ce fort. De larges fossés l'entouraient de deux côtés et des maisons des deux autres.

Pendant le régime de la terreur, le fort du Hâ devint une des quatre prisons créées pour renfermer les personnes qu'on arrêtait révolutionnairement. Lors de la chute de Robespierre, on en comptait deux cent quatre-vingt-treize détenues dans ce fort, ce qui formait environ un cinquième de celles qui étaient alors embastillées à Bordeaux comme suspectes. Quoique ce fut la prison la mieux gardée de la ville, un des détenus tenta de s'évader par les combles d'un pavillon faisant partie d'une salle de cette prison qu'on appelait la galerie. Dans la nuit du 8 janvier 1794, il descendit au dehors, au moyen d'une corde qu'il avait fabriquée avec des lanières de son manteau et de la couverture de son lit. Mais cette corde s'étant trouvée tropcourte, il se cassa une cuisse en tombant dans les fossés du fort. Le bruit de sa chute et les cris que sa blessure lui arrachait le firent découvrir. Il fut arrêté et transporté à l'hôpital, où il mourut des suites de sa fracture dont il s'arracha, une nuit, l'appareil, pour se soustraire à la rage de ses ennemis. Cet homme courageux était un ancien garde du corps nommé de Lafaye.

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Les fossés de ville

Actuel Cours Victor Hugo - En 1708, les fossés de Ville, depuis la rue du Hâ jusqu'à celle de l'Observance, furent bordés de deux rangs d'arbres et de bancs de pierre, et formèrent une agréable promenade, que fréquentaient particulièrement le soir les habitants de la partie méridionale de la ville. Les étrangers s'accordent à dire qu'à l'exception de Paris, aucune ville de France ne possède, dans l'intérieur de son enceinte, un aussi magnifique cours que celui de nos ci-devant fossés de Ville. Chacune de leurs cinq divisions a reçu un surnom différent. Nous allons faire connaître les particularités les plus remarquables de ces divisions.

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Les bains publics

Les divers établissements de bains publics chauds sont ceux du Chapeau-Ilouge et des Quinconces, aux deux extrémités des allées de Chartres et d'Orléans, sur le bord de la Garonne, où ils s'alimentent directement. Ces bains d'un caractère monumental, sont dus à une compagnie fondée par Balguerie-Stuttenberg; ils ont été construits sur les plans de M. Laclotte. On y trouve tout le confortable désirable dans un pareil établissement : bains de propreté, bains de vapeur, eaux minérales factices pour bains et boissons.  [situation] Les bains esplanade des quinconces
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 [Voir] Les bains esplanade des quinconces
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Ils sont également installés : rue du Palais-Gallien; rue de Cursol; rue Verteuil; rue Rodrigues-Peireire; rue Cornac; rue Denize; rue du Cloître; rue de la Benauge (la Bastide).

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Les fossés des Tanneurs

Cours Victor Hugo (suite) - Les fossés des Tanneurs dits « foussats - daus Peleys », sont ainsi nommés, parce que dans l'origine les corroyeurs établis sur le Peugue mettaient à sécher sur les bords de ces fossés les peaux qu'ils tannaient. On les a aussi appelés « fossés de la Visitation », à cause du couvent de ce nom qui subsistait en cet endroit depuis 1630, et qu'occupe actuellement le collège royal. Au devant de l'église de ce couvent était un espace vide, sur lequel on a formé dans ces derniers temps une allée. Ce lieu portait le nom de « place du Chauf-Neuf », à l'occasion d'un ancien échafaud qui fut d'abord construit en bois, et qu'on avait refait en pierres. C'était sur cet écbafaud, qui subsista jusqu'au XVIIe siècle, que les gentilshommes avaient le privilège d'être décapités, car les supplices de la potence, de la roue et du feu étaient tout à fait roturiers.

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Les fossés des Carmes

Cours Victor Hugo (suite) - Les fossés des Carmes tirent leur nom d'un couvent des grands carmes qui y était situé, Dans ce couvent fut inhumé en 1265 Simon Stock, général de cet ordre. Ses confrères ont prétendu que dans une vision, la Sainte Vierge lui donna un scapulaire comme une marque de la protection spéciale qu'elle accorderait aux personnes qui s'en décoreraient.

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Les fossés de l'Hôtel-de-Ville

Actuel Cours Victor Hugo (suite) - Les fossés de l'Hôtel-de-Ville ont pris ce nom de l'ancien Hôtel-de-Ville qui occupait leur côté septentrional, sur lequel on a ouvert le Grand-Marché. Dans cet édifice, le corps municipal appelé la jurade a siégé depuis sa création jusqu'il sa suppression. En 1735, on construisit dans la cour de l'Hôtel-de-Ville la salle des spectacles, qu'un incendie consuma en 1756. Quelques parties de l'Hôtel-de-Ville furent atteintes par les flammes, dont une salle qui renfermait les portraits des maires et des jurats peints de pied en cap. Comme cette salle ne pouvait contenir qu'une cinquantainede ces portraits, et qu'on y en plaçait au moins trois chaque année depuis deux siècles, il était d'usage que les plus anciens fissent place aux nouveaux venus, et qu'on donnât les toiles des sortants à leurs familles, comme fiches de consolation.

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Le collège de la Madelaine

En face de l'Hôtel-de-Ville subsistait, depuis 1573, le collège de la Madelaine, que M. de Baulon, conseiller au parlement, avait fondé pour les jésuites, qui faisait concurrence à celui de Guienne, et dont il parvint bientôt à éclipser l'ancienne illustration; car les bons pères possédaient l'art de dominer partout où ils s'établissaient « per fas et nefas ». Le collége avait pris son nom d'une chapelle située près de leur couvent, et qui avait été incendiée lors de la sédition de 1548.

Dix ans après la suppression des jésuites, leur collége de Bordeaux fut rendu à sa première destination. Ce collège sera réuni à celui de Guienne en 1773 et transféré dans l'ancienne « maison-professe » des jésuites, rue de Gourgue. Alors la jurade abandonna l'ancien Hôtel-de-Ville, qui menaçait ruine et vint occuper le bâtiment de l'ancien collége de Guienne, où elle a siégé jusqu'à la révolution. Il sera remplacé par le « lycée impérial » voulu par Napoléon Ier(loi du 11 floréal an X : 1er mai 1802), puis, au tout début du XIXe siècle, par le « lycée Michel-Montaigne ».

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Rue des Trois-Conils

Une ancienne hôtellerie a donné son nom à la rue des Trois-Conils. Dans un contrat de 1514, une maison située rue Tustal, qui est parallèle à celle des Trois-Conils, sa voisine, est désignée comme touchant par les derrières « à l'hostaü ou tor de Johan Bernard, hoste deus Très-Conhils. » Les hôtelleries se faisaient autrefois remarquer par leurs enseignes bizarres. Celle ci portait trois lapins. Cet animal est appelé « conil » en vieux français et « connie » en anglais. Ce mot vient de ce que les lapins se cachent dans des trous qu'ils font en terre et qu'on nomme en latin « cuniculi ». De là est venu le verbe « conniller », pour dire chercher des échappatoires.

Cette rue a porté le nom de « grande rue Saint-André », à cause de la porte de ville ainsi appelée, qui était anciennement à son extrémité occidentale.

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Le cours d'Albret

En 1673, les jurats donnèrent à M. Duplessy, ingénieur-architecte, tout le terrain compris entre la voie publique alors appelée allée des Marais, le jardin de l'archevêché et les ruisseaux du Peugue et de la Devèze, à charge, par ce particulier, de construire une porte de ville qui s'appellerait d'Albret. C'était le nom du gouverneur de Guyenne, César Phébus d'AlbretSin_foto.pngCésar Phébus d'Albret, (né en 1614, mort à Bordeaux le 3 septembre 1676), comte de Miossens, sire de Pons, prince de Mortagne, souverain de Bedeilles, chevalier des ordres du roi, maréchal de France.

Il est nommé, avec l'appui de Turenne, chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit le 31 décembre 1661, continuant ainsi la tradition commencée en 1578 avec son aïeul Antoine de Pons et suivie par son père Henri II, puis nommé gouverneur de Guyenne au mois de novembre 1670 par la faveur de la marquise de Montespan. En 1675, il mène une véritable campagne, avec énergie, contre l'émeute populaire des Bordelais, ayant pour cause l'impôt sur le timbre, le tabac et, victorieux, il fit démolir la porte Sainte Croix et 500 toises (environ 1 km) de remparts.
, de la province, dont l'histoire de Bordeaux fait une mention peu flatteuse, à cause de la part qu'il prit aux rigueurs exercées dans cette ville, par suite de l'émeute de 1675. L'allée des Marais, actuellement le cours d'Albret, traversait un terrain inhabité; c'est maintenant un faubourg populeux, grâce aux boulevarts que Tourny y a fait passer.

Cette rue a porté le nom de « grande rue Saint-André », à cause de la porte de ville ainsi appelée, qui était anciennement à son extrémité occidentale.

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Rue Bouquière

La rue Bouquière est indifféremment appelée « Bouqueyra, Bouqueteyre et Boucheyre » dans les vieux titres. Ces noms peuvent venir, soit parce qu'on aurait anciennement établi dans cette rue des écuries pour les boucs, soit parce qu'on y vendait des bouquets de fleurs, soit à cause de plusieurs boucheries qu'on y trouvait. Le temps a pu altérer ces noms et former celui de Bouquière que porte actuellement cette rue.

Lorsque Bordeaux était partagé en douze sections ou jurades, celle qui environnait la porte de ville appelée Bouqueyra s'étendait partie dans et partie hors la ville. Dans une liste des jurats de 1402, « Guilhem de la Motha » est porté pour la « jurada de porta Bouqueyra - dedins et deforas », c'est-à-dire que l'arrondissement de cette jurade s'étendait sur le territoire du premier et du second accroissement de Bordeaux. A l'extrémité méridionale de cette rue, et dans le mur de ville bâti lors du premier accroissement, était la porte de ville appelée Boqueyra : elle fut démolie lors du second accroissement.

Source Bouquière. Cette source est citée dans les Chroniques Bourdeloises, en 1612 et 1614, comme la meilleure de celles de Bordeaux; actuellement, elle est notoirement séléniteuse (eau qui contient du sulfate de calcium ; eau dure, qui ne cuit pas les légumes et ne dissout pas le savon) et de mauvaise qualité : peut-être ce changement est-il dû aux infiltrations dont j'ai déjà parlé. Cette source jaillit à 8m en dessous du sol; elle est assez abondante et ne tarit que fort rarement, quoique son eau baisse sensiblement dans les grandes chaleurs, surtout depuis quelques années.

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Rue Maubec

la rue Maubec (Mauvaise-Langue), qui est ainsi appelée parce qu'elle fut autrefois habitée par des regrattiéres, auxquelles les mauvais propos et les querelles sont d'un usage habituel. Ces habitudes étaient autrefois sévèrement réprimées. Un article des Anciens Statuts de Bordeaux voulait que toute femme querelleuse ou qui tenait de mauvais propos était condamnée à dix sous d'amende, ou à être piongée trois fois dans la rivière: « Establis es, porte l'article, que si molher es probada que sie tensonosa (querelleuse) o maü parleyra (médisante), guatgera se detz souds, o sera ligada ab uua corda sotz las esseyras, et plongada trez vetzen l'aygua ».

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Porte de la Monnaie [ Voir cette porte ] La Porte de la Monnaie
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Sources : Gallica - BNF
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En 1752, Tourny fit ouvrir cette nouvelle porte de ville, dont la construction était devenue nécessaire pour faire communiquer un quartier populeux avec le port qui le bordait. Il donna à cette porte le nom de l'hôtel de la Monnaie qui y aboutissait et qu'il fit en même temps construire. En déplaçant cet établissement, qui était auparavant sur la place du Palais, il avait en vue de vivifier le quartier peu fréquenté où il le transférait. Dans tous ses travaux, ce grand administrateur cherchait ce qui était utile sous plus d'un rapport.

La rue qui conduisait de la porte de la Monnaie à l'hôtel du même nom s'appelait alors rue « Anglaise » et dans les vieux titres « rua deüs Harlots », parceque la police du temps de la domination des Anglais y avait relégué les filles de joie, qu'ils nomment ainsi. Dans les Anciennes coutumes de Bordeaux, le bourreau est qualifié « roi des Arlots », parce qu'il avait l'inspection des lieux de prostitution. Cette rue était fort étroite, ainsi qu'on l'apprend dans un acte-de 1317, dans lequel une maison est désignée: « In ruâ stricta deüs harlots, propè ruam Adam Carbonneü in parochiâ Sancta Crucis apud Gravam ».

La rue de la Monnaie diffère en tout de celle qu'elle remplace. Elle est bien bâtie, fort large et la seule de l'intérieur de la ville dont toutes les maisons portent une façade uniforme. Les propriétaires se déterminèrent de leur plein gré à adopter ce mode régulier de construction, que Tourny se bornait à prescrire pour les seules maisons qui devaient être élevées sur le port ou sur les places publiques qu'il formait.

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Porte des Capucins

Cette porte tire son nom du couvent des capucins qui subsistait dans son voisinage lorsqu'elle fut construite. On l'appelle communément Porte-Neuve, parce que c'est la première porte de ville que Tourny ait fait ouvrir à Bordeaux, et dans un lieu où il n'en existait aucune auparavant. Cette porte fut commencée en 1744, ainsi que les deux places publiques qui sont à ses abords. Elles sont bâties sur un plan uniforme, qu'on n'a pas suivi pour la continuation de la place extérieure.

En laissant une grande étendue à cette dernière place, Tourny y forma un établissement public qui manquait à Bordeaux et qui subsiste encore. Un arrêt du conseil, que ce magistrat sollicita, autorisa en 1748 un marché hebdomadaire pour le bétail sur la place extérieure des Capucins.

La « rue Clare », qui aboutit à la porte des Capucins, tire son nom de celui d'un vieux couvent de religieuses de sainte Claire qui occupait le terrain compris entre cette rue et celles dites « Marbotin et Saumenude ». On appelait indifféremment ces religieuses clairistes ou minorettes, et en gascon « sors menudas ». Un titre de 1329 indique une maison située « in ruâ Clarâ propè rninorissas ». Par testament du 6 juin 1326, « Rose Dubourg », dame de Vayres, fit plusieurs legs au couvent des clairistes et à certaines de ses religieuses qu'elle désigne sous le nom de « sors minorettas ». Par lettres patentes du 14 mai 1522, le roi ordonna la démolition de ce couvent, attendu que sa situation près des murs de ville pouvait compromettre la sûreté publique. Cette démolition s'étant effectuée trois ans après, la communauté supprimée fut réunie à celle des annonciades.

En vertu d'un arrêt du conseil du 29 novembre 1749, Tourny fit ouvrir la rue qui va de la place de la Monnaie à la porte des Capucins et qui est connue sous deux dénominations. La partie supérieure s'appelle « rue Marbotin », du nom d'un propriétaire de divers jardins qui étaient situés en cet endroit. La partie inférieure était la « rue Française », qu'on nommait auparavant « rue Anglaise ». Alors fut percée à son extrémité orientale l'impasse maintenant dite « rue Saumenude ». Dans un titre de 1615 on l'appelle « cul de sac des Soeurs-Menues », d'où s'est formé par contraction le « »nom actuel. Le couvent des capucins fut fondé par la ville en 1601 et établi dans l'ancien bâtiment appelé « l'hôpital de la Contagion », où l'on soignait auparavant les personnes atteintes des maladies épidémiques qui se renouvelaient souvent à Bordeaux, et auxquelles on donnait le nom de pestes. Elles étaient occasionnées par la stagnation des eaux du Peugue dans les marais de l'archevêché. Cette fondation fut consignée dans une longue et emphatique inscription latine placée sur la porte du nouveau couvent. En 1685, les capucins obtinrent de la jurade la concession de la partie du terrain des remparts de la ville qui bordait leur couvent, et ils y élevèrent une terrasse fort agréable. Ce couvent fut rebâti à neuf en 1768, au moyen d'une quête qui fut faite en ville. On dit qu'il parut tellement somptueux au général des capucins qui vint y tenir le chapitre de l'ordre en 1770, qu'il reprocha à ses frères de Bordeaux de s'être écartés de la modestie séraphique dans cette occasion.

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Rue Leyteyre (Leyteire)

Le nom de la rue Leyteyre vient d'un mot gascon qui signifie tout à la fois « laitière et litière ». Nous croyons que la dernière étymologie est la bonne, parce qu'il y a eu de tout temps dans cette rue un grand nombre de loueurs de chevaux, qui plaçaient abusivement au devant de leurs écuries la litière provenant de leurs chevaux.

En 1623, on y établit un arsenal, conformément à la volonté du roi, et une fonderie de canons.

A cette rue communique la « rue Causserouge ». On l'a nommée ainsi par rapport à un événement funeste dont elle a été le théâtre. Les bordelais qui tenaient pour le « parti de la ligue » avaient formé le projet de s'emparer de la ville, et d'en chasser ceux des habitants qui ne partageaient pas leurs opinions. Le 1er avril 1589 fut choisi pour l'exécution de ce projet, car il devait y avoir ce jour-là une procession. Lorsqu'elle fut parvenue à la porte d'Aquitaine, le chef des séditieux ayant crié Aux armes! la sédition éclata. Le maréchal de Matignon, gouverneur de Bordeaux, accourut avec des forces pour la réprimer, et chargea vigoureusement les factieux. On en tua environ deux cents. Le plus grand carnage eut lieu dans la rue actuellement appelée « Causserouge », parce que le sang y coulait jusqu'à teindre les bas des combattants (chausses rouges).

La « rue Permentade » tire son nom de ce qu'elle fut une des premières qu'on ait fait paver à Bordeaux. Dans un acte du 1er février 1475, elle est ainsi désignée : « Rua Paymentada de Maucalhaü, per ou hom va deü Fanhas (rue Augustine) au Maucalhaü ». La signification du mot Paymentada est expliquée par un article des statuts de Bordeaux de l'an 1366, par lequel il est défendu de faire paver aucune rue sans l'autorisation de la jurade.

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La porte d'Aquitaine [ Voir cette porte ] La Porte d'Aquitaine ou Porte Saint Julien
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La porte d'Aquitaine fut élevée pendant l'administration de Tourny. Elle remplace une porte plus ancienne, au devant de laquelle était un pont jeté sur les fossés de la ville, que défendaient quatre tours bastionnées. Cette ancienne porte s'appelait de Saint- Julien, du nom d'un hôpital autrefois établi dans le voisinage. Il subsistait en 1289, suivant une charte de cette année, par laquelle le roi d'Angleterre accorda une exemption des droits d'entrée pour les vins consommés dans cet hôpital. Cet hôpital devint par la suite un prieuré dépendant du chapitre Saint-André, et dont il s'était expressément réservé la collation, circonstance qui fait présumer que le prieuré de Saint-Julien était d'un grand revenu.

La porte Saint-Julien fut inaugurée le 18 novembre 1753, sous le nom de porte d'Aquitaine. C'est après celle de Bourgogne la plus belle porte de Bordeaux. Elle est assortie de deux places formées de maisons bâties sur un plan uniforme. La place extérieure d'Aquitaine (actuellement place de la victoire) sert de marché hebdomadaire pour la vente des résines, de la cire et du bois provenant des landes des environs de Bordeaux.

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rue de la Rousselle

On ne considérait pas autrefois la rue de la Rousselle comme une simple rue, mais bien comme un quartier de Bordeaux. Dans les anciens titres il est désigné par l'expression indéterminée « ad Rocellam »; et maintenant encore on dit indifféremment à la Rousselle, ou dans la rue de la Rousselle. Lorsque Bordeaux était divisé en douze jurades, celle de la Rousselle était nommée la première. Les négociants qui résidaient dans ce quartier étaient les plus considérables de la ville. Il était le centre d'un commerce très-important, qui avait pour objet la vente en gros de toute espèce de poissons salés pêchés sur les côtes de France, des huiles provenant du pressurage de ces poissons, du sel fait dans les marais salants situés sur le golfe de Gascogne, et des morues, harengs, sardines, savons, huiles, beurres et fromages importés à Bordeaux. On appelait en général ces denrées la saline, d'où est venu le nom de fosses des Salinières (actuellement cours Victor Hugo), donné au grand cours auquel aboutit la rue de la Rousselle. A l'entrée méridionale de cette rue était une porte de ville, bâtie lors du premier accroissement de l'enceinte de Bordeaux. On la démolit en 1606, comme étant devenue superflue par la construction de l'ancienne porte des Salinières, qui appartenait au second accroissement de cette ville.

En 1237, le roi d'Angleterre permit à Arnaud de Monadey, habitant de Bordeaux, de faire pratiquer une issue dans le mur de ville sur le port, pour l'usage de sa maison, qui était adossée à ce mur, près de la porte de la Rousselle. Cette faveur lui fut accordée parce qu'il s'était mis en otage pour l'exécution d'un traité passé entre les rois d'Arragon et de Sicile, par l'intermédiaire du roi d'Angleterre. Deux compatriotes de Monadey s'offrirent avec lui pour otages; ils s'appelaient « Jean de Colomb et Raymond du Soley ». Ce dernier a donné son nom à la rue du Soleil, dans laquelle il demeurait, et qui aboutit à celle de la Rousselle. C'est à tort qu'on s'imagine que cette première rue est ainsi appelée par ironie car elle est fort obscure, attendu son peu de largeur: les rues les plus anciennes d'une ville sont toujours les plus étroites.

Dans un Commentaire sur « la coutume de Bordeaux », dit qu'un de ses parents, qui logeait dans la rue de la Rousselle, y avait entendu et senti des revenants. L'auteur cite à ce sujet un arrêt du parlement, rendu en 1595, qui résilie un contrat de location d'une maison, parce qu'elle était infestée de revenants. Une telle jurisprudence était conforme aux préjugés de l'époque. En 1609, le conseiller Delancre faisait partie d'une commission que le parlement de Bordeaux envoya dans le pays de Labourd pour faire le procès à ceux des habitants de cette contrée qu'on accusait de sorcellerie. Il a publié deux livres de démonologie, dans lesquels il enseigne, entr'autres belles choses, les moyens de reconnaître les sorciers, d'après les renseignements qu'il dit tenir de ceux mêmes qu'il avait condamnés à la peine de mort. Ce qu'il y a d'étrange, c'est que Delancre a dédié un de ces recueils d'absurdités à un chancelier de France. « Il n'est pas indifférent, dit Montesquieu, que le peuple soit éclairé; les préjugés des magistrats ont commencé par être les préjugés de la nation ».

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Rue du Pont Long

Cette rue a pris son nom de celui d'un pont d'une étendue plus qu'ordinaire, qui exista autrefois dans la même rue, à l'endroit où les deux branches du ruisseau de la Devèze se réunissaient, pour en conduire les eaux par un seul canal dans les marais de la chartreuse. Alors la rue Pont-Long finissait où commence actuellement la rue Saint-Vincent-de-Paul, qui n'a été ouverte que dans ces derniers temps. Tout ce quartier était inhabité. Là venait aboutir le chemin de Mérignac, qui traverse la commune ainsi appelée, pour arriver à Lège. C'est par ce chemin que passent les pêcheurs qui apportent à Bordeaux le poisson pris sur le côté nord du bassin d'Arcachon et en pleine mer (actuellement rue Georges Bonnac).

C'est aussi la direction des Chartreux, actuellement le cimetière de la Chartreuse. [Plan] Plan de la rue du Pont-Long (Georges Bonnac)
Plan de J. Lattré 1754
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Les tours de l'Hôtel-de-Ville

Dans les anciens titres elles sont appelées « Tors de Sent-Elégy », à cause de leur proximité avec l'église de Saint-Eloi, qui fut construite en 1159. La Chronique, sous l'an 1449, dit: « En cette année, les grandes tours de la maison de ville représentant les armoiries d'icelle (de celle-çi), sont eslevées jusqu'au haut ». On doit penser qu'elles furent seulement surhaussées et terminées à cette époque; car dans un cartulaire du chapitre de Saint-André il est fait mention d'un acte passé en 1246, par lequel il est cédé à la jurade un terrain situé entre l'église de Saint-Eloi et un lavoir qui était auprès du mur de ville, en compensation de l'emplacement qu'on avait pris à l'entrée de ladite église, pour y construire deux tours de la ville. [Plan] Plan de situation de l'ancien Hôtel de Ville
Plan de J. Lattré 1754
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C'est de la domination de l'Angleterre que date la construction du beffroi destiné à avertir par le son de la cloche les bourgeois de la ville pour les réunions auxquelles on les convoquait.
Société philomathique (Bordeaux) - 1886 - M. Marionneau

En 1548, la couverture de ces tours fut enlevée par ordre du « connétable de Montmorency », que le roi avait envoyé à Bordeaux pour faire rechercher et punir les auteurs et complices de l'émeute populaire contre la gabelle qui venait d'avoir lieu dans cette ville. Les cloches du beffroi et de l'horloge que supportaient ces tours en furent descendues et enfermées au Château-Trompette, ainsi que celles des églises où les émeutiers avaient sonné le tocsin. Charles IX permit de remettre ces cloches dans leur ancienne place en 1561, parce qu'il dut trouver absurde qu'on eut pu les accuser d'être complices d'une émeute.

Les tours de l'Hôtel-de-Ville, qui forment l'écusson de Bordeaux, y sont représentées au nombre de quatre. Il n'en subsiste actuellement que deux, les deux autres ayant été démolies il y a environ un siècle. Une de ces tours était au côté méridional de l'église de Saint-Eloi. Alors l'entrée de l'Hôtel-de-Ville se trouvait en face de cette église. Ces tours servaient à renfermer, par forme de correction paternelle, les jeunes gens dont les familles avaient à se plaindre. Les anciens Bordelais, qui riaient de tout, appelaient cette prison l'hôtel du Lion-d'Or, à cause de la girouette de cuivre en forme de lion qui couronne ces tours. Sous leur arceau est placée l'horloge de la ville, avec un grand cadran sur chaque face. Celui qui est du côté des fossés (cours Victor Hugo) est le plus curieux: il marque nonseulement les heures, mais encore le quantième du mois, le jour de la semaine et les phases de la lune. Sa construction ingénieuse est due aux soins de feu M. Laroque, habile mathématicien de Bordeaux. Dans le grand arceau des tours s'élève la cloche du beffroi de la ville: elle mérite quelques détails comme ouvrage d'art.

Cette cloche [Voir cette Tour] La Tour de la Grosse Cloche de Bordeaux
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a été fondue dans le local actuellement occupé par la caserne de Saint-Raphaël. Son poids est de 78 quintaux métriques. Elle a 2 mètres de hauteur depuis l'ouverture jusqu'aux anses, 24 centimètres d'épaisseur à la batterie, 2 mètres 4 centimètres de diamètre dans le bas, et la moitié de cette dimension dans le haut. Sur les anses et sur le cerveau sont sculptés quatre lézards, un mascaron, des guirlandes, avec les armes de France, de la ville, du maréchal de Richelieu, gouverneur de la province, du maréchal de Mouchy, commandant, et de la duchesse d'Aiguillon. Cette dame fut, avec son oncle Richelieu, ce qu'on appelait parrain et marraine de la cloche. Ce travail, dans toutes ses parties, fait honneur aux talents de Turmeau père et fils, fondeurs en métaux, très-renommés alors à Bordeaux.

Sur les flancs du bourdon, on lit l'inscription suivante :

Cette cloche a été faite par Jean-Jacques TURMEAU fils aîné, et aidé de Jean TURMEAU son frère, sous la conduite de Jacques TURMEAU père, fondeurs de la ville, le 25juin 1775.

La cloche est ornée des armes du Roi, de la ville, de M. le maréchal duc de Richelieu,de Mme la duchesse d'Aiguillon et de M. le maréchal duc de Mouchy.

Sur toute l'étendue du pourtour, sont gravés six panneaux dans lesquels on voit une légende ainsi conçue :

Convoco Arma * signo dies * noto horas * compello nubila * concino lœta * ploro rogos

On apprend que la cloche appelle aux armes, annonce les jours, indique les heures, chasse l'orage, signale les rejouissances et porte secours aux incendies. C'est au XVIIIe siècle que les magistrats d'une grande cité ont voulu apprendre à la postérité que leur cloche avait la vertu de chasser l'orage, tandis que les physiciens du temps avaient démontré le danger que l'on court en agitant l'air dans un lieu sur lequel passe un nuage chargé de matière électrique! Il n'y a que les bonnes femmes du pays qui disent encore que la cloche de leur paroisse a le pouvoir « d'esconjura la malino ». Notre cloche devait sonner pour bien d'autres occasions dont le distique ci-dessus ne fait pas mention, ce qui rendait fort assujettissantes les fonctions de ceux qui étaient chargés de la mettre à la volée. Ces fonctions étaient réservées aux maîtres savetiers de Bordeaux; aussi jouissaient-ils du privilége d'être dispensés des services publics auxquels étaient tenus tous les habitants.

Le 3 septembre 1775, la cloche de l'Hôtel-de-Ville fut montée au haut des tours en cinquante-deux minutes. Dans aucune circonstance de sa fonte, de son transport, ni de sa mise en place, il n'arriva le moindre événement sinistre. Elle en a plusieurs fois procuré d'agréables aux jurats; car lorsqu'elle sonnait pour quelque cérémonie publique extraordinaire, ils étaient anoblis par le roi, pour les récompenser de la peine qu'ils avaient prise d'y assister. Les jurats qui étaient gratifiés de lettres de noblesse étaient appelés les nobles de la cloche.

Les armoiries de Bordeaux [Voir ces armoiries] Les Armoiries de Bordeaux
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, qui ne sont autre chose que la représentation des anciennes tours de l'Hôtel-de-Ville, sont encore en usage et se blazonnent ainsi qu'il suit: D'azur au chef cousu de France, quatre tours surmontées d'un lion d'or pour girouette, au pied une rivière d'argent, où flotte un croissant montant de gueules, et pour devise inscrite sur des palmes servant de support: « LILIA SOLA REGVNT LVNAM, VNDAS, CASTRA, LEONEM » « Les Lys règnent seuls sur la Lune, les ondes, la forteresse et le Lion ». Cette devise, qui apparait en 1672, indique l'établissement du gouvernement français à Bordeaux. Elle doit avoir été composée postérieurement à l'occupation de cette ville par les Anglais, d'autant que les mêmes armoiries, sans la devise, se trouvent sur de vieux poids bordelais qui portent la date de 1316.

Cependant il est présumable que ce ne sont pas les plus anciennes armoiries de Bordeaux. Elles n'ont pu être adoptées avant le XIIIe siècle, qui paraît être l'époque de la construction des tours de l'Hôtel-de-Ville. On suppose que la ville avait pour ses premières armoiries trois croissants entrelacés [Voir ces armoiries] Les petites armoiries ou le chiffre de Bordeaux
Mascaron du quai Richelieu
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et qu'elle en aura conservé un dans les nouvelles, en mémoire des anciennes (ils furent aussi le chiffre de Diane de Poitiers). Les trois croissants entrelacés se trouvent sur plusieurs objets de l'ancien Hôtel-de-Ville, comme étant ses petites armoiries. On peut les considérer comme ce qu'on appelle des « armes parlantes », parce que la Garonne devant Bordeaux forme un véritable croissant. Aussi son port est désigné sous le nom de port de la lune, dans les auteurs du moyen âge. La Chronique dit à ce sujet: « Les hommes doctes se sont trouvez assez occupez pour la dénomination de nostre port de la lune. Ils ont estimé que l'une des raisons serait ce que nous voyons lorsqu'on vient à Bourdeaux du costé de la mer, que ce port est fait en croissant de lune, monstrant par cette figure toute la faciade de la ville et du port. L'autre raison est, qu'il semble que la conduite et gouvernement des ondes de ce port despent du cours de la lune ».

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Place Louis XVI

Les ornementations de la place étaient dignes du Roi qui avait voulu en doter la ville de Bordeaux; c'est encore l'architecte Louis qui fut chargé d'en faire le plan et qui l'exécuta.    [ place Louis XVI ] Plan de la place Louis XVI sur l'esplanade de l'ancien château Trompette
Conformément aux lettres patentes d'août 1785
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    [ place Louis XVI ] Plan de la place Louis XVI sur l'esplanade de l'ancien château Trompette
Les 13 rues devaient porter les noms de 13 états Américains
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Si les projets de Louis eussent été réalisés, Bordeaux fût devenu en moins de dix ans la plus belle cité de l'Europe.

Voici une description de cette même place, empruntée au JOURNAL DE GUIENNE - édition du 15 mars 1787; les détails qu'on va lire achèveront de nous faire connaître le splendide panorama, tout composé de palais, de portiques, de bas-reliefs, de colonnades et de statues, dont Louis voulait faire à la fois honneur, et aux Bordelais de son temps, et à ceux des générations à venir.

« La superbe place qui s'érige à Bordeaux, sur les ruines d'une inutile forteresse, procurera les communications les plus intéressantes, en même temps qu'un des plus beaux points de vue de l'univers.

Cette place, continue l'écrivain, sera formée par un demi-cercle de 150 toises (300 m) de diamètre, dont les deux extrémités se termineront par deux parties droites, parallèles au quai, d'environ 60 toises(120 m) de longueur chacune; la profondeur sera de 120 toises (240 m) et la circonférence de 265 (500 m). Elle sera divisée en 13 arcs de triomphe qui donneront issue à 13 rues de 54 pieds (16 m) de largeur, toutes divergentes et tendant au centre de la place, où sera élevée une statue colossale.

La statue du Roi sera élevée au-dessus de la colonne, d'ou « ELLE POURRA ÈTRE VUE DE TOUTES LES PARTIES DE LA VILLE ». La hauteur de cette colonne, de son piédestal, et de la statue de Sa Majesté, sera d'environ 180 pieds (50 m), et son diamètre de 15 (5 m). Elle sera décorée de bas-reliefs et de tous les attributs qui caractérisent les vertus bienfaisantes de notre auguste Monarque.

La décoration des bàtiments qui forment la place offrira la plus grande magnificence. Les arcs de triomphe seront ornés chacun de quatre colonnes isolées, d'ordre composite, formant trois ouvertures qui prendront toute la largeur, sur environ soixante-six pieds de hauteur, au milieu de l'arc; les deux ouvertures latérales seront pour le passage des gens de pied; elles auront la distance d'un entre-colonncment, et toute la hauteur de la colonne et de son piédestal. Les parties supérieures des arcs de triomphe seront ornées de trophées et de groupes relatifs aux évènements honorables à la nation.

Les parties destinées à former les bàtiments d'habitation auront environ 12 toises (25 m) de largeur. Elles seront décorées en pilastres, de même ordonnance que les arcs de triomphe, ainsi que le quai de Calonne (ministre des finances de Louyis XVI). Le développement entier et uniforme de cette décoration sera de 385 toises (750 m).

Si la grandeur, la beauté de ce projet, dit encore le même rédacteur du Journal de Guienne, paraît séduisante aux amateurs des beaux-arts, il n'est pas moins avantageux au commerce, par les établissemens utiles qu'on y pourra faire. Les communications que ces rues vont établir entre la ville et les faux bourgs de Saint-Seurin et des Chartrons, seront de la plus grande commodité, et donneront une valeur considérable à cette nouvelle ville.

La disposition de ces 13 rues, aboutissant à un centre commun, est un trait de génie qui fait le plus grand honneur à l'artiste qui en est l'auteur. Cette disposition donne un même avantage à toutes les maisons qui y seront situées, puisqu'elles auront vue sur la place et sur la rivière. Il n'y aura d'autre différence que celle des communications avec la ville.
»

La place devait prendre le nom de place Louis XVI. Le monument gigantesque qui devait s'élever sur l'hémicycle et être aperçu de tous les coins de la ville, avait déjà reçu celui de « COLONNE LUDOVISE ».

Enfin, les 13 rues, de 54 pieds (15 m) de large, devaient avoir des trottoirs et porter les noms suivants :

Rues du New-Hampshire, du Massachussets, de Rhode-Island, du Connecticut, de New- York, du New-Jersey, de la Pensylvanie, du Delaware, du Maryland, de la Virginie, de la Caroline du Nord, de la Caroline du Sud et de la Géorgie.

C'était, comme l'on voit, le nom des treize Provinces-Unies de l'Amérique, qui devaient leur indépendance à l'intervention de Louis XVI et au courage de ses généraux,Rochambeau, Lafayette et du comte d'Estaing. Telles étaient les magnifiques proportions et les splendides ornements que l'on se disposait à donner alors à l'immense terrasse nue et aride que nous avons aujourd'hui sous les yeux.

Si les évènements qui vinrent bientôt apporter la terreur dans Bordeaux (révolution), et qui couvrirent en peu de temps cette belle cité de sang et de ruines, eussent permis la réalisation de ce magnifique projet, Bordeaux serait aujourd'hui une seconde capitale, qui lutterait avec Paris de splendeur, d'éclat et de prospérité.

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La Dordogne

Elle prend sa source dans les montagnes de l'Auvergne, au Puy de Sancy (1 885 m), point culminant du Massif central, dans la chaîne des monts Dore, sous la forme de deux petits ruisseaux: la Dore et la Dogne, qui, en se réunissant près de la station thermale du Mont-Dore, prennent nom de Dordogne. Après avoir traversé les départements du Cantal, de la Corrèze et de la Dordogne, elle arrive dans le département de la Gironde avec une largeur de 200 mètres environ; elle en a près de 280 en passant devant Libourne, et presque 1,000 à son embouchure.

La Dordogne réunit dans son cours, à travers le département de la Gironde, de nombreux affluents; les plus importants sont : sur la rive droite, l'Isle, qui se jette dans la Dordogne après avoir reçu les eaux de la Dronne, la Virvée et le Moron; sur la rive gauche: le Seignat,L'Engranne, le Daignac, le Geslas, la Laurence. Enfin, le département est arrosé par la Leyre et par plusieurs autres ruisseaux moins importants, aboutissant au bassin d'Arcachon ou aux étangs du littoral

La porte d'Aquitaine [ Voir cette porte ] La Porte d'Aquitaine ou Porte Saint Julien
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La porte d'Aquitaine fut élevée pendant l'administration de Tourny. Elle remplace une porte plus ancienne, au devant de laquelle était un pont jeté sur les fossés de la ville, que défendaient quatre tours bastionnées. Cette ancienne porte s'appelait de Saint- Julien, du nom d'un hôpital autrefois établi dans le voisinage. Il subsistait en 1289, suivant une charte de cette année, par laquelle le roi d'Angleterre accorda une exemption des droits d'entrée pour les vins consommés dans cet hôpital. Cet hôpital devint par la suite un prieuré dépendant du chapitre Saint-André, et dont il s'était expressément réservé la collation, circonstance qui fait présumer que le prieuré de Saint-Julien était d'un grand revenu.

La porte Saint-Julien fut inaugurée le 18 novembre 1753, sous le nom de porte d'Aquitaine. C'est après celle de Bourgogne la plus belle porte de Bordeaux. Elle est assortie de deux places formées de maisons bâties sur un plan uniforme. La place extérieure d'Aquitaine (actuellement place de la victoire) sert de marché hebdomadaire pour la vente des résines, de la cire et du bois provenant des landes des environs de Bordeaux.

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Les fontaines de Bordeaux

Il fut un temps ou l'eau n'était pas courante en Bordeaux

L’eau à Burdigala

La première adduction d’eau bordelaise fut construite par les Romains qui allèrent capter l’eau d’un ruisseau de Talence au Moulin d’Ars pour alimenter un aqueduc. Celui-ci, à partir d’un tronçon commun route de Toulouse, se divisait en deux branches parallèles au fleuve, l’une empruntant l’actuelle rue Sainte-Catherine, l’autre implantée sur la rue des Palanques et la rue du Temple et atteignant le marché des Grands-Hommes.

Burdigala était abondamment pourvue en eau car aux sources disponibles dans la cité même s’ajoutaient les eaux du Peugue ou de la Divone (la Devèze) qui étaient d’excellente qualité, ainsi qu’en témoigne le poète Ausone lorsqu’il décrit la « fons DIVONA » qui avait été aménagée dans l’avant-port à partir d’une retenue sur le cours de la Devèze. Ce barrage permettait ainsi de mettre à la disposition de la population et des navigateurs une eau qui n’était pas chargée de vases à chaque marée et qu’il n’était pas nécessaire de puiser. La cité aurait donc pu se passer d’aqueduc si ce n’était la nécessité pour les thermes et les fontaines publiques de disposer d’eau à une côte sensiblement plus élevée que celle où l’on pouvait trouver les sources. Ces dernières à Bordeaux, issues de la nappe phréatique libre, sourdent en général à une côte assez basse.

L’existence de deux autres aqueducs allant chercher les eaux de l’Eau Blanche et de l’Eau Bourde et construits sous le règne de Tibère reste une hypothèse de même que la date à laquelle les aqueducs ont été détruits (par les invasions successives) ou simplement laissés à l’abandon.

Au Moyen-âge

Au Moyen-âge, avec les vicissitudes causées pas les invasions barbares, la ville se replie sur son castrum. Les besoins en eau sont moindres car la population a décru. Ce n’est qu’à partir du XIIème siècle que Bordeaux sort de ses murs. Les faubourgs se développent, les activités artisanales exigeantes en eau s’implantent sur les bords du Peugue et de la Devèze : elles pollueront largement ces rivières qui leur servent aussi d’égout et elles priveront progressivement les riverains de l’usage alimentaire de cette eau. Cela sera compensé par l’utilisation des nouvelles sources périphériques et par la réalisation de nombreux puit publics

En 1521, Josse CORNILHOT, maître fontainier, originaire de Rouen, passe un contrat avec les Echevins de Bordeaux pour la onstruction de trois fontaines, Place de l’Eglise Saint-André, Place du Marché et Place de l’Ombrière, alimentées par une amenée d’eau groupée des trois sources de Brachet, de Maurian et du Mirail. Ce contrat est le plus ancien document d’archives concernant la distribution d’eau à Bordeaux. Il traduit le souci des édiles municipaux de mettre l’eau à la disposition de la population grâce à des fontaines publiques situées en des lieux très fréquentés de la cité et sous une forme plus commode que celle du griffon des sources.

Les sources ou les puits importants à l’époque étaient la Font d’Audège, la source Bouquière, la Fontaine Daurade, les sources de Figueyreau et de Labrousse, la fontaine de Sainte-Croix, la fontaine Poitevine, la Font-de-l’Or,...

Au XVIIIème siècle

Au milieu du XVIIIème siècle, sous le règne de Louis XV, la ville connut, sous l’impulsion de ses grands intendants, une importante expansion économique. On se préoccupa de faciliter l’approvisionnement en eau des hauts quartiers moins pourvus en sources, où la nappe était plus profonde à atteindre. De cette époque date la première adduction notable qui capta des sources abondantes : les eaux de la source du Tondu et de la source voisine des Carmes ainsi que celles de la source d’Arlac qui était située à quatre kilomètres du centre de Bordeaux à l’origine d’un petit affluent du Peugue. Constitué par des canal fontaine Saint-Projet construite en 1737 et qui seule subsiste aujourd’hui.

L'approvisionnement en eau de la ville, est un problème de la plus haute importance, et dont la solution est, depuis bien longtemps, l'objet de la sollicitude et des efforts de l'administration municipale; mais jusqu'ici aucun résultat favorable n'a été obtenu.

PROJET GÉNÉRAL DE FONTAINES - POUR LA VILLE DE BORDEAUX.
PROJET DE M. DURAND - Novembre 1829


De tous les monuments propres à embellir une grande ville, nul ne peut le faire d'une manière aussi convenable que des fontaines; également susceptibles de magnificence et de les habitants qui en jouissent, ce sont des sources de vie et de santé; pour les administrateurs qui les font construire, ce sont des titres incontestables à une gloire solide, puisqu'elle est le juste prix d'un grand bienfait.
Bordeaux, l'une des principales villes de France, est aussi l'une de celles où les eaux potables sont les moins bonnes et les moins abondantes. Dès longtemps le besoin s'en est fait sentir, et l'administration municipale a fait des efforts pour y pourvoir; mais elle n'a pu vaincre les nombreux obstacles quise sont opposés à l'accomplissement de ses projets généreux, et la ville est demeurée dépourvue d'eau.

Les anciennes fontaines de Bordeaux

Dans son éloge de Bordeaux, Ausone décrit en vers pompeux la magnifique fontaine Divona, dont l'onde intarissable fournissait abondamment, dit-il, à tous les besoins des Bordelais; mais pendant les quinze siècles qui se sont écoulés depuis cet éloge, Bordeaux a souffert les invasions réitérées des Barbares et les saccagemens affreux qui caractérisent les guerres du moyen âge. Des tremblemens de terre ont bouleversé son sol, des incendies ont changé ses monuments en monceaux de ruines , et des jours heureux ayant enfin succédé à ces vicissitudes, une ville immense et nouvelle s'est élevée sur les ruines de l'antique cité dont quelques débris épars désignent à peine l'étroite enceinte. Il n'est pas étonnant qu'après tant d'orages, il ne reste d'autre vestige de la fontaine Divona que les vers harmonieux d'Ausone, qui, peut-être, la décrivit avec l'enthousiasme d'un poète, plutôt qu'avec l'exactitude d'un historien. Peut-être aussi cette source s'est-elle tarie d'elle-même, comme l'a fait, il y a peu de temps, celle de Salisse, dans les Pyrénées. Quoi qu'il en soit, on a cherché partout les vestiges de cette belle fontaine, mais on ne les a trouvés nulle part. A défaut de faits, on s'est livré aux conjectures, on les a épuisées, le tout en vain, et la fontaine Divona a continué à n'être connue que par les vers du poète qui l'a chantée. Cette perte est grande, sans doute, puisque la source Divona était abondante et pure ; mais il me semble qu'alors même qu'on la retrouverait actuellement, elle ne pourrait dispenser de chercher ailleurs des ressources. En effet, le texte du seul auteur qui en ait parlé me semble indiquer clairement que cette merveilleuse fontaine était, non une eau amenée de loin par des aqueducs, mais bien une source profonde qui jaillissait dans l'enceinte même de la ville; or, cela étant, il est incontestable qu'aujourdhui la source serait encavée au moins des 4 mètres dont le sol actuel de la ville est supérieur au sol de la cité antique; de plus, ces eaux, jadis si pures, auraient inévitablement été souillées et corrompues, comme toutes celles de la ville, par les infiltrations délétères des égouts et des fosses d'aisances de cette vaste cité. Cette fameuse fontaine, que les anciens avaient divinisée, mérite donc des regrets en raison de ce qu'elle a été autrefois, mais non sous le rapport de ce qu'elle pourrait être maintenant si elle existait encore.

Des vestiges d'aqueducs ou de fontaines antiques ont été découverts à plusieurs époques, soit dans la ville même, soit dans ses environs. Vinet et l'abbé Baurein, cités ou copiés par d'autres écrivains postérieurs, signalent ces découvertes, où ils ne manquent pas de voir des vestiges de l'inévitable fontaine Divona; mais leurs observations ne paraissent pas faites avec le soin et la précision nécessaires, et leurs conjectures sur la fontaine d'Ausone sont surtout dépourvues de preuves et de vraisemblance. L'un de ces aqueducs a été suivi et observé avec soin dans l'année 1826, sur un développement de 9600m , depuis une fontaine voisine du moulin de Vayres, jusqu'à une sablière située près le pont d'Ars ; mais ses traces ont disparu à l'entrée de la ville, et, comme tous les autres, il n'a donné aucun indice certain du point où il se terminait.

Tels sont les faits connus sur les eaux de l'antique Bordeaux : est évident qu'on ne peut en déduire rien d'applicable à l'approvisionnement d'eau de la ville actuelle, et qu'on ne doit chercher des ressources que dans l'état de choses existant.

SOURCES SITUEES DANS BORDEAUX

Source Bouquière.
Cette source est citée dans les Chroniques Bourdeloises, en 1612 et 4614, comme la meilleure de celles de Bordeaux; actuellement, elle est notoirement séléniteuse et de mauvaise qualité: peut-être ce changement est-il dû aux infiltrations dont j'ai déjà parlé. Cette source jaillit à 8m en dessous du sol actuel; elle est assez abondante et ne tarit que fort rarement, quoique son eau baisse sensiblement dans les grandes chaleurs, surtout depuis quelques années.

Source Daurade.

Actuellement mauvaise, elle est de 8m au-dessous du sol. Les Chroniques Bourdeloises de 1614 annoncent que c'est en cette année qu'on établit la pompe au moyen de laquelle on élève encore l'eau de cette source, qui, bien que gâtée à cette époque, « avait été ci-devant, dit la Chronique, une très-belle et bonne fontaine, comme celle de rue Bouquière.

Source d Audège

De même nature que les précédentes, elle est placée comme elles au-dessous du sol. On élève l'eau au moyen d'une pompe. En 1559, on y exécuta quelques travaux; et, d'après la Chronique de cette année, on la croyait celle qu'a citée Ausone.

Source de l'Or

De même qualité à peu près que celles déjà citées. Cette source, qui sert à l'approvisionnement des navires de la rade pour les voyages de long cours, jaillit à quelques pieds sous terre; et comme depuis quelques années elle a beaucoup baissé, et que son eau n'atteint plus aux canules de distribution à l'époque des fortes chaleurs, on y a placé une petite pompe à bras, au moyen de laquelle le public pourvoit à son approvisionnement journalier. Une pompe plus forte, et mue par un cheval, élève une portion du produit de cette source, qui est distribuée à plusieurs fontaines situées sur le port.

Fontaine Figuereau

Désignée sous le nom de Figuerols elle est citée dans la Chronique de 1623, à l'occasion d'un marché passé avec un certain Romand de Limoges,qui s'engageait à en conduire les eaux au Chapeau-Rouge et à Saint-Projet, moyennant une somme de 20,000 liv. Il ne paraît pas que ce marché ait eu de suite.

Cette source, de médiocre qualité, est maintenant d'un usage fort étendu ; elle jaillit à quelques pieds sous terre, et des pompes en conduisent le produit dans les tonnes des marchands d'eau qui le distribuent dans une notable portion de la ville. Elle a beaucoup perdu de son volume et de sa hauteur depuis quelques années. Située à une extrémité de la ville, elle n'a pas encore acquis le degré de corruption qu'elle atteindra, sans doute, lorsque les habitations seront plus multipliées autour d'elle. Cette source communique évidemment, et de la mainère la plus directe, avec des fontaines voisines qui appartiennent à des particuliers, et cette circonstance est de nature à inspirer des craintes fondées sur la conservation intégrale du produit de la fontaine de Figuereau.

Source Lagrange

Cette source est semblable en tout à celle de Figuereau, dont elle est assez voisine pour qu'on soit autorisé à croire que toutes deux ont la même origine. Elle n'appartient pas à la ville, comme les précédentes, mais bien à un particulier qui en tire parti en l'affermant pour le service des porteurs d'eau. [ Voir l'image des porteurs d'eau ] Les porteurs d'eau
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SOURCES DANS LES ENVIRONS DE BORDEAUX

La source de Mérignac, à Fontenieu

Cette source est belle et de bonne qualité; son produit a été estimé « 15 pouces fontainiers; mais le mauvais état du lieu oii elle surgit est tel que, maintenant, on ne pourrait en apprécier le volume avec quelque exactitude, qu'après avoir exécuté des travaux assez importans qui rassembleraient les filets d'eau épars, et dont une partie se perd dans les terres; il paraît constant, que le produit de cette source, qui n'arrive point à Bordeaux, a singulièrement diminué : le Mémoire de 1787, déjà cité, la désigne comme de première qualité. Cette désignation est exacte relativement à la plupart des autres sources des environs de Bordeaux, mais elle ne l'est pas absolument, puisque cette eau est loin d'avoir le degré de pureté que l'absence de toute matière hétérogène constitue seule.

La Source d'Arlac

Cette source appartient à la ville, et son produit est amené en entier dans son enceinte. Sa qualité est la même que celle de la précédente; elle produit environ 15 à 12 pouces fontainiers (12539 a 9871 m3 par heure).

SOURCE DU TONDUT

En tout comme la précédente : leurs eaux se mêlent et arrivent à la ville dans la même conduite : elle produit environ 4 à 5 pouces fontainiers (3290 à 4113 m3 par heure), et, ainsi que la précédente, elle perd peu de son volume et de sa hauteur dans les plus fortes sécheresses.





A suivre........................


Sources de cette page :

LE VIOGRAPHE BORDELAIS ou revue historique des monuments de Bordeaux des rues, places et autres voies publiques - M. BERNADAU - 1844
Histoire de Bordeaux pendant le règne de Louis XVI, par Henry Ribadieu - 1853
Guide de l'étranger à Bordeaux et dans le département de la Gironde - Charles Cocks - 1869

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