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Voyages en bordelais - Charles Cocks - 1850

Voyage de Bordeaux à la Teste par le chemin de fer

Cédant à l'impulsion de ce siècle, si remarquable par son esprit d'entreprise, Bordeaux, parmi les villes du continent, a été l'une des premières à se servir de bateaux à vapeur, à faire un pont suspendu et à construire un chemin de fer.

M. de Vergés Fortuné_de_Vergès.jpgMarie Fortuné de Vergès, (1794-1864) est un polytechnicien ingénieur des ponts et chaussées, avec l'ingénieur Bayard de Vingtrie, il conçoit et réalise des ponts, notamment à Paris, en concurrence avec les frères Seguin.

C'est également un entrepreneur ayant, entre autres, créé la Compagnie du chemin de fer de Bordeaux à La Teste, Néanmoins, le manque de moyens financiers de la compagnie, des erreurs techniques et stratégiques dans le choix des matériaux et du tracé, cumulés avec les difficultés créées par la Révolution française de 1848, vont mettre en grande difficulté l'entreprise qui est mise sous séquestre par l'État le 30 octobre 1848. Pour ne pas tout perdre, la société passe un accord avec la Compagnie du Midi des frères Péreire, également bordelais mais bénéficiants d'appuis financiers d'importance nationale.

L'État lève le séquestre et remet la ligne, du chemin de fer de Bordeaux à La Teste, à la Compagnie du Midi, en 1853. La fusion absorption, votée en assemblée générale le 5 février 1858, est officialisée par un décret du 11 juin 1859.
ingénieur du magnifique pont suspendu, de Cubzac, fut chargé de l'exécution du chemin de fer de La Teste Guide du voyageur à La Teste et aux alentours - Carte - 1845
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Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
lequel, grâce aux efforts persévérants de M. Nathaniel Johnston, maire de Bordeaux, fut achevé en 1841, après trois années de travail; il fut inauguré le 6 juillet, avec une grande solennité, en présence de l'archevêque, des autorités du département et de quelques milliers de spectateurs.

La longueur du chemin de fer est de 52 kilomètres; il n'y a qu'une voie, mais le terrain est assez large pour en établir une seconde si jamais cela devenait nécessaire. Outre les deux gares de Bordeaux et La Teste, il y a sur le chemin vingt stations intermédiaires. Le service en est assez bien réglé, et jusqu'aujourd'hui aucun accident fâcheux n'est venu troubler la confiance du public. Des omnibus, correspondant avec le chemin de fer, stationnent tous les jours, à des heures fixes, sur la place de la Comédie.

En quittant la gare de Bordeaux, le voyageur traverse pendant quelques minutes un pays de vignobles orné de jolies maisons de campagne. L'une des propriétés les plus importantes est, a droite, celle de "la Mission", qui produit de très-bon vin; ensuite vient le domaine appelé "Château Haut-Brion", si célèbre comme premier crû de graves. Le convoi passe ensuite sur un beau viaduc, qui s'étend depuis Haut-Brion jusqu'au village de Pessac; ce monument, composé de quatre-vingt-onze arches, a près de 1000 mètres de longueur.

Après avoir quitté le charmant village de Pessac et traversé une plantation d'acacias, on passe près d'une propriété appelée "Pape- Clément", dont le vin jouit aussi d'une certaine réputation.

Le convoi arrive bientôt à Saint-Médard, remarquable par de belles plantations de pin maritîme; puis le Gazinet, lieu autrefois dangereux à cause des voleurs qui infestaient la route. La station suivante porte le nom barbare de « Toquetoucau », ce qui, en patois landais, signifie « conduis tout doucement », avis salutaire et même indispensable aux voyageurs qui traversaient autrefois ces marécages dangereux.

En arrivant à la gare de Pierroton, les landes nous apparaissent dans toute leur grandeur sauvage; aussi loin que la vue peut s'étendre, on ne voit qu'une paine stérile et inculte qui semble avoir été déshéritée des bienfaits de la création.

Les deux stations suivantes, Verdery et Mios, offrent aux regards le même paysage désolé, un désert dont la monotonie n'est interrompue que par des forêts de pins et de chênes séculaires.

La gare de Teste-More ou Marcheprime, qui était autrefois à une journée de Bordeaux, mais où l'on arrive aujourd'hui dans l'espace d'une heure, se trouve à distance égale (26 kilomètres) entre cette ville et La Teste; aussi le convoi s'y arrête pendant quelques minutes pour renouveler sa provision d'eau et de combustible. Là encore, à part quelques essais très récents de culture, on ne voit que de sombres forêts de pins dans le lointain; rien ne vient égayer la tristesse de cette immense solitude. De loin en loin seulement on aperçoit quelque berger solitaire, immobile sur ses longues échasses ou marchant à pas gigantesques, comme un fantôme des marais, jusqu'à ce qu'il disparaisse confondu avec les brouillards de l'horizon.

Le voyageur qui parcourt ce pays éprouve un sentiment pénible en contemplant cette triste page de la nature. Le sol n'est pas cependant aussi stérile qu'il le paraît et des expériences récentes ont parfaitement démontré que plusieurs arbres, tels que le pin, l'acacia, le chêne, le châtaignier, le peuplier et même le mûrier, peuvent réussir très-bien dans cette région longtemps négligée.

Après avoir quitté Teste-More, le convoi arrive à Biard, où le paysage est encore le même. Ensuite vient Argenteyres, célèbre autrefois par sa mauvaise hôtellerie dans laquelle le voyageur ne trouvait rien à manger, à moins qu'instruit par une triste expérience, il n'eut le soin d'y apporter lui-même des provisions. Après la gare suivante (Canauleye), on traverse une belle forêt de pins et encore des landes; mais ce sont les dernières et l'on commence bientôt à apercevoir quelques signes de culture; la solitude cesse, et ]a station de Cameleyre nous rend enfin à la terre des vivants.

A Facture, station importante, située à 37 kilomètres de Bordeaux, il y a une fonderie de fer; un peu plus loin une verrerie et quelques autres bâtiments. En sortant des marais, on traverse, sur un pont en bois qui a 66 mètres de long, une petite rivière appelée la Leyre. Ce passage était autrefois si dangereux, que les voyageurs étaient souvent obligés de faire un détour de quelques lieues avant de pouvoir arriver à Lamothe, qui est la station suivante.

Bientôt après avoir quitté Lamothe, on commence à apercevoir le village du Teich, l'église; et un peu plus loin le vieux château de Rouat, dépendance des fameux Captaux de Buch, dont la famille de Rouat hérita en dernier lieu. A la gare de Cantaranne (Chante-Grenouille), on commence à apercevoir le bassin d'Arcachon, étincelant dans le lointain.

La grande route de La Teste, qu'on a à sa droite en partant de Bordeaux, est traversée, entre Le Teich et Cantaranne, par le chemin de fer et se trouve désormais constamment à gauche.

Après avoir passé les gares de Mestras, de Gujan, endroit agréable pour prendre les bains de mer, ainsi que celles de Meyran et de La Hume, le convoi traverse le canal d'Arcachon, puis un pont en bois de 90 mètres de long et enfin le bourg de La Teste apparaît avec ses marais salants et ses dunes.

Ce bourg, d'après certains auteurs, doit être le Boios de l'itinéraire d'Antonin, mentionné par saint Paulin, sous le nom barbare de Testa Boïorum; quoi qu'il en soit, il a l'honneur d'avoir été le chef-lieu du territoire possédé par les fameux Captaux de Buch, dont la renommée se trouve inscrite dans les annales de la France et de l'Angleterre qu'ils servirent alternativement avec le plus grand dévouement. Il y a quelques années, on voyait encore, derrière l'église de La Teste, les ruines du château-fort de ces Captaux célèbres. Aujourd'hui il n'en reste plus une pierre; un petit monticule seul désigne l'emplacement de la haute tour carrée, au sommet de laquelle Jean 111 de Grailly, le rude guerrier et le meilleur capitaine de son siècle, plantait fièrement sa bannière victorieuse. Là aussi vécurent ces Captaux de Buch qui, jusqu'au commencement du XVIme siècle, maintinrent dans un odieux esclavage les pauvres pêcheurs de La Teste; toute barque leur était tributaire, et les navires étrangers étaient obligés de leur payer des droits d'entrée, de balise et d'ancrage.

Les ravages de la guerre avait tellement réduit la population de cette ville, en 1500, que l'on n'y comptait plus que quarante maisons. La générosité d'un des Captaux, qui fit à ses vassaux des concessions extraordinaires, contribua à lui rendre peu à peu sa prospérité; de sorte que sa population qui, en 1782, s'élevait à 1500 âmes, atteint aujourd'hui le chiffre de 4000.

L'air de cet endroit est excellent; il y a très-peu de maladies, excepté la fièvre quelquefois pendant les grandes chaleurs d'été; la longévité y est commune et les décès, comparés aux naissances, sont dans la proportion de deux à trois. La population se compose principalement de résiniers, de pêcheurs, de marins et de propriétaires. Cette petite ville, à peu près inconnue au-delà de Bordeaux il y a vingt ans, est aujourd'hui très à la mode à cause de ses établissements de bains, situés sur le bord du bassin d'Arcachon.

En arrivant à la gare de La Teste, le voyageur trouve toujours plusieurs voitures, appartenant aux divers établissements de bains, prêtes à l'y conduire.

Les principaux de ces établissements sont : ceux de Legallais, de Gailhard et de Lesca. Depuis quelques années on a bâti sur le bassin de jolies maisonnettes et des cabanes de toutes les façons, construites pour la plupart par divers habitants de Bordeaux. Le prix, dans les principaux établissements, est de 5 à 6 fr. par jour, tout compris.

Il y a plusieurs excursions agréables à faire dans les environs de La Teste : une promenade en bateau à la Chapelle d'Arcachon, à l'Ile des Oiseaux, ou plus loin encore, jusqu'au cap Ferret, dont le phare commande une vue étendue de la mer; on peut aller à cheval voir le monument en marbre élevé à la mémoire de Brémontier, dont le génie a garanti cette région de l'invasion des sables, en les fixant par des semis de pins; enfin, le canal d'Arcachon, l'étang de Cazau et quelques autres endroits dans le voisinage sont aussi le but de promenades fort intéressantes.

Le temps passe très-agréablement dans les établissements de bains; ce sont tous les jours des promenades en bateau, à cheval, à pied, en voiture; des parties de pêche ou de chasse; et le soir on se réunit dans des bals donnés par les propriétaires de ces établissements. Aussi ce n'es't pas sans regret que le voyageur revient à Bordeaux, après avoir passé à La Teste quelques jours d'une manière fort agréable.


Voyage à Royan

En été, le bateau à vapeur part trois ou quatre fois par semaine pour Royan.

En quittant le quai Fenwick, le voyageur voit à sa gauche le quai des Chartrons, qui tire son nom d'un couvent de chartreux autrefois établi en ce lieu. A droite, s'étend, depuis La Bastide jusqu'à Lormont, la vaste plaine des Queyries (*), plantée en vignes qui produisent le premier vin des palus. Lormont doit son nom flaureus monsj aux lauriers qui couvraient autrefois ce coteau. Depuis des siècles le laurier a fait place à la vigne. Comme nous l'avons déjà mentionné, la côte de Lormont fut autrefois couronnée par un château-fort appartenant à l'archevêque de Bordeaux. Cette construction a entièrement disparu; un peu plus loin, on voit encore les ruines du Château du Diable, au sujet duquel on raconte dans le pays plusieurs histoires diaboliques.

(*) Ce nom de Queyries fut, dit-on, donné à ce lieu par les Anglais, à l'époque de leur domination, à cause des carrières (quarries) ouvertes sous les coteaux voisins.

A gauche, s'étend la commune de Bruges, dont les marais furent d'abord desséchés, en 1599, par des Flamands qui, appelés à cette fin dans le Bordelais par Henri IV, finirent par s'établir dans ce lieu, qu'ils appelèrent Bruges, d'après le nom de leur ville natale.

Après Bruges, viennent la commune de Blanquefort, autrefois une seigneurie très-étendue et celle de Parempuyre, connues toutes les deux par leurs vins.

A droite, se trouvent les communes de Bassens Carbon-Blanc, d'Ambarès et de Montferrand, qui font beaucoup de bons vins rouges, appelés vins de cargaison. Montferrand était autrefois la première baronnie de la Guienne. Là demeure, dans une belle et paisible retraite, M. de Peyronnet, l'un des ministres de Charles X; plus loin, du même côté, se trouve la commune d'Ambès.

Cette portion du département, appelée Entre deux-Mers, parce qu'elle est comprise entre la Garonne et la Dordogne, se termine à l'extrémité de la dernière commune en un promontoire (le Bec-d'Ambès) où ces deux rivières se réunissent pour former la Gironde, fleuve qui a donné son nom au département.

A gauche, on aperçoit les communes importantes de Ludon, de Macau et de Labarde, célèbres par l'excellence de leurs vignobles.

Après avoir doublé le Bec-d'Ambès, on voit, à droite, l'ancienne ville de Bourg, fondée, dit-on, par Léonce Paulin, un des aïeux de saint Paulin, de Bordeaux. La cour de France y résida en 1650, à l'occasion de troubles dans ce pays. Le territoire de Bourg fournit au commerce une grande quantité de bon vin rouge; il en fournissait même à l'Angleterre longtemps avant que le Médoc, aujourd'hui le pays de claret par excellence, fut planté de vignes.

On trouve plusieurs carrières le long de la rive droite, surtout à Roque-de-Tau.

A la fin du mois d'août et au commencement de septembre, la rivière, en cet endroit, devient souvent dangereuse pour les petits bateaux, par suite d'un phénomène appelé en patois le mascaret; dans les jours les plus calmes de ces mois, une vague, qui peut avoir de 1 à 2 mètres de hauteur, s'élève tout-àcoup sur l'eau et parcourt une distance considérable de la Dordogne et même de la Garonne, s'étendant majestueusement dans toute la largeur de ces rivières, et chavirant quelquefois les petits bateaux qui se trouvent sur son passage. Ce phénomène , qui se retrouve dans plusieurs autres fleuves, est attribué au flux de la marée tout-à-coup resserrée en ces parages.

Après le Bec-d'Ambès viennent deux grandes îles formées au milieu de la rivière. La première, l'île Cazeaux (commune de Villeneuve), est la propriété de M. Pierlot, qui y fait 200 tonneaux de vin; l'autre, appelée île du Nord, se trouve partagée entre trois propriétaires, MM. Saint martin, Sourget, Dupuy.

En passant ces îles, nous cotoyons en même temps les communes célèbres de Cantenac et de Margaux, à gauche et ensuite celles de Soussans et deLamarque.

A droite, les communes sont : celles de Bayon , de Gauriac, de Villeneuve , de Plassac et de SainteLuce; les habitants de Gauriac sont presque tous carriers.

Après ces communes vient la ville de Blaye, chef lieu d'arrondissement de ce nom, située à 33 kilomètres de Bordeaux. Cette ville, connue comme station militaire dès le temps des Romains, est désignée par Ausone sous le nom de Blavia militaris. Au moyen âge il y avait là une forteresse défendue d'un côté par le fleuve; les autres côtés étaient garantis par une enceinte crénelée qui se rattachait à un château flanqué d'énormes tours. Cette enceinte et trois cents maisons disparurent à l'époque où Vauban, par l'ordre de Louis XIV, construisit la citadelle que nous y voyons aujourd'hui.

Selon les chroniqueurs, saint Martin fut inhumé à Blaye en 389, le roi Charibert en 570 et le célèbre Rolland en 800. Leurs tombeaux n'existent plus: l'église Saint-Romain, qui les renfermait, fut démolie en 1652. C'est dans la citadelle de Blaye que Mme la duchesse de Berry, arrêtée à Nantes en 1832, par ordre du gouvernement, a été détenue pendant six mois avant d'être transportée en Sicile.

Outre la citadelle, il y a le fort de Saint-Simon, bâti en 1689, sur un Ilot de la Gironde, qui est en face, et qu'on appelle le Pâté de Blaye; il y a aussi le Fort du Médoc situé sur la rive gauche.

Après Blaye, on aperçoit dans le lointain, à gauche, la commune de Saint-Julien de Reignac, ornée de quelques belles maisons de campagne. L'une de ces maisons, le château de Beychevelle, aurait, suivant la tradition, remplacé un ancien manoir féodal, dont le seigneur exigeait que toutes les embarcations, qui passaient devant ce domaine, le saluassent en baissant leurs voiles; de cet usage vient, dit-on , le nom de Beychevelle (Baisse-Voile) donné à ce château.

Immédiatement après Saint-Julien viennent les paroisses réunies de Saint-Lambert et Pauillac, qui renferment les deux premiers crûs, Lafitte et Latour. De la rivière, on aperçoit une vieille tour, servant de colombier , qui indique la position de ce dernier vignoble.

Devant Pauillac est l'île de Pâtiras, autrefois la retraite d'un redoutable pirate, nommé Monstri, qui ravagea le Médoc et la Saintonge et ne succomba que sous les efforts des forces navales expédiées contre lui par le parlement de Bordeaux. On dit qu'en 1320, les lépreux, qui étaient alors très-nombreux dans le Bordelais, furent obligés de se retirer dans les lies de la Gironde, particulièrement dans celle de Pâtiras, où ils vécurent ensemble, ayant pour tout moyen d'existence les provisions envoyées par quelques personnes compatissantes, jusqu'à ce que le dégoût et l'horreur, l'emportant sur la pitié, la faim et la misère finirent par dévorer ces malheureux. A ceux-ci succédèrent les juifs proscrits qui, pour éviter la mort juridique dans la cité, bravèrent la lèpre et se cachèrent dans ces îles. Ils furent bannis sur l'accusation absurde d'avoir empoisonné les sources et les fontaines, de concert avec les lépreux. Le continuateur de Nangis s'exprime ainsi : « On creusa une très grande fosse, on y alluma un grand feu, et l'on y brûla pèle-méle une centaine de juifs des deux sexes. Beaucoup d'entre eux, hommes et femmes, s'élancèrent dans le feu, en chantant comme s'ils fussent allés à la noce; plusieurs veuves jetèrent leurs propres enfants aux flammes, de peur que les chrétiens ne les enlevassent pour les baptiser. »

C'était là que les navires, suspects de maladies contagieuses étaient obligés de mouiller pour faire quarantaine, avant l'établissement du Lazaret actuel de Trompeloup, bâti en 1822 et situé à 3 kilomètres du port de Pauillac.

Après Pauillac vient la commune de Saint-Estèphe, qui est celle où l'on récolte la plus grande quantité de vin rouge; autrefois le seigneur de Calon (domaine qui est aujourd'hui un des premiers crûs de Saint Estèphe) ,avait le privilége de conduire la dame de Lesparre dans la ville, lorsqu'elle y faisait sa première entrée, politesse qui lui valait le palefroi que montait la dame.

La commune suivante, Saint-Seurin de Cadourne, est la dernière située dans le Haut-Médoc. Les autres communes, sur la rive gauche, sont : Saint-Yzans, Saint-Christoly et Couquèques, Bégadan, Valeyrac , où existait, en 1623, un hôpital appartenant à l'ordre de Malte et destiné à l'usage des pèlerins qui allaient à Saint-Jacques de Compostelle; les paroisses réunies de Dignac , Jau et Loirac ; enfin, SaintVivien et Soulac.

Le bourg de Soulac, situé au pied des dunes, est à environ 3 kilomètres de l'ancien bourg qui a été enseveli dans les sables. La vieille église subsiste encore, étant en partie dégagée des sables que les vents ont portés ailleurs; elle sert de point de reconnaissance pour les navigateurs. Quelques savants ont cru reconnaître, dans le vieux Soulac, le Noviomagus de Ptolémée. Un des villages de cette commune, le Verdon, entouré de dunes et de marais salants, possède un petit port qui offre un mouillage temporaire aux navires retenus par des vents contraires. La commune s'étend le long du rivage jusqu'à l'extrémité du Médoc appelée Pointe-de-Graves.

C'est dans l'espace compris entre Soulac et Margaux , qu'on trouve ces jolis cailloux bleus et transparents que les lapidaires travaillent comme les pierres fines. On rencontre aussi dans ce pays des devins, qui étaient autrefois en grande réputation comme Astrologues du Médoc. La tradition place sur la côte de Grayan, non loin de Soulac, le port appelé encore Port des Anglots, où débarqua, en 1452, le général Talbot avec les troupes anglaises envoyées pour soutenir la révolte des Bordelais contre leur nouveau maître, le roi de France.

Sur la rive droite, la seule commune qui appartienne à la Gironde, après Blaye, est Saint-Simon du Cardonnat, dont la limite septentrionale sépare le département de la Gironde de celui de la Charente Inférieure. Les autres communes riveraines, appartenant toutes à ce dernier département, sont : Conac, Mortagne, Talmont, Saint-Georges en Didonne.

Mortagne était autrefois le siége d'une châtellenie dont la juridiction s'étendait sur six communes voisines; il portait même le titre de principauté. Le cardinal de Richelieu en fit l'acquisition et la laissa à son petit neveu Jean-Arnaud de Richelieu et aux aînés de cette famille à perpétuité. Talmont avait aussi une juridiction seigneuriale qui s'étendait sur quatre communes. Enfin, Saint-Georges était le chef-lieu d'une baronnie et d'une châtellenie qui comprenait neuf communes. Les habitants de Saint-Georges sont presque tous pêcheurs.

Après avoir cotoyé ces diverses communes, on aperçoit Royan, bâti sur des rochers qui dominent l'embouchure de la Gironde. Cette petite ville, agréable séjour pour prendre les bains de mer, est située à l'extrémité du département de la Charente-Inférieure. On a supposé qu'elle est l'endroit mentionné dans l'itinéraire d'Antonin, sous le nom de Novioregum.

Royan joua un rôle assez considérable à l'époque des guerres de religion. Les protestants, harcelés par le gouvernement, en avaient fait une de leurs places fortes et s'y étaient renfermés. Pendant le blocus de La Rochelle, Louis XIII vint en personne assiéger Royan; irrité de la résistance de la place, il livra l'assaut, démantela les murs et rasa en partie la ville (1622).

Le petit fort que l'on voit sur une hauteur dominant la mer, tout près de Royan, fut élevé sous le gouvernement impérial. Les batteries, par leur feu croisé avec celles de la redoute qui était à la Pointede-Graves, défendaient l'entrée de la rivière. Ce fort est aujourd'hui hors de service.

Depuis bien des années les bains de mer de Royan sont très-fréquentés; les médecins les prescrivant, ainsi que ceux de La Teste, comme très-efficaces.

Les sardines, espèce d'anchois, abondent dans ces parages; elles remplacent, pour le commerce principal de cet endroit, un délicieux petit poisson, si renommé sous le nom de royan, que l'on péchait autrefois près de cette ville, mais que l'on ne trouve guère aujourd'hui que dans le voisinage du bassin d'Arcachon.


Le Phare de Cordouan

Situé sur une petite île dans l’embouchure de la Gironde, Cordouan était associé à la monarchie française et surtout aux Bourbons. La décision de construire le phare avait été prise en 1582 par Henri III et un contrat signé avec l’ingénieur Louis de Foix en 1584. Henri IV donna ensuite d’importantes sommes pour la construction et un nouveau contrat fut signé en 1594 afin de réaliser un monument plus magnifique encore. Complété en 1611, le phare de Cordouan était loin d’être un bâtiment purement utilitaire : l’extérieur était embelli de deux niveaux de pilastres et à l’intérieur se trouvait une chapelle voûtée au décor somptueux. Le phare de Cordouan était considéré comme un chef-d’oeuvre et figurait dans l’important ouvrage de Bernard Forest de Bélidor sur l’Architecture hydraulique (1737-39).

La construction et le maintien du phare de Cordouan était sous la responsabilité des plus hauts échelons de l’administration française. Un arrêt du Conseil d’État du Roi du 21 avril 1726 indiquait ainsi que la lanterne en pierre, démolie en 1717, serait remplacée par un ouvrage en fer forgé pour que la lumière soit plus visible [ Photo Coupe du phare de cordouan
Ouvrage en fer forgé pour que la lumière soit plus visible
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] .

Le dimanche matin et souvent dans la semaine, un bateau à vapeur fait le trajet du Royan à la Tour de Cordouan, qui est l'un des plus beaux phares d'Europe. [ Site officiel ]

La découverte

Selon la tradition, le rocher, sur lequel la tour est bâtie, faisait jadis partie de la terre ferme du Médoc et se joignait à la Pointe-de-Graves, qui se trouve aujourd'hui à près de 6 kilomètres de la tour; on prétend qu'en 1500, il n'en était séparé, à mer basse, que par un passage étroit et guéable; ce qui est croyable, quand on considère l'extrême mobilité du sol sur la côte du Médoc et la fureur de la mer dans ces lieux. [ Photo Carte de situation du plateau de Cordouan au XVIIe siècle
Embouchure de l'estuaire de la Gironde
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]

Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'époque de la première fondation de la tour (du phare); ils varient même quant à l'emplacement qu'elle a occupé primitivement. Baurein, qui, dans ses Variétés bordelaises, attribue le premier phare aux Sarrasins, fait remonter la construction à l'an 732 et croit que la dénomination de Cordouan peut dériver de Cordoue, capitale d'Andalousie, d'où ils étaient venus. 11 nous rappelle aussi que le cuir de Cordoue, dont les Sarrasins faisaient le commerce, s'appelait Cordouan.

D'autres écrivains ont attribué la fondation de la tour à Louis-le-Débonnaire, qui, selon eux, fit construire en ce lieu une tour, où des hommes donnaient constamment du cor pour avertir les navires. 11 y en a qui veulent que le premier architecte se soit appelé Cordou.

Ce qu'il y a de plus certain, c'est que l'on voit dans une charte de 1409, citée par Rymer, que le célèbre Prince-Noir, en 1385, avait fait construire, à l'embouchure de la Gironde et dans l'endroit le plus avancé dans la grande mer, une tour et une chapelle sous l'invocation de la Sainte-Vierge, avec des maisons et autres édifices et ce, pour pourvoir à la conservation des navires, qui couraient de grands risques au travers des écueils et des bancs de sable placés à l'entrée de cette rivière. D'après Baurein, cependant, le prince de Galles (Prince Noir) Prince_Noir.jpgEdouard Plantagenêt, plus connu sous le nom de Prince noir ou parfois d’Édouard le noir (né le15 juin 1330, Woodstock – mort le 8 juin 1376, Westminster), prince de Galles, comte de Chester, duc de Cornouailles et prince d'Aquitaine, était le fils aîné d'Édouard III d'Angleterre et de Philippa de Hainaut.

Son surnom de Prince noirPrinci Negue en gascon — serait dû à la couleur de son armure, mais il n'était pas utilisé par ses contemporains. Il n'apparaît qu'en 1568 dans Chronicle of England de Richard Grafton. De son vivant, on utilisait plus généralement ses titres pour le désigner, soit « prince de Galles » et, entre 1362 et 1372, « prince d'Aquitaine ». On le nommait également selon son lieu de naissance : Édouard de Woodstock.

Pour certains de ses détracteurs, il devait son surnom de « Prince Noir », moins à la couleur de la housse qui recouvrait son armure et qui le rendait reconnaissable durant les batailles, qu'à sa supposée « noirceur d'âme ».

Édouard de Woodstock se maria en 1362 avec sa cousine Jeanne de Kent. Ils entretinrent à Bordeaux une cour où régnaient luxe et extravagance ; fêtes et tournois étaient fréquents. Les taxes qu'il imposa sur le territoire de sa principauté pour les financer étant considérables, une partie de la noblesse et de la bourgeoisie commencèrent à montrer des signes de mécontentement. Cette véritable « fronde » fut menée par l'un des plus puissants seigneurs de la région, le comte d'Armagnac, fidèle à la maison capétienne.
ne fit que remplacer une tour beaucoup plus ancienne. [ Photo Représentation de la Tour du Prince Noir
vers 1590, par Claude Chatillon
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]

En effet, on voit, d'après la même charte, que dans le lieu appelé Notre-Dame-de-Cordou, il résidait un certain hermite, Geoffroy de Lesparre, dont les prédécesseurs avaient été anciennement (ah antiquo tempore) dans l'usage de percevoir un impôt de deux gros sterling, monnaie d'Aquitaine, sur chaque navire chargé de vin. Cet hermite, selon toute probabilité, entretenait des feux pendant la nuit pour la sûreté de la navigation.

Enfin, après tant d'incertitudes, nous arrivons à des renseignements positifs. On lit dans la Chronique bordelaise, de Delurbe, en 1584, qu'en cette même année, Louis de Foix, architecte et ingénieur du roi, commença à jeter les fondements d'une nouvelle tour de Cordouan, joignant l'ancienne et aux dépens de toute la province. « Rappelons-nous que Delurbe rapporte ici un fait qui s'est passé de son temps et dont il devait être d'autant mieux instruit, qu'il était alors procureur-syndic de la ville de Bordeaux. La tour, commencée sous Henri III, ne fut achevée que sous Henri IV, en 1610, quatre ans après la mort de son architecte, Louis de Foix.

Cette tour était d'une admirable architecture; elle offrait à l'extérieur et sur un plan circulaire, un rez-de-chaussée; un premier étage surmonté d'une voûte par assises, à recouvrement; un second étage voûté de la même manière; et, enfin, une lanterne en pierre, destinée à recevoir le feu du phare. [ Photo Phare de Cordouan au XVIIe siècle par Claude Chatillon
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]

Ce bel édifice se détériora promptement; le mur fut endommagé par les tempêtes, la tour fut rongée par les météores et les pierres de la lanterne furent calcinées par le feu, de sorte qu'en 1665, Louis XIV se vit obligé de faire faire une réparation générale. [ Photo Coupe de la lanterne
Dessin de l'ingénieur Jablier
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] [ Photo Coupe du phare 1722
Dessin de l'ingénieur Jablier
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]

En 1727, Louis XV fit substituer une lanterne en fer à l'ancienne en pierre et le charbon minéral au bois. C'est aussi du règne de Louis XV que date la belle chaussée en pierre [ Photo Une heure avant marée basse (coefficient 115)
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] qui s'étend à une distance de 260 mètres de la tour, vers le lieu de débarquement. Sous le règne de Louis XVI on agrandit les magasins, on répara le mur d'enceinte et l'on substitua à la lanterne de Bitry un fanal à réverbères. En 1789, M. Teulère exhaussa la tour de 20 mètres et remplaça les plaques de Saugrin par des réflecteurs paraboliques. Enfin, en 1823, on substitua aux réflecteurs plaqués d'argent des verres lenticulaires, dont l'emploi donne un tel accroissement de lumière , que le feu de Cordouan, qui jusqu'alors n'était visible qu'à une distance de 23 kilomètres, peut être vu aujourd'hui, du pont d'un navire, à une distance de 38 kilomètres.

Le nouvel appareil, dû à M. Fresnel [ Photo Une lentille de Fresnel exposée au Musée national de la Marine (Paris)
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], fait sa révolution en 8 minutes et présente pendant cette durée 8 éclats et 8 éclipses. Quatre hommes sont employés à veiller et à entretenir le fanal; leur service se fait en commun et par quart la nuit. On leur porte des vivres deux fois par an et assez pour six mois; car en hiver toute communication avec la terre est interrompue et les gardiens ne sont guère visités alors que par des naufragés, lorsqu'il en arrive de vivants. Telle est la violence de la mer en ces parages, que les vagues, quoique rompues par les écueils, s'élèvent contre la tour à une hauteur de plus de 12 mètrès. En 1777, dit M. Jouannet (auquel nous devons la plupart de ces renseignements), on a vu la lame saisir un bloc de pierre de 2400 kilog, l'enlever, le transporter à la distance de 20 mètres et le lancer, à 2 mètres de hauteur, contre le mur d'enceinte. Durant les nuits orageuses de l'hiver, des volées innombrables d'oiseaux de passage, attirés de loin par la vive clarté du feu, viennent se heurter avec violence contre les vitraux épais du fanal et tombent morts, par centaines, dans la galerie et au pied de la tour.

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