Icon

cathédrale saint-andré

la façade principale côté nord

cathédrale saint-andré

le portail nord

cathédrale saint-andré

le buffet d'orgues

cathédrale saint-andré

la nef centrale

cathédrale saint-andré

les vitraux

La cathédrale primatiale Saint-André de Bordeaux

CATHÉDRALE, de cathédra ou cathèdre qui signifie siège, ou trône épiscopal. Cathédrale s’entend comme église dans laquelle est placé le trône de l’évêque du diocèse. Dans les églises primitives, le trône de l’évêque était placé au fond de l’abside, dans l’axe, comme le siége du juge de la basilique antique et l’autel s’élevait en avant de la tribune, ordinairement sur le tombeau d’un martyr. L’évéque, entouré de son clergé, se trouvait ainsi derrière l’autel isolé et dépourvu de retable; il voyait donc l’officiant en face. Cette disposition primitive explique pourquoi, jusque vers le milieu du dernier siècle, dans certaines cathédrales, le maître autel n’était qu’une simple table sans gradins.

La cathèdre

La cathèdre

La cathèdre trône de l'évêque

La cathèdre, (terme savant directement calqué sur le latin cathedra « siège avec accoudoirs », simple transcription du grec καθέδρα (kathedra), « siège »), appelée aussi trône de l'évêque pour le curé, est la chaise ou le trône de l'évêque.

Dans la liturgie chrétienne, la cathèdre est le symbole de l'autorité, de l'enseignement et de la juridiction épiscopale, dans la liturgie catholique, ce symbole est concrétisé par le siège de célébration de l'évêque dans sa cathédrale. Le terme apparaît dans la littérature patristique sous la forme « Apostolorum cathedrae », indiquant que ce siège est directement issu de la chaire des apôtres.

À Rome, les empereurs romains construisent à partir du IVe siècle des sanctuaires destinés au culte chrétien hors du pomœrium et qui adoptent l'architecture des basiliques civiles romaines. Dans ces églises primitives, la cathedra est placée dans l'axe au fond de l'abside derrière le maître autel, comme le siège du magistrat dans la basilique civile qui a fourni le modèle type, modèle parfois encore adopté aujourd'hui.

Au Moyen Âge, les autels sont placés contre le mur de l'abside, aussi prit on l'habitude de positionner le siège sur le côté (le plus souvent à gauche où est lu l'évangile). Depuis le IIe concile œcuménique du Vatican, l'église catholique romaine a la liberté de placer la cathèdre où elle le souhaite. Dans les cathédrales construites ou rénovées après les réformes de Vatican II, la chaire à prêcher est souvent placée derrière l'autel, comme dans les basiliques romaines.


Ètablissement de l'église de Bordeaux

Source

L'Église Métropolitaine et Primatiale Sainct André de Bourdeaux - Tome1

M. Me HIEROSME LOPES Chanoine théologal de cette église et docteur Régent en théologie dans l'Université de Bourdeaux -
Parut en 1668, chez Lacourt, imprimeur ordinaire du Roy, de Mgr l'Archevêque et de l'Université.

RÉÉDITION ANNOTÉE ET COMPLÉTÉE PAR M. L'ABBÉ CALLEN - 1882

Saint_Andre_Reproduction.png Une des choses qui rend une église plus vénérable, est son ancienneté, elle ne manque pas à l'église de Bordeaux. La tradition immémoriale que nous en avons, rapporte sa premiere fondation au même jour que Saint-André souffrit le martyr dans la Ville de Patras. Ce fut avant l'année 74 car c'est l'année que mourut Sainct Martial. Cette tradition est énoncée dans une Bulle d'Innocent VIII. du 25. février 1488. le 5e de son Pontificat, où le Pape déclare que cette église était la première dans le monde, fondée sous le nom de Saint-André, et fondée le même jour que ce grand Apôtre souffrit le martyre, suivant la revelation qui en fut faite à Saint-Martial, préchant pour lors dans la Ville de Bourdeaux. Avant même cette Bulle, le Chapitre declara que c'était son ancienne croyance, que l'église de bourdeaux avait été fondée par des personnes Religieuses, du temps de Saint-Pierre, comme il est énoncé dans un Arrêt du Parlement de Paris, donné en faveur de son Exemption, le 20. mars 1461.

Il semble que Saint Gregoire de Tours a été en contradiction avec cette tradition, écrivant au Livre de l'Histoire de France Ch. 3o. que c'est sous le Consulat de Decius. et Gratus, c'est à dire l'an 252. que sept Evêques furent envoyés dans les Gaules pour y annoncer la Foi, Gratian à Tours, Trophime à Arles, Paul à Narbonne, Saturnin à Toulouse, Denis à Paris, Stremonius à Clermont, et Martial à Limoges.

Que, suivant cet auteur, ce ne serait pas Saint-Pierre, qui aurait envoyé Saint-Martial à Limoges, mais le Pape Saint-Fabian, qui était pontife jusqu'au 20 janvier 250 (jour où il fut torturé et decapité par l'empereur Dèce). aprés laquelle année il faudrait assigner le premier établissement de l'église de Bordeaux.

En écrivant établissement, il ne s'agit pas de son temps d'église bâtie où construite, les temples somptueux n'ont pas commencé à la naissance du Christianisme. Les grandes et continuelles persécutions des tyrans ne l'eussent point souffert à la piété des Fidèles. Leurs Autels et leurs assemblées étaient dans quelques maisons des particuliers, en des grottes, et autres lieux qui se trouvèrent les moins exposés aux ennemis de la Foi. La fondation et la consécration des temples somptueux commença avec la paix que l'Empereur Constantin (313) donna à l'église et peut-être l'église de Bordeaux retiendrait encore quelques marques illustres de la piété des premiers fidèles, qui eurent la liberté de la bâtir, si la Ville, par trois fois des cruelles traverses, autant et plus qu'aucune ville des Gaules, qui ruinèrent et renversèrent ce qu'elle avait de plus rare et de plus somptueux.

La première désolation arriva sous Evarix, ou Euric Roy de Gots, qui commença de régner environ l'année 464, et qui s'étant rendu le maître dans la Guyenne, ne se contenta pas de faire cruellement mourir les Archevêques, et Evêques de Bordeaùx, Perigueux, Rhodez, Limoges, Mende, Euse, Bazas, Commenges, et Aux ; II fit encore passer sa rage jusqu'aux église de ces Villes, et à celles de la campagne. Sidonius qui vivait en ce temps, rapporte cette désolation dans sa Lettre à Basilius Archevêque d'Aix, « si grande, qu'on voyait Presque partout les toits des église qui tombaient, leurs portes enlevées, les ronces qui croissaient à leur entrée, et le bétail qui paissait à côté de leurs Autels... »

La deuxième arriva sous Eude Duc d'Aquitaine, environ l'année 725, par l'irruption des Sarrasins sous leur Roi Abderame, qui ayant vaincu le duc Eude, entrèrent dans Bordeaux, y brûlèrent les églises, et ravagèrent toute la Province, jusqu'à la plaine de Tours, où ils furent entièrement défaits par la valeur de Charles Martel.

La troisième et la dernière se fit par les Normands sous le Roy Charles le Chauve, et par deux fois. La première, en l'an 848, les Normands prirent, pillèrent et brûlèrent la Ville de Bordeaux. Puis en l'an 864, les Normands mirent la Guyenne et la Saintonge à feu et à sang, n'épargnant ni maisons, ni monastères, ni églises.

Ce ravage des Normands fut si extraordinaire, que longtemps aprés, à peine se trouvait-il des Chrêtiens qui osent y habiter, ni la Ville, ni la Province. C'est ainsi qu'en parle le Pape Jean VIII dans une lettre adressée au Clergé de Bourges, où il dit avoir appris, que toute la Province était tellement desolée par la persecution des Payens, qu'on n'y voyait plus de fidèles.

Aprés le départ des envahisseurs, l'église de Bordeaux fut rétablie, de telle sorte que l'année 1096, son édifice étant achevé, elle se trouva en état d'estre consacrée, comme elle le fut par le Pape Urbain II.

La construction

Jusqu’à la fin du XIIe siècle, les cathédrales n’avaient pas des dimensions extraordinaires ; beaucoup d’églises abbatiales étaient d’une plus grande étendue ; c’est que, jusqu’à cette époque, le morcellement féodal était un obstacle à la constitution civile des populations ; l’inlluence des évêques était gênée par ces grands établissements religieux du XIe siècle. Propriétaires puissants, jouissant de priviléges étendus, seigneurs féodaux, protégés par les papes, tenant en main l’éducation de la jeunesse, participant a toutes les grandes affaires politiques, les abbés attiraient tout à eux, richesse et pouvoir, intelligence et activité.

Lorsque les populations urbaines, instruites, enrichies, laissèrent paraître les premiers symptômes d’émancipation, s’érigèrent en communes, il se fit une réaction contre la féodalité monastique et séculière dont les évêques, appuyés par la monarchie, profitèrent avec autant de promptitude que d’intelligence.

Ils comprirent que le moment était venu de reconquérir le pouvoir et l’influence que leur donnait l’église et qui étaient tombés en partie entre les mains des établissements religieux. Ce que les abbayes firent pendant le XIe siècle. les évêques n’eussent pu le faire ; mais, au XIIe siècle, la tâche des établissements religieux était remplie ; le pouvoir monarchique avait grandi, l’ordre civil essayait ses forces et voulait se constituer. C’est alors que l’épiscopat entreprit de reconstruire et reconstruisit ses cathédrales et il trouva dans les populations un concours tellement énergique, qu’il dut s’apercevoir que ses prévisions étaient justes, que son temps était venu et que l’activité développée par les établissements religieux, et dont ils avaient profité, allait lui venir en aide, rien, en effet, aujourd’hui, si ce n’est peut-être le mouvement intellectuel et commercial qui couvre l’Europe de lignes de chemins de fer, ne peut donner l’idée de l’empressement avec lequel les populations urbaines se mirent à élever des cathédrales.

Nous ne prétendons pas démontrer que la foi n’entrât pas pour une grande part dans ce mouvement, mais il s’y joignait un instinct très juste d’unité, de constitution civile.
La cathédrale Saint-André est l’Église primatiale d’Aquitaine.

Église primatiale

Église primatiale

Primatie, du latin prima sedes episcoporum, est la dignité d'un « primat », évêque qui possède une suprématie, au moins honorifique, sur tous les évêques et archevêques d'une région. Le terme désigne aussi l'étendue du ressort de la juridiction ecclésiastique du primat, et le siège de cette juridiction. L'église cathédrale du primat reçoit le titre de « primatiale ».

La primatie, généralement due à l'ancienneté du siège, s'exerçait sur les propres diocésains du primat ainsi que sur les évêchés qui étaient ses suffragants. En France, où l'établissement des patriarches n'avait pas été reçu, ce sont les primats qui en tenaient lieu ; on en appelait de l'évêque diocésain au métropolitain, de celui-ci au primat, et du primat au pape. L'official primatial jugeait les appels interjetés de l'official métropolitain.

En France, seuls les titres de Primat des Gaules et de primat de Normandie, attribués respectivement aux archevêques de Lyon et de Rouen, ont conservé des prérogatives honorifiques réelles. Les autres titres primatiaux sont d'ailleurs très rarement utilisés depuis les années 1960-1970.

Dans les églises d'Orient, le titre de primat est porté par l'évêque (patriarche ou archevêque) qui préside le synode permanent d'une église autocéphale ou autonome. Le mot primatie est très rarement utilisé, on parle plutôt de primauté. Les notions de primat et de primauté n'ont rien à voir avec celle d'exarchat. Il n'y a pas de primat à titre simplement honorifique comme en Occident.

Une fondation légendaire : Au Moyen Âge, le chapitre de Saint-André affirme que l’origine de la cathédrale remonte aux premiers temps chrétiens. Un arrêt du Parlement de Paris, en date du 20 mars 1461, confirme cette déclaration en écrivant qu’elle a été créée « par des personnes religieuses dès le temps de saint Pierre ».
Une autre tradition raconte que sa fondation est l’œuvre de l’évangélisateur de l’Aquitaine saint Martial qui avait été averti par un songe miraculeux du martyre de saint André.
Le 25 février 1488, Une bulle du pape Innocent VIII confirme l’authenticité de cette histoire et ajoute que l’église Saint-André est « dans le monde entier, la première fondée sous le vocable de saint André, frère du Prince des Apôtres, élevée le jour même de sa mort, à la suite d’une révélation divine par saint Martial, disciple de saint Pierre qui prêchait alors à Bordeaux ».
Située sur la place Pey-Berland, elle est le lieu de culte le plus imposant de Bordeaux. Elle fut consacrée le 1er mai 1096 par le pape Urbain II. Elle a été reconstruite dans le style gothique du XIIe au XVIe siècle. Dans cette église fut célébré, en 1137, le mariage d'Aliénor d'Aquitaine, alors âgée de quinze ans, avec le futur Louis VII, roi des Francs.

Un des plus beaux bâtiments d'architecture gothique qu'on trouve en France, est la cathédrale de Bordeaux. Sa fondation, qu'une pieuse crédulité place au jour du martyre de St André, date du IXe. siècle. L'histoire atteste qu'elle a été bâtie par les libéralités des anciens ducs d'Aquitaine, qui accrurent successivement, par d'immenses dons, le revenu des chanoines de cette ville. Plusieurs princes contribuèrent par la suite à l'achévement de cet édifice majestueux commencé en 1251. L'irrégularité de sa structure le prouve.

Description de l'église Saint-André de Bordeaux - Charles Marionneau - 1861 Voir la couverture Charles Claude Marionneau
Né le 18 août 1823 à Bordeaux, Mort le 13 septembre 1896
MIME : image/webp

Adossée à l'ancien rempart, aujourd'ui disparu, L'absence d'une façade occidentale est sensible ; il est difficile de s'expliquer les raisons qui ont amené le résultat d'une porte de maison bourgeoise servant d'entrée principale à la cathédrale. Ce pignon, lourd et massif, n'a d'autres décorations que cinq contre-forts très peu saillants. Il est construit en deux appareils: les contre-forts en appareil régulier moyen. le reste du mur en moellon irrégulier noyé dans le ciment. Quatre baies éclairent cette partie inférieure du pignon. De chaque côté du contre-fort central s'élèvent deux fenêtres allongées, très-étroites, en plein cintre. A la même hauteur, et entre les quatre contre-forts qui restent, se voient deux oculus. Tel était le système d'ornementation de ce pignon de l'ouest. Au-dessous d'un cordon peu saillant formé d'un quart de rond, sans autre moulure, et en retrait, le mur s'élève encore seulement avec quatre contre-forts, mais beaucoup plus épais, et se termine en fronton triangulaire. Trois fenêtres rapprochées, au cintre légèrement ogivé, s'ouvrent dans ce fronton. Celle du milieu a beaucoup plus de hauteur que les deux autres.  Voir cette façade La façade occidentale
MIME : image/webp


Au dernier siècle, cette irrégularité s'expliquait tout naturellement : elle avait alors sa raison d'être. Des documents historiques et mieux encore des fragments de constructions antiques, montrent la fondation de la cathédrale à l'angle sud-ouest des remparts de la ville gallo-romaine et cet état se perpétua visiblement jusque vers le milieu du XVIIIe siècle. Le ruisseau du Peugue longeait les remparts au midi, qui s'élevaient à quelques mètres de la clôture méridionale des cloîtres; à l'ouest, l'extrémité occidentale de la nef s'appuyait également aux remparts, dont le souvenir nous est conservé par le nom d'une rue. Ce dernier mur d'enceinte était bordé primitivement par des marais et plus tard, jusqu'à la construction du nouveau palais archiépiscopal (aujourd'hui l'Hôtel de Ville), par les murs du parc et des jardins de l'ancien Archevêché Dessin des anciens aménagements de la cathédrale
Dans ce dessin, le mur d'enceinte n'existe plus.
 MIME type: image/webp
. Ainsi resserrée dans l'angle des deux remparts, la cathédrale n'était pas accessible et ne pouvait se développer que vers l'est et le nord.

Aux plus mauvais jours de la cité, alors que la peste, la famine ou la guerre afflige et décime la population bordelaise, c'est à la cathédrale, aux pieds de l'antique Notre-Dame de la nef, que tout un peuple se réunit et prie. Arrivent de grands événements politiques, c'est encore à la cathédrale que les seigneurs de la province se réunissent pour prêter au Roi serment de fidélité et c'est enfin dans ce sanctuaire que gouverneurs et magistrats jurent sur l'Évangile de conserver à la ville de Bordeaux ses droits et ses franchises.

Au milieu des luttes incessantes des armées des rois de France et d'Angleterre pour la possession de la province de Guyenne, l'église Saint-André voit surgir du sol les premières assises complétant l'ensemble du monument tel qu'il se montre de nos jours.

La vieille façade romane, ou plutôt l'extrémité occidentale de la nef adossée au mur de ville; la nef remaniée suivant les idées du XIIIe siècle, avec sa porte dite Royale et s'étendant au nord parallèlement à l'ancien Archevêché; puis, entre les bases des flèches, la porte nord à l'une des extrémités du transsept, en regard de la porte sud, donnant vers le Peugue; enfin les chapelles du chœur entourant l'abside et au midi les cloîtres, entre les bases de la tour occidentale et l'extrémité de la nef vers le couchant.

Telles étaient, vers le milieu du XIVe siècle, les dispositions apparentes ou projetées de la cathédrale de Bordeaux. Mais malgré le zèle de ses évêques, dont l'un devint pape sous le nom de Clément V, les libéralités des princes et des seigneurs, les sacrifices des habitants, la construction de la cathédrale marchait avec lenteur; puis, au milieu des violentes secousses politiques du moyen âge, les travaux éprouvèrent de fréquentes interruptions et les siècles se succédèrent avant l'entier achèvement de l'édifice.

Si les dimensions générales de l'œuvre étaient tracées dans les premières années du XIVe siècle, il est douteux qu'il y eût alors pour le chœur et les transsepts un plan d'ensemble bien arrêté; plus probablement, les maîtres, en se succédant, apportèrent leurs idées propres ou les influences des écoles auxquelles ils appartenaient. L'étude intérieure du monument démontre qu'on a suivi, soit par imprévoyance, soit par précipitation, des données inhabiles ou téméraires ; résultat inévitable quand il n'y a pas unité de direction.

Longueur intérieure : 124 mètres - La nef unique sans collatéral a 18 mètres de large au transept - La hauteur sous voûte est de 23 mètres dans la nef et de 29 mètres dans le chœur.

C'est un long parallélogramme rectangle terminé par un pentagone. Le parallélogramme est recouvert de trois travées de voûtes, et le rond-point à base pentagone, d'une voûte dont les sections reposent sur huit nervures réunies à la clef.

Saint_Andre_Plan2_SmallSource monuments historiques - MIME : image/webp Quatorze piliers supportent l'abside, et la séparent des collatéraux. Ils varient pour le nombre des colonnes engagées, leur diamètre et les entre-colonnements. Ces piles sont fort légères. Quand l'abside fut achevée, on s'aperçut que les deux premières travées qui succèdent au rond-point, commençaient à se lézarder ; on les soutint, en construisant un arceau intérieur qui doubla l'arceau primitif. On le distingue très bien, non seulement au style, qui n'est plus le même, mais encore à la nervure de l'arceau primitif, dont le profil se découpe parfaitement. Ce qu'il y a de remarquable, c'est la grande légèreté dés piliers. Outre qu'ils ont un très petit diamètre, les colonnes engagées sont tellement détachées du massif Colonnes de la cathédrale
 MIME type: image/webp
que les plus saillantes n'y tiennent que par un sixième.

Le système général de l'architectonique ogivale, adopté pour cette partie de l'édifice, consiste à employer la colonne, à la terminer par un chapiteau, et à continuer la colonne dans sa ligne perpendiculaire jusqu'à ce qu'elle rencontre les diverses moulures de l'arc ogival, qui viennent se perdre sur le nu de chaque colonne, ressemblant assez au tronc élancé d'un arbre Troncs des colonnes et voutes de la cathédrale
 MIME type: image/webp
d'où s'échappent une multitude de branches. C'est le système dominant de cette construction. Les arcs des travées y perdent peut-être en grâce mais le pilier, si léger, y gagne beaucoup en force. Cet artifice ingénieux rachète, par la forme svelte et élégante des piliers, ce que les arcs perdent dans la régulante des courbes.

De plus, cette disposition a permis de faire les arcs d'entrecolonnement à ogives très aiguës. Les cinq arcs du pentagone forment cinq fers de lance ; et les autres, quoique d'un plus grand diamètre, conservent encore cette forme élancée.

Aux treize entre-colonnements correspondent treize fenêtres à meneaux, d'une ogive en tiers-point.

Entre ces fenêtres et les arcs inférieurs, règne le triforium. Il se compose de quatre baies trilobées à chaque travée du quadrilatère, et de deux baies trilobées à chaque travée du pentagone. Trois colonnes groupées se profilent de la base des piliers jusqu'à la naissance des arcs-doubleaux, des arcs ogives et des formerets. Dans le pentagone et les deux premières travées, les deux colonnettes qui correspondent aux formerets, s'élèvent encore au-dessus de la colonne centrale, et vont recevoir un second chapiteau au niveau des petits chapiteaux de meneaux qui soutiennent les baies trilobées des fenêtres.

La chaire à prêcher

La chaire de l'église Saiht-Remi, transportée pendant la Révolution à Saint-Michel, dans la chapelle des Anges, fut placée vers l'an 1804 à .Saint-André.

Le corps de cette chaire est en acajou, d'un beau galbe, orné de panneaux de marbre rouge. Les arêtiers qui lient ces panneaux portent une cariatide sous forme de jeunes enfants soutenant le corps de la chaire. Au-dessus de l'abat-voix est un groupe de deux anges ; l'un tient la croix et l'autre élève un ostensoir (un ciboire). Cette chaire, exécutée pour l'ancienne église Saint-Remi, est l'oeuvre de Cabirol, sculpteur, résidant à Bordeaux, vers la fin du XVIIIe siècle. ( voir La chaire de la cathédrale
© Les photos de Kordouane - MIME type: image/webp
)

La chaire à prêcher : photograpie de la collection Brutail ( voir La chaire de la cathédrale
© Collections Brutail - MIME type: image/webp
)

Les jours néfastes

1753 - Rapport adressé par Tourny au ministre de la Marine le 13 avril

Le 4 avril 1753, le vent d'ouest qui régnait depuis quelques jours augmenta si fort, et dura ici jusqu'au 5 au matin que l'on ne se souvient pas d'en avoir vu de plus fort, et, qui ait tenu si longtemps de suite. Une des deux flèches des clochers de la cathédrale, en a été abattue sur une longueur de 12 à 15 pieds (3 à 5 m).....

La cathédrale de Bordeaux: étude historique et archéologique - Abbé Corbin - 1864

En 1787, un incendie consume la charpente au-dessus des voûtes du chœur et du transsept. On y supplée par une couverture provisoire en planches.

Pendant la tourmente révolutionnaire, à partir de 1793, on transforme la cathédrale en vaste grenier à foin, la statue de Notre-Dame de la nef est reléguée au fond de son autre chapelle, qui est devenue le Sacré-Cœur ; l'orgue s'ajoute aux immeubles volés, tels que vases sacrés, reliquaires, ornements de prix; des tombes historiques sont détruites.

Le rétablissement du culte en 1802, par le premier consul, amène à l'archevêché de Bordeaux Mgr d'Aviau. L'église Saint-André avait tellement souffert de la main du temps et des hommes, que le nouveau prélat fut obligé de faire de l'église Notre-Dame sa cathédrale provisoire.

En 1808, Napoléon vient à Bordeaux, visite la cathédrale et rend, le 28 avril 1808, un décret relatif à la conservation de ce monument. Il y affecte 200,000 fr, y compris quelques autres réparations.

Les travaux commencent en 1810 et s'arrêtent en 1811.

Consolidation des flèches, à l'aide de cercles en fer et des tours Servant de base - achèvement de la pointe des flèches — Placement des paratonnerres à leurs extrémités — Reprise, dans leurs parties inférieures, de la plupart des piliers de la nef — Démolition de la tribune aux orgues, qu'on reconstruit avec les matériaux du jubé; mais on n'y laissa que trois arcades, au lieu de quatre qui le composaient auparavant, pour ne pas que le pilastre du milieu se trouvât juste sur l'axe de la nef.

En 1820, un orage renversa le fronton qui terminait la façade nord , entre les tours et celui-ci en s'écroulant, effondra la charpente et les deux premières travées du transsept.

De 1824 à 1828, on exécuta les travaux que suivants : Reconstruction de la charpente du chœur et de la partie sud du transept — Renouvellement de la couverture et des chéneaux — Réparation des arcs-boutants, des galeries extérieures du rond-point et de plusieurs fenêtres.

1837 réparation des vitraux de la nef, confiée à M. Helle. Quelque temps après, on refait la magnifique rosace du nord.

Portail Royal

Portail Royal en rénovation Le Portail Royal en cours de rénovation
© M. Schlicht - MIME : image/webp
Portail Royal aprés rénovation Portail Royal aprés rénovation
Wikimedia Commons
MIME : image/webp
Tympan du portail Royal Le tympan et voussures du portail Royal de la cathédrale Saint-André
Wikimedia Commons
MIME : image/webp

Description

Après la restauration du portail du bras nord du transept achevée en 1997, puis de son pendant sud effectuée entre 2007 et 2010, le nettoyage du troisième et dernier portail sculpté de Saint-André vient de s’achever. Réalisée vers 1250 ou peu avant, la statuaire du portail – notamment celle des voussures – montre une qualité artistique de tout premier plan ; son intérêt est encore accru par les restes parfois importants de la polychromie originelle.

Situation topographique

Le portail Royal ouvre dans le mur gouttereau nord de l’église, sur la cinquième des sept travées de la nef (fig. 1 et 2). Sa position inhabituelle semble avoir été conditionnée par la présence des bâtiments canoniaux (au sud de la nef ), du palais archiépiscopal (au nord) et de ses dépendances ainsi que de l’enceinte antique (à l’ouest), qui ont pu empêcher l’aménagement d’un grand portail sculpté dans les parties occidentales de la nef. Emprunté lors des Entrées solennelles des princes et des archevêques ‒ dès 1508, il fut désigné comme la « grande porte par où doit entrer le roi », le portail fait figure d’entrée la plus éminente de la cathédrale. Logé dans l’angle rentrant formé par le bras nord du transept et la nef, il est aujourd’hui peu visible. Son dégagement initial a été fortement réduit au cours du temps : en 1531-1539, à peu de distance en avant de son flanc ouest, on érigea l’imposant contrefort de Gramont destiné à stabiliser la nef dont les murs gouttereaux se déversaient. Entre 1825 et 1829, on construisit une sacristie (dite « du chapitre ») jouxtant son flanc oriental (fig. 2, nos 3 et 4). Le portail Royal se trouva ainsi relégué au fond d’un étroit couloir.

Le portail Royal au XIXe siècle. Au XIXe siècle, le portail connut bien des vicissitudes. Muré peu après 1800, il fut ensuite englobé dans une deuxième sacristie (dite « des messes »), construite en 1825-1829 (fig. 2, n° 2). La mise en place du plancher de l’édifice, installé au niveau du soubassement du portail, entraîna l’enterrement de ce dernier sur une hauteur d’un mètre environ et la destruction d’une grande partie des colonnettes et de l’ensemble des chapiteaux de l’arcature basse (fig. 3). Les parties saillantes du trumeau (piédestal, dais) furent arasées, et les statues d’ébrasement furent déposées afin de pouvoir installer à leur place une grande armoire en bois.

Les huit statues monumentales de l’arcature surmontant le portail, qui se trouvaient à la hauteur de la voûte de la nouvelle sacristie, furent soit partiellement noyées dans l’arc formeret, soit déposées, pour trois d’entre elles.

Alors que la plupart des statues furent entreposées dans le cloître de la cathédrale, deux d’entre elles se trouvaient en 1842 à l’église Saint-Jean de Libourne et deux autres à l’abbaye de La Sauve Majeure (Gironde). En 1846, Eugène Viollet-le-Duc préconisa le rassemblement de toutes les statues à Bordeaux ; il en commanda d’ailleurs des moulages, destinés à servir de modèles aux nouvelles statues d’ébrasement du portail central de Notre-Dame de Paris. En 1861, les statues se trouvaient dans « une salle basse de l’ancien doyenné », situé au nord du chevet de la cathédrale. Jusqu’en 1883, enfin, elles ornaient les diverses propriétés de l’archevêque d’alors, le cardinal Donnet. Après

jacques-chaban-delmas 27-10-1947Fig 3 - Bordeaux, cathédrale, portail Royal, arcature du soubassement avec restitution partielle de la frise de feuillages.
© Cl. M. Schlicht - MIME : image/webp
Portail, à ébrasements formant entonnoir, se compose d’un soubassement orné d’une arcature trilobée, d’ébrasements à grandes statues et dais architecturés et de quatre voussures ornées de sculptures sous dais. Les deux portes sont séparées par un trumeau, qui soutient le linteau et le tympan.  Èbrasement droit Ebrasement aprés rénovation
MIME : image/webp


L’arcature du soubassement se compose de triplets de colonnettes soutenant des arcs brisés subtrilobés. Les chapiteaux et la frise feuillagée qui les reliait ont été détruits au XIXe siècle ; ce décor a été restitué dans l’un des arcs en 2013 (fig. 3). L’arcature se distingue par son riche décor : un tapis de fleurettes à quatre pétales en couvre le fond.

Les ébrasements, sans ressauts, se parent eux aussi d’un décor couvrant, composé de quadrilobes évidés ; en 2013, ce décor fut partiellement complété sur la face frontale du contrefort occidental. Les quadrilobes forment l’arrière-plan devant lequel se détachent deux fois cinq statues d’apôtres ; ils étaient peut-être douze à l’origine 10. Laissées à l’abandon, puis exposées aux intempéries pendant une bonne partie du XIXe siècle, les statues sont aujourd’hui dans un état de conservation médiocre. Plusieurs têtes ont dû être refixées au ciment au XIXe siècle et les restaurateurs n’hésitèrent pas à assembler parfois des éléments provenant de sculptures distinctes, comme c’est le cas de l’apôtre généralement identifié à Paul. Statue d’ébrasement dite saint Paul
Buste (avant et après une première tentative de restauration en février 2013).
© Crédit Cl. M. Schlicht - MIME : image/webp


De qualité très médiocre, la tête de l’apôtre extérieur de l’ébrasement ouest est une oeuvre récente. Les socles des apôtres, ainsi que le fort bandeau sur lequel ils sont posés (retaillé en 2013 en imitant une moulure gothique) ne remontent qu’à la fin du XIXe siècle. Les dais architecturés, en revanche, sont authentiques ; bien qu’ils intègrent de grands chapiteaux feuillagés destinés à coiffer des colonnes, ces dernières ne semblent finalement pas avoir été réalisées. Aujourd’hui, en tout cas, les statues d’ébrasement s’adossent directement au parement.

Contrairement à ce qu’on a pu affirmer, les statues des voussures n’ont pas été restaurées au XIXe siècle et sont parfaitement authentiques. Toutefois plusieurs mains et nombre d’attributs ont disparu ; deux visages – ceux des sculptures inférieures de la voussure extérieure – ont été martelés. Situé dans la deuxième voussure, l’ange présentant un ostensoir est une oeuvre moderne, réalisée en plâtre (début du XIXe siècle ?). La statue en dessous, bien moins haute que les autres, a perdu sa tête ; en outre, fait tout à fait curieux, elle a été taillée à part et fixée au fond de la voussure à l’aide d’un anneau en fer (fig. 6). Voussure, côté gauche, fond de voussure avec tige métallique pour la fixation de l’ange inférieur.
© Crédit Cl. M. Schlicht - MIME : image/webp
Enfin, en 2013, certains éléments brisés des statues – nez, pointe d’aile, épaules, plis de draperies – ont été restitués.

Du point de vue iconographique, les voussures accordent une place majeure aux anges. La voussure intérieure est ainsi occupée par dix anges debout. La plupart d’entre eux ont perdu leurs mains ; alors que le couple inférieur les a jointes en prière, les deux anges du sommet soulèvent en un geste aussi élégant qu’inhabituel des couronnes au-dessus de leurs têtes. La deuxième voussure contient également dix anges, munis d’instruments liturgiques (calice, candélabres, encensoirs et navettes). La troisième voussure combine deux fois trois saintes martyres, dotées de livres et de branches de palmier, avec quatre séraphins occupant le sommet. La voussure extérieure, enfin, loge onze hommes, généralement chaussés et dotés de phylactères, ainsi qu’une dame tenant une couronne ; parmi eux figurent David (harpe) et Moïse (serpent d’airain). il semble donc s’agir de personnages vétérotestamentaires, préfigurant ou prophétisant peut-être la seconde parousie qu’ils encadrent.

Dans les écoinçons du portail au-dessus des voussures, deux arcades ont été aménagées dans l’épaisseur du mur. Ce décor d’arcades devait initialement se prolonger sur les flancs et les faces frontales des contreforts, comme le montrent la forte saillie des larmiers et les socles et bases encore en place, destinés à soutenir les colonnettes de l’arcature.

Le portail proprement dit est surmonté d’une galerie composée de huit arcades. Des arcades supplémentaires, complétées voire restituées en 2013, ornent les flancs des contreforts et leur face frontale. Les huit arcades appuyées contre le mur gouttereau de la nef abritent autant de sculptures plus grandes que nature (environ 2,30 m). De l’est vers l’ouest se succèdent trois évêques, un archevêque, deux évêques supplémentaires, un roi et une reine.

Exception faite du roi, qui tient un psaltérion et semble donc représenter David, l’identité des personnages n’a pas encore pu être déterminée. Leur état de conservation est variable : alors que les cinq autres statues demeurèrent en place, les évêques de la deuxième et de la troisième arcade ainsi que l’archevêque furent déposées entre 1825 et 1890. Si les premières sont bien conservées (à l’exception du crosseron des évêques, que seul l’évêque de la sixième arcade possède encore), les secondes subirent bien de dégradations : crosserons, mains, plis tubulaires et visages sont très dégradés ou manquent. Les visages de ces trois évêques ont été dérestaurés et reconstitués en 2013 (fig. 7). Portail Royal, galerie supérieure, deuxième évêque depuis la gauche, tête avant et après restauration.
© Crédit Cl. M. Schlicht - MIME : image/webp

Polychromie

Comme bien d’autres portails médiévaux, le portail Royal était entièrement peint. Les restes de cette polychromie ont été dégagés par microgommage (fig. 8). Portail Royal, voussure intérieure, côté droit
visage du deuxième ange depuis le bas en cours de nettoyage.
© Crédit Cl. M. Schlicht - MIME : image/webp
; ils sont actuellement en cours d’étude. D’après les premiers résultats, une seule couche picturale, sans doute contemporaine de la sculpture (années 1240), couvrait les sculptures ; elle se superposait à plusieurs couches de préparation, dont la dernière – un blanc de plomb – pouvait servir de couche d’apprêt pour les aplats de couleur ou constituer la teinte finale. Les peintres utilisèrent une gamme colorée restreinte : du jaune doré (ocre), du rouge (minium et cinabre), du vert (pigments à base de cuivre), du bleu (azurite) et du noir (charbon).

En dépit de l’impression que génère la grande quantité de bleu recouvrant le fond du tympan, la couleur a été employée de manière assez parcimonieuse et « ciblée » par les peintres médiévaux : alors que tous les vêtements des personnages, les dais et le fond des voussures restaient blancs, les aplats colorés ne couvraient que les doublures des robes et des tuniques ainsi que les attributs. Les ourlets étaient soulignés en noir. Les visages, mains et pieds étaient recouverts d’une carnation rose (fig. 9a) Portail Royal, deuxième voussure, côté droit, ange inférieur
avec restitution de la polychromie (M. Schlicht).
© Crédit Cl. M. Schlicht - MIME : image/webp
ou (fig. 9b). Portail Royal, voussure intérieure, côté droit
visage du deuxième ange depuis le bas en cours de nettoyage.
© Crédit Cl. M. Schlicht - MIME : image/webp


Bien que le nettoyage du portail soit terminé, les travaux de restauration se poursuivront. La Conservation des Monuments historiques prévoit en effet de rouvrir le portail, muré depuis plus de deux siècles. Cette réouverture nécessite l’aménagement d’un escalier établissant la jonction entre le seuil du portail et le sol actuel de la nef, considérablement rehaussé au début du XIXe siècle. Les fouilles archéologiques qui seront menées à cette occasion réserveront sans doute encore des belles découvertes.

Markus Schlicht
Centre d’Études Supérieures de Civilisation médiévale
Poitiers/ CNRS UMR 7302

Statuaire

La statuaire de l'ancien portail nord de la Primatiale égale, comme beauté de style, les sculptures des plus belles églises de France; cette entrée n'offre pas, il est vrai, tout un monde de statuettes comme celles des cathédrales de Reims, Chartres et Paris, mais elle présente néanmoins les plus beaux spécimens de l'art français au moyen âge.

Ce portail, établi sur le flanc nord de la nef, fut édifié dans la première moitié du XIIIe siècle. C'était alors l'entrée principale de l'église, par la situation toute particulière de la cathédrale, clôturée, ainsi qu'il a été dit précédemment, au sud et à l'ouest; ce portail était placé, sinon heureusement comme disposition régulière, du moins raisonnablement, car il aspectait le centre de la ville.

Le nom de portail Royal, sous lequel il est désigné dans la Chronique bordelaise, rappelle que cette entrée était spécialement réservée aux rois et aux grands personnages ; c'était un portail d'honneur.

N'y a-t-il pas lieu de penser que cette dénomination de portail Royal ne date que de la construction du chœur? Les lois de la symétrie et les dispositions adoptées pour l'agrandissement de l'édifice exigeaient deux entrées aux extrémités opposées des transsepts ; mais l'ancienne porte du nord n'était plus nécessaire, elle fut réservée pour les occasions solennelles.

En 1826, ce portail éprouva de graves mutilations. L'ancienne sacristie, placée depuis longtemps dans le bascôté gauche du chœur, à l'entrée des chapelles et attenant à l'ancienne Trésorerie, fut transférée à l'extérieur de la nef au nord de la cathédrale.

Le portail Royal présente un développement de 7,80 m de largeur, sur une hauteur de 9,36 m. Le tympan et les voussures : sur le tympan est figuré « le Christ au jour du jugement, nu, montrant ses plaies; des anges tiennent les instruments de la passion, la Vierge et Saint-Jean à genoux implorent le divin Juge. » Cette citation indique d'une manière générale la composition du tympan. Au-dessus du linteau, le Christ, assis, nimbé, du nimbe crucifère, la tête fixe, le visage calme, encadré de longs cheveux bouclés et d'une barbe fine; de l'épaule gauche du Sauveur descend une draperie enveloppant le bras, une partie des jambes et les mains, actuellement brisées, présentaient les traces des clous.

A droite du Christ, un ange tenant la croix (cassée), la Vierge à genoux, à la suite un ange portant une lance (aujourd'hui brisée), puis un troisième ange, de plus petite dimension, sonnant de la trompette (l'instrument a disparu). A gauche du Christ, un ange pressant sur sa poitrine une couronne (brisée); Saint-Jean à genoux; un deuxième ange avec la colonne, puis un troisième sonnant de la trompette (l'instrument a disparu) comme celui de l'extrémité opposée.

Au-dessus de ce bas-relief, séparé par une guirlande de chêne, apparaissent deux anges, tenant l'un le soleil, l'autre la lune  Détail du tympan Détail du tympan du portail Royal
Les anges tenant l'un le soleil, l'autre la lune
MIME : image/webp


A gauche de cette composition, un ange indique le Christ triomphant Le Christ triomphant
MIME : image/webp
un deuxième élève la tête en signe d'extase, un troisième est agenouillé ; à droite, un ange les mains jointes, un deuxième la tête inclinée (car trop grand), un troisième agenouillé.

Sur le tympan, trois scènes: la Résurrection des morts ; des rois, des évëques, des femmes, des enfants sortant de leurs tombeaux et d'autres figures nues soulèvent la pierre de leur sépulcre.

Au-dessus, le Christ nimbé du nimbe crucifère et entouré de six anges, quatre portant les instruments de la passion, la couronne, la croix, la lance et la colonne ; entre les anges, la Vierge et saint Jean agenouillés. A l'extrémité du cadre, deux anges sonnant de la trompette ; dans ce dernier tableau, huit anges : les deux du centre portant la figure des astres qui éclairent la terre ; ceux des extrémités, agenouillés.

Quatre voussures : sur la première, la plus resserrée, dix anges, l'un d'eux, le plus bas, à gauche, foulant aux pieds un dragon. Les deux qui occupent les deux sommets de l'arc soutenant chacun une couronne. Au deuxième arc, même nombre d'anges portant des custodes, des encensoirs, des chandeliers. La statue de l'ange qui porte un ostensoir est moderne. Au troisième arc, quatre anges chargés de triples paires d'ailes, ayant sous les pieds des roues, symbole de la vitesse avec laquelle ils doivent exécuter les ordres de l'Eternel ; six autres statues représentant des femmes tenant des lis ou des palmes, des martyrs. Au quatrième et dernier arc, douze personnages portant la plupart des livres déroulés, des docteurs la lyre indiquant David, l'équerre saint Thomas. Deux rangs de feuillages encadrant cet arc dans le plus élevé, des oiseaux becquetant des fruits. De chaque côté, contreforts décorés de statues, l'une d'elles représentant saint Antoine.

Les divers personnages des arcatures sont abrités par des dais formant piédestal à la statue supérieure. Les dernières consoles formant aussi des dais pour les statues des pieds-droits, présentent de fort élégants dessins de châteaux.

Autour du tympan se développent quatre successions d'archivoltes ornées de fines et délicates statuettes, rappelant par la grâce de leurs poses et de leurs ajustements les images célestes du frère Angelico da Fiesole (Fra Angelico - Le Peintre des anges).

Dans la voussure interne sont placés dix anges à deux ailes, quelques-uns vêtus d'une simple robe traînante, et d'autres d'amples tuniques à larges manches. Les huit anges des claveaux inférieurs sont debout, dans une attitude calme, les mains jointes ou légèrement espacées sur la poitrine. La première de ces statuettes, à gauche du spectateur, a sous les pieds deux animaux: l'un ailé, un dragon; l'autre est à peine dégrossi. Au sommet de la voussure, deux anges, également debout, tiennent des couronnes élevées sur la tête du Christ.

La deuxième archivolte présente un même nombre d'anges, vêtus comme les précédents, portant le même nombre d'ailes et tenant des encensoirs et des vases sacrés. (Une de ces statuettes est moderne et contraste désagréablement avec l'ensemble de ces voussures.) « Les encensoirs fumant indiquent le ministère des anges chargés de porter au trône de Dieu le parfum de nos prières. » (Institution de l'art chrétien, Tome II, p. 96.)

Aux claveaux supérieurs de la troisième archivolte, quatre chérubins chargés de triples paires d'ailes et reposant leurs pieds nus sur des roues, image de la vigilance de ces messagers célestes. Puis au-dessous, six vierges ou martyres tenant des livres fermés et des palmes.

A la quatrième et dernière archivolte, douze personnages de divers ordres de bienheureux; les apôtres saint Thomas avec son équerre et saint Jacques-le-Majeur avec son bourdon et ses coquilles; le roi David portant sa harpe; des prophètes ayant en mains des phylactères; des vieillards rois, vêtus de longs manteaux et couronnés. Toutes ces figures, trois exceptées, portent la barbe et les cheveux longs.  Quatrième archivolte La quatrième et dernière archivolte
MIME : image/webp

La culée ou contrefort de Gramont

Un grand massif d'architecture qui ressemble à la façade d'une église, fut construit en 1533, pour servir d'arc-boutant à cette partie de la voùte de la nef qu'un tremblement de terre venait de renverser.

L’arc-boutant situé entre les 4e et 5e travées est appelé « contrefort de Gramont », du nom de son commanditaire, dont les armoiries figuraient au 1er niveau. Il s’agit de l’archevêque Charles de 1530 à 1544. Dans la 5e travée, s’ouvre le Portail royal qui était jusqu’au percement du portail sud dans les années 1320 la porte d’entrée principale de la cathédrale, du moins la plus renommée car la plus proche de l’archevêché. Entre cette porte et la tour occidentale du transept, subsiste l’une des deux sacristies construites en 1826-1829 dans le style gothique par l’architecte Alexandre Poitevin.

Ce contrefort est une grande colonne de 7 mètres sur 3 à la base, dominée par un curieux ouvrage en pierre. Une sorte de mini-chapelle comme on peut en voir dans les cimetières. La restauration réalisée ces derniers mois a fait ressurgir une multitude de sculptures dont une fresque tout à fait étonnante à mi-hauteur, une vraie dentelle en pierre avec des animaux et des personnages travaillés avec une finesse remarquable.

Contrefort Le contrefort de Gramont
Coupe du portail vers l'ouest - Arc et culée de Gramont © DRAC Aquitaine - MIME : image/webp
  Contrefort Le portail Royal et le contrefort de Gramont
MIME : image/webp

Le Portail Nord

Tympan de la porte nord Tympan de la porte nord de la cathédrale Saint André
Représentation de trois épisodes de la vie de Jésus-Christ - Son sacrifice (la Cène), sa glorification (l'ascension) et son apothéose (assis et triomphant)
En pied-droit la statue de Clément V
MIME : image/webp
Tympan de la porte nord Tympan de la porte nord de la cathédrale Saint-André
© Jean-Christophe BENOIST - MIME : image/webp
Tympan de la porte nord La Cene de Jesus-Christ et sa glorieuse Ascension
MIME : image/webp
Pied-droit porte nord Pied-droit porte nord de la cathédrale Saint-André
Statue de Clément V - Bertrand de Goth
MIME : image/webp


La construction du portail du transept nord de l'église Saint-André de Bordeaux peut être fixée d'une manière assez précise au milieu du xive siècle. Elle marque la fin des grands travaux entrepris cent ans auparavant par l'archevêque de Bordeaux Géraud de Malemort et continués grâce aux libéralités d'un de ses successeurs, Bertrand de Goth, devenu pape en 1305 sous le nom de Clément V (en réalité statue de Saint-Martial - Tête et bras refaits librement en 1804).

L'évasement de ce portail est de 8,65 m et son élévation, du sol au sommet de l'arc ogive externe, est de 11 mètres. Sur le trumeau ou pilier central est la statue en pierre, du pontife Bertrand de Goth, archevêque de Bordeaux de 1300 à 1305 et la même année élu pape sous le nom de Clément V. Le Souverain Pontife est debout, un riche dais couvre sa tête, ceinte de la tiare, il est revêtu d'une ample chasuble, ses mains sont gantées, il élève la main droite pour bénir, et ses pieds, chaussés de souliers, reposent sur un coussin.

Dans les ébrasements du portail, reposant sur des piedsdroits, placées dans des niches et recouvertes de riches dais, sont rangées six statues, également en pierre et de grandeur naturelle. Mgr Donnet décrit ainsi ces statues : « Les six évêques, placés trois à droite et trois à gauche du Pape, dans les niches à pieds-droits, sont aussi bien conservés que Clément V: ils n'ont subi aucune notable mutilation; c'est un bonheur pour l'art et une gloire pour le pays. Ce sont évidemment des personnages du temps, leurs figures ont ce style de finesse et d'intelligence qui caractérise le XVe siècle, gardant toutefois la simplicité de l'époque. Ils sont rasés, gantés et chaussés; leurs mitres sont unies et basses. Deux sont vêtus de chasubles à étoffe tombante; deux de chappes également tombantes; deux de dalmatiques à larges manches, fendues lattéralement aux deux côtés et ornées d'une frange; tous sont placés sur des coussins. Ces figures, au point de vue de la statuaire, sont d'une grande beauté.

Ebrasements gauche du portail Ebrasements gauche du portail
MIME : image/webp
Ebrasements droit du portail Ebrasements droit du portail
MIME : image/webp


Selon « MEAUDRE DE LAPOUYADE - LA STATUE DE CLÉMENT V - A LA CATHÉDRALE SAINT-ANDRÉ - Extrait de la Revue historique de Bordeaux et du déparlement de la Gironde - V e Année, n° 1, janvier-février 1912 », les têtes de Clément V et de l'évêque situé à sa droite auraient été refaites car décapitées à la révolution. Et de conclure :

Et, pour notre part, nous eussions mieux aimé une statue de Clément V décapitée et incomplète, mais dont la nature et la beauté seraient demeurées intactes, qu'une statue à laquelle rien ne manque sans doute, mais affublée d'une tête d'occasion qui suffit à la déshonorer. Ces restaurations, déjà si condamnables au point de vue de l'art, ne le sont pas moins au point de vue de l'archéologie elle-même, de cette science archéologique au nom de laquelle on ne craint cependant pas de les faire, car tout en faussant l'éducation de l'oeil, elles fraudent aussi la vérité historique et peuvent devenir la source de regrettables erreurs. L'histoire de notre statue en est la preuve.  Clément V La forme de la tiare, serait une restitution du XVIe siècle
MIME : image/webp
Clément V Photo du 19 août 2015
MIME : image/webp


Dans le tympan de la porte Nord, divisé en trois parties par des nuées, sont représentés trois épisodes de la vie de Jésus-Christ : son sacrifice, sa glorification et son apothéose.

Le premier bas-relief, dans la partie inférieure, est la Cène pascale; le Christ, assis au milieu de ses apôtres, leur annonce la trahison de l'un d'eux: « En vérité, en vérité, je vous le dis, un de vous me trahira. » Au centre du tympan, l'ascension: les apôtres, rangés en deux groupes, élèvent leurs regards vers le Christ, disparaissant à moitié dans les nuages. Enfin, le bas-relief supérieur a pour sujet le Fils de Dieu, assis et triomphant, entouré d'anges; les deux plus rapprochés du Christ sont debout et tiennent, l'un le voile de Véronique, et l'autre la lance de Longin. Les deux anges des extrémités du bas-relief sont couchés; celui de droite tenant le soleil et celui de gauche la lune. Comme il est facile de le remarquer, cette dernière scène est inspirée d'une partie du bas-relief décorant le tympan du portail Royal.

Trois rangs de statuettes décorent l'épanelage des trois voussures : à la voussure interne, dix anges tiennent des couronnes; à celle du centre, les douze apôtres; Saint-Pierre, Saint-Paul, Saint-André et Saint-Jean sont plus particulièrement reconnaissables. Plusieurs de ces figures ont été refaites, d'autres sont encore mutilées. A la dernière voussure, les patriarches et les prophètes, au nombre de quatorze; Moïse portant les tables de loi; David sa harpe, et d'autres tenant en mains des phylactères.

Toutes ces petites figures, soigneusement travaillées, reposent sur de riches consoles et sont abritées sous de petits dais ajourés d'une exécution merveilleuse; ce n'est plus de la statuaire, mais une belle et délicate ciselure.

Le Portail du midi

Portail du midi Portail du midi
MIME : image/webp


Phases construction portail du midi Appartient au XIVe siècle, mais l'ornementation dut être exécutée à de longs intervalles et par plusieurs artistes ; de là sans doute ces divergences de manière et de style entre les basses-œuvres et les voussures (Photo indiquant les phases de construction - M. Schlicht).

D'après quelques chroniqueurs des derniers siècles, ce portail aurait subi de graves mutilations. « Sur le tympan de cette porte, est une belle image de la Vierge en relief et au-dessus a été taillée dans la pierre l'image de son assomption et un ange qui appelle les âmes au jugement. Ce tympan, d'après M. Bernadau (Viographe bordelais), fut enlevé en 1793, parce qu'il gênait la circulation des charrettes de foin qu'on emmagasinait alors dans cette église.

Si la porte méridionale a moins de développement et plus de sobriété dans sa décoration que les deux portes du Nord, il faut bien tenir compte de l'époque et du lieu de son édification ; elle ne communiquait qu'avec la Sauvetat de SaintAndré, et ne donnait accès dans l'église qu'aux personnes résidant dans les dépendances du chapitre et rarement à la population bordelaise. Au moyen âge, tout le terrain compris entre la façade méridionale de la cathédrale et le l'eugue, dont les eaux baignaient les murs de ville à quelques mètres de cette porte, était la partie privative du clergé.

Avant de décrire l'êtât actuel de ce portail, une autre remarque doit être faite: ce n'était point au midi, dans les monuments des XIIe et XIIIe siècles du nord et du centre de la France, que se trouvait le portail consacré à la Très-SainteVierge, mais bien sur la façade septentrionale.
« Le Nord est la région des frimas et des orages, c'est-à-dire des passions et de l'endurcissement dans le péché ; c'est ainsi que saint Augustin voit revenir du Septentrion l'enfant prodigue quand il reprend la route du toit paternel. Les commentateurs d'Ézéchiel ne parlent pas autrement et c'est aussi pourquoi les vieux architectes consacraient le portail septentrional à Celle qui est le refuge des pécheurs et la Mère de la miséricorde. C'est le fanal du retour, signalant les plages funestes où le navigateur imprudent court se briser; c'est un cri de rappel qu'on lui adresse et une invitation à se jeter dans le port. »

La porte méridionale est actuellement sans trumeau ; sa hauteur, du sol au faîte de l'archivolte externe, est de 9,30 m et ses ébrasements donnent un développement de 7,05 m.

Dans les voussures se présentent trois rangées de statuettes ainsi divisées: premièrement, dix anges à deux ailes et très habilement drapés ; au deuxième rang, la parabole des vierges sages et des vierges folles: les premières tiennent leurs lampes droites pour éclairer le retour de Jésus-Christ ; les secondes, élégamment vêtues, portent leurs lampes vides et renversées.

Enfin, à la dernière voussure apparaissent les douze apôtres.

Plusieurs de ces statuettes, malheureusement mutilées, sont bien composées, gracieuses de poses, d'arrangement et présenteraient une grande finesse d'exécution si le pinceau du badigeonneur les avait respectées. Un débadigeonnage intelligent et l'enlèvement d'un énorme abat-vent coupant le pignon triangulaire de cette entrée, rendraient à l'ensemble de ce portail un aspect beaucoup plus heureux et surtout plus digne.

Dans les ébrasements se voient huit niches, veuves de leurs statues. Les piédestaux représentent des groupes d'animaux et des personnages luttant entre eux. Des bas-reliefs, remarquables par l'esprit de leur facture et portant les caractères de la première moitié du XIVe siècle, décorent les basses œuvres de cette porte. Ces compositions, par leur état de vétusté, sont incompréhensibles et prêtent aux conjectures les plus multiples et les plus hasardées. Mgr Donnet et M. de Lamothe acceptent la première scène de droite comme se rapportant à la légende de Saint-Nicolas ; mais y a-t-il une suite dans ces bas-reliefs? Si les antiquaires trouvent parfois un certain charme à vouloir expliquer le sens mystérieux de ces vieilles sculptures, n'est-il pas plus simple, comme l'a fort bien dit M. Didron en parlant de l'iconographie hiératique du XIVe siècle, de ne voir dans ces sculptures « qu'une symbolique vague, décousue, incomplète, qui se trouve là par habitude et comme ornement. »

Voici l'analyse de ces bas-reliefs, encadrés isolément dans des quatre-feuilles. Côté droit:

1° Trois enfants dans un baquet, portes sur des vagues ou sur des nuages ; ce bas-relief se rapporterait à la légende de Sainl- Nicolas.
2° Personnage appuyant la main droite sur la tète d'un enfant agenouillé.
3° Groupe de trois femmes, deux agenouillées et la troisième debout.
4° Groupe également de trois personnages, le plus apparent se soutient sur des béquilles.
5° Un personnage imberbe tient de la main gauche un tout jeune enfant qu'il paraît guider et conduire.

A gauche:

l° Un personnage tête nue, cheveux longs, portant la barbe, vêtu d'une longue tunique ; il semble bénir de la main droite de petites figures mutilées et placées à ses côtés. M. l'abbé Bourrasse croit reconnaître dans ce bas-relief le sujet des paroles de Jésus-Christ: « Laissez venir à moi les petits enfants. »
2° Un évêque, à mitre basse, tenant sa crosse ; des personnages assis paraissent l'écouter.
3° Sculpture très-fruste ; on y distingue un personnage barbu, enveloppé d'un ample vêtement, debout et la tête recouverte.
4° Bas-relief très-mutilé, où se voient confusément trois petites figures.
5° Personnage les mains levées sur la tête de deux petites figures agenouillées. Ce bas-relief est à moitié engagé dans le pilier.

Dans les intervalles des quatre-feuilles se comptent douze petits compartiments occupés par des sculptures, dont trois représentent évidemment des signes du zodiaque : une écrevisse, un capricorne, un sagittaire.

L'ogive de la porte est surmontée d'un pignon (aujourd'hui tronqué) dont les rampants sont ornés de crochets. A la naissance de l'archivolte externe se trouvent des figures grimaçantes et au dessus de la porte, des corbeaux ornés de têtes d'une exécution grossière. Il serait oiseux d'analyser plus amplement tous ces détails de sculpture.

Ornementation extérieure

L'analyse des trois portails de la cathédrale Saint André, où la décoration présentait dans son ensemble le développement d'une seule composition, soit la glorification du Fils de Dieu ou de la Vierge, viennent les motifs isolés concourant à l'ornementation de l'édifice : tels sont les statuettes, les consoles historiées, les gargouilles et les pinacles. Cette ornementation n'avait pas toujours pour but d'enlever au nu des murs leur monotonie, de donner aux masses des profils plus élégants, plus légers, mais de cacher, sous une forme gracieuse ou bizarrement animée, des accessoires essentiels à l'usage et à la solidité de l'édifice.

Le flanc méridional de la cathédrale longeant la nef, présente une suite d'arcs-boutants élevés à diverses époques et dans le but de contre-bouter la poussée incessante des murailles. Ces contre-forts indiquent, par la variété de leurs formes et le système de leur décoration, qu'ils appartiennent aux XIIIe, XIVe et XVe siècles. Ces derniers, les plus lourds et les plus massifs, furent élevés à la suite de la reconstruction d'une partie des voûtes de la nef, renversées par un tremblement de terre.

Le tremblement de terre

Le tremblement de terre

De Lurbe - « 1427 — Le tremblement de terre est si grand à Bourdeaux le jour de la Chandeleur, que la voûte de la grand nef Saint-André, à l'endroit du lieu où sont à présent les orgues, tomba à terre. »

l'invraisemblance de la date affectée par De Lurbe au tremblement de terre qu'il relate. Ce phénomène, s'il eut lieu, n'a pu se produire, évidemment, qu'en 1527 et l'erreur commise à cet égard par De Lurbe n'a pas d'autre cause que celle afférente à la date supposée du choeur de Saint-Pierre, c'est-à-dire une confusion du chiffre réel 5 avec le chiffre 4, figurés souvent de la même manière dans les manuscrits de l'époque.

De plus, selon le registre écrit de 1419 à 1430, et de la main même de Pierre Berland. On y trouve relatés des faits et des documents divers d'un grand intérêt, mais pour les années 1426 et 1427 il n'est aucunement question de tremblement de terre, ni de chute de voûtes dans la cathédrale.

PROBLÈMES D'ARCHÉOLOGIE - AU SUJET DES égliseS - SAINT-PIERRE, SAINT-ANDRÉ ET DU CLOCHER PIERRE BERLAND
Monsieur et Marquis de Castelnau d'Essenault -1881

Ce qu'il faut bien plutôt admettre comme probable, ou même certain, c'est que, bâties au commencement de l'ère ogivale, alors qu'on ne connaissait que très imparfaitement les lois d'équilibre et de stabilité du nouveau système de construction, les voûtes primitives de Saint-André avaient été élevées dans des conditions défectueuses de solidité et de durée. Elles recouvraient une nef dont la hauteur et la largeur étaient, en effet, exceptionnelles, et leurs contreforts, sans arcs-boutants, n'opposaient pas une résistance suffisante aux poussées.

En févier 1527, les voûtes des quatre dernières travées s'écroulèrent de vétusté et c'est alors que, sous l'épiscopat et grâce à la munificence de Jean de Foix, elles furent reconstruites sur le plan et dans le mode où nous les voyons encore aujourd'hui.

L'ensemble de ces contre-forts, vu du préau des cloîtres, donne à cette partie de la primatiale une silhouette d'un pittoresque fantastique, mystérieux, complété par la présence incessante d'oiseaux sauvages, volant en rond et s'élançant des pinacles aux flèches.

Les crochets du XIIIe siècle, ornements particulièrement adoptés à cette époque pour la décoration des frises, les rampants des pignons, les gorges des archivoltes, apparaissent à Saint-André du côté du midi, proche la tour occidentale et au-dessus des premières croisées.

A l'étage supérieur, au-dessous du bahut, se trouvent de petites arcatures ogivales supportées par de petites consoles en forme de figurines d'un profil très-caractérisé. La ligne du bahut, en cet endroit, est coupée par un petit pinacle, sur plan carré, dans le style du xme siècle.

Immédiatement après la porte du midi, à l'extérieur des chapelles du chœur, se développe toute la riche ornementation de la cathédrale, portant dans son ensemble l'empreinte du xive siècle. Les balustrades fleuronnées, les sommets des clochetons, les clochetons eux-mêmes sont fouillés et ciselés avec une délicatesse infinie ; ces choux frisés, ces figurines, ces animaux décorant l'extrémité des pinacles ou des gargouilles, dénotent une étude très-exacte de la nature, et le mé rite de leur exécution ne peut être réellement apprécié qu'en parcourant la galerie couronnant les chapelles de l'abside.

Parmi les statues du XIVe siècle décorant extérieurement le chevet de la cathédrale, deux surtout se distinguent par l'heureux agencement de leurs draperies et par le sentiment élevé de leur caractère. Ces statues en pierre, de grandeur naturelle, se trouvent placées dans des niches pratiquées à l'un des contre-forts de l'abside, vers le nord ; elles sont nimbées et représentent : celle placée dans la niche orientale, l'apôtre saint Thomas, tenant une équerre ; et la deuxième, sur le côté septentrional, la Magdeleine, en costume de courtisane du moyen âge, et portant un petit vase de parfum.

Les Vitraux

Vitrail 1 Vitrail de la cathédrale Saint André
MIME : image/webp
Vitrail 2 Vitrail de la cathédrale Saint André
MIME : image/webp
Vitrail 3 Vitrail de la cathédrale Saint André
MIME : image/webp
Vitrail 4 Vitrail de la cathédrale Saint André
MIME : image/webp
Vitrail 6 Intégration des vitraux dans la nef de la cathédrale d'Amiens
Viollet le Duc
Dictionnaire raisonné de l'architecture française
MIME : image/webp
Vitrail 7 Intégration des vitraux dans la nef de la cathédrale d'Amiens
Viollet le Duc
Dictionnaire raisonné de l'architecture française
MIME : image/webp


La réalisation de vitraux médiévaux nécessite des financements importants, les maître-verriers, bien qu'anonymes à l'origine (quelques noms nous sont parvenus à partir de la Renaissance, tels Arnoult de Nimègue, Engrand Leprince, Romain Buron, Dominique Florentin, Jean Soudain, Mathieu Bléville, Arnaud de Moles, Valentin Bousch), étant des artistes très bien rémunérés.

Fabrication lire : Viollet le Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 9 - Page 373

Ainsi deux tiers du budget d'une cathédrale est consacré aux vitraux, un tiers à l'architecture. Le financement des vitraux est d'abord assuré par des donations de prélats, de nobles puis à partir du XIVe siècle par les corporations et les grands bourgeois qui jouent les mécènes dans les chapelles latérales et se retrouvent dans les fabriques paroissiales qui prennent le pas sur les évêques.

C'est aussi pour toute la symbolique de la lumière que l'on avait recours aux vitraux durant le Moyen Âge et plus particulièrement pendant la période dite gothique. Selon Vitellion, intellectuel du XIIIe siècle, on distingue deux sortes de lumières : la lumière divine (Dieu) et la lumière physique (la manifestation de Dieu). Les vitraux étaient alors chargés de transformer la lumière physique en lumière divine, autrement dit de faire entrer la présence divine dans la cathédrale. En outre, la lumière provenant des vitraux a pour but de délimiter un microcosme céleste au cœur de l'église.

Le tremblement de terre qu'éprouva la ville de Bordeaux dans la première partie du XVe siècle et dont l'effet renversa les voûtes de la nef, l'incendie de 1787, puis l'état d'abandon dans lequel la cathédrale fut laissé de 1793 à 1803, expliquent suffisamment la disparition presque complète de toutes les verrières.

A la réouverture des églises, des carreaux incolores remplacèrent en grande partie les anciens vitraux ; aussi, de ces derniers, ne voyons-nous aujourd'hui que quelques rares fragments.

Comme dans le chœur, les croisées de la nef étaient également pourvues de verrières, dues aux libéralités de Mgr Arthur de Montauban, archevêque de Bordeaux, de 1467 à 1478 ; elles ont totalement disparu.

Dans le transept, la rose nord (dont les menaux ont été refaits entièrement en 1847 sous la direction de M. Mialhe, architecte), était représentée la passion du fils de Dieu, don de Mgr Antoine-Prévot de Sansac, archevêque de Bordeaux, de 1560 à 1591. Cette rose possède encore plusieurs anges tenant les instruments de la passion et au-dessous la figure de saint André.

La rose méridionale était décorée de l'image de la Vierge, de l'Enfant-Jésus et de fleurs, qui rappelaient encore la consécration de la porte du midi.

La majorité des vitraux de la cathédrale Saint André datent du XIXe siècle. Ils sont l’œuvre du maître-verrier Joseph Villiet et ont été installés entre 1857 et 1860 dans les chapelles Notre-Dame-du-Mont-Carmel et Saint-Joseph.

Les verrières de la chapelle de Notre-Dame-du-Mont-Carmel présentent des scènes de la vie de la Vierge, de Joseph et du Christ.
Celles de la chapelle Saint-Joseph racontent la vie de Joseph, patron des charpentiers. Ces épisodes sont accompagnés de représentations de métiers et de leurs saints patrons : saint Eloi (orfèvres), sainte Geneviève (bergers), saint Martin (sculpteurs et tailleurs de pierre), saint Crépin (cordonniers), sainte Gudule (tisserands), saint Bénezet (architectes et maçons), saint Isidore (vignerons), saint Julien (pêcheurs), sainte Zita (fileuse de laine), saint Daggeas (fondeurs de cloches), saint Toar (potiers), saint Candide (laitiers), saint Honoré (pâtissiers), saint Lazare (dessinateurs et enlumineurs).
Les verrières hautes du chœur représentent des prophètes, patriarches, apôtres et saints.

Les grandes orgues

orgues 1 Les grandes orgues de la cathédrale Saint André
MIME : image/webp
orgues 2 Les grandes orgues de la cathédrale Saint André
MIME : image/webp
orgues 3 Les grandes orgues de la cathédrale Saint André
MIME : image/webp
orgues 4 Les grandes orgues de la cathédrale Saint André
MIME : image/webp
orgues 5 Les grandes orgues de la cathédrale Saint André
MIME : image/webp


La tribune de l'orgue, dans le style de la renaissance, placée à l'entrée de la nef, fut élevée en 1531, sous Charles de Grammont. Ce prélat, qui avait fait édifier le contre-fort extérieur dont il a été déjà parlé, est un des archevêques de Bordeaux qui ont laissé des preuves nombreuses de son zèle pour l'embellissement de la cathédrale.

Antérieurement aux travaux dirigés par M. Combes, en 1810, voici, d'après un rapport manuscrit de cet architecte, la disposition de la tribune de l'orgue : « Elle était composée de quatre arcades ; une des piles se trouvait placée dans le milieu. Cette tribune n'avait que 3 mètres de largeur », plafonnée en grandes pierres plates ornées de losanges en dessous.

Ces dispositions, empêchaient l'ouverture de la porte principale projetée de la place Rohan ; la tribune, qui avait été démolie, fut reconstruite avec les mêmes matériaux, mais sur un nouveau plan, seulement avec trois arcades. La suppression d'une des anciennes arcades permit de placer une niche de chaque côté, décorées d'enfants et d'arabesques avec des couronnes de lauriers où l'on a placé la lettre initiale du nom de Sa Majesté l'Empereur et Roi (Ces initiales ont disparu).

Le sol de la place du côté du palais Rohan étant plus élevé que celui de la nef d'environ 1,60 m, il a fallu établir la tribune à cette hauteur au moyen d'un très-grand perron.

La tribune fut élargie de 2 mètres environ et voûtée en arc de cloître, formant trois carrés égaux, au milieu des quels il y a un caisson avec des losanges ornés de belles rosaces antiques.

En 1535, dans la cathédrale Saint André, se trouvent les plus belles et les plus grandes orgues de toute la chrétienté. Malheureusement, sous la Révolution, les orgues sont vendues et les tuyaux fondus pour l'armée. En 1804, l'orgue de la Réole, œuvre du facteur toulousain Jean-Baptiste Micot (1766), est transféré à Saint-André. Mais cet orgue s'avère insuffisant pour la Primatiale. En 1810, cet instrument est à nouveau démonté afin de permettre la réfection de la tribune et l'on songe à échanger l'intérieur de cet orgue avec celui de l'abbatiale Sainte-Croix construit par Dom Bedos de Celles en 1748. L'échange est décidé définitivement un an plus tard.

Les buffets restent cependant à leur place respectives. À cette occasion le buffet de Micot installé à la Cathédrale est modifié pour permettre la l'instrument de Dom-Bedos d'y prendre place. Le résultat est extrêmement décevant : autant l'orgue de Dom Bedos sonnait magnifiquement à Sainte-Croix, autant l'instrument transféré à la cathédrale semble perdu dans cette grande nef d'un volume de huit à dix fois supérieur.

De 1837 à 1841, le facteur Henry effectue une nouvelle restauration et remplace les deux ailes convexes du grand buffet par les deux ailes concaves actuelles. Entre 1875 et 1877, le facteur Georges Wenner remplace l'ancien récit de deux jeux par un grand récit expressif de 14 jeux et substitue la mécanique directe du clavier du grand orgue et celle des basses du récit par des machines pneumatiques Barker .

Par la suite, l'orgue est modifié à plusieurs reprises tout au long du XXe siècle avant que la restitution de celui construit par Dom Bedos en 1748 à Sainte-Croix, et la construction d'un orgue neuf à la Cathédrale ne soient décidés.

Les nouvelles grandes orgues, construites par la Société Danion-Gonzalez dans l'ancien buffet restauré, sont inaugurées en 1982. L'imposant buffet, classé Monument Historique, compte parmi les plus grands de France avec une envergure de 15 mètres.

L'orgue de chœur a été construit en 1873 par Georges Wenner. Il fut électrifié par Joseph Beuchet en 1970 et réharmonisé par Claude Berger en 1992.

La Tour Pey-Berland

Pierre Berland ou Pey Berland

Pierre Berland ou Pey Berland

Pierre Berland ou Pey Berland

Pierre Berland ou Pey Berland, est un homme d'église français des XIVe et XVe siècles. Il est archevêque de Bordeaux de 1430 à 1456.

Il naquit dans les années 1370 à Saint-Raphaël (sur la commune d'Avensan) dans le Médoc. Raimond de Bruges, un notaire, lui enseigna dans sa jeunesse les rudiments du savoir. À la mort de son père, il fut placé à Bordeaux afin de recevoir l'enseignement nécessaire à la profession cléricale. Puis, il fut envoyé à l'université de Toulouse où l'archevêque François Uguccione le prit à son service. Au décès de son mentor, il rentra à Bordeaux où il se vit confier par le chapitre la cure de Bouliac. Puis, après avoir eu la responsabilité de secrétaire et de trésorier adjoint du chapitre, il fut élu le 13 août 1430 archevêque de Bordeaux.

Cet homme d'église marqua l'histoire de la ville de Bordeaux au Moyen Âge par son action. En effet, l'Aquitaine anglaise connaissait alors une crise matérielle, morale et économique dont l'église subit les répercussions (la vie religieuse fut bouleversée, les églises furent pillées, le culte négligé). Pey Berland lutta pour rétablir l'image de l'église dans son diocèse. C'est ainsi qu'il fit entreprendre la réfection de l'église paroissiale de Bouliac. Il tint également à faire placer des bas-reliefs dans l'église Saint-Pierre d'Avensan, mais le plus célèbre monument qu'il fit élever reste la célèbre tour qui porte son nom, construite derrière l'abside de la cathédrale Saint-André à Bordeaux.

Il est en outre à l'initiative de la création de l'Université de Bordeaux, de l'hôpital Saint-André, et de plusieurs collèges dans la ville.

Pey-Berland en posa la première pierre l'an 1440 et le second des Calendes d'Octobre, c'est-à-dire le 6 de ce même mois.
En creusant le sol, disent quelques historiens, on découvrit une fontaine jaillissante, que plusieurs ont prise pour la fameuse fontaine Divone. chantée par le poète Ausone. Là ne se trouvait pas la source première de ces eaux qui circulaient dans tous les quartiers de la cité, et qui venaient, comme nous l'apprend le chantre Bordelais, d'une source inconnue, mais il paraît certain que le réservoir général de la Divine Fontaine et des autres sources qui alimentaient Bordeaux, était sur la place de Saint-André, c'est ce qu'atteste évidemment cette inscription lapidaire gravée sur la tour et qu'on lit encore sur le côté de sa base, faisant face à là place Pey-Berland.

Bis quadram quicumque oculis turrim aspicis æquis,
Mille quadringentis quadragliita labentibus annis
Felicibus cæptam auspiciis, nonasque secundo
Octobris : tantùm certò scito esse profundam
Fons propè prosiliens quantùm tenet. Hîc quoque primus
Subjecit lapidem Petrus, archipræsul in urbe
Burdigalæ, cujus plebs collæletur in ævum.


" O toi qui contemples cette tour, laquelle repose sur huit piliers, apprends qu'elle fut heureusement commencée la veille des Noues d'Octobre de l'an 1440. Ses fondements s'étendent aussi loin dans la terre que la fontaine qui jaillit à tes regards. La première pierre en fut posé par Pey-Berland, Archevêque de Bordeaux ; puisse son peuple s'en réjouir éternellement. "

Inscription Inscription lapidaire gravée sur la tour
MIME : image/webp

Rien n'avait été épargné pour la solidité de cet édifice, ni le choix des matériaux, ni le prix de la main-d'œuvre. En effet, les comptes et Archives de la fabrique de Saint-André, nous apprennent qu'on employa la pierre de liais, de cliquart et de haut-banc franc, du bassin de Bourg. Cette pierre coûtait 20 sols, et le moëllon 20 deniers le chariot.
De plus, une quittance de 251 livres 5 sols a été conservée et se rapporte à 169 toises d'ouvrage de maçonnerie (336 mètres environ).

Avant l'achèvement complet de la tour, disent encore les mêmes documents, la fabrique autorisa l'achat de 90 pieds (30,26 m) dë pierre de liais, au prix de 3 sols 4 deniers le pied, pour la confection des gargouilles ou gouttières saillantes, en forme d'animaux fantastiques, dont la gueule rejette les eaux pluviales assez loin du pied des murs de l'édifice.

Le 5 Décembre 1574, le clocher avait vu, sans fléchir, passer sur sa tête un affreux ouragan qui bouleversa la capitale de la Guienne et fit tomber dix-huit pieds environ de sa glorieuse rivale, la tour de Saint Michel.

En 1617, la foudre emporte une grande partie de sa flèche.

En 1793, le peuple, dans un moment de fureur toujours déplorable quand il s'attaque à un monunmeut de l'art et de la religion, vint ajouter aux désastres de la foudre, en portant le marteau de la destruction contre les flancs de ce monument si pieux et si national.

Cette tour, ainsi mutilée, passa dans les mains de la caisse d'amortissement et le directoire du district de Bordeaux procéda à sa vente publique le 23 avril 1793. Les enchères cédèrent en faveur du sieur Lavallette pour la somme de 18,000 francs. Une des clauses de l'acte portait que ledit clocher serait démoli dans le délai de trois mois. L'acquéreur se mit promptement en mesure de remplir la condition de son marché, et parce que le marteau était, sans doute, impuissant à détruire assez vite une construction si massive, il fit, dit-on, jouer la mine. C'est alors que la flèche octogone fut entièrement abattue et couvrit de ses débris la plus grande partie de la place Saint-André.
Mais, probablement vaincu par les difficultés de cette démolition, et ne pouvant l'effectuer dans les trois mois prescrits, Lavallette s'attacha à rentrer dans les débours de son achat. Il y parvint aisément par l'extraction du fer, du plomb, du bois et de tous autres matériaux arrachés aux entrailles de l'édifice. Puis, satisfait du profit qu'il y avait fait, il ne se souciait plus d'un travail de destruction, désormais sans avantages pour lui. c'est pourquoi les domaines firent prononcer sa déchéance, et la tour revint à l'État.

Le 21 octobre 1820, forcé par l'administration des domaines de consentir à l'aliénation de la tour, le vicomte de Gourgues, maire de Bordeaux, eut l'heureuse pensée, si puissamment appuyée par le comte de Tournon, préfet de la Gironde, de mettre au contrat de vente une clause qui priverait l'acquéreur de la faculté de dénaturer ou de détruire l'un des plus beaux monuments archéologiques de Bordeaux. A cette condition, on le vendit au sieur Bigourdan pour la somme de cinq mille cinquante francs. Cependant le nouveau propriétaire lui donna une destination toute industrielle, et le convertit en une fabrique de plomb de chasse.

Depuis plus d'un demi-siècle, en effet, après avoir résisté à tous les efforts, elle était encore debout, mais déshonorée et dévastée. Toutes ses ouvertures étaient bouchées depuis le haut jusqu'en bas, tous les ornements, les niches, les innombrables fantaisies de l'artiste avaient été arrachés et il n'en restait que ce qu'il fallait pour convaincre que le XVe siècle avait rarement produit une œuvre, où se fut mieux développé le luxe inépuisable de son imagination (Montalembert). Elle ne servait plus cette pauvre tour qu'aux spéculations de l'industrie humaine.

La tour Pey-Berland n'ayant point été aliénée pendant la révolution, et la vente passée en 1820 ayant été faite selon toutes les formes voulues par la loi, il s'agissait donc de racheter le monument du nouveau propriétaire M. Bigourdan.
C'est pourquoi, sur les nombreuses instances du cardinal Donnet, le Gouvernement, qui veut faire de la tour Pey-Berland une dépendance de l'église primatiale, l'acquiert pour la somme de quinze mille francs. Un décret du président de la République, daté du 29 Juin 1850, autorise cet achat au profit de l'État et l'acte de vente est passé entre M. le Préfet et le propriétaire, le 23 Août 1850. Enfin, M. le Ministre des Cultes approuve, le 10 Février 1851, le projet de travaux à faire pour la construction d'un beffroi et la consolidation de la tour. La commission des monuments historiques, qui rapporte tous ces précieux détails, nous donne le devis de deux marchés passés pour l'exécution de ces travaux.

Charpenterie ....... 7,124 07
Maçonnerie ......... 5,000

Le 8 Août 1853, le Cardinal Donnet bénissait solennellement un magnifique bourdon au nom de Ferdinand-André, qui ajoutait à ses autres titres de gloire, celui d'avoir pour parrain l'Empereur et pour marraine l'Impératrice, représentés par M. Gautier, maire de Bordeaux, et par Mme de la Séglière, femme du premier Président de la Cour.

Mais à peine ce bourdon avait-il, depuis quelque temps, pris possession de son trône gigantesque, qu'un fâcheux accident lui ôta ses accords et même sa voix. Il fallut donc le renvoyer tout mutilé, brisé, au Mans, d'où il est revenu plus majestueux et plus sonore.

Un escalier de deux cent trente-deux marches dans un étroit escalier à vis permet d'atteindre la terrasse située au sommet de la tour et qui a la forme d'une galerie autour de la flèche.

En 1863, sa flèche est restaurée.
Cette œuvre fut donc confiée à deux des architectes les plus distingués de Paris et de Bordeaux, M. Danjoy, alors architecte de Bordeaux, et M. A, Labbé, aujourd'hui architecte diocésain et du département.

Détails que nous devons à la communication de M. Labbé (lettre du 8 Février 1863) :

« La flèche tronquée, qui doit recevoir Notre Dame d'Aquitaine, a autant d'élévation qu'avait la flèche primitive ; les anciennes inclinaisons ont été redressées, afin d'avoir à leur sommet assez de largeur pour y placer la statue au lieu du fleuron à double étage qui recevait la croix. »

« A l'exception des jours de la flèche, que nous avons supprimés pour qu'elle n'eut pas l'air trop faible en portant cette statue colossale, tout le reste est rigoureusement conforme à ce qui existait précédemment. »

Moins haute que la précédente, elle est couronnée par une statue en cuivre doré de 6 m de haut pesant 1300 Kg : Notre Dame d’Aquitaine œuvre du maître orfèvre Jean-Alexandre Chertier qui a pris comme modèle une Vierge de Notre-Dame de Paris. La statue de la vierge au sommet est tournée vers le village de Saint Raphaël, situé dans le Médoc, d'où était originaire Pey Berland.

En 1866 le conseil municipal décide de donner à l’esplanade le nom de place Pey-Berland.

Les photos

Tour Pey Berland Tour Pey Berland
MIME : image/webp
Statue de Notre Dame d'Aquitaine Notre Dame d'Aquitaine
MIME : image/webp
Cathédrale Saint-André - La tour Pey-Berland - Le palais Rohan Cathédrale Saint-André - La tour Pey-Berland - Le palais Rohan
MIME : image/webp
Cathédrale Saint-André - La tour Pey-Berland - Le palais Rohan Cathédrale Saint-André - La tour Pey-Berland - Le palais Rohan
MIME : image/webp
Cathédrale Saint-André - La déconstruction des habitations Cathédrale Saint-André - La déconstruction des habitations - Gravure Léo Drouyn
MIME : image/webp

Cathédrale Saint-André - La Nef Cathédrale Saint-André - La Nef
Wikimedia Commons
MIME : image/webp
Cathédrale Saint-André - Le chevet Cathédrale Saint-André - La Nef
Wikimedia Commons
MIME : image/webp

Image de fin de paragraphe
Si vous souhaitez me transmettre un message ou un commentaire, vous pouvez utiliser le formulaire ci-dessous.