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Voyages en bordelais

Voyages en bordelais - Arcachon - Royan

Cédant à l'impulsion de ce siècle, si remarquable par son esprit d'entreprise, Bordeaux, parmi les villes du continent, a été l'une des premières à se servir de bateaux à vapeur, à faire un pont suspendu et à construire un chemin de fer. Marie Fortuné de Vergès : Ingénieur du magnifique pont suspendu, de Cubzac, fut chargé de l'exécution du Pont suspendu Pont suspendu de Cubza
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Source wikipedia
lequel, grâce aux efforts persévérants de M. Nathaniel Johnston, maire de Bordeaux, fut achevé en 1841, après trois années de travail; il fut inauguré le 6 juillet, avec une grande solennité, en présence de l'archevêque, des autorités du département et de quelques milliers de spectateurs.

Marie Fortuné de Vergès

Marie Fortuné de Vergès

Fortuné_de_Vergès.webpMarie Fortuné de Vergès, (1794-1864) est un polytechnicien ingénieur des ponts et chaussées, avec l'ingénieur Bayard de Vingtrie, il conçoit et réalise des ponts, notamment à Paris, en concurrence avec les frères Seguin.

C'est également un entrepreneur ayant, entre autres, créé la Compagnie du chemin de fer de Bordeaux à La Teste, Néanmoins, le manque de moyens financiers de la compagnie, des erreurs techniques et stratégiques dans le choix des matériaux et du tracé, cumulés avec les difficultés créées par la Révolution française de 1848, vont mettre en grande difficulté l'entreprise qui est mise sous séquestre par l'État le 30 octobre 1848. Pour ne pas tout perdre, la société passe un accord avec la Compagnie du Midi des frères Péreire, également bordelais mais bénéficiants d'appuis financiers d'importance nationale.

L'État lève le séquestre et remet la ligne, du chemin de fer de Bordeaux à La Teste, à la Compagnie du Midi, en 1853. La fusion absorption, votée en assemblée générale le 5 février 1858, est officialisée par un décret du 11 juin 1859.

La longueur du chemin de fer est de 52 kilomètres Cate du guide du voyageur - 1845
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Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
; il n'y a qu'une voie, mais le terrain est assez large pour en établir une seconde si jamais cela devenait nécessaire. Outre les deux gares de Bordeaux et La Teste, il y a sur le chemin vingt stations intermédiaires. Le service en est assez bien réglé, et jusqu'aujourd'hui aucun accident fâcheux n'est venu troubler la confiance du public. Des omnibus, correspondant avec le chemin de fer, stationnent tous les jours, à des heures fixes, sur la place de la Comédie.

En quittant la gare de Bordeaux, le voyageur traverse pendant quelques minutes un pays de vignobles orné de jolies maisons de campagne. L'une des propriétés les plus importantes est, a droite, celle de "la Mission", qui produit de très-bon vin; ensuite vient le domaine appelé "Château Haut-Brion", si célèbre comme premier crû de graves. Le convoi passe ensuite sur un beau viaduc, qui s'étend depuis Haut-Brion jusqu'au village de Pessac; ce monument, composé de quatre-vingt-onze arches, a près de 1000 mètres de longueur.

Après avoir quitté le charmant village de Pessac et traversé une plantation d'acacias, on passe près d'une propriété appelée "Pape- Clément", dont le vin jouit aussi d'une certaine réputation.

Le convoi arrive bientôt à Saint-Médard, remarquable par de belles plantations de pin maritîme; puis le Gazinet, lieu autrefois dangereux à cause des voleurs qui infestaient la route. La station suivante porte le nom barbare de « Toquetoucau », ce qui, en patois landais, signifie « conduis tout doucement », avis salutaire et même indispensable aux voyageurs qui traversaient autrefois ces marécages dangereux.

En arrivant à la gare de Pierroton, les landes nous apparaissent dans toute leur grandeur sauvage; aussi loin que la vue peut s'étendre, on ne voit qu'une paine stérile et inculte qui semble avoir été déshéritée des bienfaits de la création.

Les deux stations suivantes, Verdery et Mios, offrent aux regards le même paysage désolé, un désert dont la monotonie n'est interrompue que par des forêts de pins et de chênes séculaires.

La gare de Teste-More ou Marcheprime, qui était autrefois à une journée de Bordeaux, mais où l'on arrive aujourd'hui dans l'espace d'une heure, se trouve à distance égale (26 kilomètres) entre cette ville et La Teste; aussi le convoi s'y arrête pendant quelques minutes pour renouveler sa provision d'eau et de combustible. Là encore, à part quelques essais très récents de culture, on ne voit que de sombres forêts de pins dans le lointain; rien ne vient égayer la tristesse de cette immense solitude. De loin en loin seulement on aperçoit quelque berger solitaire, immobile sur ses longues échasses ou marchant à pas gigantesques, comme un fantôme des marais, jusqu'à ce qu'il disparaisse confondu avec les brouillards de l'horizon.

Le voyageur qui parcourt ce pays éprouve un sentiment pénible en contemplant cette triste page de la nature. Le sol n'est pas cependant aussi stérile qu'il le paraît et des expériences récentes ont parfaitement démontré que plusieurs arbres, tels que le pin, l'acacia, le chêne, le châtaignier, le peuplier et même le mûrier, peuvent réussir très-bien dans cette région longtemps négligée.

Après avoir quitté Teste-More, le convoi arrive à Biard, où le paysage est encore le même. Ensuite vient Argenteyres, célèbre autrefois par sa mauvaise hôtellerie dans laquelle le voyageur ne trouvait rien à manger, à moins qu'instruit par une triste expérience, il n'eut le soin d'y apporter lui-même des provisions. Après la gare suivante (Canauleye), on traverse une belle forêt de pins et encore des landes; mais ce sont les dernières et l'on commence bientôt à apercevoir quelques signes de culture; la solitude cesse, et ]a station de Cameleyre nous rend enfin à la terre des vivants.

A Facture, station importante, située à 37 kilomètres de Bordeaux, il y a une fonderie de fer; un peu plus loin une verrerie et quelques autres bâtiments. En sortant des marais, on traverse, sur un pont en bois qui a 66 mètres de long, une petite rivière appelée la Leyre. Ce passage était autrefois si dangereux, que les voyageurs étaient souvent obligés de faire un détour de quelques lieues avant de pouvoir arriver à Lamothe, qui est la station suivante.

Bientôt après avoir quitté Lamothe, on commence à apercevoir le village du Teich, l'église; et un peu plus loin le vieux château de Rouat, dépendance des fameux Captaux de Buch, dont la famille de Rouat hérita en dernier lieu. A la gare de Cantaranne (Chante-Grenouille), on commence à apercevoir le bassin d'Arcachon, étincelant dans le lointain.

La grande route de La Teste, qu'on a à sa droite en partant de Bordeaux, est traversée, entre Le Teich et Cantaranne, par le chemin de fer et se trouve désormais constamment à gauche.

Après avoir passé les gares de Mestras, de Gujan, endroit agréable pour prendre les bains de mer, ainsi que celles de Meyran et de La Hume, le convoi traverse le canal d'Arcachon, puis un pont en bois de 90 mètres de long et enfin le bourg de La Teste apparaît avec ses marais salants et ses dunes.

Ce bourg, d'après certains auteurs, doit être le Boios de l'itinéraire d'Antonin, mentionné par saint Paulin, sous le nom barbare de Testa Boïorum; quoi qu'il en soit, il a l'honneur d'avoir été le chef-lieu du territoire possédé par les fameux Captaux de Buch, dont la renommée se trouve inscrite dans les annales de la France et de l'Angleterre qu'ils servirent alternativement avec le plus grand dévouement. Il y a quelques années, on voyait encore, derrière l'église de La Teste, les ruines du château-fort de ces Captaux célèbres. Aujourd'hui il n'en reste plus une pierre; un petit monticule seul désigne l'emplacement de la haute tour carrée, au sommet de laquelle Jean 111 de Grailly, le rude guerrier et le meilleur capitaine de son siècle, plantait fièrement sa bannière victorieuse. Là aussi vécurent ces Captaux de Buch qui, jusqu'au commencement du XVIme siècle, maintinrent dans un odieux esclavage les pauvres pêcheurs de La Teste; toute barque leur était tributaire, et les navires étrangers étaient obligés de leur payer des droits d'entrée, de balise et d'ancrage.

Les ravages de la guerre avait tellement réduit la population de cette ville, en 1500, que l'on n'y comptait plus que quarante maisons. La générosité d'un des Captaux, qui fit à ses vassaux des concessions extraordinaires, contribua à lui rendre peu à peu sa prospérité; de sorte que sa population qui, en 1782, s'élevait à 1500 âmes, atteint aujourd'hui le chiffre de 4000.

L'air de cet endroit est excellent; il y a très-peu de maladies, excepté la fièvre quelquefois pendant les grandes chaleurs d'été; la longévité y est commune et les décès, comparés aux naissances, sont dans la proportion de deux à trois. La population se compose principalement de résiniers, de pêcheurs, de marins et de propriétaires. Cette petite ville, à peu près inconnue au-delà de Bordeaux il y a vingt ans, est aujourd'hui très à la mode à cause de ses établissements de bains, situés sur le bord du bassin d'Arcachon.

En arrivant à la gare de La Teste, le voyageur trouve toujours plusieurs voitures, appartenant aux divers établissements de bains, prêtes à l'y conduire.

Les principaux de ces établissements sont : ceux de Legallais, de Gailhard et de Lesca. Depuis quelques années on a bâti sur le bassin de jolies maisonnettes et des cabanes de toutes les façons, construites pour la plupart par divers habitants de Bordeaux. Le prix, dans les principaux établissements, est de 5 à 6 fr. par jour, tout compris.

Il y a plusieurs excursions agréables à faire dans les environs de La Teste : une promenade en bateau à la Chapelle d'Arcachon, à l'Ile des Oiseaux, ou plus loin encore, jusqu'au cap Ferret, dont le phare commande une vue étendue de la mer; on peut aller à cheval voir le monument en marbre élevé à la mémoire de Brémontier, dont le génie a garanti cette région de l'invasion des sables, en les fixant par des semis de pins; enfin, le canal d'Arcachon, l'étang de Cazau et quelques autres endroits dans le voisinage sont aussi le but de promenades fort intéressantes.

Le temps passe très-agréablement dans les établissements de bains; ce sont tous les jours des promenades en bateau, à cheval, à pied, en voiture; des parties de pêche ou de chasse; et le soir on se réunit dans des bals donnés par les propriétaires de ces établissements. Aussi ce n'est pas sans regret que le voyageur revient à Bordeaux, après avoir passé à La Teste quelques jours d'une manière fort agréable.

Voyages à Royan

En été, le bateau à vapeur part trois ou quatre fois par semaine pour Royan.

En quittant le quai Fenwick, le voyageur voit à sa gauche le quai des Chartrons, qui tire son nom d'un couvent de chartreux autrefois établi en ce lieu. A droite, s'étend, depuis La Bastide jusqu'à Lormont, la vaste plaine des Queyries (*), plantée en vignes qui produisent le premier vin des palus. Lormont doit son nom flaureus monsj aux lauriers qui couvraient autrefois ce coteau. Depuis des siècles le laurier a fait place à la vigne. Comme nous l'avons déjà mentionné, la côte de Lormont fut autrefois couronnée par un château-fort appartenant à l'archevêque de Bordeaux. Cette construction a entièrement disparu; un peu plus loin, on voit encore les ruines du Château du Diable, au sujet duquel on raconte dans le pays plusieurs histoires diaboliques.

(*) Ce nom de Queyries fut, dit-on, donné à ce lieu par les Anglais, à l'époque de leur domination, à cause des carrières (quarries) ouvertes sous les coteaux voisins.

A gauche, s'étend la commune de Bruges, dont les marais furent d'abord desséchés, en 1599, par des Flamands qui, appelés à cette fin dans le Bordelais par Henri IV, finirent par s'établir dans ce lieu, qu'ils appelèrent Bruges, d'après le nom de leur ville natale.

Après Bruges, viennent la commune de Blanquefort, autrefois une seigneurie très-étendue et celle de Parempuyre, connues toutes les deux par leurs vins.

A droite, se trouvent les communes de Bassens Carbon-Blanc, d'Ambarès et de Montferrand, qui font beaucoup de bons vins rouges, appelés vins de cargaison. Montferrand était autrefois la première baronnie de la Guienne. Là demeure, dans une belle et paisible retraite, M. de Peyronnet, l'un des ministres de Charles X; plus loin, du même côté, se trouve la commune d'Ambès.

Cette portion du département, appelée Entre deux-Mers, parce qu'elle est comprise entre la Garonne et la Dordogne, se termine à l'extrémité de la dernière commune en un promontoire (le Bec-d'Ambès) où ces deux rivières se réunissent pour former la Gironde, fleuve qui a donné son nom au département.

A gauche, on aperçoit les communes importantes de Ludon, de Macau et de Labarde, célèbres par l'excellence de leurs vignobles.

Après avoir doublé le Bec-d'Ambès, on voit, à droite, l'ancienne ville de Bourg, fondée, dit-on, par Léonce Paulin, un des aïeux de saint Paulin, de Bordeaux. La cour de France y résida en 1650, à l'occasion de troubles dans ce pays. Le territoire de Bourg fournit au commerce une grande quantité de bon vin rouge; il en fournissait même à l'Angleterre longtemps avant que le Médoc, aujourd'hui le pays de claret par excellence, fut planté de vignes.

On trouve plusieurs carrières le long de la rive droite, surtout à Roque-de-Tau.

A la fin du mois d'août et au commencement de septembre, la rivière, en cet endroit, devient souvent dangereuse pour les petits bateaux, par suite d'un phénomène appelé en patois le mascaret; dans les jours les plus calmes de ces mois, une vague, qui peut avoir de 1 à 2 mètres de hauteur, s'élève tout-àcoup sur l'eau et parcourt une distance considérable de la Dordogne et même de la Garonne, s'étendant majestueusement dans toute la largeur de ces rivières, et chavirant quelquefois les petits bateaux qui se trouvent sur son passage. Ce phénomène , qui se retrouve dans plusieurs autres fleuves, est attribué au flux de la marée tout-à-coup resserrée en ces parages.

Après le Bec-d'Ambès viennent deux grandes îles formées au milieu de la rivière. La première, l'île Cazeaux (commune de Villeneuve), est la propriété de M. Pierlot, qui y fait 200 tonneaux de vin; l'autre, appelée île du Nord, se trouve partagée entre trois propriétaires, MM. Saint martin, Sourget, Dupuy.

En passant ces îles, nous cotoyons en même temps les communes célèbres de Cantenac et de Margaux, à gauche et ensuite celles de Soussans et deLamarque.

A droite, les communes sont : celles de Bayon , de Gauriac, de Villeneuve , de Plassac et de SainteLuce; les habitants de Gauriac sont presque tous carriers.

Après ces communes vient la ville de Blaye, chef lieu d'arrondissement de ce nom, située à 33 kilomètres de Bordeaux. Cette ville, connue comme station militaire dès le temps des Romains, est désignée par Ausone sous le nom de Blavia militaris. Au moyen âge il y avait là une forteresse défendue d'un côté par le fleuve; les autres côtés étaient garantis par une enceinte crénelée qui se rattachait à un château flanqué d'énormes tours. Cette enceinte et trois cents maisons disparurent à l'époque où Vauban, par l'ordre de Louis XIV, construisit la citadelle que nous y voyons aujourd'hui.

Selon les chroniqueurs, saint Martin fut inhumé à Blaye en 389, le roi Charibert en 570 et le célèbre Rolland en 800. Leurs tombeaux n'existent plus: l'église Saint-Romain, qui les renfermait, fut démolie en 1652. C'est dans la citadelle de Blaye que Mme la duchesse de Berry, arrêtée à Nantes en 1832, par ordre du gouvernement, a été détenue pendant six mois avant d'être transportée en Sicile.

Outre la citadelle, il y a le fort de Saint-Simon, bâti en 1689, sur un Ilot de la Gironde, qui est en face, et qu'on appelle le Pâté de Blaye; il y a aussi le Fort du Médoc situé sur la rive gauche.

Après Blaye, on aperçoit dans le lointain, à gauche, la commune de Saint-Julien de Reignac, ornée de quelques belles maisons de campagne. L'une de ces maisons, le château de Beychevelle, aurait, suivant la tradition, remplacé un ancien manoir féodal, dont le seigneur exigeait que toutes les embarcations, qui passaient devant ce domaine, le saluassent en baissant leurs voiles; de cet usage vient, dit-on , le nom de Beychevelle (Baisse-Voile) donné à ce château.

Immédiatement après Saint-Julien viennent les paroisses réunies de Saint-Lambert et Pauillac, qui renferment les deux premiers crûs, Lafitte et Latour. De la rivière, on aperçoit une vieille tour, servant de colombier , qui indique la position de ce dernier vignoble.

Devant Pauillac est l'île de Pâtiras, autrefois la retraite d'un redoutable pirate, nommé Monstri, qui ravagea le Médoc et la Saintonge et ne succomba que sous les efforts des forces navales expédiées contre lui par le parlement de Bordeaux. On dit qu'en 1320, les lépreux, qui étaient alors très-nombreux dans le Bordelais, furent obligés de se retirer dans les lies de la Gironde, particulièrement dans celle de Pâtiras, où ils vécurent ensemble, ayant pour tout moyen d'existence les provisions envoyées par quelques personnes compatissantes, jusqu'à ce que le dégoût et l'horreur, l'emportant sur la pitié, la faim et la misère finirent par dévorer ces malheureux. A ceux-ci succédèrent les juifs proscrits qui, pour éviter la mort juridique dans la cité, bravèrent la lèpre et se cachèrent dans ces îles. Ils furent bannis sur l'accusation absurde d'avoir empoisonné les sources et les fontaines, de concert avec les lépreux. Le continuateur de Nangis s'exprime ainsi : « On creusa une très grande fosse, on y alluma un grand feu, et l'on y brûla pèle-méle une centaine de juifs des deux sexes. Beaucoup d'entre eux, hommes et femmes, s'élancèrent dans le feu, en chantant comme s'ils fussent allés à la noce; plusieurs veuves jetèrent leurs propres enfants aux flammes, de peur que les chrétiens ne les enlevassent pour les baptiser. »

C'était là que les navires, suspects de maladies contagieuses étaient obligés de mouiller pour faire quarantaine, avant l'établissement du Lazaret actuel de Trompeloup, bâti en 1822 et situé à 3 kilomètres du port de Pauillac.

Après Pauillac vient la commune de Saint-Estèphe, qui est celle où l'on récolte la plus grande quantité de vin rouge; autrefois le seigneur de Calon (domaine qui est aujourd'hui un des premiers crûs de Saint Estèphe) ,avait le privilége de conduire la dame de Lesparre dans la ville, lorsqu'elle y faisait sa première entrée, politesse qui lui valait le palefroi que montait la dame.

La commune suivante, Saint-Seurin de Cadourne, est la dernière située dans le Haut-Médoc. Les autres communes, sur la rive gauche, sont : Saint-Yzans, Saint-Christoly et Couquèques, Bégadan, Valeyrac , où existait, en 1623, un hôpital appartenant à l'ordre de Malte et destiné à l'usage des pèlerins qui allaient à Saint-Jacques de Compostelle; les paroisses réunies de Dignac , Jau et Loirac ; enfin, SaintVivien et Soulac.

Le bourg de Soulac, situé au pied des dunes, est à environ 3 kilomètres de l'ancien bourg qui a été enseveli dans les sables. La vieille église subsiste encore, étant en partie dégagée des sables que les vents ont portés ailleurs; elle sert de point de reconnaissance pour les navigateurs. Quelques savants ont cru reconnaître, dans le vieux Soulac, le Noviomagus de Ptolémée. Un des villages de cette commune, le Verdon, entouré de dunes et de marais salants, possède un petit port qui offre un mouillage temporaire aux navires retenus par des vents contraires. La commune s'étend le long du rivage jusqu'à l'extrémité du Médoc appelée Pointe-de-Graves.

C'est dans l'espace compris entre Soulac et Margaux , qu'on trouve ces jolis cailloux bleus et transparents que les lapidaires travaillent comme les pierres fines. On rencontre aussi dans ce pays des devins, qui étaient autrefois en grande réputation comme Astrologues du Médoc. La tradition place sur la côte de Grayan, non loin de Soulac, le port appelé encore Port des Anglots, où débarqua, en 1452, le général Talbot avec les troupes anglaises envoyées pour soutenir la révolte des Bordelais contre leur nouveau maître, le roi de France.

Sur la rive droite, la seule commune qui appartienne à la Gironde, après Blaye, est Saint-Simon du Cardonnat, dont la limite septentrionale sépare le département de la Gironde de celui de la Charente Inférieure. Les autres communes riveraines, appartenant toutes à ce dernier département, sont : Conac, Mortagne, Talmont, Saint-Georges en Didonne.

Mortagne était autrefois le siége d'une châtellenie dont la juridiction s'étendait sur six communes voisines; il portait même le titre de principauté. Le cardinal de Richelieu en fit l'acquisition et la laissa à son petit neveu Jean-Arnaud de Richelieu et aux aînés de cette famille à perpétuité. Talmont avait aussi une juridiction seigneuriale qui s'étendait sur quatre communes. Enfin, Saint-Georges était le chef-lieu d'une baronnie et d'une châtellenie qui comprenait neuf communes. Les habitants de Saint-Georges sont presque tous pêcheurs.

Après avoir cotoyé ces diverses communes, on aperçoit Royan, bâti sur des rochers qui dominent l'embouchure de la Gironde. Cette petite ville, agréable séjour pour prendre les bains de mer, est située à l'extrémité du département de la Charente-Inférieure. On a supposé qu'elle est l'endroit mentionné dans l'itinéraire d'Antonin, sous le nom de Novioregum.

Royan joua un rôle assez considérable à l'époque des guerres de religion. Les protestants, harcelés par le gouvernement, en avaient fait une de leurs places fortes et s'y étaient renfermés. Pendant le blocus de La Rochelle, Louis XIII vint en personne assiéger Royan; irrité de la résistance de la place, il livra l'assaut, démantela les murs et rasa en partie la ville (1622).

Le petit fort que l'on voit sur une hauteur dominant la mer, tout près de Royan, fut élevé sous le gouvernement impérial. Les batteries, par leur feu croisé avec celles de la redoute qui était à la Pointede-Graves, défendaient l'entrée de la rivière. Ce fort est aujourd'hui hors de service.

Depuis bien des années les bains de mer de Royan sont très-fréquentés; les médecins les prescrivant, ainsi que ceux de La Teste, comme très-efficaces.

Les sardines, espèce d'anchois, abondent dans ces parages; elles remplacent, pour le commerce principal de cet endroit, un délicieux petit poisson, si renommé sous le nom de royan, que l'on péchait autrefois près de cette ville, mais que l'on ne trouve guère aujourd'hui que dans le voisinage du bassin d'Arcachon.

Le phare de Cordouan

Source

Cordouan et l'Île d'Antros - Par Léon MASSIOU - 1936

Les premières cartes marines à date certaine du Génois Petrus Vesconte portent les dates de 1311, 1313 et 1318 : elles mentionnent Cordam.

La Mappemonde de Dulcert (1339) cosmographe catalan que M. de la Roncière (1903) dit Génois indique l'île de Cordan.

Le Routier de Pierre Garcie dit Ferrande (1483), la Cosmographie de Jehan Allefonce et Paulin Secalart (1545) et le Petit Flambeaude la mer du Sr Bougard, début du XVIIe siècle, citent Corda et Hicordane. [ Photo Carte de situation du plateau de Cordouan en 1545
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Selon la tradition, le rocher, sur lequel la tour est bâtie, faisait jadis partie de la terre ferme du Médoc et se joignait à la Pointe-de-Graves, qui se trouve aujourd'hui à près de 6 kilomètres de la tour ; on prétend qu'en 1500, il n'en était séparé, à mer basse, que par un passage étroit et guéable ; ce qui est croyable, quand on considère l'extrême mobilité du sol sur la côte du Médoc et la fureur de la mer dans ces lieux. [ Photo Carte de situation du plateau de Cordouan au XVIIe siècle
Embouchure de l'estuaire de la Gironde
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]

Il semblerait, selon un texte latin, qu'au IXe siècle, deux moines étaient présent sur l'île de Cordouan. Il semblerait, que ces ermites fussent chargés d'entretenir, jour et nuit, un fanal destiné à préserver d'une mort certaine les marins ou les pêcheurs forcés de franchir les passes redoutables de la Gironde et d'avertir les populations de l'approche des barbares.

Dans une dissertation prononcée par M. de Saint-Martin, commissaire de la marine, le jeudi 4 mai 1724, dans la Bibliothèque du Cardinal de Rohan, il dit que la tour de Cordouan fut bâtie sous Saint-Louis par l'architecte Pierre de Montreau, qu'il y en avait une du temps des Romains dont les vestiges paraissent sur les rochers, qu'elle a été rétablie par Henri II, par Henri IV, par Louis XIV et il faut ajouter par Louis XV.

Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'époque de la première fondation de la tour (du phare); ils varient même quant à l'emplacement qu'elle a occupé primitivement. Baurein, qui, dans ses Variétés bordelaises, attribue le premier phare aux Sarrasins, fait remonter la construction à l'an 732 et croit que la dénomination de Cordouan peut dériver de Cordoue, capitale d'Andalousie, d'où ils étaient venus. 11 nous rappelle aussi que le cuir de Cordoue, dont les Sarrasins faisaient le commerce, s'appelait Cordouan.

D'autres écrivains ont attribué la fondation de la tour à Louis-le-Débonnaire, qui, selon eux, fit construire en ce lieu une tour, où des hommes donnaient constamment du cor pour avertir les navires. 11 y en a qui veulent que le premier architecte se soit appelé Cordou.

Ce qu'il y a de plus certain, c'est que l'on voit dans une charte de 1409, citée par Rymer, que le célèbre Prince-Noir, en 1385, avait fait construire, à l'embouchure de la Gironde et dans l'endroit le plus avancé dans la grande mer, une tour et une chapelle sous l'invocation de la Sainte-Vierge, avec des maisons et autres édifices et ce, pour pourvoir à la conservation des navires, qui couraient de grands risques au travers des écueils et des bancs de sable placés à l'entrée de cette rivière. D'après Baurein, cependant, le prince de Galles « le prince noir », qui ne fit que remplacer une tour beaucoup plus ancienne. [ Photo Représentation de la Tour du Prince Noir
vers 1590, par Claude Chatillon
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] [ Photo Tour de Cordouan - Vue de la Tour du Prince Noir
Vers 1610, par Claude Chatillon
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]

Ce phare était élevé d'environ 60 pieds et de forme polygonale. Les ermites qui le desservaient jouissaient de revenus assez importants comme les Greffes de Saintes, de Montendre et de Talmont sur-Gironde et, de plus, ils percevaient un droit sur les navires qui chargeaient du vin aux ports de Bordeaux, de Blaye, de Bourg et de Libourne.

Edouard Plantagenêt - Prince noir

Edouard Plantagenêt - Prince noir

Prince_Noir.webpEdouard Plantagenêt, plus connu sous le nom de Prince noir ou parfois d’Édouard le noir (né le15 juin 1330, Woodstock – mort le 8 juin 1376, Westminster), prince de Galles, comte de Chester, duc de Cornouailles et prince d'Aquitaine, était le fils aîné d'Édouard III d'Angleterre et de Philippa de Hainaut.

Son surnom de Prince noir - Princi Negue en gascon - serait dû à la couleur de son armure, mais il n'était pas utilisé par ses contemporains. Il n'apparaît qu'en 1568 dans Chronicle of England de Richard Grafton. De son vivant, on utilisait plus généralement ses titres pour le désigner, soit « prince de Galles » et, entre 1362 et 1372, « prince d'Aquitaine ». On le nommait également selon son lieu de naissance : Édouard de Woodstock.

Pour certains de ses détracteurs, il devait son surnom de « Prince Noir », moins à la couleur de la housse qui recouvrait son armure et qui le rendait reconnaissable durant les batailles, qu'à sa supposée « noirceur d'âme ».

Édouard de Woodstock se maria en 1362 avec sa cousine Jeanne de Kent. Ils entretinrent à Bordeaux une cour où régnaient luxe et extravagance ; fêtes et tournois étaient fréquents. Les taxes qu'il imposa sur le territoire de sa principauté pour les financer étant considérables, une partie de la noblesse et de la bourgeoisie commencèrent à montrer des signes de mécontentement. Cette véritable « fronde » fut menée par l'un des plus puissants seigneurs de la région, le comte d'Armagnac, fidèle à la maison capétienne.

En effet, on voit, d'après la même charte, que dans le lieu appelé Notre-Dame-de-Cordou, il résidait, en 1409, un certain hermite, Geoffroy de Lesparre, dont les prédécesseurs avaient été anciennement (ah antiquo tempore) dans l'usage de percevoir un impôt de deux gros sterling, monnaie d'Aquitaine, sur chaque navire chargé de vin. Cet hermite, selon toute probabilité, entretenait des feux pendant la nuit pour la sûreté de la navigation.

Un autre ermite : Archambauld de Béarn qualifié d'ermite principal de la Tour Notre-Dame de Cordouan donnait, le 15 septembre 1509, quittance au Receveur de Bordeaux de 176 livres 2 sols pour les droits qui lui sont dus pour les navires chargés en cette ville pendant la dite année.

Enfin, après tant d'incertitudes, nous arrivons à des renseignements positifs. On lit dans la Chronique bordelaise, de Delurbe, en 1564, qu'en cette même année, Louis de Foix, architecte et ingénieur du roi, commença à jeter les fondements d'une nouvelle tour de Cordouan, joignant l'ancienne et aux dépens de toute la province. « Rappelons-nous que Delurbe rapporte ici un fait qui s'est passé de son temps et dont il devait être d'autant mieux instruit, qu'il était alors procureur-syndic de la ville de Bordeaux. La tour, commencée sous Henri III, ne fut achevée que sous Henri IV, en 1610, quatre ans après la mort de son architecte, Louis de Foix.

Cette tour était d'une admirable architecture; elle offrait à l'extérieur et sur un plan circulaire, un rez-de-chaussée; un premier étage surmonté d'une voûte par assises, à recouvrement; un second étage voûté de la même manière; et, enfin, une lanterne en pierre, destinée à recevoir le feu du phare. [ Photo Phare de Cordouan au XVIIe siècle par Claude Chatillon
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Gallica
]

Ce bel édifice se détériora promptement; le mur fut endommagé par les tempêtes, la tour fut rongée par les météores et les pierres de la lanterne furent calcinées par le feu, de sorte qu'en 1665, Louis XIV se vit obligé de faire faire une réparation générale. [ Photo Coupe de la lanterne
Dessin de l'ingénieur Jablier
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] [ Photo Coupe du phare 1722
Dessin de l'ingénieur Jablier
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] [ Photo Coupe du phare 1722
Dessin de l'ingénieur Jablier
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]

En 1727, Louis XV fit substituer une lanterne en fer à l'ancienne en pierre et le charbon minéral au bois. C'est aussi du règne de Louis XV que date la belle chaussée en pierre [ Photo Une heure avant marée basse (coefficient 115)
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] qui s'étend à une distance de 260 mètres de la tour, vers le lieu de débarquement. Sous le règne de Louis XVI on agrandit les magasins, on répara le mur d'enceinte et l'on substitua à la lanterne de Bitry un fanal à réverbères. En 1789, M. Teulère exhaussa la tour de 20 mètres et remplaça les plaques de Saugrin par des réflecteurs paraboliques. Enfin, en 1823, on substitua aux réflecteurs plaqués d'argent des verres lenticulaires, dont l'emploi donne un tel accroissement de lumière , que le feu de Cordouan, qui jusqu'alors n'était visible qu'à une distance de 23 kilomètres, peut être vu aujourd'hui, du pont d'un navire, à une distance de 38 kilomètres.

Le nouvel appareil, dû à M. Fresnel [ Photo Une lentille de Fresnel exposée au Musée national de la Marine (Paris)
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], fait sa révolution en 8 minutes et présente pendant cette durée 8 éclats et 8 éclipses. Quatre hommes sont employés à veiller et à entretenir le fanal; leur service se fait en commun et par quart la nuit. On leur porte des vivres deux fois par an et assez pour six mois; car en hiver toute communication avec la terre est interrompue et les gardiens ne sont guère visités alors que par des naufragés, lorsqu'il en arrive de vivants. Telle est la violence de la mer en ces parages, que les vagues, quoique rompues par les écueils, s'élèvent contre la tour à une hauteur de plus de 12 mètrès. En 1777, dit M. Jouannet (auquel nous devons la plupart de ces renseignements), on a vu la lame saisir un bloc de pierre de 2400 kilog, l'enlever, le transporter à la distance de 20 mètres et le lancer, à 2 mètres de hauteur, contre le mur d'enceinte. Durant les nuits orageuses de l'hiver, des volées innombrables d'oiseaux de passage, attirés de loin par la vive clarté du feu, viennent se heurter avec violence contre les vitraux épais du fanal et tombent morts, par centaines, dans la galerie et au pied de la tour.

Situé sur une petite île dans l’embouchure de la Gironde, Cordouan était associé à la monarchie française et surtout aux Bourbons. La décision de construire le phare avait été prise en 1582 par Henri III et un contrat signé avec l’ingénieur Louis de Foix en 1584. Henri IV donna ensuite d’importantes sommes pour la construction et un nouveau contrat fut signé en 1594 afin de réaliser un monument plus magnifique encore. Complété en 1611, le phare de Cordouan était loin d’être un bâtiment purement utilitaire : l’extérieur était embelli de deux niveaux de pilastres et à l’intérieur se trouvait une chapelle voûtée au décor somptueux. Le phare de Cordouan était considéré comme un chef-d’oeuvre et figurait dans l’important ouvrage de Bernard Forest de Bélidor sur l’Architecture hydraulique (1737-39).

La construction et le maintien du phare de Cordouan était sous la responsabilité des plus hauts échelons de l’administration française. Un arrêt du Conseil d’État du Roi du 21 avril 1726 indiquait ainsi que la lanterne en pierre, démolie en 1717, serait remplacée par un ouvrage en fer forgé pour que la lumière soit plus visible.

Le dimanche matin et souvent dans la semaine, un bateau à vapeur fait le trajet du Royan à la Tour de Cordouan, qui est l'un des plus beaux phares d'Europe.
Site officiel

France 3 - Le phare de Cordouan, le Versailles de la mer - 6 février 2017 - Durée 07:24
Direction la Gironde pour découvrir le Versailles de la mer, le phare de Cordouan. Ce monument du 17ème siècle est le plus ancien phare encore en activité. Il est majestueux au milieu des flots. Mais, le vent, la pluie et les tempêtes l’ont fragilisé. Il est aujourd’hui en pleine rénovation.

Les bains de mer

Au siècle dernier, de rares élégantes se payaient le luxe, fort dispendieux alors, d'aller pendant plusieurs semaines, chaque année, « tremper leur corps d’albâtre dans l'onde pleine d’amertume ». Le temps passa, et l’usage, loin de se généraliser, se perdit à peu près complètement. Ce n’est que vers 1820 qu’il fut repris, mais bien timidement d’abord, et avec une sorte de réserve un peu craintive. D'ailleurs, le mouvement des populations des villes vers les stations n’a commencé de se manifester que dans les environs de 1830, au moment où la bourgeoisie, reléguée à un plan bien inférieur par la nobiesse de Louis XVIII et de Charles X qui prenait sa revanche de 1793, a réclamé une place importante dans la gestion des affaires du pays.

A Bordeaux, avant l'avènement de Louis-Philippe, nous avons bien changé depuis ! on connaissait très peu la villégiature. Les villes d’eau n'existaient que pour les grandes familles, et encore n’y allaient-elles qu'à de rares moments et au plus fort de la période caniculaire. L’ouvrier aisé, le petit bourgeois avaient la campagne environnante, aux portes de la ville, et trouvaient plus commode, et surtout plus économique, de s’aller reposer pendant quinze jours sous les frais ombrages de Caudéran, du Bouscat, de Talence, de Pessac ou de Bègles, qui, malgré leur rapprochement, n'étaient pas encore quelque chose comme un faubourg de notre ville.

Cent personnes tout au plus par an, se déplaçaient pour visiter les stations peu fréquentées des Pyrénées ou de la Normandie. C’est tout juste si les plus intrépides touristes poussaient jusqu’à Trouville, ce coin riant et fleuri de la côte normande, ou à Dieppe, ou encore allaient assister, dans les arenas aux décors mauresques de Saint-Sébastien, à quelque combat de taureaux sauvages. Les autres se contentaient de Saint-Jean-de-Luz et des sites pittoresques du pays de Labourd, ou de Biarritz, qui s’élend parmi les déchirures du golfe de Gascogne. Un vieux Bordelais qui, chaque année, en juillet, faisait, en souvenir de je ne sais plus quelle période douloureuse de son existence, un pèlerinage à la Chambre d'amour, cette grotte en saillie, entre Biarritz et le refuge d’Anglet, et où périrent, au temps de la reine Berthe de François Villon, engloutis par les vagues, deux jeunes amants, deux pâtres passionnément amoureux, et qui se nommaient, si j'en crois la légende qu’on a mise en vers, Laorens et Saubade. Il restait là chaque fois, seul, plusieurs heures en tête à tête avec son passé, devant le grand spectacle de la mer sans bornes, jusqu’au moment où les vagues aux tons d’argent roulaient leurs embruns à ses pieds, l’obligeant à la retraite.

A cette époque, une Compagnie de bateaux faisait le transport des voyageurs pour le Médoc, Blaye et le bas de la Charente-Inférieure. Son ponton était situé en face des Quinconces, à peu près à la place qu'occupe le ponton si élégant de la Compagnie Gironde-et-Garonne, destination Royan, qu’allaient visiter à de rares intervalles quelques curieux explorateurs, tout un voyage au long cours ! Du côté du bassin d'Arcachon, c'était bien autre chose. Aucun moyen régulier de communication, de locomotion, n’existait, ni voitures publiques, ni omnibus, ni diligences, et les gens qui avaient à se rendre, non pas pour leur plaisir, grands dieux ! à Lège, Arès, Andernos, Taussat, Lanton, Audenge, Gujan ou La Teste, en étaient réduits à grimper sur une charrette de bouvier ou à effectuer le trajet à pied.

Dans ce dernier cas, on partait le matin, à l'aube, et on marchait tout le jour dans la lande inculte et déserte. Parfois, cependant, tous les quatre kilomètres, derrière une bicoque de misérable aspect, un petit groupe de bûcherons taillant les sapins, ou de résiniers parcourant les semis, animait le paysage qui bientôt reprenait son aspect de morne tristesse. Mais Audenge était loin encore, et, le soir, il fallait s’arrêter à la Croix-d’Hinx, dans la seule auberge ouverte alors et y passer la nuit. À deux kilomètres au delà, perdue dans la lande, une seule maison lézardée, branlante, mais hospitalière aux voyageurs fatigués de leur course dans la lande : c'était la « Maison de la Grêle », bien connue dans le pays. Et au delà encore, immédiatement après, un grand bois sous lequel, disaient les peureux, il ne faisait pas bon s’aventurer seul, au crépuscule. Puis, plus rien sur la route jusqu'à Audenge, rien que la lande uniformément grise et désolée.

Quinze ou vingt années plus tard, on parlait déjà des saisons aux bains de mer, et depuis la convention du 27 septembre 1852, la Compagnie de chemin de fer, qui desservait par Pessac les localités situées entre Bordeaux et La Teste, organisait chaque dimanche des trains de plaisir et transportait un nombre très respectable de voyageurs touristes. La gare de cette Compagnie (la gare Ségur) s'élevait rue de Pessac, à l’endroit qu’occupe, en face de la rue François-de-Sourdis, la caserne d’Aquitaine. L'entrée de la gare était ménagée dans la rotonde où a été construite la salle du conseil de guerre, et les bureaux se trouvaient un peu plus loin.

Donc, le dimanche, les chasseurs en quête de la pièce à tirer, gibier d’eau et lièvres, lapins, sangliers et chevreuils, et les Bordelais, qui commençaient à comprendre qu’ils avaient à proximité de la ville des ressources hygiéniques et des combinaisons climatériques excellentes, prenaient le train, qui allait bien lentement, et partaient pour La Teste. La ville, bâtie sur l'emplacement de la vieille cité gauloise que les envahissements de l'Océan ont fait disparaître, était loin d’avoir l'importance qu’elle possède aujourd'hui. Mais elle était cependant plus peuplée qu’au XVe siècle, époque où, les chroniques nous l’apprennent, La Teste comptait pour les hoirs et les questaux du captal « quarante houstaus que bons que maubats ».

La Compagnie du chemin de fer prenait, moins généreuse que la Compagnie du Midi qui ne réclame que trente-trois sous, et pour aller à Arcachon encore ! près de trois francs par place de Bordeaux à La Teste, et les voyageurs ne manquaient pas. La belle saison revenue, chacun voulait prendre un vrai bain, et non plus dans une de ces étroites baignoires mises à la mode par Vilette, qui, le premier, en 1819, fit porter les bains à domicile, mais bien à l'aise, en liberté, en plein air, sous le soleil aux chaudes caresses, parmi les varechs et les algues grasses.

On arrivait à La Teste et on déjeunait rapidement. Puis les plus intrépides, ceux qui aimaient les plages arides, désertes, ceux que les longues trottes n’effrayaient pas, prenaient leurs jambes à leur cou et leur courage à deux mains, et s’en allaient, poussant le long de la route nationale qui borde le bassin, jusqu’à Arcachon, qui n'existait pas, ou si peu...

Tout le long du chemin se dressaient de ci de là des cabanes de pêcheurs, avec les filets qui séchaient au soleil, et les barques prêtes à prendre la mer. On regardait les pêcheurs lavant leurs leyrots (filets courants), leurs jagudes (filets dormant paresseusement) ; les loups, pour le mule, si difficiles à poser et à lever ; les sennes, les aumayades et les interminables palets ou courtines, maniés par des dizaines d'hommes robustes et forts.

On s’arrêtait un instant dans la petite chapelle qui se trouvait alors à l'extrémité de la future ville, au bas des dunes : une grande pièce carrée avec, au fond, un autel en bois à appliques de cuivre, surmonté de la noire statue de la Vierge miraculeuse, aux pieds de laquelle de rares chandelles achevaient de mourir. Tout autour, des béquilles, des bérets, des tableaux, de petits navires, des ex-volo de toutes les formes et de toutes les origines. C'était l’église paroissiale.

Au retour, on faisait une visite à l'hôtel Legallais, le premier restaurant ouvert à Arcachon, et on se faisait servir une soupe aux poissons, particulièrement des rousseaux exquis, arrosée d’un clairet naturel, qui mettait l'alerte chanson aux lèvres pour tout le reste du jour.

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La plage d’Arcachon à l’heure du bain le 14 septembre 1911. © Crédit photo : Reproduction Sud Ouest
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Le château Deganne à Arcachon à la fin du XIXe siècle. © Crédit photo : Reproduction Sud Ouest
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Jour de régates à Andernos-les-Bains en 1926. © Crédit photo : Reproduction Sud Ouest
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Coin de plage à Andernos-les-Bains en 1926. © Crédit photo : Reproduction Sud Ouest
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Arcachon

Plan Arcachon 1892 - 1893

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Entre l'an 1200 et l'an 55o avant J-C, quelques milliers de Crétois quittèrent la Grèce, doublèrent les colonnes d'Hercule, contour nèrentla péninsule ibérique et vinrent débarquer dans le pays des Celtes, où ils se fixèrent. Ils appelèrent le havre où ils avaient trouvé un si précieux refuge: le Port des secours. Arkèséòn est le génitif pluriel d'Arkèsis, secours, utilité. Aucun nom ne convenait mieux au bassin d'Arcachon, le port utile et secourable par excellence, le seul que possède, sur une ligne de 240 kilomètres, la côte inhospitalière des golfes de Biscaye et de Gascogne.

Les géographies anciennes appellent le bassin d'Arcachon : Promontorium Arcassonium, ce qui indique clairement que la vieille orthographe de ce nom était Arcasson, qu'on a prononcé plus tard Arcachon. C'est le verbe dorien Arcasson, au participe, qui veut dire littéralement : qui protège. Primitivement on devait dire « Liman arcasson », le port protecteur, le port où l'on est en sûreté. Puis « Liman » est tombé, et Arcasson est resté. »

Arcachon - Dès le XVIIIe siècle, le port des anciens Boïens, devenu pays de Buch, est désigné sur les portulans sous le nom d'Arcaixon ou Arcasson, dont l'étymologie celtique ou ibère est encore à trouver. La contrée ayant eu pendant tout le moyen àge le monopole de la production et du commerce de la résine, le mot Arcanson, qui désigne une des formes de ce produit, s'est maintenu jusqu'à nos jours comme nom d'origine.

Quelques dates

1796 - L'ingénieur Brémontier fixe quantité de dunes par des semis de pins.

1803 - Bonaparte donne 5o,ooo fr. à Nicolas Brémontier pour achever l'ensemencement des lettes, bas fonds fertiles qui séparent les dunes.

1804 - Bonaparte fait établir au Pilat le parc d'artillerie de La Boquette, avec, des canons en face de la double passe du Ferret et de Matoc.

1820 - L'Ile aux Oiseaux est déclarée domaine de l'État.

1824 - Le baron d'Haussez, préfet de la Gironde, fait exécuter la route de Bordeaux à La Teste.

1831 - On achève la grande route de Bordeaux à La Teste.

1834 - On commence le canal du lac de Cazaux au bassin d'Arcachon.

1841 - Le 6 juillet, inauguration du chemin de fer de Bordeaux à La Teste.

1857 - Le 2 mai, Arcachon est érigé en commune par décret impérial. Du 23 mai au 11 septembre i865, M. Lamarque de Plaisance est maire. Le 28 juin, première séance du Conseil municipal : éclairage au gazogène, service d'arrosage, château-d'eau, emplacement du cimetière, télégraphe. Le 26 juillet, premier train de La Teste à Arcachon.

1862 - Émile Pereire commence la ville d'hiver.

1866 - Construction du Grand-Hôtel. Société des régates d'Arcachon, président M. Deganne. Villa Algérienne de M. Léon Lesca.

L'attirance des étrangers pour Arcachon

Le chemin de fer de Bordeaux et les réclames de M. Emile Péreire précipitent dans le bassin un torrent de curieux qui se renouvelle sans cesse, caron n’y reste pas longtemps en général ; c'est un va-et-vient continuel entre Bordeaux et La Teste. La belle forét, le parc réservé, les allées sablées, les chalets, le nouvel établissement, justifient la curiosité publique.

Ce commentaire, apparaît, en 1863, dans la revue de monsieur V. VALLEIN, « VOYAGE A ROYAN, LA TREMBLADE, MARENNES L/ILE POLERON, BROUAGE », et il termine par ce souhait : « Cet engouement peut faire perdre momentanément un assez bon nombre de baigneurs à Royan ; mais je crois qu’il se calmera et que les Bordelais reviendront comme par le passé dans la petite ville où affluent toujours les habitans des deux Charentes, de la Vienne, de la Dordogne, de la Vendée, des Deux-Séyres, etc. »

Jusqu'au commencement du siècle, Arcachon ne fut qu'un désert, la petite forêt d'Arcachon, abritant sous ses ombrages la modeste chapelle de Notre-Dame, fondée vers 1520 par Thomas Illyricus.

En 1823 François Legallais fonda un hôtel-établissement de bains pour loger les familles bordelaises qui tentaient le long voyage du Bassin ; peu après, était fondé l'établissement Lesca,au quartier du Mouëng.

1824 - Voyage du baron d'Haussez, préfet de la Gironde, qui décide l'exécution de la route de Bordeaux à la Teste. De nombreuses maisons commencent à se bâtir.

1841 - Ouverture du chemin de fer de la Teste, le 3ème de France.

1845 - Construction du débarcadère d'Eyrac et prolongement de la route.

1849 - Achèvement de la route jusqu'à la chapelle.

1854 - Erection de la chapelle en paroisse et rachat du droit d'usage de la forêt.

1856 - Le village, comptant 283 maisons et environ 400 habitants. sédentaires, est érigé en commune sous le nom d'Arcachon, avec un petit territoire délimité par la ligne droite joignant la pointe de l'Aiguillon à Moulleau.

1857 - Prolongement du chemin de fer jusqu'à Arcachon.

1863. Commencement des travaux de la ville d'hiver par la compagnie du Midi et Émile Péreire. A dater de ce moment l'essor est donné.

Grand-Hôtel a été construit en 1865-1866 ; il est à regretter que les exigences de sa destination spéciale n'aient pas permis de choisir un style plus en conformité avec les élégantes villas qui l'entourent.

Dans l'ancienne chapelle, on vénère une Vierge miraculeuse (ancien pèlerinage des marins) entourée de nombreux et curieux ex-voto.

La ville naissante, allait être lancé comme station. A la fin de l’année 1857, la gare, une gare bien primitive et bien modeste, était ouverte aux voyageurs. Pas de luxe encore, pas d’affaires, pas d'animation, sauf le dimanche. Ce jour-là, par exemple, affluaient avec les trains de plaisir des troupes de chanteurs ambulants, d’hercules, de bohémiens, de nomades, qui ne perdaient pas leur journée et réalisaient à la quête des recettes qui les étonnaient grandement.

Villa Pereire

La villa Péreire - Agrandir l'image Le Chalet Pereire dans la ville d’hiver d’Arcachon en 1863. © Crédit photo : Reproduction Sud Ouest
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Déjà Émile Péreire, le fondateur véritable d'Arcachon, avait choisi l'emplacement où il comptait faire édifier sa villa, tout au haut de la cité nouvelle. Le regretté M. Deganne, à l'intelligente initiative de qui les Arcachonnais doivent aussi leur prospérité, allait donner son temps et son argent à la ville naissante. La population le secondait, construisant des chalets, créant la ville d'hiver. Des commerçants de Bordeaux, jusque-là en très petit nombre, s’y transportaient en été, de même que les industriels, le font encore de nos jours Nice l'hiver et Vichy l'été. Les grands hôtels, les restaurants, le Casino, le buffet chinois, aujourd’hui démoli, allaient étre inaugurés. Arcachon mondain était officiellement reconnu, consacré par l'Empire, comme Biarritz et comme plus tard Royan. Et on sait depuis quelle brillante, bruyante et incessante vogue a été la sienne. La si jolie cité, la si avenante station est aujourd’hui visitée et constamment habitée par les plus riches familles du monde entier. Toutes les célébrités du haut commerce, des arts, des lettres, des sciences, de l’industrie, de la politique la connaissent, l’aiment, ne l’oublient jamais, et s’efforcent, ce qui vaut mieux, de la revoir le plus souvent possible. est l’amie fidèle et sûre vers laquelle toujours on revient.

PANORAMA

Le Belvédère est un point de vue auquel on accède par l'élégante passerelle Saint-Paul (Gustave Eiffel - Paul Regnault) permet d'embrasser d'un coup d'oeil le bassin d'un côté, et de l'autre l'étendue de la forêt sous laquelle s'abritent mille villas.

Villa Pereire

Passerelle Saint-Paul - Agrandir l'image Passerelle Saint-Paul (Gustave Eiffel - Paul Regnault)
Source : arcachon-nostalgie.com
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Le Casino est un monument établi au centre d'un parc de quatre hectares, baigné des parfums de fleurs exotiques, suspendu comme les jardins de Sémiramis et d'une beauté capiteuse comme ceux d'Armide. Ce palais mauresque est un mélange de l'Alhambra de Grenade et de la mosquée de Cordoue. Son architecture rappelle Séville, Tolède, toute l'Andalousie. C'est le même fouillis, la même profusion de dessins, la même prodigalité d'ornements, la même richesse de coloris. On sent, à travers ces audaces caressées, dans ces tons vivaces, bruyants, gais et clairs, la fantaisie rêveuse de l'Orient. Le jaune bistré de Sienne, l'émeraude transparente, l'azur des coupoles s'y mêlent aux blancheurs suaves des aubes indécises et aux rouges pourprés d'un soleil vespéral.

Les ors et les vermillons qui parent cet édifice, les prismes des mosaïques, les imitations de stucs, d'émaux musulmans et de faïences, les incrustations en bois peint et doré, les légères colonnades, les balcons sculptés, les plafonds vitreux couverts de dentelures ou de versets du Coran, les décors arabes et sarrasins, les réseaux des archivoltes se jouent dans une éblouissante gerbe de lumière. Dans le parc, la salle d'Euterpe est le théâtre d'été. Une large terrasse découvre à l'oeil étonné le tableau d'une ville coquette dans un nid de verdure, avec ses toits bleus et ses pans de murs roses ; plus loin, le bassin bleu de cobalt, et par delà, les dunes violettes ; tandis qu'en échappée, l'oreille perçoit la voix de l'Océan, dont le bruit formidable est porté par les vents dans les halliers et frondaisons de la forêt profonde.

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Agrandir l'image Le Casino - Arcachon
Source : Gallica
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Agrandir l'image Le casino en forêt - Arcachon
Source : Gallica
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Le château Deganne, est une copie réduite du château de Boursault, propriété des Mortemart. On raconte qu'il avait été offert comme résidence à l'empereur Napoléon III, qui en demanda le prix. « Le plaisir et l'honneur de vous l'offrir, sire », fut-il répondu. « Alors, c'est trop cher ! » a repartit l'énigmatique souverain.

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Chateau_Deganne - Agrandir l'image Château Deganne
Source : Gallica
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Le Grand-Théâtre, situé sur l'avenue de la Gare, a été construit sur les ordres de M. Deganne, par M. Ormières père. Commencé en 1874, le 5 mars, il était inauguré le 4 août suivant. Il a 20 mètres de façade, 28 de profondeur, 11 d'élévation. Il a été inauguré par Mlle Rousseil, de la Comédie française. Il contient 1.000 places : 128 fauteuils d'orchestre, 2 avant-scènes de 22 places, 241 parquets, 241 premières galeries. i4o loges de premières, 2 loges d'avant-scène à 22 places, 248 deuxièmes galeries, 2 loges de troisièmes à 22 places. Il a coûté 100.000 francs de construction.

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Grand Théâtre - Agrandir l'image Grand Théâtre Arcachon
Source : Gallica
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L'église Notre-Dame, desservie par les Oblats de Marie, est un monument de style ogival, construit auprès d'un très ancien sanctuaire qui renferme une statue miraculeuse de la Vierge. On y remarque des ex-voto, des fresques peintes par Alaux, des vitraux de Villiet et un tableau de l'école espagnole représentant les deux saintes protectrices de Séville.

L'École Saint-Elme est un collège tenu par les Dominicains. Des jeunes gens de grandes familles y viennent chercher, en même temps que les bienfaits de l'instruction et de l'éducation, les avantages d'un climat exceptionnellement doux et fortifiant. On y voit des cours spacieuses, ouvertes de tous côtés au grand air et au soleil ; de vastes bâtiments spécialement construits pour leur destination ; un dortoir en forme d'intérieur de vaisseau, disposé avec ses cabines ; des salles d'étude éclairées à l'électricité. Comme annexes, un manège, un gymnase, une salle de bains et d'hydrothérapie, une salle d'escrime. La chapelle, de style roman, est bâtie dans de belles proportions. Le directeur est le P. Ligonnet.

Le Grand-Hôtel est un établissement de proportions grandioses. On y accède par un escalier monumental. Le rez-de-chaussée est d'une ampleur très rare. Il comprend un hall, un salon de restaurant, un salon des dames, un jardin d'hiver avec galerie vitrée et une vaste terrasse avançant sur le bassin et reliée à un jardin qui donne sur le bord de la mer.

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Grand_Hotel - Agrandir l'image Grand Hôtel Arcachon
Source : Gallica
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Les Pêcheries de l'Océan sont un vaste marché alimenté de poissons par des bateaux à vapeur, qui chaque jour vont au large. Rien de plus intéressant que de voir le déchargement de ces bateaux, quand ils reviennent de la mer. Une installation de viviers renferme aussi des huîtres de choix. Cet établissementest situé au quartier de l'Aiguillon.

Royan

1488-1691 - Un des plus anciens Captaux de Buch, Pierre de Bordeaux, seigneur de Puy-paulin et de Castelnau en Médoc, avait fondé, en 1247, dans cette ville de Bordeaux dont il portait le nom, un couvent de Cordeliers de la grande observance de saint François d'Assise.

Environ deux cents ans plus tard, vers la fin du quinzième siècle, un religieux de cet ordre, le frère Thomas Illyricus, après avoir ravi et édifié l'Italie par son éloquence et sa sainteté, arriva d'Ancône à Bordeaux, pour s'y livrer à la prédication. Une large place existait à l'entrée du couvent de la Grande-Observance ; ce fut là qu'il établit sa chaire, les plus vastes églises étant insuffisantes pour contenir la foule qui se pressait autour de lui, avide d'entendre sa parole.

Doué d'un zèle ardent et d'une grande puissance d'élocution, Illyricus travaillait depuis longtemps, avec un rare succès, au salut de ses frères, lorsqu'il sentit qu'après tant de triomphes et de labeurs, son âme avait besoin de recueillement et de solitude. Il renonça à la prédication, partit de Bordeaux, et gagna, à travers les landes, les dunes du bassin d'Arcachon. Arrivé en face du cap Ferret, il fut frappé de la splendide beauté du tableau qui se déroulait devant ses yeux, en même temps que de la désolation qui régnait autour de lui, et il s'établit aussitôt dans ce désert aride, qui lui offrait à la fois la morti fication du corps par les privations inhérentes à un pareil séjour, et l'élévation de l'âme par la contemplation des oeuvres de Dieu.

De la cabane de chaume qu'il habitait, vis à vis l'entrée du Bassin, le frère Thomas aperçut un jour, pendant la plus affreuse tempête, deux pauvres navires, que la violence des vents et de la mer allait jeter sur la côte inhospitalière de l'Océan, où leur perte était assurée. A la vue de ce naufrage imminent, le pieux Cordelier s'élance hors de sa demeure, il tombe à genoux, trace du doigt sur le sable le signe de la croix, et adresse au Dieu des miséricordes, par l'intermédiaire de Marie, une ardente prière. Soudain, chose non jamais vue, dit la chronique, les vents et la mer s'apaisent, la tempête cesse, et les deux navires, gagnant paisiblement le large, continuent leur route sans danger.

Peu de jours après, sur le lieu même où il avait obtenu cette miraculeuse délivrance, le vénérable ermite trouvait, à demi couverte par les sables de la plage, une petite statue de la Vierge. Les dégradations qu'a subies cette sainte image indiquent assez qu'elle a été longtemps ballottée par les flots, et qu'elle provient d'un naufrage. Sculptée dans un bloc d'albâtre, elle a cinquante centimètres de hauteur ; la Mère de Dieu est représentée assise, tenant l'Enfant Jésus sur son bras droit, et drapée dans un manteau oriental qui ne laisse apercevoir que l'extrémité de ses pieds. Par sa forme plate et les divers détails de son exécution, cette statue parait dater du treizième siècle. Le frère Thomas la recueille avec un saint respect ; il la transporte dans sa chaumière, et bientôt, à un kilomètre environ au sud-ouest du lieu où se trouve aujourd'hui la Chapelle, il élève, en l'année 1488, un Oratoire en bois, qu'il dédie à Notre-Dame d'Arcachon, et dans lequel il place la statue de l'Étoile des mers, si miraculeusement trouvée sur la côte.

Objet de la vénération des marins du littoral, cet humble Oratoire reçut leurs modestes offrandes. Il excita alors la convoitise de quelques pirates, qui, profitant de l'absence de l'ermite, vinrent piller la Chapelle ; mais, à peine eurent ils levé l'ancre pour franchir la barre, qu'ils touchèrent sur un banc de sable, et, quoique le temps fût calme et serein, ils périrent corps et biens, en vue du lieu qu'ils avaient osé profaner.

Cet événementremarquable, qui fit, dans le pays, une profonde sensation, rendit plus vive encore la foi des habitants de la contrée, et donna un nouvel essor à leur dévotion envers Notre-Dame d'Arcachon.

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Carte de Royan - Agrandir l'image Plan Royan
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Royan, la terre qu’aimaient le doux poète Ausone et le gai seigneur de Brantôme, s’est surtout développé et a pris de l'importance depuis 1832. Un charmant poète, Victor Billaud, qui vient de publier sur Royan un volume fort intéressant, donne sur sa ville des détails qui viennent corroborer les renseignements. Sous Louis XVIII, Royau couvrait l’espace compris entre la rue Foncillon, le square et la place du Port, ni plus ni moins. Puis, la ville prenant de l'extension, on construisit, pour abriter le port, une jetée de 110 mètres, terminée par Napoléon en 1810. Les navires de petit jaugeage pouvaient y trouver accès, mais le commerce, les affaires n’y prenaient pas une grande extension. En 1830, Royan comptait à peine 7.000 âmes, et il y avait loin de cette petite ville à l’élégante station qui aujourd’hui se déroule autour de la Grande-Conche, du port, de Foncillon et de Pontaillac, en un merveilleux panorama.

Affiches des chemins de fer de l'Ètat

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Avec ses forêts de pins et de chênes verdoyants, ses sites pittoresques, ses paysages aux riantes tonalités sous la clarté estivale, Royan devait attirer et retenir les touristes et les baigneurs. C’est ce que comprirent les municipalités qui se succédèrentà la téte de la ville, et l'ingénieur Louis Botton qui construisit le vieux Casino. Sous l’impulsion de cet homme de talent, a dit Eugène Pelletan, une métamorphose s'accomplit en moins de dix ans, et cela fit la fortune de la jolie ville.

Mais Royan est loin de Bordeaux. Une Compagnie de bateaux, en plus de la batellerie particulière, le desservait, le reliait à Bordeaux par des départs quotidiens. C'était une Société composée de membres du haut commerce de notre ville, parmi lesquels figuraient, il y a trente-cinq ans, MM. Johnston, Guestier et Fourcade. A ce moment-là, un homme bien connu à Bordeaux, un hardi, un réformateur, M. Dumeau, le futur directeur de la Compagnie Gironde-et-Garonne, établit une concurrence qui devait amener la chute de la Compagnie existante.

M. Dumeau avait loué, pour y effectuer un départ chaque jour, le ponton des Quinconces, appartenant à la Compagnie qu’il voulait concurrencer, qu'il jurait, en vrai marin, de couler, et cette dernière s’était livrée de fort bonne grâce à la combinaison, ne se doutant pas que ce petit homme, qui n’avait l'air de rien, mais qui avait pour lui la suite dans l’idée et la ténacité dans la volonté et la conviction, pût lui porter un coup fatal.

Il arriva cependant ceci: c’est que M. Dumeau, avec une flottille de bateaux qui était peut-être inférieure en nombre à celle de la Compagnie, organisa le dimanche des trains de plaisir pour Royan, qui tous les jours prenait une plus grande importance. M. Dumeau faisait payer cinq francs et trois francs pour le voyage aller et retour. L’affluence des baigneurs était très grande sur ses bateaux, si grande que la Compagnie, qui jusque-là avait manifesté à l'égard du nouveau venu la plus sereine indifférence, fut piquée au jeu et résolut de le tuer, commercialement. Elle organisa à son tour des services de plaisir et mit les places à dix sous. Eh bien ! le croirait-on ? Personne n’en voulut, et on continua de prendre les bateaux de M. Dumeau, qui bientôt asseyait sa gloire naissante et désormais inattaquable sur les débris de la Compagnie disparue !

belles-dames-en-robe.webp Cependant, la foule joyeuse s’abattait tous les ans sur la plage charentaise. Quand l'été semblait avoir devancé le calendrier, on avait préparé des robes charmantes en mousseline, en batiste, en crépon, en foulards de teintes claires. On ne portait pas encore les grands chapeaux de paille, les ombrelles transparentes faites d’un nuage de mousseline, de soie, de tulle point d'esprit tuyauté ou gaufré, ou de crêpe lisse. Mais on arborait de charmantes petites toilettes de plage ou de casino, coquettes dans la simplicité des combinaisons dues au goût de la confectionneuse, des costumes marins en toile ou en flanelle, et des ombrelles en surah glacé, des en-cas en satinette, des parasols en taffetas. O Mimi ! ô Musette !.. Combien vous les avez changées, comtesse, et à leur désavantage !

Et ce que l’on était heureux d’aller passer quinze jours à Royan, de danser le soir, après le bain, dans les sauteries intimes, sous les marquises et les vérandas pleines du parfum des vagues et des pins que la brise agitait ; de courir par les avenues toutes droites dans leurs bordures de peupliers ; par les bois, les ravins, les vallées, les salines et les claires. On visitait tous les environs pendant qu'on y était. On partait pour deux, trois jours en excursion sur l’une ou l'autre rive : Vallières, Petite-Grange, Bélmont, Maison-Fort, la Potence, Chaban, Châtelard, Suzac, Saint-Georges, Talmont, Meschers, Médic, Rigaudières, Sablonceaux, la tour de Cordouan, trois fois centenaire, avec ses trois cent vingt-six marches, dont le phare domine l'étendue, semblable au gardien vigilant, que rien ne lasse, que le sommeil ne surprend pas ; La Coubre, Verdon et Soulac, avec la vieille abbaye de Sainte-Véronique et de Saint-Martial, l'apôtre de l’Aquitaine, Soulac qui n’était pas encore la belle et sauvage station que nous connaissons, baignée par l'Océan, dont la fureur ne connait pas dé digue.

Excursion à La Tremblade et sur les cétes voisines - V. Vallein (1863)

Il m’a semblé qu’on a poussé un peu loin, a Royan, la manie de la réglementation. Autrefois les hommes ayaient des plages a eux où ils se baignaient en toute liberté de costume ; aujourd'hui il y a partout des cabanes, des surveillants et des vétemens de laine assez incommodes pour les nageurs : A Foncillon, on lit sur un poteau : Bain des dames ; défense aux hommes d’y paraitre et de stationner aux abords. Autrefois, les hommes passaient sur la plage pour aller au Chai ou à Pontaillac par les rochers, c’était une promenade qui plaisait a plus d’un. Les dames ne s’en scandalisaient point, car elles étaient vétues des pieds à la téte, et j'ai remarqué que, depuis la défense aux hommes d’y paraitre, il s'y haigne beaucoup moins de femmes.

Elles vont 4 Pontaillac, ot: hommes et femmes se baignent péle-méle en costume de laine, comme dans la grande conche. Celle du Chai, où les hommes seuls allaient, a maintenant ses cabines et ses vétemens de laine pour les deux sexes.

Pontaillac a toujours la vogue. La route qui passe derrière le Casino ne suffisait plus a la circulation des voilures. On en a construit une autre pour le retour, entre la premiére et la mer. Les cabanes sont innombrables a Pontaillac. Les chalets ont pullulé. Derriére, dans les dunes plantées de pins, on a établi des montagnes russes, des gymnases, des escarpolettes, des jeux de toutes sortes. Il y a un bassin avec des joutes nautiques. Je ne sais si l'entrepreneur fait ses frais, mais je n’y ai jamais vu beancoup de monde. Le jardin du Casino est encore le lieu le plus agréable de Royan. Tous les soirs la foule remplit ses jolies allées et les salles de l'établissement. Mais, ce qui me surprend, c’est qu’on ne danse plus, ou si peu, si peu, que ce n'est pas la peine d’en parler. L’excellent orchestre de Marx joue vainement ses quadrilles, ses valses, ses polkas, ses scotischs ou ses mazurques les plus entrainants, les dames et les demoiselles, pressées sur les gradins à rangs épais, se regardent entre elles, et la soirée se passe ainsi. Quelquefois, vers onze heures, deux ou quatre couples se risquent ; on les suit des yeux, mais on ne les imite pas. Voila comme on s’amuse aux bals du Casino.

Les anciennes photos (source : Gallica)

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Soulac-les-bains

Source : SOULAC-LES-BAINS - Texte du Docteur Constantin - 1876

Soulac_affiche.webp Entre le Soulac d'aujourd'hui et le rocher de Cordouan florissait encore au VIe> siècle une vieille cité romaine du nom de Noviomagus. Ausone en a chanté les splendeurs.

Ville maritime importante, Noviomagus abritait dans son vaste port des flottes entières, et des navires venus pour trafiquer de tous les points du monde connu. Deux voies romaines la mettaient en communication,l'une avec Bordeaux, et l'autre avec Bayonne. Cette dernière, dont on retrouve à chaque pas les traces,le long de la côte, est encore désignée dans le pays sous le nom de Camin Roumiou.

On ne peut préciser la date de la ruine de Noviomagus qui fut amenée, tout porte à le croire, par un affaissement subit du sol. Sur les points qui surnagèrent s'édifia une autre ville avec un port plus resserré que celui de l'ancienne cité. Ce fut là que l'invasion normande débarqua la majeure partie des troupes qui, remontant le cours de la Garonne, allèrent jusqu'à Toulouse ravager les riches contrées qu'arrose ce fleuve. Plus tard les rois et capitaines anglais se rendant en Aquitaine, abordaient d'habitude au port de Soulac. Un des points de la côte où descendit au XVe> siècle, le célèbre Talbot est encore appelé l'anse de l'Anglot. Enfin, Dom Devienne raconte qu'à l'époque de nos sanglantes guerres de religion, en 1562, Jean de Favas, seigneur de Gastets-en-Dorthes, l'un des chefs illustres des réformés rochelais, mouilla dans le port de Soulac où il débarqua avec soldats et canons.

Mais de jour en jour le port tendait à devenir un simple refuge ; car la lame rongeait les rocs sur lesquels il s'appuyait, minait le sol. où s'étayait la ville reconstruite. Il semblait que la mer eût juré la mort de ce malheureux pays. A chaque minute elle entraînait quelque parcelle de pierre ou de terrain. Fuyant devant ses ravages, Soulac lui abandonnait son port. Inutile sacrifice ! Rien ne devait arrêter le courroux de la mer; lorsqu'elle ne put atteindre la fugitive de ses vagues, elle entassa sur ses bords des montagnes de sable, puis appelant à son aide la complicité des vents, elle ensevelit sous la dune ce qu'elle n'avait pu engloutir sous les eaux.

Ce faisant, la mer se creusait un canal qui allait isoler Cordouan du reste de la terre. On ne put bientôt arriver à ce rocher qu'en marée basse ; puis le bras de mer ainsi formé, tout en s'élargissant, s'approfondit de plus en plus et constitua ce qu'on appelle la Passe du Sud, où les vaisseaux qui sortent aujourd'hui du port de Bordeaux pour se diriger vers les régions méridionales voguent librement, sur les eaux mêmes qui recouvrent Noviomagus.

Une ville naissante, station balnéaire pleine d'avenir, s'élève à son tour, tout à côté, au-dessus de la plage des Olives, sur la dune immobilisée par les plantations forestières. D'un abord difficile par le manque de voie, il y a quelques années, elle attirait néanmoins bon nombre de baigneurs; aujourd'hui qu'elle possède une gare, elle prend un développement rapide.

La plupart des constructions, faites à la hâte, affectent généralement la forme de chalets : chalets néogrecs, turcs, anglais, chalets Renaissance, chalets Louis XIII. On en rencontre cependant quelques-unes qu'il serait difficile de rattacher à un genre classé, et qui semblent résulter d'une conception plus fantaisiste qu'architecturale. Au milieu de toutes ces variétés d'habitations, ce dédain des règles de l'art peut faire sourire, mais ne choque jamais.

Une voie principale, coupant quelques rues plus étroites, conduit à la plage en partant de l'église. L'antique basilique de Soulac, Notre-Dame de la fin des terres, Sancta Maria de finibus terræ, mérite une mention spéciale.

Longtemps,bien longtemps, elle est restée ensevelie sous les dunes. Seule, l'extrémité de son clocher surmonté d'une balise, trouant le suaire de sable, indiquait la place ou gisait la morte. La haute vague solide dont le sommet l'avait ainsi recouverte, s'avançant tous les jours, sous le souffle éternel des vents, devait la quitter peu à peu et à un moment donné, la restituer à la lumière. L'heure de la résurrection sonnait. Quelques hommes intelligents et hardis comprirent l'oeuvre commencée par la nature, et, joignant leurs efforts à ceux de cet impassible et puissant auxiliaire, exhumèrent presque entièrement ses restes vénérables. A l'abri d'un nouveau et semblable danger, car là dune est aujourd'hui fixée par les plantations de pins, on achève, avec autant de soin que de goût, la restauration de ce monument.

L'église de Soulac date de la fin du Xe> siècle. Sur l'emplacement où nous apparaît aujourd'hui cet édifice, dont la base est encore enfouie dans les sables, une chapelle avait été érigée au IXe> siècle, en commémoration de la fuite des Normands. Cette dernière, s'il faut en croire la tradition, reposait elle même sur les fondements de l'église primitive qui fut construite par sainte Véronique.

De charmantes légendes indiquent que la Dame de Bazas, revenant de son voyage à Jérusalem, fut rejetée sur la côte du Pas de Graves avec le navire qui la portait. De concert avec saint Martial qui l'avait accompagnée depuis Rome, et pour remercier la Vierge de l'avoir protégée contre la persécution des hommes, et de l'avoir soustraite à la rage des flots, elle fonda la première église, Notre-Dame de la Fin des Terres, où elle fit jaillir une source d'eau douce, et déposa diverses reliques, entre autres un vase contenant quelques gouttes de lait du sein virginal de Marie. C'est à cet unique et précieux dépôt que Soulac devrait son nom (solum lac le lait de la Vierge).

Sur l'un des piliers de soutènement de la coupole, on trouve l'inscription suivante qui consacre le fait de l'ancienne existence d'une source:

« Icy estait la fontaine en dedans de l'église, iouxte le pilier.
Les divers remblais en firent un puits, et il n'y avait d'eau doulce ès aultres endroits, parce que la mer salée estait proche. »

D'autres indications précises, écrites en grosses lettres, permettent de suivre rapidement et avec intérêt, l'affectation des diverses parties de lavieille église, et les modifications qu'elle a subies. Sur le mur de gauche :

« Icy estait la porte du claustre »

Sur le mur de droite où l'on aperçoit se détachant presque en relief sur une maçonnerie récente la voûte d'une ancienne porte :

« Ceste icy est la vieille porte des Fidelles, murée lors des remblais vers le XIVe siècle »

En entrant, et après avoir descendu un certain nombre de marches pour arriver au sol, celle-ci, en langage moderne :

« Le sol intérieur actuel marque à peu près le niveau des remblais du XIVe siècle, lesquels étaient déjà supérieurs de 3m 20 au sol primitif. »:

Sol est bien dit, car on marche sur le sable fin jusqu'au choeur. L'église, vue d'ensemble est d'architecture romane, au corps principal sont adossées deux chapelles latérales. Ça et là, quelques détails portant le cachet gothique ; De remarquables bas-reliefs s'étalent sur les énormes piliers qui soutiennent la voûte de la nef. Ils dénotent le talent réel et l'imagination fantastique de l'artiste.

Les uns traduisent naïvement des scènes bibliques ; d'autres symbolisent, par des allégories bizarres, ou par de véritables rébus sculptés, toutes les horreurs d'une sombre époque : appétits insatiables, passions effrénées, vices innommés des puissants, à côté des souffrances imméritées du faible, des révoltes légitimes de la victime, de la morne résignation du captif, de la lutte impuissante et terrible de l'opprimé.

Du fond du tableau, à travers d'épaisses ténèbres, jaillit parfois comme une lueur : c'est la délivrance, c'est le triomphe de la vérité. Au moyen-âge, ne pouvant être écrites dans les livres, les protestations de l'âme humaine se gravèrent dans la pierre.

Objet jadis d'un culte tout particulier, l'église, où se trouve encore le tombeau de sainte Véronique, attirait les fidèles de tous les coins de la France, et même de l'étranger. Depuis sa réapparition au grand jour, elle vient, non pas de reconquérir, mais plutôt d'agrandir sa vieille réputation.

Grâce à l'établissement de routes et de voies ferrées qui ont singulièrement aplani les difficultés du chemin, des pèlerins, moins méritants peut-être mais plus nombreux que ceux des temps passés, vont tous les jours adresser leurs voeux à Notre-Dame de la Fin des Terres.

Quelques Bénédictins qui desservent l'église de Soulac sont en train de faire construire à quelques mètres en arrière, sur la hauteur, un magnifique monastère. Les travaux déjà faits permettent de prévoir qu'avant peu Soulac comptera un monument de plus.

En attendant, les bons Pères habitent un vaste chalet dont l'extérieur gracieux semble fait pour provoquer les regards, et pour rassurer du même coup les coeurs les plus rebelles. A côté de cette demeure monacale si peu sévère, on voit une magnifique construction ; le grand Hôtel de la Paix, vrai palais, où l'on trouve de somptueux salons et une bonne table. Des chambres toujours bien garnies, mais à des prix fort différents, ouvrent au grand seigneur comme au simple touriste leurs portes hospitalières.

D'autres bons hôtels existent à Soulac ; tout d'abord l'hôtel Fontétes orné d'une terrasse d'où l'on peut jouir tout à son aise de la vue de la mer, puis l'hôtel du Grand-Océan où est placé le bureau télégraphique et, enfin, l'Hôtel de France qui, construit de l'an dernier seulement, promet de ne le céder en rien à ses devanciers.

Sans parler de divers restaurants et cafés qui fournissent d'excellentes consommations, les baigneurs ont la ressource d'aller entendre de la bonne musique au jardin Monteil. Ajoutons que pour leur agrément, un journal hebdomadaire fondé, croyons-nous, par l'initiative de quelques admirateurs de Soulac, les tient au courant de la chronique locale, et fournit notamment dans chaque numéro la liste des nouveaux venus.

Mais ce qui donne à cette petite station son plus grand attrait, c'est sa forêt et sa plage. La forêt établie sur les dunes, pour arrêter leur marche envahissante enveloppe Soulac d'une ceinture de vert feuillage que vient boucler le vieil Océan lui-même.

La plage est immense ; dans le plan de Soulac, on la désigne sous le nom de plage sans rivale. Cette appellation que l'on pourrait croire exagérée se trouve parfaitement justifiée. Sur le sable qui la compose en entier, on marche, on marche, sans en voir jamais la fin.

De loin en loin sur ce long ruban doré, on aperçoit, quand la mer est basse, quelques points formant une dépression insensible à l'oeil, mais réelle, puisque l'eau y restée. Sortes d'étangs dont la plus grande profondeur ne dépasse pas 50 centimètres, mais dont l'étendue est parfois considérable, ces petits lacs d'eau salée sont connus dans le pays sous le nom de Baïnes ; chauffée par le soleil, l'eau qu'ils contiennent atteint rapidement une température assez élevée. La baïne constitue donc une piscine naturelle et parfaite, à ciel ouvert, où les enfants et, les femmes délicates peuvent prendre leurs bains, avec d'autant plus de plaisir et de tranquillité, que l'eau en est toujours limpide, et qu'on n'y rencontre jamais ni algues ni crabes dont la présence, si commune ailleurs, suffirait à elle seule pour dégoûter des bains de mer.

Quel panorama hors proportions nous montre cette plage admirable, en présence d'une mer dont l'horizon est sans fin, et qui change elle-même d'aspect à chaque instant ! C'est le soir surtout que le coup d'oeil est vraiment féerique. Sous les pas du promeneur, le sable phosphorescent projette des gerbes étincelantes ; la mer gronde, hurle et glapit en roulant d'énormes vagues dont les dernières ondulations viennent expirer sur la plage qu'elles brodent de larges et blancs festons; en face, Cordouan, majestueux fantôme, promène autour de lui son mobile flambeau, tandis qu'au loin les phares de Saint-Nicolas, de la Pointe, de Royan, de Pontaillac et de la Goubre se joignent à lui pour éclairer, du reflet éclatant et varié de leurs feux, l'immense et mouvant tableau.

L'air qu'on respire à Soulac est toujours pur. Rafraîchi par la brise d'ouest, il n'a pas cette sécheresse que l'on reproche justement à celui des stations situées aux bords de la Méditerranée. Ce n'est pas à dire qu'il soit humide. La quantité relativement faible de vapeur d'eau qu'on y trouve n'a d'autre source que l'Océan lui-même. Le sol, en raison de sa nature sableuse, absorbant l'eau de pluie à mesure qu'elle tombe, ne fournit rien à l'évaporation. Aussi l'hygromètre ne donne que des variations légères. On peut même dire qu'il n'y pleut presque jamais. Durant l'humide été , que de touristes, après avoir quitté Bordeaux par une pluie battante, sont arrivés avec le train de plaisir , surpris et charmés à l'aspect du ciel ensoleillé de Soulac.

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Gare du Médoc - Soulac-les-bains
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Horaires des trains
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La température, comme sur la plupart des côtes, présente, elle aussi, beaucoup d'uniformité. Il n'existe pas encore dans l'intérieur de Soulac d'établissement de bains spécial. Il semble que le besoin ne s'en soit pas fait sentir tant la plage offre de ressources. En effet, après les piscines naturelles, et les bains de sable dont il sera toujours, ici, facile et agréable de se permettre l'usage, on trouve une installation de cabines qui ne laissent rien à désirer. Construites en bois, elles mettent le baigneur à l'abri de la pluie et des rayons du soleil.

L'indispensable bain de pied chaud n'y fait jamais défaut. Enfin on peut y prendre à volonté des bains d'eau douce et des bains d'eau de mer chauds, avec ou sans addition médicamenteuse. La saison ne s'ouvre à Soulac guère avant le 15 juin, mais elle se prolonge jusqu'à la fin deseptembre.

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Les vacances en bord d’océan à Soulac (Gironde) au début du XXème siècle.
© Crédit photo : Archives Sud Ouest
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Concours de forts de sable sur la plage de Soulac dans les années 1910.
© Crédit photo : Archives Sud Ouest
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La rue de la plage à Soulac très fréquentée en cette période estivale du début du XXème siècle.
© Crédit photo : Archives Sud Ouest
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Tentes de plage à louer à Soulac dans les années 1910.
© Crédit photo : Archives Sud Ouest
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Parties de tennis sur la plage de Soulac dans les années 1910.
© Crédit photo : Archives Sud Ouest
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La plage de Soulac en août 1923.
© Crédit photo : Archives Sud Ouest
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La plage de Soulac envahie par les tentes pour les vacanciers dans les années 1920.
© Crédit photo : Archives Sud Ouest
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Vue du front de mer de Soulac depuis la plage au début du XXème siècle.
© Crédit photo : Archives Sud Ouest
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Soulac et son ponton qui surplombe l’océan autrefois.
© Crédit photo : Archives Sud Ouest
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La rue de la plage à Soulac en 1936.
© Crédit photo : Archives Sud Ouest
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Le premier bateau à vapeur

RAPPORT DE M. DESCHAMPS

SUR LE BATEAU A VAPEUR DE M. CHURCH

M. ÉDOUARD HARLÉ
BORDEAUX
IMPRIMERIES GOUNOUILHOU
1914

Messieurs,

M. Church, consul des États-Unis dans les ports de Brest, Lorient, etc., a obtenu du Roi un brevet d'importation en France d'une machine connue en Angleterre et en Amérique sous le nom de steimbott, ou Bateau mu par la force de l'eau réduite en vapeur. Par le brevet qui lui a été accordé, M. le Consul américain doit appliquer l'emploi de celte machine à la Gironde, la Garonne et la Dordogne.

Les différentes pièces du mécanisme, exécutées en Angleterre, viennent d'être montées et adaptées à une embarcation d'une forme commode et élégante, construite par M. Chaigneau, dans ses chantiers de Lormont.

Avant de la mettre à l'usage du public pour remplir sa destination qui est de servir au transport des voyageurs, des marchandises, et suivant les circonstances à la remorque d'autres bateaux, afin de rendre leur marche autant que possible indépendante des vents et des marées, M. Church s'est adressé à M. le comte de Tournon, préfet de la Gironde, pour le prier d'en faire faire l'examen.

Cette demande ayant été accueillie pàr M. le Préfet, ce magistrat, a invité la Société Royale des Sciences et Arts de Bordeaux de lui donner son avis sur le bateau à vapeur de M. Church.

Après avoir visité à diverses reprises, et examiné attentivement ce bateau et la machine à vapeur qui lui imprime le mouvement, les membres de la Commission nommée par la Société ont dresse le Rapport que nous lui soumettons.

Personne n'ignore que l'emploi de la force tirée de l'eau réduite en vapeur est maintenant fort répandu, et qu'on l'applique particulièrement en Angleterre, en Amérique, et dans les différentes parties du nord de l'Europe, à un très grand nombre d'usages, dans les manufactures, les arsenaux, les grands chantiers de construction, l'exploitation des mines, ainsi qu'à la navigation des rivières, etc., etc.

Cependant les pays méridionaux, au moins que nous sachions, n'ont encore que très peu participé aux bienfaits de cette précieuse découverte, qui parmi les inventions modernes est sans contredit celle qui fait le plus d'honneur à l'esprit humain. C'est donc déjà une première obligation que nous devons à M. Church d'avoir songé à l'introduire dans ce pays.

Il serait très peu séant sans doute de placer ici une dissertation sur les machines à vapeur. Les écrits des savants et les recueils des Sociétés qui s'occupent des recherches relatives aux arts referment tout ce que l'on peut désirer sur cette matière. Quoique par cette raison nous devions nous dispenser de vous exposer tous les détails curieux que renferme la machine importée chez nous par M. Church, nous avons pensé néanmoins qu'une description très succincte pouvait sans inconvénients précéder les considérations sur lesquelles la Société est plus spécialement consultée par M. le Préfet.

DESCRIPTION ABRÉGÉE DU MÉCANISME.

La machine à vapeur que M. Church a appliquée à son bateau, est de celles connues sous le nom de Walt et Bolton, très habiles mécaniciens, qui après l'avoir porté à un haut degré de perfection, ont formé à Soho, près de Birminghem, le plus grand établissement en ce genre qui existe en Angleterre pour la construction de ces machines de toutes forces et dimensions. Elle est de celles qu'on appelle à basse pression et à double effet, c'est-à-dire, que celui de la vapeur ne cesse pas un instant d'agir dès que le mécanisme est mis en mouvement, et que sa pression, par des motifs dont nous aurons occasion de parler, est peu au-dessus de celle produite par le poids de l'atmosphère.

En employant l'unité en usage pour exprimer la force de ces sortes de machines, celle de M. Church est de 28 à 30 chevaux.

L'eau tirée naturellement de la rivière par l'immersion du bateau, et convenablement dosée à l'aide d'un régulateur, est portée par la plus petite des deux pompes dont la machine est pourvue, aux chaudières dans lesquelles l'eau se vaporise pour devenir le moteur.

Celle-ci introduite dans un premier récipient très ingénieusement conçu, et dont nous regrettons de n'avoir pas le loisir de vous faire la description détaillée, se distribue alternativement par la partie supérieure et inférieure du principal cilindre, dans lequel joue verticalement le piston qui imprime le jeu à toutes les autres pièces du mécanisme.

Ce piston au moyen d'une disposition qui transforme le mouvement rectiligne alternatif en mouvement circulaire continu, et d'un volant destiné à le régulariser, fait tourner plus ou moins rapidement les axes auxquels sont fixés les ailes ou aubes, qui remplissant l'office de rames, font cheminer le bateau.

C'est véritablement avec peine, nous le répétons, que nous nous voyons obligés de passer aussi rapidement sur une infinité de choses singulièrement piquantes, que nous n'avons pu nous lasser d'admirer dans cette belle machine, mais que le discours rendrait toujours d'une manière très imparfaite, quelque développement que nous entreprissions de donner à nos explications. L'extrême politesse de M. Church ne nous fait pas douter qu'il ne veuille bien les faire connaître lui-même aux personnes qui désireraient s'en instruire d'une manière plus particulière. Ainsi nous nous bornerons à indiquer les objets ci-après, comme les plus importants à bien examiner :

La forme et les dimensions des chaudières, leur disposition et les précautions prises pour isoler le feu de la charpente du bâtiment, et tirer le meilleur parti du combustible ; les robinets pour s'assurer à.chaque instant de la hauteur à laquelle se trouve l'eau en évaporation ;

La partie de la machine que M. Church appelle le dévalve, dans laquelle la vapeur est reçue pour de là passer dans le grand cylindre où joue le piston ;

Le valet qui sert à transmettre le mouvement de ce piston aux deux pompes, dont nous avons déjà parlé, à l'axe sur lequel sont portés les volants et les roues à aubes ou à rames, qui font cheminer le bateau et le moyen de ralentir, changer ou arrêter ce mouvement suivant les circonstances ;

Le condenseur dans lequel la vapeur, après avoir produit son effet, est condensée par le refroidissement et convertie en eau, en préservant en même tems le cilindre de participer à ce refroidissement ;

Les deux pompes dont l'une porte l'eau aux chaudières, et l'autre dégage le condenseur de l'excès de l'eau inutile à la dépense de la machine ;

Les soupapes de sûreté pour prévenir les accidents, et l'instrument qui sert à mesurer l'état d'expansion de la vapeur.

Mais ce que nous ne pouvons trop recommander à l'attention des mécaniciens, est le moyen singulièrement ingénieux à l'aide duquel on est parvenu à maintenir constamment les aubes ou rames dans une situation telle qu'elles n'éprouvent jamais, et dans aucun cas, de la part du fluide, une résistance capable d'en ralentir l'effet. On savait bien de quelle importance il était, pour ces sortes de roues, d'obtenir ce résultat, mais jusqu'à présent, au moins à notre connaissance, on avait tenté vainement d'y parvenir, et nous pouvons assurer que cette difficulté a été victorieusement surmontée dans la machine de M. Church qui, à cet égard, présente un perfectionnement important et tout à fait neuf.

M. le Consul ayant bien voulu nous permettre de faire prendre un croquis de cette machine, qui d'ailleurs est exécutée avec Une rare perfection, nous le mettrons sous les yeux des membres de la Société qui désireront le consulter, afin de répondre aux intentions de M. Church et suppléer à ce que cet expose, infiniment trop succinct, ne laisse que trop à désirer. Nous nous hâtons d'arriver aux avantages que l'on doit attendre de cet établissement. sont des bourgeois, de vulgaires bourgeois ! Décidément, tant pis pour eux

DE L'EMPLOI DU BATEAU A VAPEUR DE M. CHURCH
ET DE SES AVANTAGES.

Le bateau a 75 pieds de longueur environ, mesurée sur le pont ; il est divisé en deux parties : la première présente une salle bien disposée, décorée avec goût et d'une étendue capable de contenir soixante personnes; elle est destinée pour celles que la fortune mettra à portée de faire les frais des divers agrémens qu'on peut désirer on voyage.

La seconde salle, placée dans la partie antérieure, sera à l'usage des voyageurs qui voudront user de plus d'économie.

Il y aura à bord une cuisine de restaurateur et un café.

Le tarif des différentes places pour Macau, Blaye et Pauillac vient d'être rendu public.

Ces premiers avantages perdraient néanmoins de leur prix si le trajet à faire devait être lent et de trop longue dUréè; mais à cet égard l'expérience dont nous avons été témoin nous a permis de fixer les idées de la Société. Le bateau remontant contre un courant de jusant assez rapide a parcouru neuf mille mètres en une heure et demie ; ainsi on peut être certain que, pour se rendre de Bordeaux à Libourne, dans les circonstances les plus défavorables du vent et de la marée contraires, le bateau ne devra pas employer ordinairement plus de dix heures et pourra faire quelquefois ce trajet en six heures ; on peut appliquer l'analogie à celui de Bordeaux à Blaye, à Pauillac, à Royan, et en remontant au-dessus de Bordeaux jusqu'à Langon.

Nous devons maintenant parler de la sûreté de la navigation par le moyen du bateau à vapeur: à ce sujet, nous dirons que, sous le point de vue de l'embarcation en elle-même, de la solidité de sa construction, de ses formes nautiques, de la facilité que lui donne le mécanisme qui y est adapté comme moteur pour le faire avancer ou reculer à volonté, rendre stationnaire ou mettre en panne, et opérer en un mot avec facilité toutes les évolutions que le temps, l'état des eaux et les circonstances peuvent nécessiter, cette embarcation ne laisse rien à désirer. Ainsi il ne nous reste qu'à prévenir les craintes que quelques personnes auraient pu, mal à propos, concevoir sur les dangers de la part de l'explosion produite par la rupture des chaudières où se forme la vapeur : on a cité dans les journaux un semblable événement arrivé en Angleterre et en Amérique ; on voit même par le Bulletin de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale du mois de février de la présente année 1818, que cet objet a excité assez l'attention de la Chambre des communes du Parlement d'Angleterre, pour la déterminer à charger une commission de lui faire un rapport où seraient indiquées les causes de l'accident survenu et les moyens d'y remédier. Mais il est à remarquer que l'explosion n'a eu lieu que de la part d'une machine dite à haute pression, c'est-à-dire dans laquelle la force expansive de la vapeur est portée depuis 150 jusqu'à 200, 250 livres et au-dessus par pouce carré, tandis que dans la machine dite à basse pression, c'est-à-dire excédant de peu le poids de l'atmosphère, l'effort n'est pour la même superficie que de 20 liv. 1/2 environ. Les chaudières de la machine de M. Church sont éprouvées de manière à résister à 75 livres par pouce carré, et comme il n'a besoin, pour lui imprimer le mouvement, que d'un effort de 15 à 20 livres environ, pour la même surface, il a pris des mesures certaines pour rejeter tout ce qui est au-dessus de ce poids par le moyen des soupapes dites de sûreté, qu'il nous a paru important de faire bien connaître.

Elles sont composées d'un plateau ordinaire à tige d'une superficie de 19 pouces carrés ; elles sont chargées d'une masse de plomb du poids de 95 livres, d'où il résulte que chaque pouce carré de leur surface a un poids de 5 livres seulement à supporter en excès de Celui nécessaire au mouvement du piston. Tant que la force expansive de la vapeur ne surpasse pas celle capable de soulever le poids, la soupape demeure à sa place ; dans le cas contraire, elle se soulève et donne issue par la cheminée à une quantité de vapeur telle que les choses sont promptement rétablies dans l'état d'expansion convenable et suffisant au jeu de la machine.

Si l'on considère, d'après cela, combien la force des appareils de M. Church est supérieure à la résistance qu'il en exige, on jugera sans peine qu'il ne peut rester le plus léger doute sur la sûreté qu'ils présentent; et si, de plus, on se rappelle ce qu'à la vérité nous n'avons fait qu'indiquer plus haut, de l'isolement dans lequel on a eu l'attention de placer le feu des chaudières, ce qui, indépendamment de quelques autres précautions moins remarquables, s'opère en interposant partout, entre le fond, les côtés des fourneaux et la charpente du bâtiment, une tranche d'eau de 6 à 8 pouces d'épaisseur, on conviendra sûrement qu'il serait impossible de compléter davantage les motifs de la parfaite sécurité que cet établissement doit inspirer aux voyageurs.

Nous ne devons pas cesser de parler du bateau à vapeur La Garonne, sans donnér des éloges à son constructeur, M. Chaigneau, qui en a exécuté toute la partie nautique. Ce bateau, d'une forme élégante, nous a paru parfaitement bien entendu dans toutes ses parties; il est très propre à la marche ; il obéit au gouvernail avec une sensibilité remarquable. La machine est installée dans son intérieur de la manière la plus avantageuse à sa manoeuvre et à la solidité de tout le système, et cette construction d'un genre absolument neuf, dans ce pays, fournit une nouvelle preuve des talens déjà bien connus de son auteur.

Par les motifs qui viennent d'être exposés, la commission a l'honneur de proposer à la Société de rendre à M. le Préfet de la Gironde, le compte le plus favorable de tous les avantages que présente le bateau à vapeur de M. Church, spécialement sous le rapport de la sûreté, de témoigner particulièrement à M. le Consul toute la satisfaction qu'elle a éprouvée en prenant connaissance des diverses parties de la belle machine qu'il a fait construire, des perfectionnements importants qu'il y a appliqués, et de lui exprimer les voeux bien sincères qu'elle forme pour le succès de son entreprise.

Bordeaux, le 24 août 1818.
Signés à l'original : TEULÈRE, LARTIGUE,
LEUPOLD et DESCHAMPS, rapporteur.

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Railway
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Vue de la machine
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